Mahomet

La vie de Mahomet nous est racontée dans la Sîra al-Nabawiyya (« la vie du prophète ») qui aurait été écrite par ibn Ishaq (mort en 767) à la demande du calife Al-Mansur (754-775) pour faire connaître Mahomet à son fils Al-Mahdi. Nous n’avons pas conservé cette version. La version qui nous est parvenue est due à ibn Hicham (mort en 828) qui dit s’inspirer de son prédécesseur.

Au XIXe siècle, Ernest Renan (1823-1892), professeur au Collège de France, se réjouissait de connaître tous les détails de la vie de Mahomet. Aujourd’hui force est de constater avec Bernard Lewis que « l’on sait peu de chose sur les ancêtres et la vie de Mahomet. Et ce peu diminue constamment à mesure que les progrès de l’exégèse moderne remettent en question l’un après l’autre les divers éléments de la tradition musulmane ».

La vie de Mahomet d’après la Sîra

Mahomet, en arabe Muhammad, naît à La Mecque dans une famille pauvre, celle d’Abd al-Muttalib, du clan des Hachémites, de la riche tribu des Quraysh ou Qurayshites (lire « kouraïche »).

Il est né le premier septembre 570, l’année de l’éléphant. Cette année-là, les troupes du roi d’Abyssinie, l’Éthiopie actuelle, Abraha, maître du Yémen, attaquent La Mecque montées sur des éléphants. Dieu envoie des oiseaux, qui bombardent les envahisseurs de cailloux et les mettent en fuite.

Le père de Mahomet, Abdallah (« le serviteur de Dieu ») meurt durant la grossesse de son épouse Amina (« la fidèle »). À sa naissance, Mahomet est confié à une nourrice et grandit parmi les Bédouins (les nomades). Alors qu’il a 6 ans, des anges lui ouvrent la poitrine et lui lavent le cœur. La nourrice prend peur, considère l’enfant comme fou et le ramène à sa mère. Celle-ci meurt peu après sans avoir eu d’autres enfants. Mahomet est orphelin et seul. Il est recueilli par son oncle Abu Talib. Il protégera Mahomet des attaques de ses concitoyens réticents à sa prédication tant qu’il vivra. Mais pour l’instant, Mahomet grandit parmi les siens et devient caravanier. La Mecque n’est-elle pas un grand centre caravanier où se croisent les convois entre le Yémen au sud et la Syrie-Palestine, le Sham au nord ?

Lors de ses nombreux voyages, il rencontre des juifs, des chrétiens, des sabéens et des zoroastriens qu’il écoute et avec qui il discute. Il voit des ruines de cités détruites, Pétra au nord et Ma’rib au sud, qu’il considérera comme un châtiment d’Allah.

Entre 20 et 25 ans, il devint l’homme de confiance d’une riche veuve Khadija, négociante, propriétaire de caravanes. En 596 (ou 600), il l’épouse malgré la différence d’âge, elle a 15 ans de plus que lui. Il ne prendra aucune autre femme jusqu’à sa mort en 619. Elle lui donnera quatre filles dont Fatima et deux fils morts en bas âge.

La révélation

Mahomet aime à se retirer dans la grotte Hîra sur le mont Nûr près de La Mecque pour y prier. Une nuit de 610, le 28 du mois de Ramadan, l’ange Gabriel lui apparaît et l’apostrophe : « Lis (ou récite) » lui dit l’ange.
« Mais je ne sais pas lire » lui répond Mahomet.
« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé l’homme d’un caillot de sang ! Lis car ton Seigneur est le Très Généreux : il enseigne par le calame (le stylet pour écrire), il a appris à l’homme ce qu’il ignorait ». (Co. 96, 1-5)

Ainsi commence la révélation qui durera 22 ans. Notons que ce premier contact avec Dieu ne se trouve pas dans la première sourate du Coran, mais la 96ème.

Bien sûr, Mahomet en est bouleversé, on le serait à moins, mais il peut compter sur Khadija pour le soutenir. Après trois années de silence, les révélations reprennent. Quand l’esprit se révèle à lui, Mahomet entre en transes, s’entoure de son manteau, tremble et transpire abondamment.

Il a comme mission de convertir sa tribu au dieu unique : Allah ou al-Rahman (le Miséricordieux) déjà connu des membres de sa tribu qui en ont fait leur dieu suprême assisté de déesses et de multiples idoles. Il prédit de grands malheurs, des destructions si sa tribu ne se rallie pas à Allah, comme dieu unique, qui rétribue les actions humaines et s’ils n’abandonnent pas leurs idoles. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Il est raillé : comment un simple caravanier ose-t-il prendre la parole dans les assemblées ? Heureusement, son oncle le protège.

Une nuit, l’ange Gabriel l’invite à monter sur le dos d’un animal mythique, Buraq, mi-femme, mi-cheval ailé. Il est transporté vers Jérusalem d’où il monte vers les cieux. Dans le premier ciel, il rencontre Jésus, Moïse loge au cinquième ciel et Allah le reçoit au septième ciel où il trône à côté du Coran incréé.

Lorsqu’il raconte ce voyage, ses concitoyens se pâment de rire. Il prévient alors qu’une caravane, qu’il a aperçue du ciel, arrivera deux jours plus tard. Malgré la réalisation de cette prédiction, peu de personnes croient en son message et en son aventure. Aïcha, qui deviendra la femme du prophète, dans un hadith qui lui est attribué, certifie que Mahomet lui aurait dit qu’il avait voyagé en rêve. Cela n’empêche pas la Sîra d’en faire l’épisode de la vie de Mahomet qui justifie que Jérusalem soit considérée comme la troisième ville sainte de l’islam.

Mahomet est donc rejeté des siens. Il n’a pas l’aura des anciens et il ne parvient pas à les convaincre. Il change de stratégie, il conseille à ses concitoyens d’interroger les « gens du Livre », les juifs et les chrétiens qui ont eu une révélation identique pour leur peuple. En vain.
Il n’a pas plus de chance auprès des Bédouins. On lui demande des miracles, comme en a fait Moïse qu’il a pris comme modèle, mais comme le dit le Coran, ce n’est qu’un homme, un messager.
Craignant pour leur vie, la majorité de ses fidèles, une centaine de personnes, va se réfugier en Abyssinie, où le Négus, le roi chrétien les prend sous sa protection.

En 619, son protecteur et sa femme Khadija meurent. Mahomet est seul et de plus en plus raillé : « C’est un djinn (esprit de feu créé par Allah) qui le possède ». Les membres de sa tribu lui posent des questions auxquelles il ne peut répondre. Il n’a rien inventé, il ne connaît que ce que l’ange Gabriel lui révèle petit à petit. Il passe pour un fou.

En 620, lors du pèlerinage annuel à la Kaaba, auquel participent les Bédouins et les tribus des alentours, il prend contact avec des gens venant de Yathrib, une oasis à 400 km au nord de La Mecque. Cette oasis est occupée par deux tribus arabes rivales, les Aws et les Khazradj, ainsi que par trois tribus juives : les Banu Nadir, les Banu Quraydha et les Banu Qaynuqa qui fabriquent des armes et des objets en or. Les tribus arabes sont en conflit permanent. On l’invite donc à venir à Yathrib en qualité d’arbitre et de conciliateur.

L’hégire

En 622, le 16 juillet, un vendredi, jour de la création d’Adam, Mahomet fuyant La Mecque entre dans Yathrib, où les deux tribus arabes se convertissent collectivement et se réconcilient. Yathrib devient al Madinat an Nabi, la Ville du Prophète, Médine en français. C’est l’hégire (l’immigration), le début de l’ère musulmane.
Mahomet passe du statut d’avertisseur, de messager au statut de juge, d’envoyé de Dieu et de prophète.
On donne une maison à Mahomet à la périphérie de la ville dans le jardin de laquelle il fait construire la première mosquée. À cette époque, la prière était orientée vers Jérusalem.

Les tribus réconciliées s’accordent sur un traité où tous, musulmans et juifs ne font qu’une seule et même communauté : la Umma.

Mais l’entente est de courte durée. Les interprétations de la Torah que fait Mahomet incitent les juifs à l’ironie : on est dans l’à-peu-près. C’est la rupture. Mahomet accuse les juifs et les chrétiens d’avoir perverti le message qu’ils ont reçu, ils ont modifié les écritures. Alors que les juifs étaient, à La Mecque, des gens qu’il fallait écouter, car ils savaient, ils deviennent des falsificateurs à Médine. L’orientation de la prière se déplace de Jérusalem vers La Mecque, le jeûne est fixé au mois de Ramadan et la polygamie est rétablie.

Les dix dernières années de sa vie, Mahomet devient un chef de guerre.
Comme un pilleur, il attaque les caravanes des Quraysh de La Mecque, qui sont devenus ses ennemis, même lors des mois sacrés. Il tue lors des razzias, ce qui était interdit par les lois tribales. Ses alliés s’en inquiètent, mais Allah vient à son secours : « Combattre en ce mois est un péché grave, mais il est encore plus grave de détourner les hommes de la voie de Dieu, de ne point croire en lui… »

C’est la guerre contre les Quraysh. Ceux-ci tentent à plusieurs reprises d’en finir avec le prophète. Ils assiégèrent plusieurs fois Médine.  En 624, à la bataille de Badr, Mahomet est resté en arrière, il n’a pas combattu. On lui conteste son droit au butin, mais Allah révèle : « Le cinquième du butin revient à Dieu, au Prophète et à ses proches, aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs. »

Après cette victoire, les juifs des Banu Qaynuqa sont chassés de Médine.
En 625, c’est au tour des Banu Nadir de subir le même sort.
Mahomet se débarrasse de ses détracteurs. Après les juifs, il s’en prend à la poétesse Asma bint Marwan qui ridiculisait les hommes de Médine « car ils suivaient un homme qui n’était pas de leur lignée et qui racontait des bobards ». Il la fait assassiner.

En 626, accusé de tiédeur dans les combats, les Banu Quraydha sont massacrés : ils sont égorgés et jetés dans une fosse commune. Leurs femmes et leurs enfants font partie du butin que l’on partage. Mahomet se choisit Rihana qui devient son épouse. La Sîra raconte (vol 2, 58-60) : « Le prophète recommanda à ses compagnons : « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le.»… Il prit près de 400 prisonniers et donna l’ordre de leur trancher la gorge. Les Khazraj se livrèrent à cette tâche avec plaisir. La joie se lisait sur leurs visages, alors que les Aws gardaient le visage fermé. C’est que les juifs s’étaient jadis alliés aux Aws contre les Khazraj. Le prophète s’étant souvenu de ce pacte, livrera les derniers juifs aux Aws … il donna à tuer un juif pour deux hommes des Aws et leur dit : « Le premier frappera et le second l’achèvera ». »

En 628, Mahomet marche sur La Mecque, mais l’attaque n’a pas lieu, une trêve est conclue : l’année suivante, 2000 fidèles pourront venir en pèlerinage.

En 630, Mahomet revient à La Mecque sans rencontrer de résistance, la trêve prévoyait que les Quraysh quittent la ville lors du pèlerinage. Il y détruit les 360 idoles, qui garnissaient la Kaaba.

Le chef des Quraysh, Abu Sufyan, enfin convaincu, signe la capitulation, il se soumet, il devient « musulman ». Cette soumission est célébrée par le mariage de Mahomet et d’Habiba, la fille du chef des Mecquois.

Mahomet n’aura fait qu’un pèlerinage : il meurt le 8 juin 632, sans héritier et sans avoir réglé sa succession. Une violente crise éclate, elle va durer de longues années.

Notons que Tariq Ramadan a rédigé une biographie du prophète expurgée des scènes de violence, …plus acceptable par les non musulmans.

Commentaires

Que sait-on de l’existence de Mahomet ? J’ai consacré un article à ce sujet. D’après des sources indépendantes, contemporaines des événements, Mahomet aurait été un chef de guerre considéré comme un prophète par ses disciples… et par des juifs. C’est tout ce qu’on sait.

