Les martyrs (2me partie)

Pour justifier leur statut de martyr, les chrétiens, au cours des siècles, ont colporter de fausses idées sur le statut de leur religion dans l’empire romain. Ne perdons pas de vue que la plupart des documents en notre possession ont été copiés et recopiés par des moines instruits ou non et que les interpolations ne sont pas à négliger.

Une question de vocabulaire
Le vocabulaire a évolué avec le temps. Martyr en grec (μάρτυρας) signifiait « témoin » et non pas « torturé et mort dans d’atroces souffrances ». Il n’est pas rare de lire dans les textes anciens : « il se disait martyr  » (donc en vie). Dans les Actes des Apôtres (1, 8), Jésus dit « vous serez mes témoins à Jérusalem » qui est la traduction de « μοι  μάρτυρες ἔν τε Ἱερουσαλήμ ».

Persécution (persecutio en latin) veut simplement dire « poursuite » que ce soit judiciaire ou non. En anglais, « prosecutor » signifie « procureur », celui qui poursuit les délits. Lors des combats de gladiateurs, très réglementés, le secutor est celui qui poursuit son adversaire, le rétiaire, un combattant léger, au filet et au trident.
Donc, « persécuter les martyrs » signifiait « poursuivre en justice ceux qui témoignent de leur foi (chrétienne) ».

La religion chrétienne s’est rapidement propagée dans l’empire.
Vrai et faux.
On estime qu’au début du IV° siècle, les chrétiens représentaient moins de 5% de la population de l’empire romain, avec de fortes disparités. La Gaule et l’Espagne sont peu christianisés. Les chrétiens sont moins présents dans les campagnes que dans les villes. Rome devait compter 10% de chrétiens. C’est en Egypte que l’on trouvait le plus de chrétiens, environ 20% de la population d’Alexandrie.

Notons que l’on ne trouve pas de traces de présence chrétienne à Pompéi, détruite en 79 de notre ère.

Jusqu’au premier quart du II° siècle, les Romains ne font pas de différence entre les juifs et les chrétiens considérés comme une secte juive. Pline le Jeune, sénateur de 80 à sa mort en 115 (ou 113) ne connaît pas les chrétiens. A la fin de sa vie, comme gouverneur de Bithynie, il s’interroge sur « ces gens qui à l’aube chantent des hymnes à Christos, comme si c’était un dieu« .

Donc, les persécutions de chrétiens sous Néron (54-68) ou Domitien (81-96), sont très peu probables. Néron a certainement condamné au bûcher les incendiaires de Rome et Domitien fut un tyran, assassinant plusieurs membres de sa famille… mais ils n’ont pas visé spécifiquement les chrétiens.

La religion chrétienne était interdite.
Faux.
Les Romains acceptaient tous les dieux, ils avaient même créé un temple en leur honneur, le Panthéon. Dans les Actes de Pierre, que j’ai déjà cité, un sénateur dit à Pierre qui hésitait à parler : « rassure-toi, les Romains sont les amis des dieux« . C’est un auteur chrétien de la fin du II° siècle qui l’écrit.

Nous avons connaissance de deux religions qui ont été momentanément interdites pour trouble à l’ordre public : la procession en l’honneur d’Attis, car les adeptes s’émasculaient en rue et le culte de Bacchus (en -186) suite à un scandale politico-érotique.

Les chrétiens pratiquaient leur religion au grand jour. On recense de nombreux déplacements d’évêques pour assister à des synodes (locaux) ou des conciles (généraux) pour juger les hérésies… qui foisonnaient à l’époque. Eusèbe cite un concile à Rome qui a rassemblé « 600 évêques et un bien plus grand nombre de prêtres et de diacres« . Origène (III° siècle) rassemblait « des milliers d’hérétiques, qu’il convertissait, et un grand nombre de philosophes parmi les plus distingués« . Ce même Origène, qui sera bien sûr persécuté (emprisonné), est appelé, après sa libération, en Arabie (en fait à Bosra, en Irak) à la demande du gouverneur pour « donner connaissance de sa doctrine« . Origène nous conte lui-même les supplices qu’il a dû endurer durant son incarcération… mais doit-on le croire, lui qui était ce qu’on qualifierait maintenant de sado-masochiste. Ne s’est-il pas émasculé à l’âge de 17 ans ?

Notons que les auteurs ne sont pas à une exagération près et que la mention de « prêtres » est peut-être un anachronisme : les prêtres dans la religion chrétienne n’apparaissent qu’au début du IV° siècle.

Eusèbe de Césarée dans le septième livre de son Histoire ecclésiastique, où il reprend des textes de Denys d’Alexandrie (III° siècle), nous dit que dans cette ville, Denys a fait appel à l’empereur Aurélien pour chasser de l’évêché un évêque hérétique. Et ce ne sont que quelques exemples.

Les premiers chrétiens se réunissaient dans les catacombes à Rome.
Faux.
Nous devons cette invention à Chateaubriand dans son ouvrage Les Martyrs. Les catacombes de Rome étaient des carrières qui ont été exploitées jusqu’au début du III° siècle. Comme les emplacements vacants devenaient rares à Rome, elles ont servi, par la suite, de cimetières aux chrétiens, mais aussi aux juifs et aux Romains qui désiraient garder trace de leurs défunts.

Dans un premier temps les chrétiens se réunissaient dans les synagogues ou au domicile d’un adepte avant de faire construire des églises de plus en plus richement ornées. Une grande église dominait même le palais de Dioclétien à Nicomédie et contrairement à ce qu’affirment certains, elle ne fut pas brûlée lors de la persécution car, d’après Lactance, l’empereur « craignait que l’embrasement se répandit aux grandes maisons voisines« … Elle fut néanmoins rasée.

