L’interdit sur le porc

Pourquoi les musulmans ne consomment-ils pas de porc ? Le réponse est très simple, ils ont hérité cette pratique du judaïsme. Alors, d’où vient cette coutume pour les juifs ? Elle leur vient de l’Égypte des pharaons.

Relation Égypte-Hébreux

La relation entre les Hébreux et l’Égypte est une relation ambiguë, faite d’amour et de haine… si l’on en croit la Bible. (Pour la chronologie supposée, voir mon article : La chronologie biblique)
Tout commence avec Abraham. Il se rend avec son clan en Égypte où le pharaon tombe amoureux de sa femme Sarah qu’Abraham avait présentée comme sa sœur. Elle refile une « maladie » à Pharaon qui chasse les Hébreux. Suite à cet épisode, Abraham se fera circoncire. La Bible ne dit pas s’il y a une relation de cause à effet.

Le petit-fils d’Abraham, Jacob, qui est aussi appelé Israël, a douze fils. L’un d’eux, Joseph est vendu par ses frères à des caravaniers se rendant en Égypte. Dans ce pays, grâce à l’interprétation des rêves, Joseph se taille une place de choix : il devient premier ministre de Pharaon. (NB : Dans le récit des patriarches, les pharaons n’ont pas de noms. Il faut dire que les récits sont loin d’être historiques). Suite à une disette à Canaan, la tribu de Jacob, avec ses onze fils restant, viennent se réfugier en Égypte où ils sont accueillis par leur frère (Joseph) qui leur a pardonné.

La relation change, on ignore pourquoi. Dans la saga suivante, les Hébreux sont les esclaves des Égyptiens. C’est ici qu’intervient Moïse qui va faire sortir les Hébreux d’Égypte. j’ai consacré deux articles à ce personnage : Quel pharaon face à Moïse et Moïse au-delà du mythe.

Voilà pour le récit biblique. Le Coran reprend ces histoires dans les grandes lignes.
Abraham (Ibrahim) est « le modèle parfait de soumission à Dieu » (Co. 16-120). C’est la référence, le modèle : il n’est ni juif, ni chrétien, donc parfait ancêtre des musulmans. Si le Coran n’est pas disert sur le passage d’Abraham en Égypte, il le fait venir à La Mecque où il construira la Kaaba.

La saga de Joseph est la plus cohérente du Coran. Tout se trouve dans la sourate 12. Pas besoin de rechercher dans les sourates les versets se rapportant au personnage. Par contre, Abraham (Ibrahim) apparaît dans 13 sourates et Moïse (Musa), le plus cité, dans 19 sourates.

Alors que les Hébreux, conduits par Moïse, sont au nombre de 600.000 sans compter les femmes et les enfants, dans le récit biblique, les « Juifs ne sont qu’une bande peu nombreuse » dans la Coran (26, 56).
Deux versets font polémiques (7, 136-137). Ils donnent aux enfants d’Israël toutes les terres situées à l’est et à l’ouest du Nil ou de la Mer Rouge. De quoi permettre aux Arabes de revoir leur position sur les Israéliens ?

Alors nous (Dieu) nous sommes vengés d’eux (les Égyptiens) ; nous les avons noyés dans les flots, parce qu’ils traitaient de mensonges nos signes et n’y prêtaient aucune attention.
Et les gens qui étaient opprimés (les Hébreux), nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton Seigneur sur les enfants d’Israël s’accomplit pour le prix de leur endurance. Et nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient.

La place du porc dans l’Égypte ancienne.

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos porcs. Quelle était leur place dans l’Égypte des pharaons ? Je reprends ici un extrait de l’article « Le régime du Nil nourrit les Égyptiens » de Martina Tommasi paru dans la revue Histoire et civilisations (Le Monde) n° 66 de novembre 2020.

Le porc occupait quant à lui une place ambiguë. Lâché dans les champs avant les semailles pour aérer la terre et permettre une meilleure pénétration des semences, il consommait aussi les déchets alimentaires ce qui réglait la question de leur élimination et évitait qu’ils ne se transforment en source potentielle d’infection.
Le porc était malgré tout considéré comme un animal impur, dont le contact devait être suivi d’une immersion intégrale dans l’eau du fleuve et dont l’élevage interdisait à ses maîtres, pourtant des citoyens libres, d’entrer dans les temples ou de se marier.

Des porcs n’en étaient pas moins sacrifiés une fois par an à la déesse Nout (déesse du firmament) et communément consommés par la population rurale.

Le fait que l’élevage des porcs interdise l’entrée dans le temple a dû jouer un rôle dans l’interdiction décidée par les Hébreux : ne pas entrer dans le temple, c’est être rejeté de la communauté. Or la société israélite des débuts est une société hautement égalitaire. Le ciment de la société, c’est la communauté. L’autre point : l’interdiction de se marier, est en totale contradiction avec la loi de Moïse. Tout Hébreux a l’obligation de marier ses enfants. Le porc, peu adapté à la topologie du terrain rocheux est donc banni par les Hébreux : la communauté reste soudée et la loi appliquée.

L’élevage des porcs dans les pays musulmans

L’élevage des porcs est interdit dans beaucoup de pays musulmans : l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et la Libye. Dans les autres pays, ce sont les minorités non musulmanes qui s’en occupent. En Égypte, les coptes (chrétiens) élevaient les porcs dans la banlieue du Caire où, comme dans l’Antiquité, ces animaux consommaient les déchets alimentaires. En 2009, on comptait 350.000 porcs, avant que le gouvernement ne décide de les faire abattre pour éviter la propagation du virus de la grippe (H1N1)… qui n’était pas arrivé en Égypte et qui ne se transmet pas par les porcs ! Alors, affaire religieuse, attaque contre les coptes ou magouille financière : le gouvernement voulant récupérer des terres à grande valeur ajoutée si elles étaient débarrassées de ces éboueurs ?

Sainte-Sophie

Il l’avait promis lors de la campagne électorale pour les municipales de 2019, il l’a fait !
Malgré la perte des plus grandes villes de Turquie (Istanbul, Ankara, Antalya, etc.) par son parti, le président Recep Tayyip Erdogan a signé, le 10 juillet 2020, un décret transformant la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul en mosquée. Le 24 juillet, la première prière a eu lieu en présence du président.
En 1934, le premier président de la république de Turquie, Mustapha Kémal Ataturk, avait « offert le bâtiment à l’Humanité » en le transformant en musée. C’est la seconde attraction touristique de Turquie en nombre de visiteurs après le palais de Topkapi.
La basilique chrétienne était devenue une mosquée en 1453, après la prise de Constantinople par les troupes du sultan ottoman Mehmet II.

[NB : J’ai consacré un article à Mustapha Kémal Ataturk et à Recep Tayyip Erdogan]

Sainte-Sophie : un nom

Qui est cette Sainte-Sophie ? En fait, ce n’est pas une sainte, même pas une personne. Le nom grec de la basilique a été mal traduit : Hagia Sophia signifie la Sagesse divine, la Sagesse de Dieu. La tradition chrétienne, veut que la Sagesse divine désigne Jésus. C’est très peu probable. La basilique a été commandée par l’empereur Constantin en 325, elle a été inaugurée par son fils Constance II qui était arien, il ne croyait pas à la Trinité, pour lui, Jésus n’était pas Dieu, donc pas la Sagesse divine. On peut pousser le questionnement plus loin. Est-ce que le bâtiment était une réplique du Panthéon de Rome, un temple dédié, comme son nom l’indique, à tous les dieux ? Constantin voulait-il élever un temple au « divin qui est au céleste séjour pour qu’il soit bienveillant pour lui » comme le mentionne l’édit de Milan (voir le texte dans l’article sur les ariens) ? A-t-il fait construire un temple dédié à Dieu, quel qu’il soit ?

Une histoire mouvementée
Constantinople (carte issue de l’atlas historique mondial de Christian Grataloup *****)

De la première basilique il ne reste rien. Elle a été incendiée en 404 puis en 532 lors d’émeutes. Elle est rebâtie par l’empereur Justinien en 532 sur le modèle du Panthéon de Rome. La décoration intérieure, faite de mosaïques, est achevée sous le règne de Justin II (565-578).

Après les incendies, ce sont les séismes qui s’acharnent sur le bâtiment. Pas moins de 16 tremblements de terre vont mettre à mal l’édifice de 553 à 1999. Quand ce ne sont pas les éléments qui se déchaînent, ce sont les hommes : l’empereur Léon l’Isaurien, en 726, bannit les images des lieux de culte, c’est la période dite iconoclaste (du grec « briseur d’icônes ». Les statues et les mosaïques sont détruites. En 1204, Constantinople est prise… par les croisés qui devaient aller défendre le royaume latin de Palestine. Ils pillent les bâtiments et ne respectent pas les églises ! Le sac de la ville a servi à payer les Vénitiens qui devaient transporter les troupes sur leurs navires. Les fameux chevaux de Saint-Marc, le quadrige que l’on peut admirer à Venise, ne sont qu’une partie du butin, ils ornaient l’hippodrome de Constantinople.