La Sîra contredit le Coran : Mahomet n’a pas fait de miracle d’après celui-ci alors que la Sîra en regorge.

Elle contredit les sources contemporaines en le présentant comme un illettré. En 660, un chroniqueur arménien décrit Mahomet comme « instruit et très versé dans l’histoire de Moïse« . Un document, contenu dans la Sîra, la charte de Yathrib, dont je vais reparler, commence par « ceci est un écrit du messager de Dieu« . Mais pour les musulmans, il doit être illettré, car le « Coran est l’oeuvre de Dieu, un homme n’aurait jamais pu écrire un livre aussi beau« .

La vie de Mahomet se passe entre La Mecque et Yathrib, nommée Médine. Or rien ne permet d’affirmer que La Mecque ait été une importante ville caravanière. Tout d’abord, à cette époque, les VIe et VIIe siècles, le commerce international se faisait par voie maritime, contournant la péninsule arabique. Ensuite, la ville est construite dans une cuvette aride, couverte de caillasse, où rien ne pousse, ce n’est pas une oasis. Elle ne pouvait pas subvenir aux besoins des caravanes.

Par contre, c’était probablement un lieu de pèlerinage pour les nomades qui venaient implorer leurs dieux pour obtenir la pluie, car à certaines périodes, des torrents d’eau déboulent des montagnes avoisinantes et inondent la cuvette. Le pèlerinage actuel mime ce dévalement des eaux par une course des pèlerins du mont Arafa vers la plaine de Mina. Ces inondations ont détruit plusieurs fois la Kaaba.

Il est probable que lors des pèlerinages, la Kaaba ait servi à déposer les pierres (bétyles) qui représentaient les dieux de Bédouins. Les sédentaires construisent des temples pour leurs dieux, les nomades les emportent avec eux sous forme de pierre. Ceci explique que Mahomet ait détruit 360 idoles lors de son pèlerinage et qu’une pierre noire orne toujours la Kaaba.

La Mecque occupe la même situation que Pétra (actuellement en Jordanie). Mais Pétra, grâce à un ingénieux système de canalisations et de rétention des eaux, est devenue une ville prospère qui est retournée au désert dès que les canalisations n’ont plus été entretenues. On ne retrouve nulle trace de canalisations à La Mecque. Il faut dire que les fouilles archéologiques y sont interdites… alors que les bulldozers retournent les terrains pour y construire des hôtels de luxe.

Autre fait troublant : il est peu probable que des « tribus » juives aient vécu si loin à l’intérieur de la péninsule arabique. Leur présence est attestée dès le IVe siècle, mais dans le nord de la péninsule. De plus, si Mahomet s’en est pris aux tribus juives, entre 624 et 626, pourquoi lit-on dans un récit (Doctrina Jacobi), daté de la période 634-640, mettant en scène des juifs à qui on annonce la défaite des Byzantins contre les armées de Mahomet à Gaza : « Et nous les juifs, nous étions dans une grande joie. On disait qu’un prophète était apparu, venant avec les Saracènes, et qu’il proclamait l’arrivée du Christ Oint qui allait venir.« 

Que du contraire, dans la charte de Yathrib qui, je le rappelle est reprise dans la Sîra, les disciples de Mahomet et les juifs sont unis dans une « umma », une confédération dont le but est de guerroyer « sur le chemin de Dieu ». Ce document, dont une autre source existe indépendamment de la Sîra, parle non pas de 2 tribus arabes et de 3 juives, mais de 8 clans arabes et leurs alliés ou clients juifs.

Conclusion

Cette histoire a été reconstituée 200 ans après la mort du prophète. Elle n’a pas de crédibilité historique, elle a été écrite pour justifier le Coran, elle fait partie d’une discipline appelée les « circonstances de la révélation ». Aucun des événements contés dans la Sîra n’est confirmé par une source indépendante.

La chasse aux sorcières

Cet article fait suite à l’article intitulé « L’Inquisition« .

Au XVI° siècle, l’Eglise est en train de perdre son combat contre la Réforme sauf en Espagne et dans des principautés de la péninsule italienne. Rome se doit de réagir, de montrer sa toute puissance et elle en a les moyens : l’Inquisition est un véritable outil de terreur. Elle va s’attaquer maintenant à une autre hérésie, celle des adeptes du Diable, la sorcellerie. La chasse aux sorcières va s’étendre à tous les pays, catholiques comme protestants.

L’Eglise contre le Diable

Dès 1468, le pape Innocent VIII a confié à l’Inquisition la lutte contre la sorcellerie. En ce temps-là, le Diable est omniprésent pour les chrétiens, il vit à leurs côtés. Le Diable, c’est le subterfuge qu’a trouvé l’Eglise pour justifier la présence du mal dans la création d’un dieu bon et miséricordieux. Tout le mal est l’oeuvre du Diable : les mauvaises récoltes, les épidémies (la peste), l’impuissance masculine, la stérilité, les revers de fortune, etc. Mais le Diable est un hypocrite, il n’agit pas à visage découvert : il se sert des hommes qui ont la faiblesse de lui faire confiance, de passer un pacte avec lui en échange d’un pouvoir maléfique qui leur permettra de dominer les autres quitte à perdre leur âme.

En 1486, deux moines dominicains, Heinrich « Institoris » Krämer et Jakob Sprenger publient un livre détaillant le pouvoir des adeptes de Satan, la façon de les débusquer et de les combattre : le Malleus malificarum, le Marteau des sorcières. Car ce sont les femmes, que l’Eglise considère comme faibles et inférieures intellectuellement, qui sont les plus exposées aux tentations du Diable. N’est-ce pas la femme qui est à l’origine du péché ? Il suffit de lire le chapitre 3 de la Genèse pour se convaincre… du contraire ! C’est beau d’avoir la foi, de croire tout ce qu’on dit, mais c’est mieux de vérifier. Voici la séquence des événements :

  1. Dieu crée l’homme (Ge. 2, 7)
  2. Dieu interdit à l’homme de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Ge. 2, 16)
  3. Dieu crée la femme (Ge. 2, 22)

La femme était donc ignorante du commandement de Dieu. Les seuls responsables du péché originel sont Dieu et l’homme.

Notons que le Malleus malificarum, qui connut 31 rééditions, fut mis à l’index par le Vatican parce qu’ il ne respectait pas le dogme. Il donnait trop d’importance au Diable, qui n’a aucun pouvoir sur les perturbations atmosphériques. C’est bon à savoir.

Revenons aux sorcières. Si quelque chose ne va pas dans un village, une sorcière est mise en cause. (Je vais utiliser le féminin, car la plupart des procès concerne des sorcières). C’est souvent une veuve, habitant à l’écart du village, qui prodigue des remèdes aux villageois, mais qui peut aussi leur jeter des sorts. Elle connaît les plantes. On fait appel à elle pour les accouchements mais aussi les avortements. Elle a le mauvais œil. Elle participe aux sabbats qui se tiennent dans les clairières, présidés par un démon qui, dans un simulacre de messe, conforte son pouvoir sur ses disciples.

Des inquisiteurs ont publié des livres reprenant les déclarations des invités aux sabbats, comme Pierre de Lancre, envoyé par Henri IV pour nettoyer le Pays basque (Tableau de l’inconstance des mauvais anges et des démons, 1612). Il y recense les aspects du Diable, tantôt un bouc avec 2, 3 ou 4 cornes, tantôt un géant monstrueux, tantôt un arbre, etc. Il apparaît dans le noir ou éclairé de mille feux. De Lancre en conclut que le Diable peut prendre toutes les apparences et qu’il faut redoubler de vigilance… au lieu de voir dans ces descriptions l’imagination d’esprits naïfs.

Une simple accusation peut envoyer une sorcière au bûcher. Pourtant dans ces XVIe et XVIIe siècles, les choses ont changé : la justice est rendue par le pouvoir civil, le parlement régional (le conseil municipal). Les procès sont souvent publics, c’est un spectacle. Les accusés sont maintenant confrontés aux accusateurs et aux témoins. Les inquisiteurs ne font qu’instruire l’affaire et mener les exorcismes, car il faut faire avouer les démons qui ont pris possession de l’âme des sorcières. Les moines restent néanmoins tout puissants car ils ont les moyens d’impressionner les juges. Rares sont les sorciers et les sorcières qui sortent blanchis des accusations, car le Diable laisse des marques sur ses adeptes. Un moment important du procès est la recherche de ces marques, recherche qui confine à la perversion sexuelle : la victime est mise à nu, complètement rasée, les yeux bandés. Un médecin recherche dans les moindres recoins une altération de la peau et y enfonce une aiguille. Si la sorcière ne crie pas, on a trouvé une marque du Diable… mais on continue l’investigation, le spectacle doit durer. Parfois, pour convaincre les juges, le médecin ne fait que poser l’aiguille sur la peau, évitant ainsi la douleur et le cri. Mais ce n’est pas très utile, car si on ne trouve pas de marque, c’est la preuve qu’on a affaire à une grande sorcière : le Diable a caché ses marques. On perquisitionne également au domicile des accusées pour trouver des statuettes de cire, le pacte signé avec le Diable, des onguents, des clous, etc. Inutile d’invoquer un alibi : il est connu que les sorcières ont le pouvoir de bilocation !

Souvent, l’accusée, de bonne foi, doute et avoue tout ce que l’inquisiteur veut entendre : elle est bonne chrétienne et croit fermement au Diable. L’autorité de la Faculté de médecine a détecté des marques, l’autorité religieuse l’accuse, ça doit donc être vrai.

Sorcière au bûcher (XVIIe siècle)
Les possédées

A côté des sorciers et sorcières qui ont pris contact avec le Diable, qui sont conscients de leur faute, on trouve les possédées. Un sort leur a été jeté par un sorcier. Le Démon a pris possession de leur corps à leur insu, ou plutôt les démons. On peut en compter des milliers ! Ils viennent se présenter à tour de rôle : Belzébuth (le seigneur des mouches en araméen), Lucifer (le porteur de lumière en latin), Asmodée (le démon de la peur), Astaroth (l’ancienne déesse Astartée), et bien d’autres.

Le Diable s’attaque à une autre classe de la société : les religieuses. Il s’attaque aux citoyens des villes alors que les sorcières relevaient d’un phénomène rural. Les procès de possession sont les plus documentés et ils concernent principalement des religieuses. La possession semble contagieuse, car souvent tout le couvent est infecté. Les inquisiteurs ont beaucoup à faire car les démons qu’ils exorcisent se relaient et tourmentent la victime dont le corps se tord et prend des positions pour le moins inconfortables. Lors des exorcismes, les démons dénoncent le sorcier qui a envoûté la malheureuse. C’est très paradoxale, le Diable dénonce ses propres adeptes. Il y a donc un double procès, celui des possédées, victimes, et celui du sorcier, souvent un prêtre, qui les a mis dans cet état.

Les procès les plus connus sont ceux d’Urbain Grandier, confesseur des nonnes du couvent des ursulines de Loudun (vers 1632) et de Louis Gaufridy de Marseille qui aurait ensorcelé Madeleine de Demandolx, une ursuline également, dont il fut le confesseur (vers 1610). Si le premier n’a jamais avoué, le second s’est repenti avant de revenir sur ses aveux. Ils ont néanmoins subi le même sort : le bûcher… et la torture. Voici la condamnation proposée par les inquisiteurs au Parlement d’Aix-en-Provence au sujet de Louis Gaufridy : « Il sera dégradé des ordres sacrés, fera amende honorable, tête et pieds nus, la corde au cou, tenant un flambeau. Il sera tenaillé en tous les lieux et carrefours d’Aix avec des tenailles ardentes en tous les endroits du corps. Il sera brûlé tout vif par un feu de bûches… après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire pour dénoncer ses complices. »

Car même condamné, le sorcier est torturé : n’est-il pas allé aux sabbats dans lesquels il a rencontré d’autres sorciers ? Il doit les dénoncer, ce qui va donner de l’ampleur au procès, l’accusé désignant d’autres innocents, comme à Salem, dans la colonie britannique du Massachusetts en 1692.