Les habitants de l’empire devaient sacrifier aux dieux romains.
Vrai et faux.
Assister à un sacrifice était un grand honneur, car le sacrifice se faisait en petit comité, et en silence. Le déroulement devait être parfaitement respecté sous peine de nullité du sacrifice. Seuls les hommes libres ayant la citoyenneté romaine pouvaient y participer.

En 212, Caracalla étendit le droit de cité à tous les hommes libres de l’empire romain. Ce qui implique que tous les habitants de l’empire pouvaient s’engager comme légionnaire, qu’ils soient Romains ou Barbares : il crée ainsi une armée de Macédoniens et de Spartiates. Mais la citoyenneté romaine n’oblige pas les « étrangers » à abandonner leurs droits et coutumes locales.

Aurélien (270-275) institutionnalisa le culte solaire de Sol Invictus, divinité originaire d’Orient (Syrie) et très populaire dans les armées du Danube, fêtée le 25 décembre. L’empereur s’identifia à cette divinité. Sur ses monnaies, on trouve l’inscription « deus et dominus natus », né dieu et seigneur.

L’empereur est ainsi le seul à assurer la prospérité et la sécurité de l’empire. En cas de besoin, il sera demandé aux citoyens de prêter allégeance à l’empereur, à Rome. Cérémonie qui consiste soit à brûler de l’encens, à faire une offrande en fruits ou céréales ou à se courber devant sa stature, là où il y en a une. Tout refus sera considéré comme une trahison et passible de poursuite. C’est la cause première de la persécution des chrétiens qui n’avaient probablement pas lu les évangiles où Jésus dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.« . On verra que, néanmoins, beaucoup de chrétiens sacrifieront à l’empereur ou obtiendront une dispense. Ce qui plus tard posera problème, on en reparlera.

Notons que jamais les habitants d’une ville n’ont dû de sacrifier à l’empereur collégialement.

Les chrétiens étaient martyrisés lors des jeux du cirque.
Vrai et faux.
Dans l’empire, les jeux étaient très codifiés et leur contenu dépendait de l’organisateur, l’empereur ou un édile, et de la taille du cirque. Le clou du spectacle était les gladiateurs, les stars de l’époque, qui paradaient dans les rues la veille des jeux. Les gladiateurs étaient des hommes libres qui s’engageaient pour une certaine période, souvent 5 ans, auprès d’un laniste. C’étaient donc des professionnels rémunérés pour leurs combats. Au cours de son engagement, un gladiateur ne combattait pas plus de deux ou trois fois par an avec une arme réelle. On estime que 10 à 15% mourraient des suites du combat, souvent d’une blessure mal soignée. La plupart se retiraient fortune faite.

Les jeux organisés par les empereurs commençaient par une chasse aux bêtes exotiques ou par une reconstitution d’un combat naval (dans le Colisée, par exemple). A midi, on exécutait les condamnés à mort. C’est à cette occasion que certains chrétiens ont pu mourir dans le cirque. Mais Lactance n’en parle pas lorsqu’il évoque l’inauguration du cirque que Dioclétien a fait bâtir à Nicomédie. Eusèbe ne parle pas de jeux du cirque. L’après-midi était consacré aux combats de gladiateurs, qui se déroulaient sous le contrôle d’arbitres.

Nous n’avons que deux mosaïques montrant un condamné dévoré par un fauve. Et bien entendu, la tradition y voit un chrétien.

La troisième partie de cet article est consacrée à la façon dont Eusèbe de Césarée et Lactance ont vu et vécu la grande persécution de 303.

6 janvier : fête des Rois

Le 6 janvier, les catholiques fêtent les Rois mages, tandis que les orthodoxes fêtent la naissance de Jésus.

D’où vient cette tradition de fêter les « Rois » ?
Si l’on s’en tient aux évangiles, seul Matthieu peut nous donner des indices :

« Jésus étant à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient … » (2, 1-2)
« Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie…ouvrant leurs coffres, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (2, 10-11)

Le texte est loin de concorder avec la tradition de Noël : il parle de mages et pas de rois, on ne connaît pas leur nombre ni leur nom et Jésus n’est pas dans une étable, mais dans la maison de Marie et de Joseph, qui dans cet évangile habitent Bethléem. La tradition va s’élaborer au cours des siècles à travers des récits apocryphes. Dans l’Évangile du pseudo-Matthieu, ils sont trois :

 » Alors ils ouvrirent leurs trésors et donnèrent de riches présents à Marie et à Joseph, mais à l’enfant lui-même, ils offrirent chacun une pièce d’or. Et l’un offrit de l’or, le deuxième de l’encens et le troisième de la myrrhe « .

Dans un autre apocryphe, « La vie de Jésus en arabe », on apprend qu’ils sont fils de rois :

« Lorsque Jésus naquit à Bethléem de Juda au temps du roi Hérode, les mages vinrent de l’Orient à Jérusalem – ainsi que l’avait prophétisé Zarathoustra -, portant des offrandes d’or, de myrrhe et d’encens. Certains prétendent qu’ils étaient trois, comme les offrandes, d’autres qu’ils étaient douze, fils de leurs rois, et d’autres enfin qu’ils étaient dix fils de rois accompagnés d’environ mille deux cents serviteurs ».

Le récit s’est enrichi, de nombreuses versions ont l’air de circuler. Avec le temps, vers le V° siècle, ils seront rois eux-mêmes et on connaîtra leur nom : Melchior, Balthazar et Gaspard. Les rois-mages sont nés. On finira par retrouver leur squelette relié par une chaîne en or. Cette relique se trouve dans la cathédrale de Cologne où elle a été vénérée par Benoît XVI en 2005.