Les chevaux de la basilique Saint-Marc à Venise

Les dégâts occasionnés par les hommes et surtout les catastrophes naturelles ont façonnés l’aspect extérieur de la basilique Sainte-Sophie. Toutes les constructions qui l’entourent, qui lui font un corset, sont des contreforts destinés à renforcer sa fragile structure.

L’époque ottomane

En mai 1453, le sultan ottoman Mehmet II assiège Constantinople. A cette époque, l’Empire byzantin est réduit à une portion congrue : la région de Constantinople et le Péloponnèse, le sud de la Grèce. Malgré cela, l’empire reste vivace, son commerce est florissant. Il rivalise avec les cités italiennes : Venise et Gênes.
Les défenseurs de Byzance sont confiants. Ils sont secondés par des Génois, qui occupent la colline de Galata (voir la carte). La ville a résisté à tous les sièges depuis 11 siècles grâce à trois lignes de défense et des citernes d’eau d’une capacité totale de plus d’un million de m³, dont la célèbre citerne souterraine « Basilique », qui se visite. Elle est un des lieux emblématiques du roman de Dan Brown, « l’Enfer », avec les ville de Florence.

La citerne Basilique

Mais les Ottomans ont les moyens de leurs ambitions : ils ont disposé des bombardes devant le mur de Théodose. Elles vont s’acharner sur les murailles de la ville pendant trois semaines. Quand enfin des brèches apparaissent, les 100.000 hommes de Méhmet II entrent dans la ville. Les 7.000 défenseurs sont massacrés en vertu des lois de la guerre : si la ville ne se rend pas, c’est le sort des habitants, la mort ou l’esclavage.

Sainte-Sophie est épargnée du pillage : Mehmet II s’y rend pour prier. Il fera ajouter deux minarets à l’édifice bien délabré et procédera à des réparations. Les mosaïques placées au cours des siècles précédents sont recouvertes d’un lait de chaux : la religion islamique interdit les représentations humaines… Quoique ! Les portraits des princes saoudiens s’étalent sur les murs des gratte-ciels de la Péninsule et les miniatures ottomanes et perses représentent Mahomet.

Le sultan Sélim II (1566-1577), fils de Soliman le magnifique, fit ajouter deux minarets au bâtiment et des contreforts pour le consolider. Il lui donne son aspect actuel.

Dernières restaurations

Le sultan Abdulmecid entreprit une restauration très important à partir de 1847. Elle fut confiée à deux architectes suisses, les frères Fossati. Les mosaïques furent nettoyées, les lustres remplacés et huit panneaux circulaires de 7,5 mètres de diamètre accrochés au piliers. Ces panneaux portent, en arabe, les noms d’Allah, de Mahomet, des quatre premiers califes : Abu Bakr, Umar, Uthman et Ali, ainsi que Hussayn et Hassan, les fils d’Ali et de Fatima.

Panneau reprenant le nom de Mahomet.

Après la guerre 14-18, dans ce qui reste de l’Empire ottoman, Mustapha Kémal chasse les armées d’occupation grecques, italiennes, françaises et britanniques et instaure une république turque et laïque. En 1932, la récitation du Coran en turc est diffusée à la radio à partir de Sainte-Sophie dont il a fait enlever les panneaux écrits en arabe. En 1934, il désacralise Sainte-Sophie (en turc : Ayasofya) et en fait un musée.

Les panneaux ne seront remis qu’en 1951.
En 1993, l’UNESCO entreprend de grands travaux de restauration qui durent jusqu’à aujourd’hui.
Que vont devenir les mosaïques qui ont été restaurées, maintenant que l’édifice est rendu au culte islamique ?
Dans quel état va se trouver Sainte-Sophie après le séisme d’une magnitude d’au moins 5 sur l’échelle de Richter qui est attendu dans les années à venir à Istanbul ?

Première prière musulmane à Sainte-Sophie en 2020 en présence du président Erdogan. L’édifice est trop petit pour accueillir tous les fidèles.

Abattage rituel interdit ?

En Belgique, la région flamande (2019) et la région wallonne (2020) ont voté un décret interdisant l’abattage rituel des animaux sans étourdissement, au nom du bien être animal.

La troisième région, celle de Bruxelles, n’a pas encore pris de décision. Il faut dire que le parti ECOLO, deuxième parti de la région avec 19,1 % des voix en 2019 et une avancée de +9%, a fait campagne en ciblant la communauté musulmane, particulièrement nombreuse dans la région ; avant de la retirer sous prétexte que la décision de lancer la campagne n’avait pas été approuvée par les hautes instances du parti… mais les tracts avaient été distribués. Parmi les points du programme, on trouvait : « Ecolo est pour l’autorisation de l’abattage sans étourdissement dans le cadre de rites religieux à Bruxelles« .

Et ensuite ?

C’est le grand rabbin de Belgique, Avraham Guigui, qui a réagi. Il a déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle belge, qui a transmis à la Cour européenne.
L’avocat général auprès de la Cour de Justice de l’Union européenne, Gérard Hogan, lui a donné raison. De ses conclusions on peut retenir (Attention, c’est du langage d’avocat) :

  1. L’Union européenne interdit l’abattage des animaux sans étourdissement même dans le cadre d’un rite religieux. Mais d’autre part, « elle autorise une autre procédure d’étourdissement pour l’abattage effectué dans le cadre d’un rite religieux, fondé sur l’étourdissement réversible et sur le précepte selon lequel l’étourdissement ne peut pas entraîner la mort de l’animal« .
  2. Il n’est pas permis aux Etats membres d’adopter les règles prévues.

Il conclut : « La Cour se saurait permettre que ce choix politique spécifique soit vidé de sa substance du fait que certains Etats membres adoptent des mesures particulières au nom du bien être animal, qui auraient pour effet matériel de réduire à néant la dérogation en faveur de certains membres de confessions religieuses« .

Affaire à suivre.

Péché et rédemption

Définitions

Étymologiquement, le péché est une chute hors de la voie. C’est une transgression (à la loi religieuse), une désobéissance (à Dieu).

La rédemption, du latin « redemptio », le rachat, désigne dans le vocabulaire théologique chrétien l’acte par lequel Jésus rachète les hommes esclaves de leurs péchés en le payant de sa vie. J’essaierai d’expliciter ce concept plus bas. Augustin d’Hippone (354-430), connu sous le nom de saint Augustin, a écrit : « Heureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur« .

Le péché dans le judaïsme

Le judaïsme n’insiste pas sur la notion de péché. Seul le péché rituel est pris en compte, et il est traité paternellement. Donc, rater un sabbat ou ne pas manger kascher ne conduit pas en enfer.
Un jour de l’année est particulier, c’est le Yom Kippour, le jour du grand pardon. Lors d’un jeûne de 25 heures entrecoupé de 5 prières, chaque juif demande que ses fautes envers Dieu lui soit pardonnées. Les fautes envers les hommes, elles, doivent être réparées, elles ne sont jamais pardonnées.

Dans des temps « anciens« , lors du Yom Kippour, le grand prêtre choisissait deux boucs, l’un était sacrifié à Dieu, l’autre emportait tous les péchés d’Israël dans le désert. C’est le rite du « bouc émissaire » relaté dans le livre du Lévitique 16, 15-22. Voici le texte des versets 20 à 22 (on est dans le désert, au temps de Moïse et de son frère Aaron) :

Une fois achevée l’expiration du sanctuaire, il fera approcher le bouc encore vivant. Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des Israélites, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride.

On ignore si cette cérémonie a réellement été appliquée. Les fautes dont il est question, sont des fautes collectives, les manquements du peuple envers Dieu, on ne parle pas de fautes personnelles.

Le péché dans l’islam

Dans l’islam, toute transgression de la loi est assimilée à un péché. Ainsi, les péchés les plus graves sont l’hérésie, le polythéisme, la fornication, l’apostasie, les jeux de hasard, etc., tout ce qui est haram (interdit).

Le musulman utilise souvent l’expression « inch Allah », « si Dieu le veut ». Ce que corrobore le Coran (18, 23-24) :

Et ne dis jamais à propos d’une chose : « Je le ferai sûrement demain » sans ajouter « si Allah le veut », et invoque ton Seigneur quand tu oublies et dis : « Je souhaite que mon seigneur me guide et me mène plus près de ce qui est correct ».

On pourrait donc croire que toutes les actions sont déterminées par la volonté d’Allah. D’autant plus qu’à la sourate 8, 17, on lit : « Ce n’est pas vous qui les avez tué, mais c’est Allah qui les a tués… Allah est audient (NB : il peut entendre tout) et omniscient.« 

Or dans l’islam, comme dans tous les courants philosophiques, les oulémas débattent pour savoir si l’homme a son libre arbitre ou s’il est prédestiné. Ainsi « tout ce qui est généré par nos actes est notre action » s’oppose à « l’homme n’a qu’une connaissance partielle des effets de ses actes ». Entre ces deux extrêmes, on trouve : « si l’homme connaît la modalité de ses actes, il a le libre arbitre, sinon, l’acte doit être attribué à Allah« .

