Et si Jésus n’avait pas existé

Lors d’une conversation avec un futur moine trappiste, il m’a confié que « même si Jésus n’avait pas existé, cela ne changerait rien à sa foi. L’affirmation est déconcertante, mais très logique. Ce n’est pas un Jésus historique qui a fait l’histoire, mais le souvenir qu’il a laissé.

Qui se cache derrière le personnage de Jésus dont le nom hébreu est Yeshoua, Dieu (YWHW) sauve ? Répondre à cette question est impossible tant les souvenirs qu’a laissé le personnage sont différents parmi les transmetteurs de la tradition. Sans oublier les transformations que ces souvenirs ont subi délibérément pour coller au dogme. Ce que l’on peut affirmer, c’est que le personnage appelé Jésus était juif, ses compagnons étaient juifs respectueux de la religion juive et que leurs vies se sont déroulées en Judée en un temps très troublé où l’attente d’un sauveur du peuple, un messie était de plus en plus perceptible, jusqu’à l’éclatement de la grande révolte de 66 à 70.

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Sur le messie dans le monde juif
Sur le « verbe », le « logos » dans la monde grec

Que dit le Nouveau Testament de Jésus

Le Nouveau Testament nous présente Jésus sous plusieurs facettes : un Jésus évanescent, un Jésus discret, un Jésus autoritaire.

Épîtres de Paul

Les épîtres de Paul sont les premiers textes chrétiens d’après la tradition. Paul aurait écrit ces lettres dans les années 50. Étrange personnage que ce Paul qui part évangéliser le monde romain de langue grecque sans avoir connu Jésus. Il l’a vu en songe. Il ne connaît rien de lui, sinon qu’il est né d’une femme, qu’il a été crucifié et qu’il a ressuscité. De plus, il crée un néologisme pour le nommé : Jésus-Christ. Il affirme :

Car, je vous le déclare, frères : cet évangile que je vous ai annoncé n’est pas de l’homme et d’ailleurs, ce n’est pas par un homme qu’il m’a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus-Christ. (Galates 1, 11-12)

Parfois on se demande s’il parle d’un personnage ou d’un concept. Cependant, on ne peut pas le juger d’après ses épîtres qui ne sont que des recadrages et des recommandations à des communautés qu’il a créées… on ne sait comment. Quels étaient les arguments qu’il a développés pour amener à croire en un personnage qu’il n’a pas connu ? On n’en sait rien.

Évangile selon Marc

L’Évangile selon Marc est le premier à avoir été écrit, apparemment durant la grande révolte des Juifs contre les Romains. Il est donc écrit par la génération suivante, probablement dans une communauté créée par Paul. La préface de l’évangile retient toute notre attention : la traduction peut être biaisée. Dans les versions françaises, on lit : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». C’est exactement ce que dit le dogme.
Le professeur Bart Ehrman, qui écrit en anglais, traduit : « Commencement de l’Évangile de Jésus, le Messie, fils de Dieu« . Ça a l’air d’être la même chose, mais à cause de la ponctuation, c’est très différent. Ici, Jésus est le messie, c’est dit clairement, alors qu’en français, on peut penser qu’on utilise la désignation de Paul : Jésus-Christ. Ensuite, en français, Jésus est le Fils de Dieu. Pas en anglais, c’est la fonction de Messie qui donne le statut de fils de Dieu. Le roi David était considéré comme un messie, il avait reçu l’onction des mains du prophète Samuel, ce qui lui conférait le statut de fils de Dieu : « Je (c’est Dieu qui parle) serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils » (2Samuel 7, 14).

Notons l’ambiguïté de la notion d’évangile. « C’est l’Évangile de Jésus » : Jésus aurait-il écrit un évangile ? N’aurait-il pas fallu traduire par : « Commencement de la bonne nouvelle annoncée par Jésus, le Messie, fils de Dieu » ?

Dans cet évangile, la communauté de Marc se souvient de Jésus comme du messie que personne ne comprend. Il a de l’autorité, mais il est incompris aussi bien de sa famille que de ses disciples. Quand enfin Pierre croit reconnaître en lui le messie, Jésus recommande le secret : « Et il leur commanda sévèrement de ne parler à personne » (Marc 8, 30).

Les traducteurs des évangiles aujourd’hui n’emploient pas le terme hébreu « messie« , mais utilisent son interprétation grecque « christ« . Peut-être pour ne pas choisir entre les différentes significations que les Juifs donnaient à ce terme : un nouveau roi ou un messie cosmique qui détruirait les oppresseurs d’Israël et établirait le royaume de Dieu sur terre. C’est un thème récurrent dans l’Évangile de Marc.