Avec la recherche des marques, la torture est un autre moyen d’arriver aux aveux. Dans un premier temps on se contente de priver l’accusé de sommeil ou de lui imposer la présence de moines qui l’encouragent à avouer et qui empêchent le Diable de lui venir en aide. Puis on en vient aux tourments : on simule la noyade, on écrase les doigts, les genoux ou on utilise l’estrapade, entre autres. La différence entre la question ordinaire et extraordinaire réside dans la durée ou la violence de la séance. Ainsi, pour l’estrapade (voir illustration ci-après), dans un premier temps, la corde est peu solide, quand on fait violemment retomber l’accusé, la corde casse et il est projeté par terre. Ensuite, la corde, plus solide, le maintient à quelque distance du sol, brisant ses articulations lors de la chute.

Illustration d’un livre de Mille de Souvigny (1541)

Notons que ces procès visent souvent des prêtres ouverts aux idées nouvelles, parfois proches des protestants, rebelles à l’autorité.

Trop c’est trop !

En 1644, dans le village maléfique de Mâlain en Bourgogne où une grotte sert d’entrée aux Enfers (le Trou du Diable), les récoltes ont été mauvaises. Un habitant dénonce une sorcière. Ce seront bientôt une douzaine d’accusés, hommes et femmes, sur une population de 600 âmes, qui vont comparaître devant les juges. Ils sont directement soumis à l’ordalie de la baignade : un jugement de Dieu qui consiste à jeter les accusés pieds et poings liés dans un lac, une rivière ou un puits. Si le prévenu coule, c’est qu’il était innocent. Six se noient. Ils sont enterrés en bons chrétiens dans le cimetière entourant l’église. Malheur aux autres, ils sont amenés devant l’Inquisition qui prononce deux exécutions et des bannissements.

Mais l’action en justice ne s’arrête pas là. Des proches portent l’affaire devant le Parlement de Dijon. Le jugement est sans appel : les accusés sont relâchés, trois des accusateurs sont pendus sur la place de la ville, les autres envoyés aux galères. Les temps changent.

Note : l’étymologie du mot Mâlain n’a rien de maléfique, mais vient du latin « Mediolanum », nom donné à plusieurs villages se trouvant « au milieu ». Milan ou Melun ont la même origine.

En 1660, le Parlement de Paris sceptique lors du procès des possédées du couvent des ursulines (encore) d’Auxonne ne prononce aucune condamnation, mais disperse les nonnes dans plusieurs couvents.

Le sorcellerie n’existe pas !

Les procès en sorcellerie vont s’attaquer à des personnages de plus en plus importants : la rumeur accuse des courtisans de faire appel à des empoisonneurs ou de participer à des messes noires.

En 1672, le roi Louis XIV et son ministre Colbert signent une ordonnance déclarant que la sorcellerie n’existe pas, mais que « le pays est infesté de devins, bohémiens et empoisonneurs ». Leurs méfaits seront poursuivis et punis pour vols, escroquerie ou assassinats.

Ainsi prend fin la chasse aux sorcières en France.

Je laisse la conclusion à Roland Villeneuve qui dans un livre sur les procès de sorcellerie déclare : « Ici, la réalité dépasse de loin les fictions sadiennes. L’homme jette le masque et apparaît dans toute sa haine, sa bêtise et sa lubricité. »

Note : Le Marquis Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) était homme de lettre, homme politique et philosophe athée, viscéralement anticlérical. Ses livres ne sont que le reflet d’une époque.

L’inquisition

Jamais dans l’Histoire, une religion n’a fait preuve d’autant d’ignominie et de violence pour imposer sa doctrine. Entre le XIII° et le XIX° siècle, suivant les pays, l’Eglise de Rome a semé la terreur dans toute l’Europe traquant tous ceux qu’elle soupçonnait d’hérésie ou de commerce avec le Diable (j’aborderai ce volet dans l’article suivant).

Il n’y a pas de consensus entre les historiens quant au nombre des victimes de l’Inquisition. Les chiffres vont de plusieurs millions à quelques centaines ! L’historien Guy Bechtel a répertorié plus de 250.000 poursuites pour sorcellerie. Même si tous les procès ne se sont pas terminés par une condamnation à mort et compte tenu que la plupart des dossiers ont disparu, on peut estimer à plusieurs dizaines de milliers, si pas à quelques centaines de mille le nombre de victimes de l’Inquisition.

Mettons fin tout de suite un malentendu : l’Inquisition n’a tué personne, l’Eglise n’a pas de sang sur les mains. Si un accusé était reconnu coupable, il était « relâché ». Cet euphémisme traduit la remise du coupable, ou du moins ce qu’il en restait, au bras séculier, à la justice civile, qui appliquait la sentence au « bienheureux ». Car l’objectif de l’Inquisition était de sauver l’âme du pécheur qui s’était détourné de la seule Vérité. S’il avait abjuré, il était absous et avait gagné sa place au purgatoire.

Des débuts hésitants

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, l’Inquisition ou Saint Office a été créé par le pape Innocent III en 1199, confirmé en 1213 pour éradiquer les hérésies cathares et vaudoises. Aujourd’hui cette institution existe toujours sous le nom de Congrégation pour la doctrine de la foi qui a été présidée par Joseph Ratzinger, avant qu’il ne devienne Benoît XVI.
Au début, la procédure était confiée aux évêques, mais dès 1235, elle sera confiée à des moines dominicains ou franciscains (les capucins) avec pour seule mission d’éradiquer les hérésies. Les inquisiteurs sont relevés de leur vœux d’obéissance, pour échapper à l’influence des évêques. Ils sont tout puissants, ils ne réfèrent qu’au pape et héritent de son autorité.

Pourquoi s’attaquer aux hérétiques, poursuivis pour crime de lèse majesté ? Le religion et l’Etat ne font qu’un. La religion est le ciment de la société médiévale, elle garantit l’ordre sociale. L’hérétique est donc considéré comme un hors-la-loi, un renégat qu’il faut extirper de la société pour éviter la contagion. L’empereur germanique Frédéric II Hohenstaufen (1198-1250) est le premier à décider que les hérétiques seraient livrés au bûcher… à moins que le juge ne décide de leur couper la langue. Le premier bûcher fut allumé à Catane, en 1224, en Lombardie, terre du Saint empire romain germanique.

Frédéric II est un personnage pour le moins ambigu. C’est lui que les cathares espéraient pour les secourir à Montségur, c’est lui qui fut assimilé à l’Antéchrist par le pape Grégoire IX. Homme très cultivé, parlant plusieurs langues dont l’arabe, il gouvernait l’Empire germanique, de la Baltique à la Sicile en passant par la Provence. Lors de la VI° croisade, le sultan Saladin (Salah al-Din), avec qui il entretenait d’excellentes relations, lui offrit la ville de Jérusalem qu’il venait de reprendre aux croisés. Mais il ne supportait par les hérétiques sur ses terres.

La procédure inquisitoriale

L’Inquisition innove par rapport au droit romain, toujours d’application au Moyen Age : une plainte ne doit plus être déposée pour instruire un procès. Une simple dénonciation anonyme ou même une suspicion pouvait amener une personne devant l’Inquisition.

Les inquisiteurs se déplaçaient dans une région accompagnés de gens d’arme, de notaires qui transcrivaient les débats, de greffiers, etc. Tout commençait par une prédication, l’inquisiteur exposait la doctrine de l’Eglise et réfutait les thèses hérétiques. Pour une durée de 15 ou 30 jours, un décret de grâce était proclamé : les hérétiques étaient appelés à confesser spontanément leur déviance. Ils échappaient alors aux sanctions du pouvoir civil, ils recevaient un châtiment religieux (pénitence, retrait dans un monastère, pèlerinage). Ce décret de grâce permettaient également les dénonciations. La terreur s’installait alors dans la région : tout un chacun craignant faire l’objet d’une malveillance de ses voisins.

Ceux qui avouaient spontanément n’étaient pas sauvés pour autant des griffes de l’Inquisition. Ils devaient faire des aveux complets : ils devaient dénoncer leur congénères qui ne s’étaient pas présentés.

Devant le tribunal le prévenu pouvait être accompagné d’un avocat… jusqu’à ce qu’une bulle papale considère que ceux qui aidaient les hérétiques étaient certainement des hérétiques eux-mêmes. Le suspect n’était pas confronté à ses dénonciateurs ni aux témoins dont il ignorait les noms. Il ne connaissait même pas le motif de sa présence devant le tribunal. La première question qu’on lui posait était : « pourquoi êtes-vous ici ? ». Une stratégie de défense était donc très difficile à établir.

L’accusé avait néanmoins certains droits : il pouvait faire appel à Rome où la cause serait jugée au vu du dossier composé par le notaire. Mais dans son « Manuel des Inquisiteurs », le dominicain catalan Nicolas Eymeric (1330-1399) précise : « Il faut rendre la procédure la plus courte possible en rejetant tout appel qui sert à éloigner le jugement ». L’accusé pouvait aussi donner la liste des personnes qui auraient pu lui nuire et dont le témoignage ne sera pas pris en compte. Tout faux témoignage était puni de la prison à vie.

Le prévenu devait jurer sur les évangiles, ce qui était contraignant pour certains hérétiques. Après avoir prêté serment, tout mensonge, tout parjure condamnait l’accusé à la prison à vie… ou au bûcher.

Pour être reconnu coupable, le prévenu devait avouer. Le but étant la sauvegarde des âmes, l’aveu et la contrition étaient très importants. Les nombreux manuels de l’Inquisiteur recèlent des astuces pour faire avouer les récalcitrants : pression morale, pression physique, privation de nourriture, privation de sommeil, questions vicieuses, ruse et enfin la torture, qui ne sera admise officiellement qu’en 1252. Un aveu sous la torture devait être réitérer par la suite… le silence était considéré comme une confirmation.

Quelles sont les sentences ?
Le jugement est prononcé en public, lors d’une cérémonie. Les peines sont énoncées en commençant par les acquittements. Puis viennent les repentants, condamnés à des mortifications durant les messes, à des séjours dans un monastère ou à des pèlerinages où ils seront probablement flagellés à chaque étape. Certains doivent porter un vêtement d’infamie qui les identifiera à vie. Les peines les plus sévères sont l’emprisonnement et la condamnation à mort. Les condamnés sont remis alors au pouvoir temporel, le bras séculier chargé d’appliquer les sanctions.

L’application des peines donnait lieu à un grand rassemblement, une grande foire, c’est l’auto da fé, l’acte de foi. Les condamnés à mort étaient voués au bûcher, ce qui n’empêchait pas, dans certains cas de leur couper des membres, de les écarteler ou de leur faire subir d’autres joyeusetés qui faisaient le bonheur de la foule. Le condamné ne montait pas sur le bûcher. Celui-ci était constitué de fagots à hauteur d’homme, disposés en U. Le condamné était placé au milieu puis on y mettait le feu. Les fagots s’effondraient sur le supplicié. Parfois, celui-ci était étranglé avant de brûler ou sa tunique était enduite de poix pour qu’il soit asphyxié avant la crémation.

La sanction s’accompagnait souvent de la confiscation des biens au bénéfice de l’Inquisition dans un premier temps, puis du pouvoir civil qui, dans ce cas, payaient les frais d’entretien des condamnés à la prison. Ce procédé sera mis à profit par les rois pour s’enrichir.

Auto da fe
Le pape perd la main

En 1301, le roi de France Philippe IV le Bel (1268-1314) sous prétexte des excès commis par l’Inquisition, en prend le contrôle. Ce qui lui permettra d’accuser les templiers d’hérésie et de sodomie et de les faire arrêter partout dans le royaume, le vendredi 13 octobre 1307. Les templiers formaient un Etat dans l’Etat, ils étaient les créanciers du roi. Philippe le Bel comptait s’emparer de leur richesse et de leur propriétés.