Ce débat était déjà présent en Mésopotamie, bien avant l’islam. Ainsi un texte s’interroge : « Pourquoi être irréprochable dans son comportement personnel, social et religieux si l’on peut être puni pour une faute dont on n’a même pas conscience ? A quoi servent les bonnes actions si elles ne garantissent pas une vie sans épreuves ? »

Le péché originel

C’est le nom que donnent les chrétiens à la cause du renvoi d’Adam et de Ève du Paradis dans le roman de la Bible.
Pour rappel, Adam a été créé à l‘image de Dieu. Pour le sortir de sa solitude, Dieu lui a façonné une compagne, Ève. Adam est libre dans le Paradis, une seule interdiction lui a été faite : ne pas « manger » de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le serpent tente Ève qui pousse son compagnon à manger le fruit de cet arbre. L’exclusion du Paradis sera le châtiment pour cette désobéissance.

Dans l’Épître aux Romains 5, 12, attribuée à Paul, on lit « … de même que par un seul homme (Adam), le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, situation dans laquelle tous ont péché« .

Paul lie le péché originel à la mort. Or dans la Bible, rien ne dit qu’Adam et Ève sont immortels, au contraire. Lorsqu’il constate la désobéissance, Dieu dit « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal. Qu’il n’étende pas maintenant la main sur l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours » (Gen. 3, 22). Ce personnage énigmatique qu’est Paul (j’y reviendrai dans un prochain article) ne connaît pas la Torah alors qu’il a la prétention de diriger la vie spirituelle des premiers chrétiens.

D’après le raisonnement dogmatique de Paul, basé sur un récit mythologique, l’homme est souillé dès sa naissance. Il porte la responsabilité de la faute d’Adam qui lui est transmise par hérédité. Augustin d’Hippone reprend ce discours : l’homme est souillé par engendrement. Le baptême efface la souillure. Or comme on baptise les enfants, c’est la preuve qu’ils sont souillés dès la naissance. Le péché originel est un péché de chair. Pour lui, c’est sexuel !

Seuls les catholiques adhérent à ce dogme. Les protestants et les orthodoxes s’en sont éloignés.
Les juifs ignorent la conséquence de l’acte d’Adam, ils sont les élus de Dieu.
Les musulmans ont une interprétation différente (Co. 20, 115-123) :

Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam : mais il l’oublia et nous n’avons pas trouvé chez lui de résolution ferme.
Et quand nous dîmes aux anges de se prosterner devant Adam, ils se prosternèrent excepté Iblis (le Diable) qui refusa.
Alors nous dîmes : « Ô Adam, celui-là est vraiment un ennemi pour toi et ton épouse (NB : elle n’a pas de nom). Prenez garde qu’il vous fasse sortir du Paradis, car alors tu seras malheureux.
Car tu n’y auras pas faim, ni ne sera nu.
Tu n’y auras pas soif ni seras frappé par l’ardeur du soleil.
Puis le Diable le tenta en disant : Ô Adam, t’indiquerai-je l’arbre de l’éternité et un royaume impérissable ? »
Tous deux en mangèrent. Alors leur apparut leur nudité. Ils se mirent à se couvrir avec des feuilles du paradis. Adam désobéit ainsi à son Seigneur et il s’égara.
Son Seigneur l’a ensuite élu, agréé son repentir et l’a guidé.
Il dit : « Descendez d’ici (NB : le paradis n’est pas sur terre). Vous serez tous ennemis les uns des autres (Note du Coran de Médine : on peut comprendre les humains et les diables). Puis si jamais un guide vous vient de ma part, quiconque suit mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux.

Péché et rédemption dans le christianisme

Pour le christianisme, l’homme est un pécheur et réside, jusqu’à sa mort, dans un monde soumis au Diable. Dans les évangiles, la plupart des miracles de Jésus sont des exorcismes, il chasse des démons.
Le péché est le fonds de commerce du catholicisme. La confession mensuelle était une obligation il n’y a pas encore longtemps et le prêtre était habilité à pardonner (ou faire pardonner) les péchés des paroissiens.
Je reviens sur la définition chrétienne de rédemption : « l’acte par lequel Jésus rachète les hommes esclaves de leurs péchés en le payant de sa vie. » Elle amène plusieurs questions. De quoi Jésus sauve-t-il ? En quoi sa mort sauve-t-elle ? En quoi la crucifixion est-elle nécessaire à notre rachat ? Pour répondre à ces questions, j’ai consulté le courrier des lecteurs du quotidien catholique français La Croix espérant y trouver des réponses concrètes. Désillusion! Je n’ai trouvé que des lieux communs et des phrases vides de sens. Il faut dire que le sujet est délicat.

Florilège.
En quoi le Christ nous sauve-t-il ?
Le rédacteur prend d’abord une précaution : « Dès que l’on affirme que le Christ nous apporte le salut, les choses sont nettement moins claires« . Un théologien se porte à son secours (je résume) : Nous souhaitons tous le bonheur, aimer et être aimé, mais nous ne pouvons l’atteindre par nos propres moyens. Les chrétiens sont aimés par Dieu, gratuitement, c’est cela le salut que l’homme reçoit. Nous ne sommes pas sauvé par la mort de Jésus, mais par son amour.
Par sa résurrection, Jésus donne l’exemple, elle ne sera pas la seule. Si le salut est offert à tous, il n’est pas automatique : il faut avoir la foi. Jésus ne te sauvera pas sans toi.

Quel lien entre la mort du Christ et nos péchés ?
Dans la réponse précédente, on nous disait : Nous ne sommes pas sauvé par la mort de Jésus, mais par son amour. Qu’en est-il ici ?
Il faut revenir à des vérités simples : Jésus est mort et ressuscité pour nous les hommes, pour notre salut.
C’est tout ce qu’on peut tirer de la réponse.

La croix est-elle nécessaire à notre rachat ?
La réponse est un coupé-collé de la question précédente.
C’est le père jésuite Michel Souchon qui repond(ait). Il conclut par « Jésus nous a révélé le visage du Père, un dieu à visage humain qui veut aimer l’homme et non pas le faire payer. Révélation formidable pour nous les hommes et pour notre salut. Pour cette révélation, Jésus a mis en jeu sa propre vie, il nous a libéré du péché au prix de sa vie ».

Je suis désolé de vous avoir laissé sur votre faim, mais je ne peux pas faire mieux que des théologiens aguerris. Leur raisonnement est une boucle : salut – mort – résurrection. Au IIe siècle de notre ère, une des innombrables sectes chrétiennes, les gnostiques, ne croyait pas à la crucifixion, ni à la résurrection de Jésus. Pour les gnostiques, c’est l’enseignement de Jésus qui indiquait le chemin du salut.

Qu’est-ce qui a changé, sur terre, depuis la période de Jésus ? Rien, strictement rien. J’ai peine à imaginer que Dieu ait construit un complexe hôtelier tout neuf, appelé Paradis, pour accueillir les âmes sauvées par Jésus.

Le messie

Origine

Un messie est une personne consacrée par l’onction, l’application d’une huile sur sa tête ou son corps. Le mot vient de l’hébreu « mashia« , l’oint, traduit en grec par « christos« . C’est un concept juif qui est employé, la première fois, dans le livre de l’Exode (29, 7) : « Tu prendras l’huile d’onction, tu en répandras sur sa tête et tu l’oindras ». Ce texte fait référence à Aaron, le frère de Moïse qui est consacré prêtre de YHWH par ce geste.

Jusqu’au XIe siècle avant notre ère, les Hébreux étaient groupés en tribus et en clans, indépendants les uns des autres. Ils se choisissaient un chef, un juge, quand la situation les obligeait à s’unir. Un jour, ils décidèrent de se donner un roi. Saül, de la tribu de Benjamin, fut choisi. Il fut oint par le prophète Samuel qui à l’occasion prononça un discours mettant en garde contre la royauté (1er livre de Samuel : 8, 11-18) :

Tel sera le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à sa cavalerie et ils courront devant son char. Il les établira chefs de mille et chefs de cinquante ; il leur fera labourer ses champs, moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs et les donnera à ses serviteurs. Sur vos semences et vos vignes, il prélèvera la dîme et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes deviendrez ses serviteurs. Ce jour-là, vous crierez à cause du roi que vous vous serez choisi, mais YHWH ne vous répondra pas, ce jour-là.

Saül fut remplacé par David, de la tribu de Juda, qui fut également oint par Samuel.
Ce sont les seuls rois qui ont reçu le rite de l’onction.
Dans ces temps, l’idée de messie recouvre plus une fonction qu’un personnage.

La monarchie française a repris le rite de l’onction des rois. L’onction par le « saint-chrême », contenu dans la sainte-ampoule, officialisait le sacre du roi. Ce sacre, à ne pas confondre avec le couronnement qui était automatique à la mort du roi précédent, avait lieu dans la cathédrale Notre-Dame de Reims. Cette cérémonie ne faisait pas du roi de France un messie. Le dernier roi sacré à Reims fut Charles X en 1825… la sainte-ampoule avait échappé aux révolutionnaires de 1789.

Le messie dans le judaïsme

En 586 avant notre ère, Jérusalem est détruite pas les Babyloniens de Nabuchodonosor (voir : Chronologie biblique). L’élite du peuple, la cour et les prêtres, est déportée à Babylone où les prêtres vont réfléchir sur les malheurs du « peuple élu de Dieu« . C’est à partir de cette réflexion que la plupart des textes de la Bible vont être mis par écrit et que l’idée d’un sauveur va voir le jour. Ce sera un homme de la lignée du roi David qui délivrera la terre d’Israël de l’occupation étrangère et amènera une ère de paix et de félicité permettant à toute la nation de se réunir à Jérusalem. Il annoncera l’avènement du royaume de Dieu. Petit à petit, le mot mashia (messie) devient synonyme de chef puissant, investi d’une mission divine.