Et l’étoile qui guida les mages ?

La ex-pape Benoît XVI, encore lui, propose la conjonction des planètes Jupiter et Saturne qui, d’après Kepler (en 1603), aurait été observée par trois fois en l’an 7 avant notre ère. La théorie de Benoît XVI est peu vraisemblable : l’alignement des planètes ne provoquent pas une « brillance surnaturelle »» comme il le prétend. Les planètes ne sont pas des étoiles, elles ne font que refléter la lumière du soleil. Le 5 août 2016, vers une heure du matin, toutes les planètes visibles à l’œil nu (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) se sont « alignées » ! Et aucun éclat brillant n’a été observé. Par alignement des planètes, on entend que celles-ci sont rassemblées dans une zone du ciel équivalente à la taille de la pleine Lune. Comme les planètes ont des trajectoires fort différentes, contrairement aux étoiles qui semblent voyager ensemble, le phénomène est bref.

Conjonction de Jupiter et de Saturne en 2000.

La photo a été prise au téléobjectif ce qui donne plus d’éclat au phénomène, mais éloigne les planètes. Donc, les planètes sont plus proches, mais moins lumineuses. Le phénomène dure environ une demie heure avant que les planètes ne s’éloignent.

Si toutes les planètes s’alignaient réellement, comme dans l’Exorciste, que se passerait-il ? Rien. On ne verrait que la planète à l’avant plan, les autres étant éclipsées, dans le sens premier du terme.

Si ce n’est pas la conjonction de plusieurs planètes, ça pourrait être une comète. On connaît la périodicité des comètes et aucune n’a été signalée au temps d’Hérode. La comète de Haley qui a une périodicité de 76 ans est apparue en 1986. Elle aurait donc été visible en 56 avant notre ère et en 20 après.

La dernière piste qui nous reste est l’explosion d’une supernova, une étoile massive qui termine sa vie dans une gigantesque explosion visible de jour comme de nuit. C’est le phénomène astronomique le plus spectaculaire. Contrairement aux éclipses et aux passages de comètes, l’explosion d’une supernova ne peut pas être calculée. On s’en remettra donc aux historiens antiques. Hipparque (190-120) décrit une telle explosion survenue en 134 avant notre ère. Les Chinois rapportent qu’en 185 de notre ère, le phénomène fut visible 8 mois durant. Mais rien sous Hérode.

L’astronomie ne nous apporte aucune précision sur l’étoile qui a conduit les mages. Mais ne nous désolons pas et laissons ce récit dans le tiroir des fables.

Les martyrs (1ère partie)

Que serait la religion catholique (et orthodoxe) sans ses saints martyrs, objets de toutes les vénérations. A voir les ex-voto ornant les murs des églises, on peut constater que l’esprit exerce une grande maîtrise sur le corps.

La tradition fourmille de martyrs persécutés par les Romains. D’où viennent ces récits ? On peut y voir quatre sources : la vie des saints, la vie des disciples, la vie des évêques et enfin, de rares chroniques contemporaines des persécutions.

Aussi curieux que cela puisse paraître, la vie des saints n’est racontée qu’au XIII° siècle par un moine dominicain de Gênes, Jacques de Voragine, dans l’oeuvre de sa vie : la Légende dorée. C’est dans cet ouvrage que l’on rencontre saint-Denis parcourant les rues de Paris, la tête sous le bras ; Marthe, la sœur de Lazare, forcée de quitter la Palestine dans un bateau sans voile, sans rame ni gouvernail, arrivant à Tarascon pour y terrasser un monstre ; et bien d’autres.

La vie des disciples est mise par écrit dès le II° siècle. Mais la rédaction des « actes » va perdurer jusqu’au V° siècle. Dans ces récits, le merveilleux le dispute au fantastique. C’est à qui fera le plus de miracles et aura la mort la plus atroce,… la plus glorieuse. Ainsi Pierre est crucifié la tête en bas. La tête de Paul tombe en faisant jaillir du lait au verset 14, 5 des Actes de Paul, mais au verset suivant, il apparaît devant Néron et de « nombreux philosophes » proférant des menaces.

Les évêques ne devaient donc pas être en reste. Que de souffrances subies dans la joie, entourés de leurs amis ! Leur martyres furent compilés au cours des siècles sous le titre de : Acta sincera et selecta primorum martyrum, en abrégé, les Actes des martyrs. Les martyrs y sont victimes des persécutions romaines, mais également des Germains arianisés. En 1903, paraissait une version actualisée (définitive ?) au nom évocateur : « Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du Christianisme jusqu’au XX° siècle« .

Tous ces ouvrages ont été rédigés sur base de récits « de personnes dignes de confiance », d’où le qualificatif de « sincère » et « authentique ». Mais ces rapporteurs sont restés anonymes. Heureusement, nous avons les écrits de deux témoins de la « grande persécution » dont nous allons parler. Ces deux chroniqueurs sont Eusèbe de Césarée et Lactance. Tout deux ont vécu au IV° siècle de notre ère et j’en ferai une brève présentation à la fin de cette première partie.

La deuxième partie de cet article sera consacrée aux fausses affirmations que la tradition a colportées sur le statut des chrétiens dans l’empire romain et la troisième partie à la « grande persécution » à la lumière des textes d’Eusèbe et de Lactance.

La situation de l’empire romain à partir du III° siècle.

Pour tenter de comprendre la « grande persécution » qui débuta en 303, et se poursuivit durant 10 ans d’après Eusèbe ou 8 ans d’après Lactance, il faut connaître la situation de l’empire romain à cette époque.