L’Inquisition contre la science

L’Inquisition s’est aussi attaquée aux idées nouvelles. Pour l’Eglise, Dieu a créé la terre pour l’homme. Tout ce qui l’entoure lui est subordonné. En 1600, le moine dominicain Giordano Bruno (1548-1600) est condamné au bûcher par l’Inquisition de Rome pour avoir professé que les étoiles étaient d’autres soleils autour desquelles tournaient des planètes. En 1616, les idées de Copernic sont condamnées par le Saint Office : non, la terre ne tourne pas autour du soleil. Pour la même raison, en 1633, Galilée est assigné à résidence.

L’Inquisition espagnole

La « reconquête » du territoire sur les musulmans a coûté très cher aux nouveaux souverains Isabelle de Castille (1451-1504) et Ferdinand II d’Aragon (1452-1516) qui par leur mariage réunissaient tous les territoires espagnols.

Dans l’Espagne musulmane, al-Andalus, les juifs ont pu prospérer relativement librement. Ils se sont enrichis par le commerce. Ils deviennent donc la cible des souverains « très catholiques » en quête de richesse. En 1492, l’année même de la « reconquête » de la péninsule espagnole qui se termine par la chute de Grenade, dernier bastion musulman, les juifs doivent choisir entre quitter l’Espagne, en abandonnant leurs biens, ou se convertir au catholicisme. Dans les territoires qui avaient déjà été reconquis, plusieurs juifs s’étaient fait baptiser pour échapper à l’humiliation et à l’ostracisme décrété par le statut de Valladolid (1412) : port de la rouelle (l’ancêtre de l’étoile jaune), habit humble fait de toile grossière, interdiction de se couper les cheveux et la barbe, interdiction d’être armé, d’avoir des amis chrétiens, d’occuper une charge officielle.

Mais par leur conversion, ils devenaient la cible de l’Inquisition qui n’avait de pouvoir que sur les chrétiens. A part en Aragon (1232), l’Inquisition n’était pas présente dans la péninsule. Les souverains vont donc demander au pape de leur envoyer des inquisiteurs, qui entrent en fonction dès 1480, mais sous le contrôle exclusif des souverains. Les confiscation de biens se feront à leur seul avantage.

L’Inquisition va s’acharner contre ces nouveaux catholiques sous prétexte qu’ils ne respectent pas le dogme… ce qui dans la plupart des cas était vrai : personne ne s’était soucié de leur apprendre le catéchisme. Déjà avant le décret d’expulsion, plusieurs juifs convertis vont faire appel au pape Sixte IV qui va prendre leur défense : en 1482, il dénonce la soif du lucre de l’Inquisition qui pour rappel est à la solde des souverains espagnols. Ceux-ci s’insurgent et le pape annule la bulle qui sermonnait l’Inquisition espagnole.

En 1516, un nouveau souverain arrive sur le trône d’Espagne : Charles Ier d’Autriche, neveu de la reine Isabelle, plus connu sous le nom de Charles Quint empereur d’Allemagne. Il n’a que 16 ans. En 1518, les Cortès lui demandent de prendre des mesures « pour que la sainte Inquisition se consacre à assurer l’exercice et le respect de la justice, à punir les mauvais et à empêcher les innocents de souffrir ». Il ne réagira pas. L’Inquisition poursuivra son oeuvre jusqu’en 1834 en Espagne, jusqu’en 1850 au Mexique. Le dernier bûcher d’Espagne a été allumé en 1781 pour une nonne mystique : Maria de los Dolores Lopez. Après s’être attaquée aux juifs convertis (les maranes), l’Inquisition s’en prendra aux musulmans à qui on a posé le même ultimatum au nom de la pureté de la race : l’exil ou la conversion. Les musulmans convertis ont été appelés morisques.

L’inquisition et la Réforme

En 1517, un nouveau danger menace Rome : à Wittenberg, un moine s’en prend à l’autorité du pape : Martin Luther. Dans cette ville, il affiche sur la porte de l’Eglise de la Toussaint 95 revendications, appelées thèses : abolition du célibat des prêtres et des vœux monastiques, dénonciation du purgatoire, du salut par les œuvres, suppression des sacrements autres que le baptême et l’eucharistie, abolition du culte des saints et des images. L’Inquisition est chargée d’éradiquer cette nouvelle hérésie. Mais sa tâche va se compliquer car plusieurs princes adhèrent au nouveau dogme. C’est différent de l’épopée cathare, où aucun prince n’était cathare, uniquement sympathisant. Ici les princes se libèrent de la tutelle de Rome, le pouvoir spirituel n’a plus de prise sur eux, finies les menaces d’excommunication qui les mettaient au ban de la société et qui exposaient leurs terres à la confiscation.

Les conséquences vont être différentes suivant les pays. En Espagne, les protestants sont condamnés par l’Inquisition et la Réforme est éradiquée. En France, une guerre civile, dite Guerres de Religion, va opposer des princes au pourvoir royal. Dans le Saint empire germanique, l’empereur Charles Quint doit s’incliner. En 1555, la paix d’Augsbourg reconnaît officiellement le luthéranisme : chaque prince peut choisir sa religion… et l’imposer à ses sujets. Il faut se rappeler que l’empereur est élu par les princes. Face à cet échec, Charles Quint abdiquera. Dans les Pays-Bas espagnols, les provinces du nord, à majorité protestantes, déclarent unilatéralement leur indépendance en 1581. S’en suit une guerre civile de 70 ans qui donnera naissance à la Hollande qui deviendra une grande puissance maritime.

Epilogue

En 2000, à l’instigation de Joseph Ratzinger, le pape Jean-Paul II a offert « sa repentance officielle » pour tous les dommages causés au nom de la religion : Inquisition, croisades, traitement des juifs et des indigènes, etc.

« Certains aspects de ces procédures et, en particulier, leur issue violente par la main du pouvoir civil, ne peuvent pas ne pas constituer aujourd’hui pour l’Eglise un motif de profond regret » déclare le cardinal Angelo Sodano. Mais la doctrine hérétique de Giordano Bruno empêche l’Eglise de lui accorder le pardon chrétien…
Et qui va accorder son pardon à l’Eglise ?

Aïd el-Kébir (Fête du sacrifice)

Origine de cette fête

Du dimanche 11 août au jeudi 15, c’est l’Aïd el-Kébir pour les musulmans, littéralement « la grande fête » . Ce sacrifice trouve son origine dans le premier livre de la Bible, la Genèse, et plus précisément dans la saga d’Abraham. Abraham et sa femme Sarah vieillissent et n’ont pas d’enfant. Or Dieu a promis a Abraham qu’il serait père d’une multitude de nations (Ge. 17, 4). Il engrosse donc sa servante/esclave égyptienne Agar. Elle enfante d’un fils : Ismaël. Mais lorsque Abraham eut 100 ans, sa femme donna naissance à un second fils Isaac. Sarah chassa alors Agar et son Fils Ismaël vers le désert de Bersabée (Beersheva) au nord du désert du Néguev, à 80 km au sud-ouest d’Hébron, la résidence du patriarche.

Un jour, Dieu appela Abraham et lui dit : « Prends ton fils unique, Isaac, va au pays de Moriyya où tu me l’offrira en sacrifice » (Ge. 22, 2). Abraham obéit. Cependant, Dieu se contenta de sa soumission et lui permit de sacrifier un agneau à la place de son fils. C’est là l’origine de la fête de l’Aïd el-Kébir pour les musulmans.

Petite parenthèse sur Isaac. Ce personnage ne joue aucun rôle dans la Bible, sinon d’être le fils d’Abraham et le père de Jacob, soit le lien entre deux récits totalement indépendants… dans le temps et dans l’espace : les histoires d’Abraham et de Jacob.
La saga de Jacob est la plus ancienne et était contée dans le nord de la Palestine, dans l’Etat d’Israël (région de Penouël). Celle d’Abraham vient du sud, de l’Etat de Juda (région d’Hébron). Les deux histoires ont été réunies après 722 avant notre ère, lorsque les Assyriens se rendirent maître d’Israël et qu’une partie de ses habitants trouva refuge à Jérusalem dans la royaume de Juda.

Cette histoire de sacrifice a été reprise dans l’islam en changeant les personnages et l’emplacement. Abraham a offert son fils Ismaël en sacrifice à Dieu sur le site de la ville de La Mecque. D’où vient se changement, que nous dit le Coran ? Étrangement, le Coran reste muet sur l’emplacement et le nom du fils.

Que lit-on dans la sourate 37 du Coran :

101 Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon longanime.
102 Puis quand celui-ci fût en âge de l’accompagner, il dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses ». Il dit: « Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants »…
112 Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux.
113 Et nous le bénîmes ainsi que Isaac

Ismaël n’est pas mentionné dans ces versets du Coran. Isaac apparaît dans la suite de la sourate. Dans le Coran officiel, celui de Médine de l’an 1400 de l’Hégire (2019), le traducteur a remplacé « Il dit » du verset 102 par « (Ismaël) dit ». Ismaël est entre parenthèses pour indiquer comment il faut interpréter le verset.

Les musulmans ont substitué Ismaël à Isaac, car dans la Bible, les Arabes sont appelés Ismaéliens. Ce qui est plutôt étrange car Ismaël est né qu’un père hébreux (Abraham) et d’une mère égyptienne (Agar) et qu’il aurait ensuite épousé une égyptienne (Ge. 21, 21)

Pourquoi égorger les agneaux sans les étourdir ?

Une nouvelle fois, le Coran ne dit rien sur la procédure de sacrifice qui a été récupérée du judaïsme. Un hadith précise : « Dieu a commandé le bien en toute chose. Si vous tuez, faites-le avec bonté, et si vous égorgez, faites-le également avec bonté. Aiguisez votre lame et accordez le repos à la victime. »

Alors pourquoi ? Pour un simple passage de la Bible (encore elle). On est après le Déluge, Noé reçoit les consignes de Dieu, les premiers commandements. Il lui dit : « Tout ce qui se meut et possède la vie, je vous le donne en nourriture… Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang. » (Ge. 9, 3-4). Le sang est donc l’âme !

Notons une autre incohérence, chez les chrétiens cette fois. Dans les Actes des Apôtres, Jacques, le chef de la communauté à la mort de Jésus, énumère les règles à respecter. Ce sont celles dictées par Dieu à Noé et Jacques souligne bien : « il est interdit de manger les viandes non-saignées« .

Conclusion

Tout ça n’est que du folklore d’un temps révolu, ce que les croyants appellent pudiquement la tradition. Que tous ces agneaux égorgés sans raison reposent en paix.

Les cathares

Lorsqu’on voyage dans le Midi de la France, vers Béziers, Carcassonne ou Toulouse, on rencontre des panneaux portant l’inscription « Vous êtes en pays cathare« . On ne sait pas si c’est un avertissement d’un danger immédiat ou une information touristique.

Dès le XII° siècle, le catharisme s’implante en Occitanie, dans les terres du comte de Toulouse, vassal du roi de France. A cette époque, le domaine royal est un tout petit territoire (voir carte en bas de l’article, en bleu). Le roi, Philippe Auguste (1165/1179-1223), a peu de pouvoirs, ses vassaux sont plus puissants que lui, surtout le roi d’Angleterre qui occupe la moitié ouest de la France actuelle. Le comté de Toulouse est plus proche des domaines des Plantagenêts anglais et du roi d’Aragon que des terres du roi de France avec lequel il ne partage pas la même langue.

La doctrine

Les cathares (les purs), aussi appelés albigeois (les blancs), se disent bon chrétiens alors que leur religion fait peu de cas de Jésus (le Christ). Pour eux, Dieu essentiellement bon n’a pas créé la terre qui est l’œuvre d’un démiurge, Satan, le dieu de la Bible qui y fait régner le Mal. Les corps, œuvres de Satan, sont une prison pour les âmes, créations de Dieu : l’Enfer est sur la terre. Dieu a créé des purs esprits, les âmes, qui ont été capturés par Satan pour animer les corps qu’il avait tiré du néant.
Jésus n’est qu’un messager de Dieu, il a fait prendre conscience aux hommes de leur état. Jésus ne s’est pas incarné. Comment aurait-il pu se vêtir d’un corps impur ? C’était un pur esprit, il n’a pas été crucifié. Nous avons déjà rencontré des idées identiques chez Marcion, mais la filiation avec le catharisme n’est pas directe. Les idées dualistes se sont propagées de l’est, de la Bulgarie, par la Dalmatie et la Lombardie. L’époque était aux hérésies. On rencontre des cathares en Lombardie, en Aragon, en France et même en Flandre.