Curieusement, le premier à bénéficier du titre de « messie » fut le roi des Perses, Cyrus, qui a vaincu les Babyloniens et permis aux Hébreux de rentrer à Jérusalem et de rebâtir le temple, inauguré en 515 avant notre ère.

Le Ier siècle de notre ère a vu l’éclosion de plusieurs « messies » autoproclamés (voir l’article : Jésus dans les textes de Flavius Josèphe).
Le dernier en date se nomme Sabbataï Tsevi. Vers 1650, dans l’Empire ottoman, il draine des foules nombreuses lors de ses prêches. Il appelle les Juifs à s’installer à Jérusalem. Il prend des initiatives de plus en plus dangereuses pour l’empire. En 1666, il pousse les Juifs à la révolte pour prendre le pouvoir. Il est arrêté et emprisonné… Pour sauver sa tête il se convertit à l’islam.

Les Juifs attendent toujours le messie. Mais les différents courants du judaïsme ne sont pas d’accord sur sa nature. Sera-ce un homme ou simplement des temps messianiques qui verront s’instaurer une paix et une fraternité universelle ? Au XIXe siècle, en Europe, les temps messianiques ont même été assimilés à l’essor de la mécanisation, à la technologie.

Le messie dans le christianisme

Comme les Juifs, les chrétiens attendent toujours leur messie. Mais eux savent que ce sera Jésus qui est déjà venu et qui a promis de revenir très bientôt : « En vérité je vous le dit, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Matthieu 24, 34-35). On ne peut pas dire que lors de son ministère sur terre, Jésus se soit comporté en messie, tel que les Juifs l’espéraient. Certains historiens y voit la décision de Judas de le trahir. Judas est nommé « iscariote » qui pourrait vouloir dire « le sicaire« . Un sicaire était un révolutionnaire juif opposé aux Romains, dans la foule, ils poignardaient les « collaborateurs » à l’aide d’un petit poignard, un sica en latin. Ils ont participé à la révolte de 66-73 contre les Romains. La tradition chrétienne veut que « iscariote » soit compris comme « ish Kariot« , c’est-à-dire « l’homme de Kariot« . Kariot étant une ville… qu’il reste à découvrir !

Le messie dans l’islam

Le Coran associé 11 fois le terme « messie » à Isa (Jésus) : le messie Jésus (Isa al-Masih). Faut-il y voir une mauvaise interprétation de Jésus-Christ qui à l’époque était l’appellation courante de Jésus ?
Toujours est-il que les musulmans attendent le retour de Jésus à la fin des temps pour présider au Jugement dernier, récompenser les justes et punir les mécréants (voir : Jésus dans le Coran).

Ambiguïté !

Les chrétiens et les musulmans attendent la fin des temps qui sera précédée du Jugement dernier.
Mais quelle est l’utilité de ce jugement ? Les bons ne sont-il pas déjà au Paradis et les mécréants en Enfer ?

Cette ambiguïté n’a pas été héritée du judaïsme. Le judaïsme n’est pas unifié, il n’y a pas un dogme. Chaque école a ses propres idées sur l’après-mort et les temps messianiques.
Suivant les croyances, lorsqu’une personne meurt, elle est placée « endormie » sous les ailes de la Providence, quelque part dans les cieux, ou elle reste dans la sphère terrestre et vit dans les mémoires, ou encore, elle rejoint le jardin d’Eden.
La résurrection des morts est un thème secondaire, ce qui importe, c’est l’avenir de la communauté. Dans les évangiles, des sadducéens demandent à Jésus avec qui ressuscitera une veuve qui a épousé plusieurs frères ? De qui sera-t-elle la femme ? Les sadducéens appartenaient à un école qui rejetait la résurrection, aujourd’hui, certains courants du judaïsme écartent toujours cette idée.

« Nier l’existence de dieu est illogique »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la conclusion d’une démonstration mathématique décrite dans un dossier du magazine « Science & Vie » numéro 1235 d’août 2020 ! Voici mille ans que des philosophes puis des scientifiques essaient de démontrer l’existence de Dieu, d’Anselme de Cantorbéry (XIe siècle) à Kurt Gödel (1906-1978) au XXe siècle. Un chercheur allemand de l’université de Berlin, Christoph Benzmüller aurait réussi. Il a démontré, grâce à l’informatique, que « Dieu, dans sa définition la plus répandue en métaphysique existe nécessairement ».
Ce scientifique s’est spécialisé en mathématique et en logique. Il raisonne dans les disciplines qu’il maîtrise, faisant fi de la chimie, la physique et l’astrophysique. Il ne se demande pas comment Dieu aurait créé l’Univers ni pourquoi il aurait laissé la Terre vide d’hommes, ses « créatures », pendant 4 milliards d’années, se morfondant seul sur son trône, sans personne pour l’adorer.

La démonstration se fait en 12 étapes et conclut : « Dieu existe« . Reprenons les 3 premières étapes, elles seront suffisantes pour mon propos, d’autant plus qu’à partir de la quatrième étape, on introduit des concepts non triviaux comme l’exemplarité et l’essence.

  1. La définition de Dieu. c’est un être qui possède toutes les « propriétés positives ». Cette définition ne correspond donc à aucun dieu vénéré par les religions existantes. YHWH est un dieu jaloux, Allah aime qu’on le craigne et qu’on l’adore cinq fois par jour. Aucun n’a ces propriétés positives que sont l’empathie ou la tolérance.
  2. Viennent ensuite deux axiomes, des affirmations qui ne peuvent pas être démontrées. Dans la géométrie euclidienne, un axiome précise que deux droites parallèles ne se rencontrent pas. Ici, le point 2 pose qu’une propriété est positive sinon, c’est sa négation qui est positive.
    En mathématique, une propriété définit ce qui est propre ou particulier à un objet ou à un être. C’est un synonyme d’attribut, de caractéristique ou de qualité.
  3. La propriété se transmet : toute propriété engendrée par une propriété positive est positive.

Le troisième point suscite une grosse interrogation. Prenons un exemple qui n’a rien à voir avec la démonstration de Christoph Benzmüller : « Aimer Dieu » est-il une propriété positive de l’homme ? Si oui, « Tuer les ennemis de mon dieu », qui est engendré par « Aimer Dieu » est aussi une propriété positive. Or dans ma morale, ça ne l’est pas. L’axiome du point 3 n’est pas vérifiable dans toutes les situations, il n’est pas universel, il est donc faux et la démonstration est fausse. cqfd.

Nonobstant ce problème, la définition de départ est-elle correcte ? Dieu est-il la somme des propriétés positives ? Ce n’est pas la définition qu’en donnent les dictionnaires : Dieu est un « être éternel, unique, créateur et juge », qui comme je l’ai dit précédemment n’a pas toutes les propriétés positives. La définition de départ concerne plutôt la « perfection« . Donc, si on veut être précis la conclusion de la démonstration serait : « la perfection est une notion cohérente, elle est logique, elle existe »… bien qu’on ne la rencontre nulle part.

Et le diable ?

Science & Vie a demandé à Cristoph Benzmüller de soumettre le cas du diable à son programme. En partant de la définition que le diable a toutes les propriétés négatives, le programme conclut que le diable n’existe pas. « Etre tel qu’on est » est une propriété positive, donc le diable possède la propriété inverse : « Ne pas être tel qu’on est ». Il n’existe donc pas.

Ne pas tout jeter

La démonstration n’est qu’un volet du dossier de Science & Vie intitulé « Pourquoi on croit en Dieu« . Les autres parties du dossier sont (également) très intéressantes :

  • Les civilisations portées par un dieu se sont imposées.
  • La foi dope notre cerveau.
  • Dieu est une idée contagieuse. Dans cette partie, le généticien Richard Dawkins, est réhabilité. Je vais en parler.

Ainsi on apprend :

  • « Plus une civilisation est structurée et la population nombreuse, plus elle a de chances de vénérer un dieu puissant, moralisateur et vengeur »... (notes personnelles) et aussi belliqueux : il faut l’imposer aux autres. La civilisation juive n’a jamais été assez nombreuse pour imposer sa religion. Le judaïsme ne compte aujourd’hui que 15 millions d’adeptes (à comparer au 2.000 millions de chrétiens et de musulmans).
  • Les croyants en un dieu moralisateur et vengeur sont enclins à l’empathie envers les autres croyants en ce dieu. « Ce dieu encourage la confiance en l’autre, à condition que cet autre y croie aussi, bien entendu ». « La foi favoriserait la survie.« 
Richard Dawkins

Richard Dawkins, né en 1941, est un biologiste éminent, professeur à l’université d’Oxford. En 1976, il publie « Le gène égoïste » qui explique la théorie de l’évolution basée sur la mutation des gènes. Il y introduit la notion de « mème« , je vais en parler. En 2006, il publie « Pour en finir avec Dieu » qui s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires et qui n’est pas son livre le plus abouti.