Dès la fin du règne de la dynastie des Sévères (235), l’empire romain est en pleine déliquescence : les Barbares sont aux frontières et les légions ne servent plus que leur chef. Ainsi, de 235 à 253, en 18 ans, 12 empereurs se succèdent devant parfois composer avec un usurpateur (8 au total) dans une autre partie de l’empire. Il va sans dire que la plupart de ces empereurs ont été assassinés. Un est néanmoins mort dans son lit… de la peste après 4 mois de règne (Hostillien).

A partir de 253, une stabilité relative revient pour 15 ans, seuls deux empereurs vont se succéder : Valérien, capturé par les Perses et mort en captivité, et Gallien… assassiné. Mais ils devront faire face à pas moins de 10 usurpateurs !

Et la valse des empereurs reprend dès 268 : 9 en 17 ans. La plupart de ceux-ci ne sont plus nés en Italie, mais en Pannonie, sur les bords du Danube, à cheval sur l’Autriche, la Hongrie et l’ancienne Yougoslavie. Le centre du pouvoir s’est déplacé vers l’est. Sous Aurélien, né a Sirmium (270-275), qui réussit à régner 6 ans, l’empire perd la Dacie, conquise par les Goths.

En 284, les légions du Danube proclament Dioclétien empereur. Il est né en
Dalmatie (Croatie) en 244. Il va révolutionner la politique romaine. Il crée la Tétrarchie : l’empire sera gouverné par deux augustes (les empereurs) et deux césars (leurs successeurs désignés).

Dioclétien s’installe à Nicomédie, actuellement Izmit, en Bithynie, dans le nord-ouest de la Turquie (non loin d’Istanbul). C’est dans cette région éloignée qu’auront lieu les conciles célèbres de Nicée et de Chalcédoine. On ne s’étonnera donc pas que les conciles n’arrivaient pas à ressembler les évêques de l’Occident… dont celui de Rome. Ils arrivaient en retard !

Le césar de Dioclétien (Galère) réside à Sirmium, actuellement Mitroviça en Serbie. Dans la partie occidentale, Maximien Hercule est auguste à Milan avec comme césar, Constance Chlore (le pâle) qui garde la frontière germanique à partir de Trèves. Constance est le père de Constantin, le premier empereur chrétien.

L’empire a été partagé suivant l’appartenance linguistique de ses habitants. L’Orient de culture grecque comprend les Balkans, la Grèce, l’Anatolie, la Syrie, la Palestine, l’Egypte et la Libye. L’Occident regroupe les locuteurs latins d’Italie, des Gaules, de Bretagne, d’Espagne et de Numidie (l’Afrique du Nord).

L’intérêt de cette répartition du pouvoir est double :

  • les centres de décision sont près des frontières, la réaction sera plus rapide en cas d’invasion.
  • les guerres de succession seront évitées puisque les successeurs sont désignés du vivant de l’empereur. Cela va fonctionner plus ou moins bien. On aura bien des conflits lors de la désignation des césars, mais l’anarchie ne régnera plus dans tout l’empire.

Lactance

Lactance, de son vrai nom, Lucius Caecilius Firmianus, est né vers 250 dans l’Algérie actuelle. Il sera rhéteur, il enseignera la rhétorique, l’art de l’éloquence. Il s’installe à Nicomédie où il se retrouvera sans travail. Deux hypothèses peuvent expliquer cette situation : étant de langue latine, il n’aurait pas convaincu les Grecs ou, en tant que chrétien, il aurait été interdit d’enseignement : on ne peut pas enseigner ce qu’on exècre.

Sous l’empereur Constantin, il sera appelé à la cour. Il y meurt vers 325. Il a écrit De Mortibus Persecutorum (Sur la mort des persécuteurs) dont je parlerai dans la troisième partie.

Il faut remarquer que bien que résidant à Nicomédie en pleine persécution, il ne sera jamais inquiété.

Eusèbe de Césarée

Eusèbe est né en Palestine vers 265. Il sera nommé évêque de Césarée en 310, en pleine persécution dont il n’aura pas à souffrir bien que, d’après ses dires, il assista à de nombreux martyres.

Comme Lactance, il fera partie de la cour de Constantin qu’il ne cessera de flatter dans ses divers ouvrages. En religion, il oscille au gré des tendances : il est d’abord arien et se fait excommunier avant de se repentir et de devenir un pourfendeur de l’hérésie… et un père de l’Eglise.

Il a écrit de nombreux ouvrages ou du moins on lui attribue la paternité de ceux-ci : entre autres Histoire ecclésiastique en 9 livres (une centaine de pages A4 actuelles), Sur les martyrs de Palestine et La vie de Constantin en deux livres. Il écrit en grec et est très prolixe.

Les pèlerinages

Quel est le pèlerinage qui attire le plus de fidèles ? La Mecque ?
Non, la Kumbha Mela, un pèlerinage hindou organisé tous les trois ans et qui a lieu, à tour de rôle, dans les villes saintes d’Allahabad, Haridwar, Ujjain et Nashik.  Alors que l’hindouisme ne compte qu’un milliard d’adeptes, le pèlerinage de 2013 a attiré 120 millions personnes. Il faut dire que les dieux ont perdu quelques gouttes de l’élixir d’immortalité dans le Gange et qu’on ne sait jamais…

Quel est le plus grand pèlerinage du monde musulman ? La Mecque ?
Non, la marche d’Arbaïn, le pèlerinage chiite au tombeau de l’imam Hussein, le fils d’Ali, le petit fils de Mahomet, tué à Kerbala en Irak. Il rassemble plus de 17 millions de fidèles.

Le suivant est celui de La Mecque avec 2 à 3 millions de personnes. L’accès au pèlerinage est limité par un quota imposé à chaque pays.