L’objectif des cathares est de rapprocher l’âme de Dieu jusqu’à ce qu’elle abandonne la terre. La vie sur terre ne vaut pas la peine d’être vécue. Malheureusement, tant qu’on n’a pas atteint un degré de perfection suffisant, on se réincarne après la mort, dans un nouveau né humain ou plus rarement dans un animal. L’endroit où on se réincarne n’est pas déterminé par ses actions sur terre.

On distingue deux niveaux d’initiation chez les cathares :

  • Les bons-hommes et les bonnes-dames aussi appelés « parfaits » ont atteint un degré de perfection qui leur laisse envisager de ne pas se réincarner. Ils sont végétariens (par refus de violence) et chastes (pour ne pas créer un nouvel être voué au Diable). Ils vivent pauvrement de leur travail ou de l’aumône, ils ne possèdent rien. Ils vont de village en village pour prêcher, rassurer et consoler les mourants.
  • Les pratiquants se soumettent périodiquement à l’apparelhament (la confession publique). Ils passent un pacte (le convenenza) avec un parfait pour recevoir le baptême par imposition des mains au moment de la mort (le consolament). Ils pratiquent le melhorament (l’amélioration) qui n’est pas un rite mais une manière de vivre : ils s’inclinent quand ils rencontrent un parfait pour recevoir sa bénédiction.

Il n’y a pas de rites spécifiques, sauf le consolament. Les cathares rejettent le baptême par l’eau, le sacrement du mariage, le culte de saints et des reliques, l’Eucharistie c’est-à-dire la transformation du vin en sang de Jésus et de l’hostie en corps de Jésus, comme pratiqué lors de la messe catholique.

Plus qu’une religion, c’est une civilisation différente qui émerge en Occitanie, en Languedoc. Les cathares sont loin d’être majoritaires, à peine 10% de la population. Mais ils ont le soutien de celle-ci par leur exemple alors que le clergé romain vit dans le luxe et la débauche, éloigné du peuple. Mêmes les nobles leur sont favorables bien qu’ils s’insurgent contre la féodalité : pour eux, la terre n’appartient à personne, elle est prêtée à celui qui la cultive. Contrairement aux catholiques, ils acceptent les prêts avec intérêt pour favoriser le commerce.

La société occitane est très tolérante, cathares, catholiques et juifs se côtoient en bonne entente que ce soit dans la vie de tous les jours, dans le commerce ou dans les assemblées de consuls où ils siègent à égalité. C’est également le temps des troubadours et de l’amour courtois.

La réaction de Rome

Dès 1119, le pape Calixte II (1065-1124) se rend à Toulouse pour enjoindre le comte de sévir contre ceux qui refusent le baptême. Il ne réagit pas. En 1145, Bernard de Clervaux(1090-1153), fondateur de l’ordre des Cisterciens et rédacteur de la règle des Templiers, vient prêcher dans la région de Toulouse et d’Albi. Il se rend compte que la nouvelle doctrine attire non seulement de hauts personnages, mais aussi des membres du clergé. Dans sa correspondance, il encense les parfaits : « leur conversation n’a rien de répréhensible, leurs actes sont en accord avec leurs paroles, ils ne mangent pas le pain de l’oisiveté, ils se nourrissent du travail de leurs mains, rien ne peut plus être chrétiens que ces hérétiques« . Mais ses joutes verbales avec les parfaits ne sont que des échecs

Dans ces joutes verbales, le prêcheur catholique en appelle à la foi, le parfait cathare se réfère à la raison. Voici ce qu’aurait pu être une confrontation :

Prêcheur : Jésus s’est fait homme et a souffert pour racheter nos péchés.
Parfait : Est-ce que Dieu ne remet une dette que si elle a été payée ? Est-ce qu’il pardonne l’impureté pourvu qu’elle soit pure ?

Prêcheur : Dieu a tout créé, mais le mal vient de l’homme à qui Dieu a donné le libre arbitre.
Parfait : Si Dieu a prévu que l’homme se servirait mal du libre arbitre, il a donc prévu le péché et on comprend mal qu’il ne l’ait point empêcher de se produire.

Puis vint un moine espagnol, Dominique Guzman (1170-1221) qui deviendra saint-Dominique. Il comprend le contexte du pays et demande au pape de créer un ordre de religieux mendiants : « il me semble qu’il est impossible de réduire par la seule parole des hommes qui s’appuient avant tout sur l’exemple« . Le pape obtempérera en 1231. Avant cela, il envoie son légat Pierre de Castelnau (1170-1208) qui multiplie les provocations et excommunie le comte de Toulouse Raimon VI (1156-1222). Mais alors qu’il rentre à Rome, il est assassiné.

La croisade

Accusant les sympathisants cathares, le pape Innocent III lance une croisade, en 1208, contre ceux qu’il nomme les « albigeois ». C’est la première croisade dans un pays chrétien. Le roi de France, Philippe II Auguste (1165/1179-1223) ne veut pas y prendre part, trop occupé à guerroyer contre les Anglais en Normandie, mais il laisse ses vassaux décider : le duc de Bourgogne et le comte de Nevers en seront. Le pouvoir spirituel est confié à un légat du pape : Arnaud Amaury (1160-1225). Les croisés ont les mêmes avantages que ceux qui partent en Palestine : ils obtiennent une indulgence, leurs péchés sont pardonnés, ils gagnent leur place au Paradis… en plus du butin qu’ils peuvent espérer et des territoires qu’ils peuvent conquérir.

Le comte de Toulouse, Raimon VI est sommé de livrer les cathares de ses territoires et de chasser les juifs sous peine de confiscation de ses terres. Pour éviter le pire, et effacer son excommunication, il s’engage dans la croisade… contre ses vassaux, le vicomte de Carcassonne et de Béziers et le comte de Foix. L’armée entre en Occitanie en 1209… Raimon VI n’est pas prêt, il tergiverse.

Premier objectif : Béziers, ville de 10.000 habitants, forte de sa position défensive. La ville refuse de livrer les cathares. Mais un événement rocambolesque permet aux ribauds d’entrer dans la ville. Les ribauds sont des hors-la-loi qui avec les prostituées, suivent les armées. Le gros des troupes s’engouffre à leur suite dans la ville qui est livrée au pillage. Les habitants se réfugient dans l’église de la Madeleine. Ils sont tous exterminés, curé compris. Le légat du pape aurait dit : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens« . D’autres habitants trouvent refuge dans la cathédrale saint-Nazaire. Les croisés y mettent le feu. Le bâtiment explosera. Le légat se vantera au pape d’avoir exterminé 20.000 personnes !?
Puis c’est au tour de Carcassonne qui a court de vivre et d’eau se rend. Les habitants peuvent quitter la ville sans rien emporter. Le comte Raimon-Roger Trencavel (1185-1209), qui s’est livré en otage, périra dans sa geôle. Plus rien n’arrêtent les Croisés qui occupent ville après ville.
Aucun des grands seigneurs qui participent à la croisade n’accepte les biens de Trencavel, car seul le suzerain pour démettre son vassal. Un noblion de l’Île de France accepte : Simon IV de Monfort (1165-1218).

La croisade fait une halte. Il faut savoir que les barons ne s’engagent que pour une période déterminée, en principe 40 jours, durant lesquels ils doivent veiller à la nourriture et à l’équipement de leurs hommes, ce qui leur coûte très cher. On combat surtout au printemps et en été.

La croisade reprend au printemps 1210 grâce aux subsides du pape. Le comte de Toulouse y est… pour 40 jours. Ses terres restent donc hors de portée des Français. Durant cette campagne, les premiers bûchers sont allumés dans la petite ville de Minerve (Menèrba en occitan) où 140 cathares sont brûlés lors de la prise de la ville.

En 1211, le comte Raimon VI est convoqué à Montpellier. On lui présente un ultimatum : il doit raser ses forteresses, licencier son armée et la noblesse doit quitter les villes pour les campagnes. Il refuse et est de nouveau excommunié : ses terres peuvent être confisquées. La prochaine cible sera Toulouse, mais elle va résister. Mieux, le comte fait appel à son beau-frère, Pierre II, roi d’Aragon (1174-1213) qui vient de remporter une victoire contre les Maures. L’espoir change de camp, les Occitans sont beaucoup plus nombreux. Mais à la bataille de Muret, près de Toulouse, Pierre II est tué et ses troupes battent en retraite. On est en septembre 2013, Simon IV de Monfort devient comte de Toulouse en plus de vicomte de Carcassonne et de Béziers. La bataille est perdue, Raimon et son fils se réfugient sur leurs terres de Provence, rattachées au Saint Empire romain germanique.

En 2016, le pape Innocent III (1161/1198-1216) meurt. Raimon a rassemblé une armée en Lombardie et en Provence, son fils, qui n’a que 15 ans, en Aragon. C’est la marche triomphante jusqu’à Toulouse. Simon de Monfort s’entête, il assiège la ville et en juin 2018, il est tué par un jet de pierre. Son fils Amaury (1192-1241) prend sa succession, mais à court d’argent, il abandonne la partie. Notons qu’en occitan, un niais se dit « amauri ».
Mais il n’est pas si bête que cela, il vend son titre de comte de Toulouse… au roi de France, Philippe Auguste, qui envoie son fils, le futur Louis VIII (1187/1223-1226), récupérer son bien… Le temps de massacrer toute la population de Marmande, il revient après ses 40 jours de service.
Fin du deuxième acte : les Occitans ont reconquis tout le pays, un pays certes dévasté. Le catharisme peut prospèrer de nouveau.

En 1226, Louis, devenu roi de France trois ans plus tôt, reprend sa campagne. Avignon, Béziers et Carcassonne sont prises. Il n’ira pas plus loin, il meurt la même année. Son fils, Louis IX (1214/1226-1270), n’a que 12 ans. Il est néanmoins sacré roi, sa mère Blanche de Castille assurant la régence. Celle-ci, très catholique fait excommunier Raimon VII (1197-1249), comte de Toulouse, le comte de Foix et le vicomte Raimon II Trencavel (1207-1265), toute la nouvelle génération des seigneurs occitans. Il n’y aura plus de croisade, mais une destruction systématique du pays en incendiant les forêts, les cultures et les villages, en empoisonnant les puits et en tuant le bétail.

La fin

En 1229, sans combattre, Raimon VII doit signer le traité de Meaux qui met fin à l’indépendance de l’Occitanie. Il continue à régner, mais à sa mort ses terres reviendront à sa fille Jeanne, qui doit épouser le frère du roi de France.

Que vont devenir les cathares ? En 1223, le pape Grégoire IX a confié aux moines dominicains l’éradication des hérésies, qui dépendait auparavant des évêques. Leur tâche est simple, détruire l’hérésie cathare par tous les moyens. Ils sont totalement libres, ils ne dépendent que du pape. Ils vont faire régner la terreur sur le pays. On les appelle les « chiens de Dieu », par jeu de mots : en latin « dominicains » se dit « dominicanes », soit « Domini canes », les chiens du Seigneur. Je consacrerai l’article suivant à l’Inquisition.

L’Inquisition est une véritable révolution en matière judiciaire. Le droit romain, toujours en vigueur au Moyen Age, ne prévoit d’action judiciaire que sur dépôt d’une plainte en bonne et due forme. L’Inquisition, elle, peut arrêter sur dénonciation anonyme ou simple présomption. Les inquisiteurs s’installent à Carcassonne qui dispose de nombreuses prisons appelées « les murs » et à Toulouse.