Ce qui nous intéresse ici est la notion de mème, fortement critiquée à l’origine (1976) et aujourd’hui, généralement admise. Un mème est un élément d’une culture qui se transmet d’une génération à l’autre, particulièrement par imitation. Comme le gène, il peut muter en se transmettant, générant des évolutions culturelles. La mémétique est le domaine d’étude des mèmes, elle concerne surtout :

  • La propagation des rumeurs et des modes,
  • Les phénomènes d’adhésion à des mouvements culturels, idéologiques, politiques ou religieux,
  • L’apparition de variantes culturelles, d’innovation, de création.

Tous les objets des religions se sont transmis en se transformant, les mèmes des religions ont muté :

  • Jésus, probablement un prophète de l’apocalypse est devenu Dieu. (voir : la nature de Jésus).
  • Le Coran, simple recueil des révélations vécues par Mahomet est devenu « le » livre incréé dont l’original est dans les mains d’Allah (voir : le Coran)
  • YHWH, un dieu local dans le panthéon des Hébreux, est devenu « le » dieu unique et universel (voir : quand Yahvé est-il devenu le dieu des Hébreux).

A chaque fois, l’évolution de l’objet du culte s’est faite vers le sommet, la position la plus élevée, vers un point d’où toute évolution est devenue impossible. Le cas le plus flagrant est l’islam. Si le Coran est un livre incréé, il est impossible de contester ou de modifier son contenu. L’islam est figé à tout jamais. (voir : le mutazilisme, un islam éclairé).

Commentaire constructif de Pierre Nyst

Je n’ai pas lu l’article de Science & Vie sur cette « démonstration » de Christoph Benzmüller, mais elle me semble être une variante de plus de l’argument ontologique, utilisé par pas mal d’auteurs par le passé, allant de Boèce et Anselme, de Descartes à Spinoza, et dont la structure reste globalement invariante :
1.    Dieu est un être parfait.
2.    Une perfection qui ne comprendrait pas l’existence ne serait évidemment pas complète.
3.    Donc, Dieu est aussi doté de l’existence.
Cet argument est dit ontologique, car il appuie sa « preuve » sur la définition de ce qu’est l’être (ontos) de Dieu : il est dans l’être de Dieu d’exister.
(Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_ontologique)

En plus des critiques et réfutations de cet argument, qu’on peut trouver à profusion sur Internet, j’ajouterai ceci :
1. Quelque chose qui n’existe pas ou dont on n’a pas (encore) prouvé l’existence ne peut être qualifié de parfait. Comme on cherche à prouver l’existence de Dieu, on ne peut donc baser cette « preuve » sur l’existence de Dieu, ni donc sur sa qualité d’être parfait. Le point de départ de l’argument ontologique est donc fallacieux puisqu’on ne peut qualifier de parfait quelque chose dont on doit encore prouver l’existence.
2. Si l’argument ontologique était valable, on pourrait s’en servir pour affirmer l’existence de toute chose dont aurait préalablement pris soin de dire qu’elle est parfaite : le Père Noël, la licorne bleue, la théière de Russell, etc.

D’un point de vue scientifique, je partage la position de Richard Dawkins quand il dit que la preuve formelle de la non-existence de Dieu est impossible.
En effet, comment prouver à l’aide des lois physiques de la nature, de l’univers, l’existence ou la non-existence de quelque chose de surnaturel, que les religions placent au-dessus des lois physiques ?
De même, comment prouver, par un raisonnement de logique, l’existence ou la non-existence de quelque chose dont la Bible déclare que les voies sont impénétrables (Job 11:7, Psaumes 139:17, Isaïe 55:8-9, Épître de Paul aux Romains 11:33) ?
D’ailleurs, comment prouver quoi que ce soit concernant quelque chose d’aussi flou, d’aussi peu précis, d’aussi mal défini que la notion de dieu ? Cela d’autant plus que chacun a sa propre définition de dieu, lesquelles définitions évoluent au fil du temps, au gré des avancées scientifiques et des reculades religieuses.

Enfin, si Christoph Benzmüller a malgré tout raison, alors Dieu et la foi mourront bientôt :
« Dieu meurt au contact de la preuve. » (Adolphe Gesché, prêtre et théologien belge, dans un entretien dans La Libre Belgique, 7 mai 2001)
« Si on prouvait scientifiquement que Dieu existe, cela détruirait la foi. » (cardinal Godfried Danneels)

Le port du voile

Toutes les citations du Coran sont extraites de l’édition 2008 du « saint Coran » de l’Université d’al-Azhar de Beyrouth.

Si une femme ne se voile pas la tête, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux à une femme d’avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image de la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. C’est pourquoi la femme doit, à cause des anges, avoir sur la tête un signe de sujétion.

Voici qui est clair et précis : la femme est inférieure à l’homme et doit se voiler la tête… à cause des anges (?). Seulement ce texte ne concerne pas l’islam. Ce passage est extrait du Nouveau Testament, de l’épître aux Corinthiens (11, 6-10) attribué à Paul qui ne l’oublions pas reste juif, même s’il était chrétien.

Qu’en est-il pour les musulmans ? C’est un sujet controversé qui refait régulièrement surface comme signe religieux distinctif, ce que le Coran confirme. Le verset 33, 59 ne dit-il pas :

Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener leurs grands voiles sur elles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées.

Mais d’où vient cette tradition du voile ? Dans les déserts, qu’ils soient syriens ou arabes, il est normal de sortir couverts. Hommes et femmes s’enroulent une pièce d’étoffe autour de la tête. De plus, dans l’Antiquité, de Sumer à la Grèce, les femmes ont toujours porté un châle sur la tête dans l’espace public. Alors pourquoi une révélation oblige la femme à porter un voile ?

Hijab : Coran 33, 53

Mais qu’est-ce que le « voile » pour l’islam ? Dans le Coran, trois mots sont traduits par « voile ». Hijab se rencontre plusieurs fois, il désigne chaque fois un accessoire de décoration, un rideau, une tenture séparant une pièce en deux parties.
Ainsi dans le verset 33, 53 :

Si vous leur demandez (sous-entendu : aux femmes du prophète) quelque objet, demandez-le derrière un rideau (hijab). C’est plus pur pour votre cœur et pour leur cœur.

Pourquoi hijab est-il devenu synonyme de foulard ? Asma Lamrabet, une intellectuelle marocaine, avance une idée très intéressante. Pour elle :

« On a imposé le hijab aux femmes musulmanes dans son sens de séparation afin de bien indiquer à ces dernières où est leur place dans la société, autrement dit afin de les cantonner, au nom de l’islam, dans la relégation et l’ombre, loin de la sphère sociopolitique » (Femmes et Hommes dans le Coran : quelle égalité ? (al-Bouraq, 2012))

Khimar : Coran 24, 31

Dans le verset 24, 31, on rencontre le mot khimar, d’origine syriaque, qui lui désigne le foulard qu’on porte sur la tête.

Dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile (khimar) sur leur poitrine. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, à leurs pères et beaux-pères, à leurs fils ou aux fils de leurs maris, à leurs frères, ou aux fils de leurs frères ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes ou à leurs esclaves, ou aux domestiques mâles impuissants ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent sous leur parure.

Remarquons que la femme musulmane est plus impudique ou a moins de contraintes que la femme juive que seuls son père et son mari peuvent voir nue (Lv. 18, 1-19). Mais ce verset parle-t-il de la nudité de la poitrine ? Les atours sont aujourd’hui interprétés comme les cheveux, les oreilles et la gorge alors que le texte désigne spécifiquement la poitrine. Mais alors pourquoi rabattre le foulard sur la poitrine ?

Ce verset du Coran est cité par les musulmans pour justifier le port du foulard pour cacher les cheveux qui comme la poitrine est à même de susciter l’excitation des hommes ! Mais tout part de l’interprétation de mot « atours ». Les femmes arabes avaient-elles l’habitude de sortir seins nus ? Ne faut-il pas y voir une mise en garde contre l’exhibition des richesses que constituent les bijoux ? Que vient faire la dernière phrase du verset : « Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent sous leur parure » ? En quoi frapper du pied laisse voir les atours ? Cette injonction ne se justifie que si les atours sont des bijoux que l’on peut deviner par le bruit qu’ils font lorsqu’on frappe du pied par terre.

Ce verset est à rapprocher du passage de la première épître à Timothée dans le Nouveau Testament :

Et que de même les femmes en tenue décente, se parent avec pudeur et bon sens, non de tresses, ni d’or, ni de perles, ni de vêtements coûteux mais de bonnes œuvres ; c’est ce qui convient aux femmes qui ont promis de révérer Dieu.

Jalabib : Coran 33, 59

Dans le verset 33, 59 que nous avons cité en tête de cet article, ce n’est pas le mot hijab qui est utilisé, mais jalabib, mot éthiopien qui signifie manteau, cape et qui a donné djellaba. Donc, le verset peut être traduit par « revêtir leur cape ». Ce qui nous éloigne d’un foulard sur la tête.

Relisons ce verset :

Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener leurs grands voiles (jalabib) sur elles : elles en seront plus vite reconnues et éviterons d’être offensées.