Le pèlerinage au Mur des Lamentations à Jérusalem attire de nombreux juifs, mais comme il est permanent, on ne peut pas chiffrer le nombre de personnes qui s’y rendent, mais on estime que 1 à 2 millions de « touristes » visitent ce lieu symbolique du judaïsme. Pour rappel, ce mur de soutènement est le dernier vestige du temple détruit par les Romains en 70 de notre ère.

Le mur est tout en bas de l’image

Un document du tout début de l’islam

Perf558 : Musée National d’Autriche à Vienne

Ce papyrus ne parle pas de l’islam, c’est un bon de réquisition pour 65 moutons destinés à l’armée d’invasion de l’Egypte commandée par un certain Abdallah. Ce bon est destiné au fonctionnaire byzantin de la région de Héracléopolis dans le sud du delta du Nil. Mais il est très important car il est bilingue grec-arabe et il est daté.

Le texte grec est signé « Jean, notaire et diacre », le texte arabe est de la main de « ibn Hadid »

Que nous apprend ce texte sur les débuts de l’islam.

Les dates

Le document est daté en arabe du 1er jumada de l’année 22. En grec, il est daté du 30 
Pharmouth de la 1ère indiction
. A quoi cela correspond ?

La datation grecque est indéterminée : l’indiction est une période fiscale de 15 ans au terme de laquelle l’impôt, en nature, est réévalué. Cette pratique a été établie par l’empereur Constantin. La première année d’indiction court du 1er septembre 312 au 31 août 313. La seule certitude apportée par cette date est le jour et le mois : le 24 avril.  Pour déterminer l’année, faisons confiance à la tradition et présumons que l’année 22 soit bien celle du calendrier musulman qui démarre le 24 septembre 622. Il y a deux mois de jumada dans le calendrier musulman. Heureusement, l’un couvre le mois d’avril, c’est jumada al-Thani. En prenant en compte cette date, nous obtenons le 27 avril 643. Cette année est bien une première année d’indiction (avril 313 + 330). Les deux dates correspondent, car le 24 avril 643 dans le calendrier julien est bien le 27 du même mois dans le calendrier grégorien.

Nous constatons que l’adoption du calendrier hégirien s’est faite très tôt. L’année 622 a donc été particulière pour les Arabes : la tradition y voit arrivée de Mahomet à Médine, fuyant La Mecque. Par comparaison, le début de l’ère chrétienne n’a été fixé qu’en 532 !

La religion

Le texte grec commence par une croix et la formule : « au nom de Dieu » (στο όνομα του Θεού), le texte arabe, en est simplement une traduction bismallah (au nom d’Allah, de dieu). Cette formule est suivie de qualificatifs : « le Compatissant, le Miséricordieux ! ». Cette formulation se trouve au début de la plupart des sourates du Coran.

L’écriture

En arabe, plusieurs sons ont la même graphie : il n’y a que 18 signes pour 28 sons. La différenciation se fait par l’adjonction de signes diacritiques (les accents en français sont des signes diacritiques). On pensait que ces signes avaient été introduits au début du VIII° siècle, or dans ce texte, certaines lettres sont déjà surmontées de points. Par contre, il n’y a pas de voyelles brèves. Donc, le Coran, qui aurait été écrit entre 644 et 656, sous le calife Uthman, aurait pu être écrit avec des lettres ponctuées. 

La conquête

Comme ce texte le montre, la conquête n’a pas été brutale : l’administration byzantine reste en place et les troupes d’invasion consignent leurs réquisitions qui étaient soit payées, soit prélevées comme impôt. 

Le document présenté ici fait partie d’une collection. Certains documents sont écrits uniquement en grec (PERF 556 et 557). Faut-il en conclure que certains Arabes étaient de culture grecque, d’autant plus que la manière d’écrire l’arabe ressemble au style d’écriture grec ?

Le document 557 nous apprend d’Abdallah ne dispose que de 342 soldats et 12 armuriers-forgerons. On est loin de l’invasion de dizaines de milliers d’hommes.

Remarque

Ces documents n’ont pas été datés par une méthode scientifique moderne. On n’a cependant pas de raisons de mettre en doute leur origine. Ce sont les premiers textes arabes en écriture cursive.

Les chroniqueurs musulmans tardifs nous disent que l’écriture n’a été introduite à La Mecque qu’au temps de Mahomet (ibn Khallikan : XIIIe siècle) et qu’à Médine, seule une dizaine de personnes maîtrisait l’écriture (Baladhuri : IXe siècle). Par contre, c’est en Syrie-Palestine que l’on retrouve les inscriptions les plus anciennes écrites avec les caractères arabes. Il se peut que le commandant musulman soit un Arabe syrien et non un Arabe de la Péninsule.

La femme de Jésus ?

FRONT

Dans mon livre, j’avais parlé d’un Papyrus présenté par Karen Leigh King, professeure d’histoire ancienne à la faculté théologique d’Harvard. Dans ce document, incomplet, on pouvait lire « Jésus leur dit : ma femme » (ligne 4) et à la ligne 3, on citait Marie. J’avais conclu : « affaire à suivre ».

Et la suite est venue.
Ce papyrus a été réalisé par Walter Fritz, un étudiant en égyptologie à l’université libre de Berlin. Fin de l’enquête.

Le jour où Turquie gagna la guerre

La Grande Boucherie, organisée par des généraux incompétents et où les seuls vrais héros ont été fusillés pour insoumission, ne s’est pas terminée le 11 novembre 1918. L’après-guerre ne s’est pas réglée par le traité de Versailles le 28/06/1919. Ces événements n’ont concerné que le front ouest et l’Allemagne. Chaque vaincu a eu son traité : l’Autriche, celui de Saint-Germain-en-Laye le 10/09/1919, la Bulgarie, celui de Neuilly le 27/11/1919, l’Empire Ottoman, celui de Sèvres, le 10/08/1920 et quelques autres… 16 en tout.