Évangile selon Jean

Ici, on n’est plus dans le monde juif, mais dans une communauté grecque. Jésus est un être divin descendu du ciel, un être égal à Dieu. C’est exposé très clairement dans le prologue, un long poème : « [1] Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu… [14] Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire… » (Jean 1, 1-18). Le Verbe est un attribut de Dieu, il ne peut pas en être séparé, donc Jésus (le Verbe) est Dieu.

Le souvenir de Jésus dans la communauté de Jean est tout différent de celui présent dans la communauté de Marc. Ici, Jésus fait des miracles, non plus pour faire le bien, mais pour montrer sa puissance, il s’affiche comme Fils de Dieu. S’il guérit un aveugle, il déclare qu’il est « la lumière du monde », s’il procure de la nourriture, il déclare qu’il est « le pain de la vie », s’il ressuscite un mort, il déclare être « la résurrection et la vie ».

Il va même plus loin dans ses déclarations : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30). A ces mots, les Juifs lui lancèrent des pierres. Il a fait plus fort : « En vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je Suis« . (Jean 8, 59). Cette nouvelle prétention lui a valu de nouveau d’être lapidé. Il faut savoir que « Je Suis« , est le nom par lequel Dieu s’est révélé à Moïse sur le mont Sinaï, c’est la traduction de YHWH ! Il y a donc un monde de différence entre le souvenir laissé par Jésus à Marc et à Jean. Chez Jean, il aurait pu être condamné pour blasphème, chez Marc, il fut condamné comme un perturbateur de l’ordre public, mort en brigand entre deux brigands.

Jésus serait le Maître de Justice des esséniens

J’ai déjà consacré un article au Maître de Justice. Ce personnage apparaît dans les manuscrits trouvés dans les grottes surplombant le site de Qumran dès 1947. Ces documents nous livrent peu de choses sur la vie du personnage. Il semble être le fondateur d’une secte appelée Yahad (l’Unité). Il aurait « reçu de Dieu la révélation du sens caché des Écritures« . Son autorité est fondée sur sa faculté à interpréter les textes bibliques, à expliquer la Loi.

Il aurait vécu au Ier siècle avant notre ère selon une des hypothèses le concernant. C’est cette période qui le relie à Jésus… à partir du Talmud qui fait de Jésus le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. D’après ce texte du Talmud, Jésus serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère.

Le Maître de Justice est persécuté par le grand prêtre du temple de Jérusalem (appelé le prêtre impie dans les textes de Qumran) et il doit s’enfuir, probablement à Qumran ou à Damas.

Le Commentaire des Psaumes, dont des fragments ont été retrouvés dans les grottes 1 et 4, dit que le Maître de Justice est le Juste mentionné dans le psaume 37 (de la Bible) et qu’il a été mis à mort et ressuscité par Dieu :

« L’impie guette le juste et cherche à le mettre à mort. Yahvé ne l’abandonnera pas dans sa main et ne le laissera pas condamner quand il sera jugé » [Psaume 37, 32-33]. L’explication de ceci concerne le prêtre impie, qui a guetté le juste et l’a mis à mort, mais Dieu a délivré son âme de la mort et il l’a réveillé par l’esprit qu’il a envoyé vers lui. Et Dieu ne l’a point laissé périr quand il a été jugé.

En résumé, le Maître de Justice vécut au Ier siècle avant notre ère, comme Jésus dans le Talmud. Il fut un brillant prédicateur, interprète de la Loi, fondateur d’une secte. Il est mort, condamné par les prêtres du Temple et il ressuscita. C’est très peu pour prêter foi à cette identification, mais assez pour ne pas rejeter le parallèle entre la secte de Qumran et les premiers chrétiens : la secte disparaît quand les chrétiens apparaissent.

Jésus aurait été un fils de Judas le Galiléen

Un peu avant sa mort, Luigi Cascioli m’avait fait parvenir son livre la « Fable de Christ » dans lequel il argumente sur l’usurpation d’identité de Jésus. Sur base de ce livre, dont le sous-titre est sans ambages, il a intenté un procès à l’Église catholique, en fait au curé de son village, non seulement pour « usurpation d’identité » mais aussi pour « abus de crédulité populaire ». Il fut débouté et condamné à payer 1600 EUR : la Justice italienne ne s’immisçant pas dans une controverse religieuse. Il se tourna alors vers la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. Il n’a pas eu l’occasion d’en connaître le verdit, il est décédé en 2010.