Il va à l’encontre de ce que la tradition nous dit de la vie à Médine où toutes les tribus s’étaient converties à l’islam sauf les juifs. On devait reconnaître les femmes musulmanes parmi les femmes juives. Mais, si l’on en croit Tertullien, un père de l’Eglise chrétienne du IIe siècle : « Le voile sur la tête est si coutumier aux femmes juives qu’on les reconnaît par là » (Apologétiques 18, 9). C’est à n’y rien comprendre. Pour se différencier, les musulmanes doivent copier les juives !

À l’origine, ce verset ne devait s’appliquer qu’aux épouses et aux filles du prophète. Le terme « aux femmes des croyants » a dû être ajouté par la suite. De cette manière le verset devient compréhensible et s’apparente au verset 33, 53 qui propose de cacher les femmes du prophète par un rideau. D’ailleurs, les derniers versets de la sourate 33 concernent tous les femmes du prophète.

Ajoutons, pour « clarifier » la compréhension,  que nous croyons qu’une langue arabe précise, unifiée, n’existait pas avant le Coran. Donc, la signification que la langue arabe donne aux mots jalabib, khimar et hijab est récente et toute relative.

La même idée se trouve dans Le Didascalia apostolorum (L’Enseignement des apôtres), un traité de l’Eglise syriaque, écrit par les douze apôtres au concile de Jérusalem de l’an 50… selon la tradition, mais plus vraisemblablement au début du IIIe siècle. Il a été traduit en arabe avant les débuts de l’islam. On y lit :

Si tu veux devenir ne femme croyante, sois belle pour ton mari seulement. Lorsque tu marches dans la rue, couvre ta tête avec ton habit, afin que grâce à ton voile, ta grande beauté puisse être couverte. Ne peins pas le contour de tes yeux, mais baisse ton regard. Et marche voilée.

Un récit d’Aïcha

Les premières femmes arabes disciples de Mahomet ne portaient pas le voile si l’on en croit un récit (hadith) attribué à Aïcha, une des femmes du prophète de l’islam, rapporté par Boukhari et repris dans la Sîra (vol. 2, 297-307). Boukhari est un érudit perse du IXe siècle. Il a collecté plusieurs hadiths, on parle de 600.000. On raconte que chaque fois qu’il écrivait un hadith, il faisait ses ablutions et récitait une prière. Il a vécu 60 ans. À vos calculettes…L’affaire survint après la révélation concernant le port du voile. Aïcha faisait partie d’une caravane. Lors d’une halte, devant satisfaire un besoin naturel elle s’éloigna. À son retour, la caravane était repartie. Cet incident est rapporté par un hadith, car on soupçonna Aïcha d’adultère, ce qui fit grand bruit, perturba Mahomet et sema la discorde entre ses disciples.

Comment se fait-il que personne ne se soit aperçu de l’absence d’Aïcha… la femme préférée de Mahomet ? Pourquoi insister sur le fait que l’incident intervient après la révélation sur le « port du voile » ? En quoi avoir un voile sur la tête dissimulait-il Aïcha à la vue des membres de la caravane au point de partir sans elle ? Ne faut-il pas en déduire que ce voile n’était pas un simple foulard, mais un voile, entourant le palanquin posé sur le chameau, cachant la femme du prophète aux yeux des hommes de la caravane ?

Si on suit la tradition, la suite du récit de Boukhari tombe dans  l’absurde : on chercha Aïcha et enfin on la retrouva. Son « sauveur » la reconnut car il l’avait déjà vue sans son voile. Elle était reconnaissable, car elle était rousse, ses cheveux étaient roux. C’est du moins ce que dit un hadith attribué à Mahomet : « Prenez la moitié de votre religion de cette petite rousse ». D’après cette information Aïcha aurait donc retiré et perdu son voile en s’isolant ? Ceci confirme bien que le voile, dont il est question ici, n’a rien à voir avec un foulard, mais est bien un rideau, une tenture pour dissimuler la femme aux regards des hommes. Hors de son palanquin, Aïcha n’avait pas de foulard, même après la révélation !

De quand date cette obligation ?

C’est de nouveau Boukhari qui nous éclaire, c’est Umar qui parle : « Envoyé de Dieu, les gens vertueux comme les libertins pénètrent chez tes femmes. Si tu ordonnais à tes femmes de se dérober à leur regard par un voile. Alors le verset du voile descendit ».

Conclusions

Les religions juives et chrétiennes ont abandonné l’usage du foulard, seul l’islam résiste et continue à imposer des prescriptions désuètes, sclérosé qu’il est par l’idée que le Coran serait incréé. Même l’hindouisme, pourtant toujours figé dans son système de castes, n’impose plus le voile aux femmes. Même à la lecture (éclairée) du Coran, on ne voit rien qui pourrait obliger les musulmanes à porter le foulard. On leur demande juste d’être discrète et pudique. En 2014, en Iran, plusieurs femmes ont publié sur Internet une photo d’elle non voilée. Cette rébellion a provoqué une manifestation monstre dans les rues de Téhéran dont le slogan était « Homme où est ta dignité, où est le voile de ta femme ?« . Certains calicots appelaient même à la lapidation ! Cette manifestation n’est-elle pas la réponse au problème ?

Petite fille swahili ou l’islam mal compris

Covid-19 et religions

Cet article est inspiré d’un article du Monde des religions n°101

Arabie saoudite : Allah sur pause

Dès le 19 mars, les lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine ont été fermés.
A ce jour (15 juin 2020), l’Arabie saoudite compte 1.011 morts (+39) sur un total de 132.048 personnes infectées d’apès le site https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries.

Etats-Unis : liberté chérie

Pour libérer le pays du fléau, les évangélistes s’en remettent à Dieu et invitent les fidèles à venir nombreux lors des réunions de prière. Le virus se joint à eux et prospère.
117.864 morts et 2.166.529 infectés.

Jérusalem : la fin du monde est proche

Les ultraorthodoxes refusent les mesures de confinement et appellent les fidèles à la prière en l’honneur du Messie qui arrivera pour la Pâque (le 8 avril). Caramba encore raté (Tintin – l’oreille cassée (Hergé) page 12, case 3).
302 morts et 19.121 infectés.

Pour eux, se sont les femmes impudiques qui sont la cause de la pandémie.
Si on se promène à Jérusalem, on rencontre des juives portant un foulard noué à l’arrière de la tête comme un bandana. Ce sont les femmes des ultraorthodoxes, ces juifs habillés comme en Pologne au XIXe et qui parlent un dialecte allemand, le yiddish. Pour eux, les cheveux sont un atour sexuel. Mais leurs femmes ne cachent pas leurs cheveux… car elles sont rasées. Seul leur mari peut voir leur crâne nu. Et ça les excite, les bougres, car une famille moyenne comporte une dizaine d’enfants. Cette surpopulation les oblige à quitter leur quartier de Méa Shéarim pour se répandre dans toute la ville et constituer de nouveaux ghettos. Leur qualité première n’est pas la tolérance et ils le montrent : de grands panneaux interdisent aux femmes ne se conformant pas à leur coutume vestimentaire de passer à proximité de « leurs rues ». Toute contrevenante, qui ose s’aventurer se fera insulter… par ces hommes qui n’oseront pas la regarder de peur de commettre un péché.

Chrétienté : le culte des images 2.0

Non contents de vendre des images pieuses aux fidèles et de peupler les églises de statues de saints, le clergé a trouvé une manière originale de célébrer la messe lors du confinement : le prêtre officie devant les photos envoyées par leur paroissiens. L’information que j’ai ne mentionne pas comment il administre les sacrements (Eucharistie).

Le père Giesler devant ses paroissiens virtuels à Achern (Allemagne)

Les épouses du prophète

Tout ce que nous connaissons, ou croyons connaître, de la vie de Mahomet (570-632) nous vient des hadiths et de sa biographie, très romancée, écrite dans la première moitié du IXe siècle par à ibn Hicham… 200 ans après la mort du prophète. La littérature musulmane des tout premiers siècles a donné naissance à trois genres littéraires : les hadiths (les dits du prophète et de ses proches), les circonstances de la révélation et les expéditions militaires ou conquêtes. Tous les faits rapportés sont « certifiés » par une chaîne de transmission : « Je tiens ce récit de X, qui l’a entendu de Y, qui en avait connaissance par Z…( sous-entendu, donc, c’est la vérité) ». Quelque soit le genre, il n’est pas rare qu’un même fait, dans le même ouvrage, soit rapporté de façon tout à fait différente, par deux chaînes de transmetteurs.
La Sîra, la biographie de Mahomet appartient au genre « circonstances de la révélation ». Ce genre est très important, car même si le Coran est incréé, comme le dogme l’affirme, Allah en a modifié le texte : dans le Coran, on lit que la vigne offre une boisson enivrante agréable (16, 67) mais aussi que boire du vin est un péché grave (2, 219) (voir mon article intitulé : Du vin et du porc). Allah dit : « Nous n’abrogeons aucun verset sans le remplacer par un autre qui soit meilleur » (2, 106). Il est donc important de savoir quel verset abroge et remplace l’autre, d’où la nécessite de connaître les circonstances de la révélation. Dans le cas cité, la Sîra nous informe que Mahomet recevait des outres de vin de voyageurs venant de Syrie, mais un jour un fidèle s’est présenté saoul à la prière et le verset 2, 219 a été révélé. La Sîra se sert donc de la biographie romancée de Mahomet pour justifier les versets du Coran.