Alors que la guerre ne fait plus de doute, l’Empire Ottoman a déjà perdu ses territoires d’Afrique et d’Europe. En Afrique, la France a occupé l’Algérie en 1830 et la Tunisie en 1881. L’Italie a envahi la Tripolitaine (Libye) en 1911. Quant à la Grande Bretagne, elle met l’Égypte sous tutelle en 1882 et en fait un protectorat en 1914. Si en Afrique, l’Empire a laissé faire, faute de moyens, en Europe, il vient d’être vaincu dans une guerre qui l’a opposé à la Grèce, à la Serbie et à la Bulgarie, guerre dans laquelle il a perdu les derniers lambeaux de territoires qu’il conservait en Europe (1912-1913).

En 1914, il entre en guerre, sans enthousiasme, aux côtés de l’Allemagne qui depuis quelques années l’aide. L’Allemagne a pris en main l’armée ottomane et construit les chemins de fer Berlin-Beyrouth et Damas-La Mecque.

En mars 1915, pour ravitailler les Russes, ses alliés français et britannique tentent de forcer le détroit des Dardanelles. C’est un échec, des mines barrent le passage et les canons ottomans, concentrés sur la péninsule de Gallipoli déciment la flotte, 10 navires sur le 18 engagés sont hors combat. Le 25 avril, des fantassins australiens, néo-zélandais et français débarquent sur la péninsule. Bloqués entre la mer et les falaises, ils resteront cloués sur place pendant près d’un an avant que les survivants soient ré-embarqués et redéployés en Grèce pour combattre la Bulgarie qui vient d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne. Les troupes ottomanes de Gallipoli sont commandées par le général allemand Otto Liman von Sanders, mais celui dont le monde va retenir le nom, est un jeune lieutenant-colonel de 34 ans, Ali Rıza oğlu Mustafa qui deviendra célèbre sous le nom de Mustapha Kemal (le parfait) auquel s’ajoutera plus tard le titre d’Atatürk (le père des Turcs).

NB : oğlu = fils de (comme ibn ou ben en arabe)

La victoire de Gallipoli n’empêche pas l’Empire de subir la défaite qui va le priver de tous ses territoires asiatiques excepté l’Anatolie et, chose exceptionnelle en 1918, va entraîner l’occupation de son territoire par les forces alliées.

AfterWar
Zones d’occupation et annexions prévues par le traité de Sèvres de 1920

Le traité de Sèvres prévoit la découpe des territoires d’Asie entre une Arménie et un Kurdistan indépendants, des mandats français sur deux  nouveaux pays : le Liban et la Syrie et des mandats anglais sur l’Irak, la Transjordanie et la Palestine, territoires créés artificiellement.

Mustapha Kemal prétextant que le sultan est retenu prisonnier à Constantinople par les Britanniques et qu’il est donc impossible de réunir le parlement, déplace celui-ci vers Ankara. Ce parlement, la Grande Assemblée Nationale, rejette le traité de Sèvres, et reprend la guerre. Très vite les Français abandonnent la Cilicie, les Britanniques évacuent la région de Constantinople et les Italiens sont repoussés. Kemal reste face aux Grecs. Dans un premier temps, ceux-ci avancent en Anatolie, mais après leur première défaite, les alliés leur retirent leur soutien tandis que le nouvel État soviétique offre son aide aux Turcs. Mais il faudra attendre octobre 1922 pour que l’armistice soit signé. Le traité de Lausanne (24 juillet 1923), qui remplace le traité de Sèvres, donne à la Turquie la souveraineté sur toute l’Anatolie, oubliant les Kurdes et les Arméniens. Il prévoit également un nettoyage ethnique, près d’un million de Grecs sont contraints à l’exil et partent vers la Grèce, 360.000 Turcs prennent le chemin inverse. Le nom du pays, Turquie (et non Anatolie) montre bien que c’est un pays mono-ethnique, celui des Turcs.

Mustapha Kemal devient président de la république. Il abolit le califat en 1924. Le dernier sultan Mehmet V avait repris le titre et appelé au djihad tous les musulmans en novembre 1914… sans beaucoup de succès.

Le but de Kemal est de « libérer la Turquie des forces obscurantistes », selon ses propres termes. Il supprime les confréries religieuses et les tribunaux islamiques. En 1925, la Turquie adopte le Code Civil suisse… juste après que Kemal ait répudié son épouse Latifé selon la loi musulmane. Elle était très libre, très éduquée et parlait plusieurs langues. Elle avait fait ses études à Paris. Kemal ne se remariera pas.

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Après son mariage, elle porta le voile lors des sorties officielles.

Les réformes vont continuer : la polygamie est supprimée, le fez est interdit ainsi que le port du voile pour les femmes. Cette mesure aura peu d’effet hors des villes. L’islam n’est plus religion d’État.

En 1928, l’alphabet arabe est remplacé par l’alphabet latin sous sa variante allemande. Le Coran est traduit en turc. Auparavant, il était lu en arabe par des personnes qui ne le comprenaient pas, comme la Bible en latin dans la religion chrétienne. Le pays connaît également un boum économique qui va permettre à la Turquie de ne pas subir la crise de 1929.

En 1930, Constantinople devient Istanbul du nom de la Vieille Ville : Stamboul.

Enfin, en 1934, tout citoyen dut adopter un nom de famille. Mustapha Kemal choisit Atatürk.