Les condamnés ne sont pas tous voués au bûcher. En cas d’aveux spontanés l’accusé devra soit faire un pèlerinage, soit s’humilier devant chaque église de la ville. Pour ne pas être condamné, il suffit de ne pas avouer, car l’aveu est nécessaire à la condamnation. Mais l’inquisition a plus d’un tour dans son sac pour faire avouer. Tout d’abord, elle peut faire traîner le procès… pendant plusieurs années. Ou elle recourt à la torture pratiquée par des bourreaux séculiers mais à laquelle au moins un inquisiteur doit assister. Quand un parfait est arrêté, c’est le bûcher qui l’attend : il avoue presque tout de suite car il ne peut pas prêter serment sur les évangiles, ni mentir, de plus il doit faire preuve de courage. Comme il n’abjure pas sa foi, il est condamné à mort. Les autodafé (acte de foi) sont publics, ce sont des cérémonies de pénitence qui terrifient ceux qui se sentent coupables et réjouissent la populace.

Mais la révolte couve toujours. Des chevaliers ont pris le maquis, se sont les faidits, les hors la loi, ils font de la résistance. Ils libèrent des villes qui retombent aux mains des Français qui punissent les habitants. Ils assiègent même Carcassonne et entrent dans les faubourgs, mais la forteresse tient bon.

Dans le comté de Foix, des forteresses résistent toujours, l’une d’entre elles, Montségur va entrer dans l’Histoire. En 1242, des inquisiteurs, revenant de leurs sinistres tâches, sont assassinés à Avignonet par des chevaliers de Montségur. Ce crime sonne le début de la révolte. Les espoirs les plus fous sont entretenus : le roi d’Angleterre Henri III va venir au secours des Occitans, de même que l’empereur d’Allemagne Frédéric II qui voue une haine viscérale au pape. Hélas, rien de tout cela ne se produira. Au contraire, en 1243, Montségur, forteresse entourée d’habitations, perchée en haut d’une montagne est assiégée. Vu la configuration des lieux, on se dit que les assiégeants se lasseront vite. Escalader la montagne n’est pas chose aisée et il est impossible de contrôler tous les accès à la forteresse. Mais le 1er mai 1244, après 11 mois de siège, les gens de Montségur se résignent à négocier. Le traité est très favorable : les défenseurs seront absous de leurs fautes, même du meurtre des inquisiteurs. Il en sera de même pour les cathares qui consentent à abjurer. Les occupants du château ont 15 jours pour se retirer avec armes et bagages. Les 215 cathares présents dans l’enceinte refusent : « plutôt brûler que d’abjurer« . Ils reçoivent le « consolalent » puis sont réunis dans un enclos fermé auquel on boutera le feu. La légende veut que cet endroit soit le Camp dels Cremats que l’on peut voir en bas de la montagne. Sur une pierre, on peut lire « Als Catars, als martirs del pur amor crestian » : Aux cathares, aux martyrs du pur amour chrétien.

Ne nous laissons pas abuser par le romantisme que dégage la forteresse de Montségur, perchée à 1200 mètres, elle n’a rien de cathare ! Le château où les cathares ont vécu en paix 40 ans a été détruit par le croisés. Les ruines que l’on peut visiter sont celles d’un castrum construit pour protéger la nouvelle frontière sud du royaume de France.

En 1249, quelques jours avant sa mort, le comte de Toulouse Raimon VII fait brûler 80 cathares sans passer par le tribunal de l’Inquisition et sans leur permettre de se rétracter. Il espérait sans doute gagner sa place au Paradis.

En mai 1255, le château de Quéribus est conquis par le roi de France. Mais c’est un château peu connu qui aura l’honneur de résister le plus longtemps, celui de Niort-de-Sault, qui tombe quelques mois après. De ce castel, il ne reste rien.

Le dernier parfait, Guilhem Bélibaste sera brûlé à Villerouge-Termenès dans l’Aude, en 1321, après avoir été jugé à Carcassonne. Le dernier cathare y sera brûlé en 1328.

Epilogue

Que reste-t-il de tout ça ?
Depuis le début du XX° siècle, des centaines d’ouvrages consacrés aux cathares ont vu le jour. Les parfaits sont remis à l’honneur.
A Carcassonne, dans la vieille ville (re-)construite au XIX° siècle par Eugène Viollet-le-duc, on peut visiter le musée de l’Inquisition.

A Minerve, petite ville pittoresque de l’Hérault, on visite un musée retraçant toute l’épopée cathare en santons, chaque vitrine fait revivre un événement de la croisade.

La langue occitane a été reconnue comme langue officielle en Catalogne au même titre que sa cousine, le catalan, et que le castillan. En France, elle n’a pas de statut, mais est reconnue comme patrimoine de France. Elle souffre de ne pas avoir une diffusion générale, seuls des patois existent, l’occitan standard a disparu au XIV° siècle. Plusieurs villes du Languedoc sont annoncées dans les deux langues.

En 2017, à l’occasion de l’année de la miséricorde, Mgr. Eychenne, évêque de Pamers dans l’Ariège, a demandé pardon pour les événements contés ici, mais le propos est ambigu : « Nous ne sommes pas dans l’autoflagellation. Nous ne demandons pas pardon aux cathares, mais au Seigneur, pour cet inconscient (?) collectif blessé. » Dont acte.

Plus étrange, au printemps 1944, un avion à croix gammée a survolé Montségur en traçant dans le ciel une croix de Toulouse, appelé à tort « croix cathare »… ils ne vénéraient pas de croix.

La France au début de la croisade
La France sous Louis IX (saint-Louis) après la croisade.

Paradis et Enfer

Chez les juifs

Dans le proto-judaïsme, la religion des juifs avant la destruction du temple de Jérusalem en 70 par les légions romaines de Titus, YHWH (Yahvé) n’est pas un dieu personnel, c’est le dieu de la communauté, comme tous les dieux de l’Antiquité (Amon, Baal, Zeus, Jupiter). Il ne récompense donc pas les bienfaits : à la mort, le corps retourne à la terre et l’âme vers Dieu : « Alors la poussière retournera à la terre dont elle vient et l’âme reviendra à Dieu qui l’a donnée » (Eccl. 12,7). Il n’y a pas de Paradis, il n’y a pas d’Enfer. Les bonnes actions sont récompensées dans le monde d’ici-bas.

Vu les origines diverses des livres de la Bible, on peut y retrouver des influences différentes, comme l’existence de spectres (livre des Rois) ou la résurrection (livre de Daniel). Après 70, la vision du monde à venir (la venue du Messie), la fin des temps va fortement évoluer, et la résurrection est envisagée… mais sera-t-elle physique ou spirituelle ? Le débat n’est pas clos.

Chez les chrétiens

Tout change avec le christianisme dont le Paradis devient un « argument de vente ». Pour le christianisme, le Paradis et l’Enfer sont des réalités physiques, ils existent… quelque part. Pour le chrétien, il est facile d’accéder au Paradis. Il suffit de se faire baptiser pour effacer le péché originel qui marque les hommes depuis Adam et Ève, et d’avoir la foi, c’est-à-dire croire à tout ce que le clergé dit, sans poser de question. Mais alors à quoi sert le jugement dernier si dès la mort on séjourne dans le félicitée éternelle face à Dieu ou au contraire on est soumis aux caprices sadiques de Satan et ses anges déchus ?

Face à l’incohérence de cette théologie eschatologique (concernant la fin du monde), le philosophe allemand Friedrich Nietzsche se déchaîne contre le catholicisme dans son ouvrage « L’Antéchrist » :

« Avec l’avènement du christianisme, c’est tout le sens du monde antique qui est perdu. Le contact avec la réalité cède le pas à un monde de pure fiction qui fausse, nie et dévalue cette réalité :

  • monde des causes imaginaires : Dieu, l’âme, le Moi, la Vérité.
  • monde d’effets imaginaires : péché, rédemption, grâce, châtiment, rémission des péchés.
  • monde où des êtres imaginaires, Dieu, esprits, âmes, commercent entre eux, où l’on a qu’une science imaginaire de la nature, ignorant le concept de cause naturelle.
  • monde où l’on traite d’une psychologie imaginaire de repentir, de remords, de tentation du Diable, de la présence de Dieu et des saints.
  • monde théologie imaginaire : le royaume de Dieu, le jugement dernier, la vie éternelle. »

Dans les évangiles, c’est le jugement dernier imminent qui prédomine, on ne parle pas de Paradis ni d’Enfer après la mort. Le judaïsme est toujours présent dans les débuts du christianisme.

Au fil du temps, la notion de Paradis et d’Enfer, associée à la bonté de Dieu, va poser certains problèmes : que deviennent les enfants innocents non baptisés, tous les péchés sont-ils équivalents ?

Les enfants non baptisés, sur lesquels pèsent toujours le péché originel ne peuvent pas aller au Paradis, mais ne méritent pas l’Enfer. Ils sont donc dans un état intermédiaire où ils ne souffrent pas, mais où ils n’ont pas de contact avec Dieu. Ce sont les limbes. En 2007, une commission du Vatican a « précisé » : « L’idée des limbes, que l’Église a employée pendant des siècles pour désigner le sort des enfants qui meurent sans baptême, n’a pas de fondement clair dans la Révélation, même si elle a été longtemps utilisée dans l’enseignement théologique traditionnel. » Cependant, cela « demeure une opinion théologique possible  ». Comprenne qui pourra.

Il existe des dizaines d’endroits en Europe, appelés sanctuaires à répit, où l’enfant est ressuscité un court instant pour permettre de le baptiser.

Notons que dans les débuts du christianisme, il fallait être adulte pour être baptisé. L’aspirant devait être instruit de la foi avant d’accéder au baptême. Clovis a dû se soumettre à deux ans d’étude avant d’être baptisé.

Les défunts, morts en état de grâce (ayant reçus les sacrements ad hoc), mais n’ayant pas fait une pénitence suffisante de leur vivant vont au Purgatoire, un lieu de purification, dont le terme apparaît au XII° siècle.
Il est intéressant de se pencher sur le catéchisme de 1992 :

Question 210 : Qu’est-ce que le purgatoire ?
Le catéchumène répond : Le Purgatoire est l’état de ceux qui meurent dans l’amitié de Dieu, assuré de leur salut éternel, mais qui ont encore besoin de purification pour entrer dans le bonheur du Ciel.

Question 211 (plus intéressante) : Comment est-ce que nous pouvons aider les âmes à être purifiées au purgatoire ?
À cause de la Communion des saints, les fidèles qui sont encore des pèlerins sur terre sont capables d’aider les âmes dans le Purgatoire en offrant des prières en suffrage pour eux, spécialement dans le Sacrifice eucharistique. Ils peuvent aussi les aider par des aumônes, les indulgences, et les œuvres de pénitence. 

Et voici les fameuses « indulgences ». Au début du XV° siècle l’antipape Jean XXIII permet la distribution d’indulgences pour réduire le temps de purgatoire. (Jean XXII est considéré comme antipape, car à l’époque, il y avait deux papes). En 1476, le pape Sixte IV décrète que les indulgences peuvent s’acheter. Il est ainsi à l’origine du commerce des indulgences dans l’Église catholique. On estime que l’abbaye de Montserrat en aurait fait imprimer 200 000 en trois ans, vers l’an 1500. C’est grâce à la vente d’indulgences que la basilique saint-Pierre de Rome a été construite.

Luther et Calvin vont s’élever contre ce commerce qui sera un des déclencheurs de la réforme (protestantisme).

Chez les musulmans

L’islam reprend les mêmes notions ambiguës de Paradis, d’Enfer et de jugement dernier que le christianisme. Le jugement dernier se fera même sous l’égide de Jésus.

Le Paradis est une oasis rafraîchie par des cours d’eau et ombragée par des arbres fruitiers.

« Hommes et femmes, ceux qui pratiquent les bonnes œuvres et qui croient en Dieu entreront dans le Paradis. » (Co. 4, 124). Ici, pas de rémission des péchés, le péché originel introduit par les chrétiens n’existe pas. Il suffit de croire, de se soumettre à Dieu.

L’Enfer, c’est le désert brûlant. Un des mots utilisés à de multiples reprises dans le Coran est Géhenne, un mot hébreu/araméen signifiant la vallée de Hinnom, une vallée étroite et profonde qui s’étendait au sud et au sud-ouest de la Jérusalem antique. D’autres mots sont utilisés dans le Coran : le feu, la fournaise, le brasier, etc.