Khadija

Mahomet épousa Khadija à La Mecque où il était à son service comme caravanier. C’était une riche veuve, propriétaire de caravanes. On était en 595, il avait 25 ans, elle en avait 15 de plus que lui. Il fut un mari exemplaire. Ils eurent 6 enfants, on en reparlera.

En 610, Mahomet eut ses premières révélations. Dans la Sîra (I, 233-239), ibn Hicham raconte cette anecdote. Alors qu’il est en contact avec l’ange Gabriel (Gibrîl), Khadija demanda à Mahomet de se blottir dans son giron.

– Cousin » demanda-t-elle, le vois-tu encore ?
– Oui je le vois, répondit Muhammad.
Khadija se débarrassa de sa robe et mit la tête de Muhammad, toujours sur son giron, sous sa chemise de corps.
– Le vois-tu encore ? demanda-t-elle
– Non, je ne le vois plus.
– Cousin, sois heureux et tiens bon. Ton ami est un ange du ciel et non point un démon.

Elle fut la première convertie et une aide précieuse pour son mari en butte aux railleries des notables de La Mecque. Elle est appelée « Mère des croyants ».

Ils eurent deux fils : el Qassim et Abdallah, tous deux morts en bas âge, et quatre filles d’après la tradition.
Zaynab née entre 598 et 600. Elle est morte du vivant de son père en 629. Elle épousa un mécréant qui fut fait prisonnier par Mahomet. Il le libéra en échange de sa fille. Le mari retourna à La Mecque et Zaynab, pourtant amoureuse de son époux, dû rejoindre son père à Médine. Elle avait une fille qui épousa Ali, le quatrième calife.

Ruqayya née en 601 et morte en 624. Elle épousa un aristocrate mecquois, fils d’Abu Lahab. Ce personnage est un des rares contemporains de Mahomet cités dans le Coran, livre incréé rappelons-le. C’était son ennemi.

Que les deux mains d’Abû Lahab périssent et que lui-même périsse !
Ses richesses et tout ce qu’il a acquis ne lui serviront à rien.
Il sera exposé à un feu ardent
Ainsi que sa femme, porteuse de bois, dont le cou est attaché par une corde de fibres. (Co. 111, 1-5).

La sourate 111 ne comporte que ces 4 versets, elle lui est entièrement consacrée.
Ruqayya fut répudiée et épousa Uthman, le troisième calife.

Oum Kalthoum dont on connaît ni l’année de naissance ni le nom, Oum Kalthoum signifiant « la mère du joufflu » a le même parcourt que sa sœur Ruqayya : elle a épousé un fils de Abu Lahab qui l’a répudiée, elle épousa alors Uthman, le troisième calife… après la mort de sa sœur Ruqayya.

Fatima épousa Ali, le quatrième calife et est aussi vénérée que lui. On ignore quand elle est née en 604, 605, 609 et même 615 selon les sources. Notons qu’aucune archive n’étant tenue, les dates de naissance des personnages de l’entourage du prophète ont été estimées bien des années plus tard. Si on s’en tient à la chronologie établie, Fatima est née alors que sa mère avait entre 49 et 60 ans, ce qui à l’époque tient du miracle. Elle mourra quelques jours après son père.

Donc, à la mort de Mahomet, il n’a plus de descendance directe. Comme il n’a pas eu de frères, ni de sœurs, il n’a pas d’héritiers directs.

A Médine

Khadija meurt en 619, trois ans avant que Mahomet quitte La Mecque pour Médine, ce qui s’appelle l’Hégire et donne le point de départ du calendrier musulman. Il respecte le deuil d’un an, puis épouse Sawda. Il est âgé de 50 ans, elle en a 35 (Wikipédia lui en donne 65 !). Bien vite, Mahomet veut la répudier car il a épousé une très très jeune fille (une enfant) Aïcha. Sawda lui fait alors cette étrange proposition qu’il accepte : « Je ne te demande pas de coucher avec moi, je cède mon tour à Aïcha. Mais je veux être présente le jour de la résurrection parmi tes épouses. » Comme bon nombre de croyants, elle attend toujours !

L’épouse la plus célèbre de Mahomet, avec Khadija, est Aïcha (614-678). Elle est la fille de l’ami du prophète, Abu Bakr, qui sera son successeur direct. Elle a 6 ans lorsqu’il demande sa main à son père. A 8 ans elle devient sa femme. Un an plus tard, le mariage est consommé. Ce qui choque dans ce mariage, ce n’est pas l’âge de la fillette. Beaucoup de souverains européens se sont mariés à cette âge. Ce qui choque, c’est la différence d’âge, lui a plus de 50 ans et le fait que le mariage fut consommé. Suite à ces noces, la Charia fixa l’âge légal du mariage des filles à 9 ans (voir mon article sur les mariages de plaisir).

Malgré ses caprices, elle fut la préférée du prophète s’il faut en croire la tradition musulmane. Ce qui n’empêcha pas Mahomet de prendre encore de nombreuses épouses. Mais Allah lui a permis de dépasser la limite fixée à quatre femmes (Co. 4, 3).

Ô prophète. Nous avons rendu licite pour toi les épouses que tu as dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes mains, les filles de ton oncle ou de tes tantes paternels ou maternels ainsi que toute croyante qui aura livré son cœur au prophète pourvu qu’il consente à l’épouser (NB : remarquons le changement de personne : tu puis il). C’est un privilège que nous t’accordons à l’exclusion des autres croyants. (Co. 33, 50)

J’ai souligné « ton oncle » au singulier. Ce personnage est Abu Talib, le père d’Ali, quatrième calife et cousin de Mahomet. C’est lui qui l’éleva après la mort de son père et le protégea des attaques des Mecquois réfractaires au message du prophète. Mais alors qui est al-Abbas, le fondateur de la dynastie des Abbassides venu du fin fond de l’Iran et qui se présenta comme l’oncle du prophète ?

Fermons cette parenthèse. La tradition raconte qu’au cours d’une étape aride, sans eau, Aïcha perdit son collier. Le moment de la prière approchant, les croyants voulaient atteindre au plus vite un point d’eau pour les ablutions rituelles. Aïcha ne voulut rien entendre et exigea qu’on cherchât son collier. Le soir même Allah donna connaissance d’un nouveau verset à Mahomet :

Lorsque vous vous disposez à la prière, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes, passez les mains mouillées sur vos têtes et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles… si vous ne trouviez pas d’eau alors, recourez à la terre pure (au sable), passez-en sur votre visage et vos mains… (Co. 5, 6)

Notons qu’avant ce verset, tout voyage dans le désert semble avoir été interdit aux croyants. Comment trouver cinq points d’eau pour respecter les prières journalières ?

Mahomet prit ensuite pour femme Hafsa, la fille de son ami Umar, qui deviendra deuxième calife. C’était sa quatrième épouse. Quelque temps plus tard, il convola avec Zaynab, une veuve de 30 ans. Mahomet avait 56 ans. Puis il épousa Oum Salama, la veuve de son frère de lait. Comme elle était inconsolable, Abu Bakr et Umar se proposèrent de l’épouser. Elle refusa, mais elle accepta la proposition de Mahomet. Aïcha la trouvait très belle malgré son âge (30 ans). Elle mourut en 680, soit 64 ans après l’Hégire. On lui doit toute une série de hadiths.

Ensuite, vient l’épisode d’une seconde Zaynab, l’épouse du fils adoptif du prophète, nommé Zayd. Les circonstances de ce mariage sont floues… pour ne pas salir la mémoire du prophète. Il aurait trouvé Zaynab à son goût et son fils adoptif aurait proposé de la répudier. Malgré son désir, Mahomet aurait refusé car il était interdit d’épouser la femme de son fils, même adoptif. C’était considéré comme un inceste. Alors Allah intervint :

Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, un fois qu’Allah et son messager ont décidé une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir… Quand tu disais à celui qu’Allah avait comblé de bienfaits tout comme toi-même l’avait comblé (c’est Zayd) : « Garde pour toi ton épouse (Zaynab) et crains Allah ». … Tu (Mahomet) craignais les gens mais c’est Allah qui est digne de ta crainte. Quand Zayd (cité explicitement dans le texte, comme Abu Lahab dans la sourate 111) eut cessé toute relation avec elle, nous te la fîmes épouser afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs quand ceux-ci cessent toutes relations avec elles. Le commandement d’Allah doit être exécuté. (Co. 33, 36-37)

Vinrent ensuite Juwayrira, une jeune femme de 20 ans et Ramlah Abi Sufyan, également appelé Oum Habiba, convertie très tôt à l’islam bien qu’elle ait été la fille d’un dirigeant de La Mecque, ennemi de Mahomet : Abu Sufyan. Il compte maintenant 9 épouses.

Le seigneur de guerre

A Médine, résidaient trois tribus juives d’après la Sîra. Mahomet chassa deux d’entre elles sous des prétextes divers et anéantit la troisième accusée de trahison. Les hommes furent rassemblés devant de grandes fosses, égorgés et enterrés (Sîra II, 58-60). Parmi les captives, se trouvait Safiyya, une très jolie femme (juive) que Mahomet réclama comme butin. Il partagea sa couche le soir même… après l’avoir convertie à l’islam et l’avoir épousée. Il faut respecter les règles.