Le christianisme au deuxième siècle

Le temps nous a donné une idée totalement fausse du christianisme tel qu’il a été perçu dans l’empire romain au deuxième siècle, quand il a commencé à se faire connaître. Le christianisme d’hier n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Un petit retour en arrière peut nous faire comprendre pourquoi le christianisme a bien été accueilli par les Romains.

Il faut garder à l’esprit que le christianisme né en Judée a perdu tout lien avec son milieu d’origine lorsqu’il a été adopté par le monde grec. Les premiers théologiens chrétiens, les pères de l’Eglise, avaient baignés dans la philosophie grecque. Le stoïcisme, l’épicurisme, le (néo-)platonisme leur étaient familiers. Avant d’être chrétiens, ils étaient philosophes.

Les Romains aspirent à comprendre le monde, le cosmos, à entrer en relation avec Dieu, non pas Zeus, mais un dieu transcendant. En quoi consiste leur philosophie, leur vision de Dieu et du Cosmos.

Partons du début de l’Évangile de Jean, qui n’a certainement pas été écrit par un apôtre nourri à la culture juive : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu [et le Verbe était Dieu] ». La partie entre crochets est probablement un ajout ultérieur. Dis comme cela, ça n’a pas beaucoup de sens. Benoît XVI l’a traduit comme suit « au commencement de toutes choses est la force créative de la raison » (conférence donnée à la Sorbonne en 1999). Voilà ce qui est plus en accord avec notre propos. Le mot grec traduit dans l’évangile par « verbe » est le mot « logos ».

Pour les philosophes grecs, Dieu est immatériel, sans substance corruptible, sans souillure. Il est inaccessible. Pour entrer en relation avec lui, il y a le Logos, la raison divine, chargé des fonctions de création, de providence et de révélation. Il est en contact avec la matière, il est un intermédiaire entre Dieu et les hommes. Pour eux, la voix de Dieu qui parle à travers les prophètes, c’est le Logos. Le buisson ardent de Moïse, c’est le Logos. Jésus, c’est le Logos. L’Évangile de Jean a donc été compris par les philosophes de son temps.

Pour d’autres philosophes, les intermédiaires entre Dieu et les hommes, ce sont les « daemons« , que l’on ne peut pas traduire par « démons », mais peut-être par « génies« . Ils participent aux passions et aux peines des hommes, mais ils contiennent une partie de nature divine. Jésus peut également se confondre avec eux. Les « daemons » sont une autre vision du Logos.

Donc, le Logos est subordonné à Dieu, c’est son intermédiaire, c’est le premier des êtres créés. C’est comme cela que les Romains ont dû voir Jésus dans les premiers siècles. C’est comme cela que les premiers pères de l’Eglise le présente. Il n’est plus juif, il a été adopté par le monde gréco-romain.

 

Elections législatives 2018 en Irak

La presse ne nous épargne aucun attentat en Irak, mais oublie de nous parler des élections qui se sont déroulée le 12 mai 2018 afin d’élire les 329 membres du Conseil des représentants (le parlement). Il a fallu attendre le mois d’août pour connaître les résultats. S’en suivi de longues discussions pour former un gouvernement.

Actuellement, l’Irak est une république fédérale dans laquelle les territoires kurdes du nord jouissent d’une grande autonomie. Chaque entité fédérée obtient un nombre de représentants proportionnel à sa population. neuf sièges sont réservés aux minorités religieuses dont cinq  pour les chrétiens. Les femmes ont droit à 25% des sièges. Comme au Liban, le pouvoir est partagé entre un président kurde, un premier ministre chiite (Haïder al-Abadi) qui détient le pouvoir réel et un président du parlement sunnite.

Pas moins de 35 partis se présentaient au suffrage des électeurs qui ne se sont pas déplacés en masse : moins de 50%.

La victoire (relative) est revenue à la coalition « En marche (vers les réformes) ». Plus que la victoire, c’est la composition de ce parti qui est importante. Il a été fondé par Moqtada Sadr qui s’est allié au parti communiste !

Moqtada Sadr ne nous est pas inconnu. Il est issu d’une lignée de dirigeants religieux, mais surtout, il était à la tête du l’armée du Mahdi qui a mené une guérilla sanglante contre les troupes américaines en 2004 et 2006. Bien que chiite, il a pris ses distances envers l’Iran, souhaitant une indépendance totale de l’Irak. Il a même pris récemment des contacts avec l’Arabie saoudite sunnite.

Malheureusement vu la grande fragmentation de l’électorat, c’est une coalition de cinq partis, tous chiites, qui va gouverner le pays pour les quatre ans à venir. A eux cinq, ils ont à peine la majorité, 166 sièges sur 329. Le premier ministre (Haïder al-Abadi) a été reconduit dans ses fonctions.

L’indépendance n’est pas encore acquise, l’Iran et les Etats-Unis ont fortement influencé la formation du gouvernement.

Chiisme et sunnisme

Périodiquement, l’actualité nous rapporte des confrontations entre ces deux branches de l’islam. L’Arabie saoudite, qui s’octroie le rôle de défenseur du sunnisme, s’oppose à la république islamique d’Iran, chef de file des chiites. Les sunnites représentent près de 85% des musulmans dans le monde. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak et au Bahreïn où le roi et son gouvernement sont pourtant sunnites. Les troupes d’Arabie saoudite ont mis fin au printemps arabe dans ce pays sous les yeux bienveillants de ses alliés occidentaux. Les chiites sont présents en Syrie où ils détiennent le pouvoir alors qu’ils sont à peine 20%, au Koweït, dans l’est de l’Arabie, au Yémen (40%) où l’Arabie leur mène une guerre sans merci avec l’aide de ses alliés turcs et occidentaux, dans les émirats et au Liban où le Hezbollah est sa branche armée. Le Liban a un système politique très particulier imposé par la France lors de son mandat (1920-1946) : le président est chrétien, le premier ministre est sunnite et le président de l’assemblée nationale est chiite. C’est donc un pays essentiellement religieux.