Pour Luigi Cascioli, un ancien séminariste, Jésus serait Jean, fils de Judas le Galiléen (ou Judas de Gamala). Judas se révolta contre le recensement de Quirinus en 6 ou 7 de notre ère, lorsque les Romains annexèrent la Judée. Jésus/Jean aurait donc été un révolutionnaire comme son père, un zélote et aurait été crucifié comme tel, comme ses frères Jacques et Simon, ce que relate Flavius Josèphe dans le livre XX des Antiquités Juives. Remarquons que Simon et Jacques sont aussi des frères de Jésus, cités dans les évangiles, normal si « Jésus » est bien le fils de Judas le Galiléen.

A Fadus succéda Tiberius Alexander (46-48) … C’est aussi à ce moment que furent accablés les fils de Judas le Galiléen qui avait excité le peuple à se révolter contre les Romains lorsque Quirinus procédait au recensement de la Judée, comme nous l’avons raconté précédemment. C’étaient Jacques et Simon.

Luigi Cascioli n’apporte aucune preuve directe, mais de nombreux soupçons, à commencer par une affirmation du philosophe de langue grecque, Celse (IIe siècle), dans son ouvrage le « Discours véritable ».

Celui à qui vous avez donné le nom de Jésus était en réalité le chef d’une bande de voleurs dont les miracles qui lui sont attribués ne sont que des manifestations utilisant la magie et des tours ésotériques. La vérité est que tous ces soi-disant faits ne sont que des mythes que vous vous avez fabriqués sans pour autant être en mesure de donner à vos mensonges une teinte de crédibilité.

Des temps troublés, des temps messianiques

Luigi Cascioli insiste sur l’état insurrectionnel qui régnait au premier siècle de notre ère en Judée. Ces temps messianiques commencent avec la révolte de Judas et se terminent avec la grande révolte de 66-70(74) qui aboutit à la destruction des forces juives.
Cet état de révolte, d’insoumission est très bien décrit dans le « Rouleau de la Guerre » trouvé dans les grottes de Qumran. Les sectaires du Yahad, ou les esséniens si l’on veut, n’ont rien de pacifiques, ils se considèrent comme les « fils de la lumière » qui doivent détruire à tout prix les « forces des ténèbres », les « Kittim« , les envahisseurs romains. Le Livre de l’Apocalypse, dans le Nouveau Testament, défend les mêmes idées, celles du combat du Bien contre le Mal. Ils attendent la venue d’un messie pour les guider dans leur combat et s’asseoir sur le trône d’Israël.

Assur [Rome] tombera et personne ne l’aidera, la domination des Kittim disparaîtra en faisant succomber l’impiété sans laisser aucune trace et il ne restera même pas un refuge pour les fils des ténèbres. Le jour où les Kittim tomberont, il y aura un grand massacre en la présence du dieu d’Israël. (extrait du Rouleaux de la Guerre)

On vient de voir que deux des fils de Judas de Gamala avaient été crucifiés en 46-48 sous le procurateur romain Tiberius Alexander, qui soit-dit en passant était le neveu du philosophe juif Philon d’Alexandrie (mort en 45). Vers 52, sous le procurateur Félix, une forte armée se masse au sud de Jérusalem, elle est commandée par un autre fils de Judas, Jean… d’après Luigi Cascioli. Voici ce qu’en dit Flavius Josèphe dans le livre XX des Antiquités Juives :

Les actes des brigands remplissaient ainsi la ville d’impiétés de cette sorte… Beaucoup les écoutèrent et furent châtiés de leur folie, car Félix les livra au supplice quand on les amena devant lui. À ce moment-là vint à Jérusalem un Égyptien qui se disait prophète et qui conseilla à la populace de monter avec lui au mont appelé le Mont des Oliviers, qui se trouve en face de la ville, à cinq stades de distance. Il répétait, en effet, aux gens qu’il voulait leur montrer de là comment sur son ordre les remparts de Jérusalem s’écrouleraient et il promettait de leur frayer ainsi un passage. Félix, lorsqu’il apprit cela, ordonna à ses soldats de prendre les armes et, s’élançant hors de Jérusalem avec beaucoup de cavaliers et de fantassins, il attaqua l’Égyptien et ceux qui l’entouraient ; il en tua quatre cents et en fit prisonniers deux cents. L’Égyptien lui-même s’échappa de la mêlée et disparut. À nouveau les brigands excitaient le peuple à la guerre contre les Romains, en disant qu’il ne fallait pas leur obéir, et ils incendiaient et pillaient les villages de ceux qui leur résistaient.