Son épouse suivante est Maymuna, elle avait 36 ans et lui 60.
Enfin, il prit pour concubine Maria la Copte, une esclave chrétienne venant d’Egypte qu’il reçut en cadeau. Elle lui donna un fils, Ibrahim qui ne vécut que quelques mois. Mahomet n’a décidément pas de chance avec ses fils.

Conclusions

Mahomet eut donc une douzaine d’épouses et quelques concubines. Des jalousies et des disputes éclatèrent entre elles. Un vent de révolte souffla même. Mais Allah veillait au bon ordre de la maison du prophète.

S’il vous répudie il se peut que son Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, soumises à Dieu, croyantes, pieuses, adorantes, observant le jeûne, qu’elles aient été mariées ou qu’elles soient encore vierges.

Ce verset, d’après la tradition, suffit à les calmer.

Pour conclure, je laisse la parole à l’islamologue français Guillaume Dye, professeur à l’Université Libre de Bruxelles qui en 2016 déclara : « Il me semble à peu près impossible de retrouver la réalité historique derrière tous ces récits [sur la famille de Mahomet], et l’idée traditionnelle selon laquelle le Prophète aurait eu sept enfants (un chiffre qui n’est pas anodin dans la culture biblique) ne paraît pas être une information historique. » 

Le dialogue interreligieux

Le dialogue interreligieux est une initiative chrétienne. Il englobe toutes les religions dont le bouddhisme et l’hindouisme. Il a été initialisé en 1999 par le cardinal Ratzinger, qui deviendra pape sous le nom de Benoît XVI en 2005 et démissionnera, fait exceptionnel, en 2013. Si à l’origine l’objectif était ambitieux comme le laisse supposer la déclaration du chrétien, Samir Khalil Samir pour qui « le devoir apostolique oblige les chrétiens à aider les musulmans à décanter leur foi, pour découvrir ce qu’elle offre de pierres d’attente (sic ?) et finalement pour s’ouvrir à l’Évangile qu’ils croient connaître à travers le Coran, alors qu’ils l’ignorent. En suscitant le désir d’une spiritualité plus exigeante, on permet la rencontre avec le Christ des Évangiles et pas seulement celui du Coran ». Si on lit entre les lignes, le dialogue consiste donc à faire reconnaître aux musulmans que Jésus est le fils de Dieu, dieu lui-même ! La position de l’Église n’a pas changé depuis Pierre de Montboisier, dit le Vénérable, qui en 1156 publia « Contre la secte des Sarrasins » après avoir fait traduire la Coran en latin. Pourquoi, dit-il, « S’ils adhèrent à une partie des Écritures, n’ont-ils pas adhéré à tout ? De deux choses l’une, soit le texte est mauvais et il faut le rejeter, soit il est vrai et il convient de l’enseigner ».

Aujourd’hui l’objectif est plus prosaïque. Le cardinal Jean-Louis Tauran a écrit dans l’Observatore Romano fin 2017 : « Malgré les positions qui peuvent parfois sembler distantes, il faut promouvoir des espaces de dialogue sincère. Malgré tout, nous sommes vraiment convaincu qu’il est possible de vivre ensemble ». L’objectif est donc de vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel avec les fidèles des autres traditions.

Le pape François à Abu Dabi

Un rapprochement doctrinal est-il possible avec l’islam ? Chrétiens, juifs et musulmans ont le même dieu et un ancêtre commun : Abraham. Voici deux points fondamentaux qui devraient permettre le rapprochement. Mais Allah peut-il être identifié à YHWH ? Est-ce le même dieu ?

Le même dieu ?

Tout le laisse penser. Ne lit-on pas dans le Coran : « Nous avons envoyé sur les traces de Noé et d’Abraham d’autres messagers comme Jésus fils de Marie à qui nous avons donné l’évangile… » (Co. 57, 27). C’est donc Allah qui guidait les prophètes juifs et Jésus. Pourtant le dieu du Coran est à l’opposé du dieu de la Bible, comme le montre ce qui suit.

Dans la suite de l’exposé, j’emploierai le mot Dieu pour le dieu des juifs et des chrétiens et Allah (al ilal : littéralement la divinité, le dieu) pour le dieu des musulmans. Ce chapitre est inspiré de l’ouvrage de Christian Makarian : « Le choc Jésus-Mahomet » (CNRS 2008)

Dieu a une histoire, il est acteur, il accompagne les hommes. Allah est transcendant, il est dans une autre sphère : « A Allah appartient l’Est et l’Ouest. Où que vous vous tourniez, la face d’Allah est donc là, car Allah a la grâce immense. Il est omniscient. » (Co. 2,115) Je profite de ce verset pour faire une petite remarque sur la prière. Pourquoi faut-il se tourner vers La Mecque alors qu’Allah est partout ?

Dieu est paternel, il a une relation de père à fils avec l’homme. Il s’irrite, il punit et se réconcilie. C’est l’idée maîtresse de la Bible hébraïque. Allah n’a aucun sentiment, le Coran ne tombe pas dans l’anthropomorphisme bien qu’Allah veuille être adoré et craint. Il décide tout, il a tout prévu : « Allah, point de divinité à part lui, le Vivant, celui qui subsiste par lui-même. … A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur terre. Qui peut intercéder auprès de lui sans sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur… » (Co. 2, 255)

La religion juive et chrétienne a évolué avec le temps et les circonstances : la destruction du temple de Jérusalem a donné naissance au judaïsme, la croyance en Jésus a donné naissance au christianisme. Le Coran, lui, clôt les révélations. Dieu a tout dit : « Nul malheur n’atteint la terre ni vos personnes qui ne soit enregistré dans un livre avant que nous l’ayant créé et cela est certes facile à Allah. » (Co. 57,22)

La foi chrétienne et juive est un processus individuel, un choix librement consenti. On s’engage personnellement dans la confiance. L’islam est une soumission collective, une prosternation aveugle : on naît musulman dans une communauté et on le reste. L’apostasie est punie de mort.

Les gens du livre

La Bible n’est pas l’équivalent du Coran pour les juifs et les chrétiens. D’ailleurs, l’expression « les gens du livre » souvent employée dans le Coran pour désigner les juifs et les chrétiens est impropre, il faudrait parler des « gens des livres » au pluriel. Chaque livre est le résultat d’une vision personnelle de son auteur. Les livres juifs et chrétiens sont des productions humaines, le Coran est l’oeuvre d’Allah pour les musulmans. De plus, le Coran est incréé, il existe de tout temps, l’exemplaire original se trouve à la droite de Dieu : « Nous avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez. Il est auprès de nous, dans l’écriture-mère (l’original au ciel), sublime et rempli de sagesse. » (Co. 43,3-4) Le Coran est irréfutable, c’est le verbe d’Allah. Il enseigne tout ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le salut des hommes. Il ne peut être lu qu’en arabe. Les Indonésiens, les Pakistanais et les Nigérians qui représentent la majorité des fidèles non arabes, apprennent le Coran, par cœur sans comprendre. Pas de problème, c’est le souffle de Dieu.

La Bible a été révélée à plusieurs prophètes, ce qui explique le nombre de livres et une certaine ambiguïté. Le Coran n’a été révélé qu’à une seule personne. Il est intact, mais sclérosé à « l’âge d’or » du califat de Bagdad. L’islam, c’est le culte de la prière.

Abraham et les personnages de la Bible

Le Coran a complètement altéré le message de l’Ancien Testament sous prétexte que les juifs avaient falsifié le message de Dieu. Par un trait de génie linguistique, tous les personnages de la Bible sont devenus musulmans, soumis à Dieu. Ainsi le verset 132 de la sourate 2, dans le saint Coran de Médine est rédigé ainsi : « Et c’est ce qu’Abraham recommanda à ses fils, de même que Jacob : Ô mes fils, certes Allah vous a choisi la religion, ne mourrez point, donc, autrement qu’en soumis ! » Et une note de base de page spécifie : soumis (muslim en arabe) = musulman (en français).

Les versets qui précédent ne laissent aucun doute, voici donc les versets 128 et 129 de la sourate 2.

Notre seigneur ! Fais de nous [Abraham et son fils Ismaël] tes soumis, et de notre descendance une communauté soumise à toi. Et montre-nous les rites et accepte de nous le repentir. Car c’est toi certes l’accueillant au repentir, le miséricordieux.

Notre seigneur ! Envoie l’un des leurs [les Arabes] comme messager parmi eux, pour leur réciter tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier. Car c’est toi certes le puissant, le sage.

Dans ce dernier verset, Abraham n’annonce rien de moins que la venue de Mahomet.

Conclusion

On ne négocie pas avec les principes fondamentaux. Le dialogue christianisme-islam basé sur la doctrine aurait donc été impossible.

Un analyse même superficielle permet de mettre en doute que Dieu et Allah soient le même concept. Déjà au deuxième siècle, Marcion, à qui j’ai déjà consacré un article, avait proclamé que le dieu de Jésus n’était pas le dieu d’Israël et qu’il fallait abandonner la Bible hébraïque.