« Le feu de l’Enfer est réservé aux incrédules. Ils ne seront pas condamnés à mort et leur supplice ne sera pas allégé. C’est ainsi que nous rétribuerons les négateurs» (Co. 35, 36). L’Enfer est réservé à tous les non musulmans… et aux injustes épouvantés par leur actes passés (Co. 42, 22).

Le célibat des prêtres

De quand date l’obligation du célibat et de la chasteté des prêtres ? Je parle ici des prêtres catholiques, car dans l’islam, le judaïsme, le protestantisme le célibat des officiants n’est pas requis.

Au début du christianisme, les prêtres vivent une vie de couple normale. Mais déjà, les évêques, les guides de la communauté, sont choisis parmi les célibataires. Au IV° siècle, la chasteté s’affirme comme supérieure au mariage. Mais ce n’est qu’au second concile de Latran en 1123 que le célibat et la chasteté est imposée aux prêtres… mais pas aux papes si on s’en réfère à l’Histoire. Le pape Alexandre VI, Rodrigo Borgia (1492-1503), engendra même une célèbre dynastie par à laquelle il agrandit et consolida les territoires pontificaux grâce aux conquêtes de son fils César et aux mariages de sa fille Lucrèce, plus vertueuse que la tradition colporte.

Comme dans la religion catholique, tout pouvait s’acheter, même sa place au Paradis comme nous le verrons dans un prochain article, les prêtres pouvaient acheter le droit de concubinage, le cullagium.

Dans l’Eglise orthodoxe, le choix du mariage ou du célibat intervient lors de l’ordination du prêtre. Un homme marié reste marié, mais ne peut pas devenir moine.

Les enfants gâtés de la Péninsule arabique

Un peu de géopolitique

L’Arabie saoudite est un royaume gouverné depuis 2015 par Salmane ben Abdelaziz al Saoud (né à Riyad en 1935), le 25° fils du fondateur de l’Etat, ibn Séoud en 1932. La tribu d’ibn Séoud vivait dans le désert au centre de l’Arabie, dans la région de Riyad, ce qui explique que cette bourgade du désert soit devenue la capitale de l’Arabie saoudite. Les Séoud ont renversé le chérif de La Mecque, Hussein, pour prendre le contrôle de toute l’Arabie. Ils ont emmené avec eux des religieux rigoristes, les wahhabites.

Abu Dhabi est un émirat gouverné par Khalifa ben Zayed. Les citoyens de ce pays n’ont pas le droit de vote et la liberté d’expression y est fortement encadrée par des lois. Abu Dhabi, qui vit des rentes du pétrole, compte près de 3.000.000 d’habitants dont plus de 70% sont des travailleurs étrangers. Abu Dhabi, dont la capitale porte le même nom, est le plus important (80% du territoire) émirat des Emirats arabes unis, une fédération qui regroupe depuis 1971 sept émirats, dont Dubaï.

Le Qatar était pressenti pour faire partie des Emirats arabes unis, comme le Bahrein, mais ils ont choisi leur indépendance. L’émirat est gouverné par Tamim al-Thani. Le pays est surtout producteur de gaz. Le Qatar (capital Doha) compte près de 2.000.000 d’habitants, les plus pollueurs du monde en terme de rejet du CO2. Curieusement, il est membre de l’Organisation internationale de la francophonie.

Préambule

Dans la période 2013-2015, de nouveaux hommes forts arrivent au pouvoir dans la Péninsule arabique alors que le prix du baril amorce une chute due à l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis qui gagne son indépendance énergétique. Ces nouveaux dirigeants ont été élevés dans le luxe et la démesure contrairement à leurs pères qui ont connu la vie du désert. L’exploitation du pétrole n’a débuté que dans les années 1950-1960 et n’a enrichi les producteurs qu’après la crise pétrolière de 1973.

Les amis

Le plus médiatisé de ces personnages est Mohammed ben Salmane, dit MBS, né en 1985, fils du roi d’Arabie saoudite, nommé ministre de la Défense en 2015.
Il lance un grand projet « Vision 2030 » pour diversifier l’économie et réformer la société. Il a déclaré :

« Nous retournerons à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions »
« Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant ».
« Les lois de la charia sont très claires. Comme les hommes, les femmes doivent s’habiller de manière décente… ce qui ne signifie pas porter une abaya ou un foulard noir »

Depuis 2018 les femmes ont accès au marché de l’emploi, elles peuvent créer et gérer leur entreprise sans passer par un tuteur, elles peuvent posséder le permis de conduire. Un tuteur est toujours indispensable pour voyager ou entreprendre des études. N’oublions pas que les Françaises sont restées sous la dépendance de leur mari jusqu’en 1965 ! Elles ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque ni travailler sans l’accord de celui-ci.

En Arabie, les cinémas ont ré-ouverts et un festival rock est même prévu : le Jeddah World Fest.

Vue des spectateurs lors d’un concert

Mais ce prince héritier est un impulsif, adepte depuis son enfance des jeux vidéo violents. Les observateurs disent de lui qu’il tire puis il réfléchit. Dès son entrée en scène, il fait arrêter des princes, des ministres et des hommes d’affaire.
En 2015, il lance une intervention militaire au Yémen dont j’ai déjà parlé.
En 2017, il retient prisonnier le président libanais Saad Hariri, en vacances en Arabie, et le force à démissionner. La raison ? Saad Hariri s’est allié aux chiites pro-iraniens pour former son gouvernement. Le président reviendra sur sa démission dès qu’il eut regagné son pays. Saad Hariri est membre de ces grandes familles corrompues qui s’enrichissent au Liban. Il a la nationalité française, saoudienne et libanaise !
Enfin, en octobre 2018, MBS ordonne l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans l’ambassade d’Arabie à Istanbul… ce qui va le décrédibiliser aux yeux du monde politique.

Dans l’émirat voisin d’Abu Dhabi, Mohammed ben Zayed, dit MBZ, né en 1961, frère de l’émir est nommé ministre de la Défense. C’est l’homme fort des Emirats arabes unis… au sens propre. MBZ est un paranoïaque. Le moteur de son ascension, c’est l’armée la plus puissante et la mieux entraînée de la région. Il organise chaque année le plus grand salon de l’armement du monde dans sa capitale. Il invite régulièrement des personnes influentes à assister à la démonstration de la puissance de son armée sur un immense terrain d’entrainement, un immense plateau hollywoodien. Le pays possède un char d’assaut pour 2500 habitants… proportionnellement 100 fois plus que la France ! On le considère comme le mentor de MBS qu’il a suivi dans sa guerre au Yémen. Lors du débarquement de son armée au Yémen, tous les observateurs pensaient que la guerre serait « courte et joyeuse ». En fait, c’est un bourbier, le Vietnam des agresseurs.

MBZ et MBS

MBZ a fait des Emirats arabes unis une destination touristique de premier ordre grâce à l’édification d’hôtels de luxe, la construction d’îles artificielles et surtout en affichant une grande tolérance en matière de mœurs. Ce qui n’a pas empêché certains membres de sa famille d’être accusés de tortures, notamment par la justice belge.

MBZ investit également dans la culture, il a fait construire une superbe succursale du Louvre pour laquelle son ami MBS a acheté le tableau de Léonard de Vinci, le « Salvator Mundi », le tableau le plus cher du monde : 400 millions de dollars ! Ces nouveaux dirigeants sont de grands enfants, ils ont besoin de s’affirmer… et ils en ont les moyens.
Récemment, MBZ a reçu le pape François.

L’ennemi

Le dernier des nouveaux venus est Tamim al-Thani, né en 1980. Il est l’émir du Qatar. Personnellement, il est peu connu, mais c’est un acteur important. N’a t-il pas obtenu l’organisation de la coupe du monde de football 2022, n’est-il pas propriétaire du Paris Saint-Germain… alors qu’il est supporter de Manchester United qui a éliminé miraculeusement le PSG de la coupe des champions (0-2 puis 1-3) ? Sa reconnaissance dans le monde, il la recherche par le sport. Il a également investi dans la télévision. La chaîne al Jazeera, c’est lui. Il possède les chaînes de sports payantes BeIN, bien connues en France. BeIN possède les droits de retransmission de tous les événements sportifs majeurs.

Tamim al-Thani (à gauche) lors d’une compétition sportive

Chacun veut s’affirmer sur la scène internationale. S’il n’y a pas de rivalité entre MBZ et MBS, ce n’est pas le cas avec Tamim al-Thani qui a eu l’outrecuidance de déclarer que l’organisation de la coupe du monde de football avait été attribuée à tous les Arabes : il s’érigeait alors en représentant du monde arabe. Les tensions se sont exacerbées en 2011 lors des printemps arabes : la chaîne al Jazeera a donné la parole à des extrémistes islamiques, les Frères musulmans, qui ont appelé à la révolte en Libye… et en Arabie saoudite où la famille Séoud est considérée comme ayant usurpé le pouvoir et le contrôle des lieux saints de l’islam. L’Arabie saoudite fera d’ailleurs capoter le printemps arabe en Egypte, où les Frères musulmans briguaient le pouvoir, en finançant le coup d’Etat du maréchal al-Sissi. Pour éviter la contagion révolutionnaire, 130 milliards de dollars ont alors été injecté dans le budget de l’Arabie saoudite pour acheter la paix sociale en augmentant les fonctionnaires, c’est-à-dire la majorité de la population.

En 2015, le Qatar refuse de participer à l’invasion du Yémen. C’est la goutte qui fait déborder le vase, le 5 juin, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis rompent leurs relations diplomatiques et économiques avec le Qatar, bientôt suivis par plusieurs pays musulmans. La frontière terrestre avec l’Arabie est fermée, les avions qatari ne peuvent plus survoler ses voisins et ses bateaux ne peuvent plus accoster dans leurs ports. La raison officielle de cet ostracisme est double : le Qatar est accusé de financer des groupes terroristes et d’être proche de l’Iran. Il y a un fond de vérité dans ces assertions. Le Qatar finance effectivement plusieurs factions rebelles en Syrie… mais la Turquie et les Etats-Unis font de même. Il soutient également les associations dominées par les Frères musulmans. Pour l’autre point, le Qatar et l’Iran se partagent l’exploitation d’un gisement gazier dans le Golfe persique… ce qui oblige le Qatar à rester en bon terme avec son colocataire.

Irrité de voir les Saoudiens branchés sur les télévisions qatari pour les événements sportifs, MBS a facilité le piratage des 10 chaînes de BeIN : les chaînes BeOutQ étaient nées. BeOutQ doit se comprendre comme « dégage Qatar ». BeOutQ, qui ne paie aucun droit de retransmission, émet à partir d’ArabSat le même contenu que BeIN avec quelques secondes de retard. Malgré les plaintes déposées par le Qatar, BeOutQ est toujours actif.

En mai 2017, Trump effectue sa première visite à l’étranger dans la Péninsule arabique avec son conseiller pour le Proche Orient, Jared Kushner, son beau-fils, totalement ignorant des problèmes de la région. Trump, comme à son habitude, affiche un avis sur tout et lâche cette phrase assassine : « Si vous pouvez résoudre le problème avec le Qatar, allez-y« … avant de se rétracter lorsqu’on lui souffle à l’oreille que la plus importante base américaine de la région se trouve au Qatar !

Ne prenons pas parti, ne plaignons pas le pauvre émir du Qatar. Il possède une fortune personnelle estimée à 2,5 milliards de dollars. Il a probablement puisé dans cette cassette pour acheter l’organisation de la coupe du monde de football 2022. Pour cette coupe, on estime que la construction des stades va provoquer, à terme, la mort de plus de 4000 « esclaves » hindous et népalais, victimes d’accidents sur les chantiers peu sécurisés.

En guise d’épilogue

Deux petites anecdotes en conclusion.