Flavius Josèphe ne parle pas de Jean, mais d’un Égyptien ! « C’est une interpolation des scribes chrétiens pour effacer toute trace de Jean martèle Luigi Cascioli : que viendrait faire un étranger dans une révolte messianique en Judée ?« 

Malgré la sympathie que m’inspire cet homme qui va au bout de ses convictions, je dois avouer que tout n’est pas « irréfutable » dans sa démonstration. Jean, le fils de Judas le Galiléen, n’a pas plus d’existence historique que Jésus. Flavius Josèphe ne le cite pas parmi les fils de Judas.
Mais pourquoi Luigi Cascioli a-t-il choisi Jean, que personne ne cite alors que Judas avait un autre fils Jaïr dont on ne connaît peut-être pas la destinée, mais qui est le père de deux révolutionnaires cités par Flavius Josèphe : Ménahem qui défendit Jérusalem en tant que chef des sicaires lors du siège soutenu par Titus et Éléazar qui commandait les défenseurs la forteresse de Massada. NB : certains historiens font de Ménahem un fils de Judas, si c’est le cas, c’était un vieillard ! Son père s’est révolté 60 ans avant le siège de Jérusalem.

NB : Quelle est la différence entre un zélote et un sicaire ? Pas facile à dire, certains affirment que « sicaire » était le nom que les Romains leur donnaient car ils assassinaient avec un petit poignard (sica) et que « zélote » était celui qu’ils se donnaient, car ils étaient zélés dans la dévotion à Dieu.

Comment passe-t-on de Jean à Jésus ?

Voici la théorie de Luigi Cascioli : après la destruction du temple et des armées juives, le parti religieux du mouvement révolutionnaire change de stratégie. Dieu a puni les Juifs du parti politique armé pour avoir mal compris son message et tenter une action impie. Le messie ne sera pas un roi guerrier, mais un Sauveur spirituel qui apportera la paix et la vie éternelle, comme dans les cultes à mystères qui font fureur dans l’Empire. Le changement se reflète dans le dernier chapitre du Livre de l’Apocalypse (qui parle très peu de Jésus), après les catastrophes, les combats et la désolation vient la paix :

Au milieu de la place (de Jérusalem) … est un arbre de vie produisant douze récoltes… et son feuillage sert à la guérison des nations. Il n’y aura plus de malédiction. Le trône de Dieu et de l’agneau sera dans la cité et ses serviteurs lui rendront un culte. (Ap. 22, 2-3)

Mais qui est ce Sauveur ? Est-il à venir ou est-il déjà venu ? Dans les autres cultes, il est déjà venu. Il faut donc en trouver un. Mais qui, puisque personne ne l’a reconnu ? Un homme ayant existé ou un être céleste ?On choisit donc un prédicateur. Or l’ Égyptien, Jean pour Cascioli, se disait prophète, il fera donc l’affaire : il est normal qu’on ne l’ait pas reconnu, c’était prévu dans les écritures :

Comme un surgeon il (le Messie) a grandi comme une racine en terre aride ; sans beauté, sans éclat pour attirer nos regards et sans apparence qui nous eût séduit ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance… (Isaïe 53, 2-3)

Le parti religieux construira la vie du Messie d’après des passages de la Bible : tout était écrit, mais on n’a pas compris. Cet homme dont il valait mieux taire le nom, on l’appellera Yeshoua, le Sauveur en hébreu, donc Jésus. Il a maintenant un nom, on peut l’ajouter aux appellations génériques précédentes de Christ, Seigneur ou Sauveur. Christ devient Jésus-Christ.

Des traces dans les évangiles ?

Trouve-t-on dans les évangiles une trace de Jean, le zélote, fils de Judas de Gamala ? Changeons la question pour pouvoir y répondre : trouve-t-on des traces d’un révolté ayant passé son enfance à Gamala ? La réponse est OUI.
Dans les évangiles, la famille de Jésus réside à Nazareth. Cette ville est au bord de la mer, Jésus monte dans une barque pour prêcher. Elle se trouve à flanc d’un escarpement rocheux d’où on veut le précipiter. Or Nazareth est dans une plaine vallonnée à 40 km de la mer de Galilée (le lac de Génésareth). La description de Nazareth correspond en tout point au village de pêcheurs de Gamala.