Origine de la scission.

L’origine du chiisme nous est connue par les chroniqueurs musulmans du IXème siècle relatant des événements qui se sont produits près de 200 ans auparavant.  Nous considérerons donc cette histoire avec circonspection.

Un peu avant sa mort, survenue inopinément à Médine en 632, Mahomet avait réussi à convertir des habitants de La Mecque, qui l’avaient pourtant chassé dix ans auparavant. Son ennemi personnel, Abu Sufyan, le chef des négociants mecquois s’était rallié à sa cause.

Pour succéder au prophète, la communauté musulmane (la oumma) se choisit Abu Bakr, compagnon et beau-père de Mahomet, alors que son cousin Ali, s’attendait à recevoir ce commandement. Abu Bakr parviendra en deux ans, que dura son califat, à unir toutes les tribus de la péninsule.

A sa mort, en 634, ce n’est toujours pas dans le famille directe du prophète que le nouveau calife est choisi. C’est encore un de ses compagnons, Umar, par ailleurs beau-fils de Mahomet qui est élu. Ali attendra.
Umar va entamer la conquête des empires byzantins et perses.
Il meurt assassiné alors qu’il priait en 644.

De nouveau, le choix se porte sur un compagnon… et beau-fils de Mahomet : Uthman, qui était du clan d’Abu Sufyan (ce détail a son importance). Uthman mettra le Coran par écrit et enverra les quatre exemplaires à Médine, à La Mecque, à Basra et à Damas. Il est assassiné en 656.

Enfin, Ali est nommé calife (successeur ou lieutenant). Il est non seulement cousin du prophète, mais également son beau-fils, le mari de Fatima. Notons en passant qu’aucune des filles de Mahomet n’a survécu à leur père. Ali n’a pas que des amis. Le clan d’Abu Sufyan, dirigé par Muawiya, cousin d’Uthman, le soupçonne d’avoir fait assassiner le calife précédent. La guerre est déclarée et le schisme consommé : chiisme vient de l’arabe schi’â Ali qui signifie les « partisans d’Ali ».

Une des batailles va se dérouler d’une étrange façon, la bataille de Siffin, sur les rives de l’Euphrate en 658. Les troupes d’Ali vont l’emporter, quand les soldats adverses plantent des feuilles du Coran au bout de leur épée pour demander l’arbitrage de Dieu. Ah bon ! D’où viennent ces pages du Coran alors qu’il n’en existe que quatre exemplaires ?
Ali a accepté l’arrêt des combats. Certains de ses partisans ne lui pardonneront pas, il sera assassiné en 661. Ainsi finissent les quatre premiers califes, les « pieux devanciers », qui en arabe se dit salaf, à l’origine du terme « salafisme » qui désigne toute idéologie prônant le retours aux sources de l’islam. Notons que nous ne connaissons rien de ces sources.

Après l’assassinat d’Ali, le clan d’Abu Sufyan prend le pouvoir et s’installe à Damas. C’est le début de la dynastie des Omeyyades. Les partisans l’Ali se retirent dans le sud de l’Irak et de l’Iran actuels. Son successeur, Husayn est assassiné à Kerbala. De nos jours, les chiites commémorent cet assassinat par une procession durant laquelle ils se flagellent pour se punir de ne pas avoir protégé leur imam. Alors que les successeurs de Mahomet sont appelés califes, les successeurs d’Ali sont des imams.

… et selon notre hypothèse

J’ai émis une hypothèse sur la conquête arabe dans un article précédent. Suivant cette hypothèse où plusieurs armées arabes ont participé à la conquête du Moyen-Orient, les chiites, les compagnons d’Ali, ont refusé de se soumettre aux Ghassanides et se sont installés en marge des territoires contrôlés par Damas. En prônant  le choix d’un membre de la famille de Mahomet comme calife, ils écartaient les familles ghassanides. L’histoire est plus simple et on verra que cet hypothèse explique une des différences de doctrine.

La doctrine

Il y a moins de différences entre le sunnisme et le chiisme qu’il n’y en a entre catholiques et protestants.

Les deux communautés lisent le même Coran, elles appliquent les cinq piliers de l’islam : la croyance en un seul dieu, la prière 5 fois par jour, le pèlerinage à La Mecque, le jeûne du ramadan et la pratique de l’aumône.

Les différences sont dans les détails.
Pour les sunnites, la tradition orale (les hadiths) a été interprété par les anciens. Quatre écoles d’interprétation ont figé la doctrine au IXème siècle de notre ère. C’est la base de la jurisprudence.
Pour les chiites, les docteurs en théologie, inspirés par les douze premiers imams (ou sept suivant la confession), peuvent toujours interpréter la tradition. En Iran, il n’est pas rare que les oulémas aient une vue différente sur un point de la jurisprudence;

Les deux communautés croient au jugement dernier et à la résurrection des morts. Mais si les sunnites croient que le jugement sera présidé par Jésus, le prophète qui n’est pas mort, mais a été rappelé par Allah, les chiites pensent que le douzième imam qui est caché, reviendra juger les morts. Ce dernier imam, Mahomet al-Mahdi a disparu vers 870 de notre ère.  Donc pour les chiites, Jésus n’a aucun rôle, ce qui peut s’expliquer par la distance qu’ils ont prises envers les Ghassanides chrétiens.