Les Emirats arabes unis ont organisé la coupe d’Asie des nations 2019, rassemblant 56 pays… dont le Qatar. L’Australie tenante du titre a été éliminée en quart de finale par le pays organisateur : les Emirats (0-1). Ceux-ci ont été éliminés en demi-finale… par le Qatar (0-4). Le Qatar qui a remporté la coupe en battant le Japon 3-1.

Au sommet du G20 2018 organisé en Argentine, Mohammed ben Salamne a été snobé par la plupart des invités suite à l’assassinat de Jamal Khashoggi à Istanbul deux mois auparavant. Cette isolation a été mise à profit par Poutine pour se rapprocher des Arabes, espérant des retombées économiques.

Inspiré par le documentaire : Golfe : la guerre des princes.

Jésus dans le Coran

Jésus tient une toute petite place dans le Coran : 59 versets, qu’il partage avec sa mère, sur un total de 6236.
Sa présence ne doit pas nous étonner vu que les premiers califes omeyyades étaient chrétiens. 59 versets, c’est peu, mais en comparaison, Mahomet n’est jamais cité. Lorsqu’ils lisent ou récitent le Coran, les musulmans comprennent que les références à « mon serviteur » ou à « tu » ou même à « il » hors contexte s’adressent à Mahomet. Parfois, le nom de Mahomet a été ajouté, ainsi dans le verset 2 de la sourate 68 : « Tu (Mahomet) n’es pas, par la grâce de ton seigneur, un possédé. » La tradition considère le début de cette sourate comme la première révélation faite à Mahomet.

Dans le Coran, Jésus est nommé Issa (Isa). Ce qui est curieux, puisqu’en arabe, Jésus se dit Yasou. Issa viendrait d’Ésaü, un personnage biblique, petit-fils d’Abraham, frère de Jacob qui est aussi appelé Israël. Jésus serait donc le frère d’Israël. Pure conjecture.

Le Jésus du Coran n’est pas le Jésus des évangiles et cela non plus ne doit pas nous étonner : les arabes chrétiens de Syrie ne reconnaissaient pas le dogme des Byzantins, ils étaient hérétiques. Dans le Coran, Jésus est un être exceptionnel certes, mais pas Dieu, ni le fils de Dieu, au mieux un prophète (Co. 5, 72).

Les 59 versets qui concernent aussi bien Jésus que Marie, seule femme citée dans le Coran, sont éparpillés dans 8 sourates, 8 chapitres différents. Mis bout à bout comme dans les Grands Thèmes du Coran de Jean-Luc Monneret, ils ne racontent pas une histoire, ce sont des tranches de vie.

Voyons cela en détail.

Jésus est né hors mariage, d’une jeune fille nommée Marie, qui est accusée d’avoir commis une action monstrueuse (Co. 19, 27). Dès sa naissance, Jésus parle (Co. 19, 28-34). Il se bénit lui-même : «Que la paix soit avec moi au jour de ma naissance, au jour de ma mort et au jour où je serai ressuscité vivant».

Jésus fait des miracles, cette fois, avec la bénédiction d’Allah. Il guérit les aveugles, les lépreux et ressuscite les morts… «Tout ceci n’est que pure magie» tempère le Coran (Co. 5, 110).

Le Coran reprend un événement raconté dans un apocryphe chrétien : L’Évangile de l’enfance selon Thomas. Jésus fabrique des oiseaux en argile puis, en soufflant, leur donne vie. Les mots utilisés sont les mêmes que ceux employés lorsqu’Allah donne vie à Adam. Jésus a donc le même pouvoir que Dieu ? Dans l’Évangile de l’enfance, Jésus fait s’envoler les oiseaux car les Juifs lui reprochent d’avoir créer ces jouets un jour de sabbat ; il fait donc disparaître l’objet du délit.

Jésus annonce la venue d’un messager de Dieu (Co. 61, 6), ce sera Ahmad (pas Mahomet).

Il prend des apôtres, ses auxiliaires face à l’incrédulité des Juifs (Co. 3, 52). Certains Juifs le suivent, d’autres nient (Co. 61, 14). Mais Jésus n’est qu’un prophète (Co. 5, plusieurs versets). Jésus affirme : «Ô enfants d’Israël adorez Dieu qui est mon seigneur et le vôtre.» (Co. 5, 72).

Il est qualifié de Messie (Co. 4, 157) ! Faut-il y voir une erreur d’interprétation ? Jésus-Christ, qui était devenu le nom commun de Jésus au cours des siècles, a t-il été traduit par « le Messie Issa » … ce qui est un non-sens pour les musulmans ?

Les Juifs ourdissent un complot contre Jésus (Co. 3, 54) mais il n’a pas été mis à mort, un autre a pris sa place (Co. 4, 157). Il a été rappelé à Dieu (Co. 5, 55). Le verset 3, 59 montre l’importance de Jésus : « Aux yeux d’Allah, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut.»

Pourquoi Jésus est-il monté vivant vers Dieu ? Car il doit revenir à la fin des temps : «En vérité, le retour de Jésus sera le signal de l’arrivée de l’Heure. » (Co 43, 61)

Pour les musulmans sunnites, c’est donc Jésus qui jugera les hommes au jour de la résurrection (Co. 4, 159) et pas Mahomet. Jésus est un être exceptionnel d’après le Coran, Mahomet n’est qu’un homme. Un des minarets de la Mosquée des Omeyyades à Damas porte le nom de Jésus. C’est là qu’il descendra sur terre. Il reviendra pour 40 ans, éliminera l’Antéchrist (al-Dajjâl) et puis mourra. Jérusalem sera le centre de ces événements. La Mecque est donc supplantée par Damas et Jérusalem.

La tradition s’est enrichie au fil des siècles pour donner une place plus importante à Mahomet. Ainsi, à l’appel de l’ange Isrâfîl , « il se mettra debout, chassant la poussière de sa barbe bénie et de ses cheveux et regardera à sa droite et à sa gauche… ».

1991 : le bal des dupes

Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent leur petit voisin du sud, le Koweït. Saddam Hussein, le président de l’Irak, invoque trois prétextes :

  • Le surproduction du Koweït et des Emirats arabes a fait chuté le cours du pétrole de 19 à 10 $ le baril, faisant perdre 7 milliards de dollars par an à l’Irak.
  • L’Irak accuse le Koweït de creuser de nouveaux puits en oblique sous sa frontière.
  • Enfin, l’Irak considère le Koweït comme une province détachée de l’Irak par la Grande Bretagne en 1922.

Mais la vraie raison est ailleurs. La guerre meurtrière qui a opposé l’Irak à l’Iran vient de se terminer sans vainqueur. Guerre durant laquelle les Etats-Unis ont livré des missiles et des armes chimiques à l’Irak. L’Irak est exsangue et les pays qui ont financé la guerre réclame le paiement des dettes. Le Koweït a prêté 15 milliards de dollars à l’Irak, l’Arabie saoudite 45 milliards.

L’invasion a chassé l’émir du Koweït, cheikh Jaber Al-Ahmad, vers les Etats-Unis qui l’accueillent à bras ouverts bien qu’ils aient soutenu Saddam Hussein durant sa guerre contre l’Iran. Pour sa part, l’Arabie saoudite s’inquiète. La CIA lui a fait parvenir des photos d’une incursion des troupes irakiennes sur son territoire, photos qui ne seront jamais publiées. Fake news. L’Arabie demande l’aide des Etats-Unis. Après d’âpres discussions plus de 100.000 militaires américains sont déployés dans le nord de l’Arabie. C’est l’opération Bouclier du désert.

Cette installation des Américains va avoir des conséquences aussi énormes qu’inattendues. Un certain Oussama Ben Laden, dont la famille est très proche du pouvoir saoudien et qui a fait ses preuves militaires en Afghanistan avec le soutien des Américains, propose au roi Fadh d’utiliser sa milice pour défendre le pays contre les Irakiens. A la suite du refus du roi, il l’accuse de corruption et d’autoriser des infidèles à souiller le sol sacré de l’Arabie saoudite. Son passeport saoudien lui est retiré… l’histoire d’Al-Qaïda est en marche.

Aux Etats-Unis la propagande anti Saddam Hussein s’organise. De héros, il devient un monstre, un autre Hitler qui projette d’envahir tous ses voisins. Une ING se constitue : « Citizens for free Koweit » . L’émir Jaber loue les services de l’agence de communication Hill and Knowlton pour un montant de 12 millions de dollars (de l’époque). Cette agence fournit des films de propagande aux médias, elle analyse les réactions de la population américaine par une série de questions faisant appel à sa sensibilité. Enfin, elle tient son sujet. Le 14 octobre 1990, une toute jeune fille Nayirah, présentée par les médias comme une infirmière, dévoile l’innommable devant une commission du sénat américain : des soldats irakiens ont fait irruption dans une maternité de Koweït City et ont embarqué les couveuses pour les transporter en Irak, jetant au sol les nouveaux-nés. Elle est en pleurs : 22 bébés ont été assassinés.

Nayirah devant la commission du sénat américain

Amnesty International surenchérira, ce n’est pas 22 bébés mais 74 ! Nayirah continue : « Les Irakiens ont tout détruit au Koweït. Ils ont vidé les supermarchés de nourriture, les pharmacies de médicaments, les usines de matériel médical, ils ont cambriolé les maisons et torturé des voisins et des amis. J’ai vu un de mes amis après qu’il ait été torturé par les Irakiens. Il a 22 ans mais on aurait dit un vieillard. Les Irakiens lui avaient plongé la tête dans un bassin, jusqu’à ce qu’il soit presque noyé. Ils lui ont arraché les ongles. Ils lui ont fait subir des chocs électriques sur les parties sensibles de son corps. Il a beaucoup de chance d’avoir survécu. »

Mme Thatcher enjoint George Bush d’intervenir. Le Conseil de sécurité de l’ONU est convoqué. Un pédiatre koweïtien vient témoigner : il a vu la tombe de 122 enfants tués dans les maternités. La résolution 678 du 29 novembre 1990 adresse un ultimatum à l’Irak, qui a jusqu’au 15 janvier 1991 pour évacuer le Koweït, sous peine d’intervention militaire

Le 12 janvier 1991, le Sénat américain vote l’intervention militaire par 52 oui contre 47 non. Le 17, le journaliste Alexander Cockburn dénonce la supercherie dans un article : il y aurait 122 couveuses à Koweït City alors que le plus grand hôpital de Los Angeles n’en compte que 13. Mais c’est trop tard, la guerre est déclarée : c’est l’opération Tempête du désert. Trente quatre nations vont s’attaquer à l’Irak. La guerre durera 5 semaines.

Epilogue

La plupart des infrastructures de l’Irak ont été détruites. Le montant des réparations est estimé à 500 milliards de dollar. On estime à 150.000 le nombre d’Irakiens qui ont perdu la vie.

Le dernier convoi irakien, militaire et civil, à quitter le Koweït a été pulvérisé par l’aviation américaine.

732 puits de pétrole koweïtiens ont été incendiés et 20 millions de tonnes de pétrole déversés sur le sol.

La guerre a coûté aux alliés plus de 100 milliards de dollars, surtout financés par l’Arabie saoudite..

Le journaliste John Martin de la chaîne ABC a retrouve le médecin qui a témoigné à l’ONU. Ce n’est pas un pédiatre, mais un dentiste et il ne souvient plus où les enfants ont été enterrés. Un autre journaliste, Andrew Whitley a enquêté dans les 3 hôpitaux de Koweït City : les couveuses étaient bien en place et aucun enfant n’avait été tué par les soldats irakiens. Mais tant les infirmières que les médecins étaient convaincus que si leur maternité avait été épargnée, ça s’était bien passée dans les autres.

John Mac Arthur du magazine Harper’s a identifié l’héroïne de l’histoire, Nayirah. Elle s’appelle Nayirah Al-Sabah, c’est la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, membre de la famille royale.

L’opinion publique est prête, les organismes de communication ont bien rôdé leur discours, les politiciens sont toujours aussi naïfs. Tout est prêt pour le deuxième acte : les armes de destruction massives.

Inspiré par le documentaire 1991, première guerre du Golfe de Bénédicte Delfaut