Certains passages des évangiles font plus penser à un révolutionnaire, un zélote, qu’à un doux agneau :

  • N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt. 10,34)
  • Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix ? Non, je vous le dis, mais la division (Lc. 12,51)
  • Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc. 14,26)
  • Seigneur, permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père… [Jésus répond] Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts (Lc. 10,16)
  • Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, de même celui qui a une besace, et celui qui n’en a pas vende son manteau pour acheter un glaive (Lc. 22,36)
  • Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé (Lc. 12,49)
  • Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence (Lc. 19,27)
  • Jésus dit : « J’ai jeté le feu sur l’univers et je veille sur lui jusqu’à ce qu’il l’embrase » (Thomas, logon 10)
  • Jésus dit : « Certainement les hommes pensent que je suis venu pour répandre la paix sur la terre. Mais ils ne savent pas que je suis venu y jeter la discorde, le feu, l’épée et la guerre… » (Thomas logon 17). On retrouve les mêmes propos dans Lc. 12,51 et dans Mt. 10,34.

Enfin, le choix de ses disciples n’est pas très judicieux pour un prédicateur, fils de Dieu, mais se comprend mieux pour un messie-roi qui veut reconquérir le pouvoir.
Nous trouvons deux zélotes, des frères de Jésus : Simon le zélote et Juda (Jude) le zélote.
Simon-Pierre est appelé Barjona, que les traducteurs ont rendu par fils de Jonas (bar Yona), alors que son père s’appelle Jean (Yehohanan en hébreu) dans les Actes de Pierre. « Barjona » en araméen signifie « hors-la-loi ». Si on l’appelle Pierre ou Képhas, c’est à cause de sa carrure.
J’ai consacré un artricle à Judas Iscariote, non pas l’homme de Kériote, mais plutôt le sicaire.
Ce n’est pas tout, les fils de Zébédée, Jean et Jacques sont dit « boanerges« , les fils du tonnerre.

Enfin, il faut se poser une question essentielle : pourquoi Jésus et ses disciples craignent-ils d’être persécutés ? Ce sont des juifs respectueux des Lois. Si les Juifs ne persécutaient pas les esséniens – qui vivaient en marge de la Loi, rejetaient le temple et ses sacrifices et suprême blasphème, avaient adopté un autre système de mesure du temps (solaire) que celui imposé par Dieu (lunaire) -, ils n’avaient aucune raison de persécuter les disciples de Jésus.

Conclusions

Même si Jésus, l’insaisissable, n’est pas Jean, le mystérieux, le raisonnement ci-dessus n’est pas inutile et amène une question essentielle : pourquoi au deuxième siècle, les théologiens chrétiens qui ont « connu » un Sauveur historique n’ont-ils pas réussi à convaincre ceux qui l’imaginaient céleste, comme Marcion ou les maîtres gnostiques Valentin, Basilide, Ptolémée ou Carpocrate. Pourquoi y a-t-il eu autant de sectes ayant des souvenirs tellement différents de Jésus ? Et qui peut dire que l’Église ait choisi le bon ?

Une mosquée chrétienne ?

A l’est de Jérusalem, se trouve une étrange mosquée flanquée d’un minaret. On y voit souvent des chrétiens prier et on peut même apercevoir, à certaine occasion, un cortège de prêtres, chantant des psaumes, entrer dans le bâtiment.

C’est la Mosquée de l’Ascension. Quarante jour après Pâques, le jour de l’Ascension, elle est réservée au culte catholique. Une messe y est célébrée.

A l’intérieur, accessible tous les jours pour les chrétiens et les musulmans, se trouve une pierre où, avec beaucoup d’imagination, on décèle une trace de pas. Ce serait de là que Jésus se serait élevé aux cieux. Cet événement est reconnu par l’islam et le christianisme.

Dieu dit : « Ô Jésus, en vérité, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi… » (Co. 3, 55)

Puis, il (Jésus) les (les apôtres) emmena jusque vers Béthanie et levant les mains, il les bénit. Or comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. (Luc 24, 50-51)

Seul l’Évangile de Luc raconte cette montée au ciel. Elle ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de l’Évangile de Marc, qui s’arrête à la visite au tombeau vide, mais bien dans sa version longue.

Trace de l’ascension de Jésus dans la mosquée de l’Ascension

Une première basilique aurait été construite sous le règne de l’empereur romain Constantin, ou un peu plus tard. Ce premier édifice a été détruit lorsque les Perses sassanides prirent Jérusalem en 614. Elle a été reconstruite dans la forme actuelle, en style roman, lors de l’occupation de Jérusalem par les croisés, au XIIe siècle. Après la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, l’édifice a été coiffé d’un dôme. L’église est devenue une mosquée.

Remarquons que Mahomet est également monté au ciel, pas à sa mort, mais lors d’une visite. La marque de son pied est visible dans le Dôme du Rocher, auquel j’ai consacré un article.

Le tombeau de Jésus (2me partie)

Toutes les photos sont extraites du film documentaire de Simcha Jacobovici « The lost tomb of Jesus », produit par James Cameron, le réalisateur du film Titanic.
NB : ce filmn’est pas de la fiction.

La tombe de Talpiot

En 1980, des ouvriers effectuant des terrassements pour la construction d’un complexe immobilier dans le quartier de Talpiot, au sud du grand Jérusalem, ont mis à jour une tombe.

Légendes (de gauche à droite) : découverte de la tombe lors des terrassements ; les bâtiments en cours de construction ; le complexe à l’heure actuelle.

La découverte

Les archéologues envoyés sur les lieux ont découvert un tombeau inviolé, contenant dix ossuaires, des urnes dans lesquelles les os des défunts étaient conservés. Les défunts étaient allongés sur un lit dans la tombe elle-même pour être préparés suivant le rite juif de l’époque. Lorsqu’il ne restait plus que les os, ceux-ci étaient placés dans un ossuaire.

Légendes (de gauche à droite) : l’intérieur de la tombe ; l’évacuation des ossuaires ; l’entrepôt des ossuaires de l’Israël Antiquities Authority ; les ossuaires de la tombe. Le personnage à droite sur la photo est le réalisateur du film, Simcha Jacobovici.

Jusque là, tout va bien. Les procédures ont été respectées, les urnes sont stockées dans les entrepôts de l’Israël Antiquities Authority , avec toutes les autres pour être analysées.

Légendes (de gauche à droite) : un ossuaire non nettoyé et l’ossuaire marqué Jésus/Josué fils de Joseph

Les ossuaires

Six des dix ossuaires portent des gravures nominatives.
Le premier ossuaire est nettoyé de la patine qui le recouvrait et l’inscription qu’on y lit est « Yeshoua bar Yossef » : Jésus (ou Josué), fils de Joseph. Rien de bien extraordinaire de voir ces deux prénoms associés. Dans l’antiquité, ce sont deux prénoms très courants : dans l’ordre des prénoms utilisés : Simon (Shimon), Joseph (Yossef), Judah (Yehoudah), Eléazar, Jean (Yokhanan) et Josué (Yeshoua). Chez les femmes : Marie (Mariam) puis Salomé… les seuls prénoms féminins dans les évangiles.
La suite est plus surprenante : on retrouve des ossuaires de deux Marie, d’un Matthieu (Mattathias ou Matya en araméen), d’un Joseph et d’un Judah, fils de Jésus/Josué !
Un ossuaire a disparu.
A l’analyse des noms, il apparaît qu’il y a une chance sur 600 pour que le tombeau ne soit pas celui de la famille de Jésus. James Tabor, professeur à l’université de Caroline du Nord à Charlotte, a (fait) calculé que la chance d’avoir une famille de six personnes ayant ces noms est de 1/253.000… Or il y avait 50.000 habitants à Jérusalem à cette époque.

La plupart des inscriptions sont en araméen. Mais à la place de Mariam, on lit « Maria« , la forme latinisée.

L’autre Marie est gravée « Mariamenon Mara« .
Dans les Actes de Philippe (94, 2), un apocryphe de la fin du IVe siècle, au plus tôt, Marie-Madeleine est nommé « Mariamne« .
Plus étonnant, « Mara » est le féminin de « Mar », le maître, qui deviendra le saint en syriaque. Plusieurs monastères portant le nom d’un saint, se nomment « Mar… ». Jean Damascène (676-749), après avoir travaillé pour les califes omeyyades s’est retiré dans le monastère Mar Saba près de Jérusalem.

Joseph n’est pas écrit « Yossef », comme sur l’urne « Jésus fils de Joseph », mais « Yosé« … qui est le nom donné à un frère de Jésus dans les évangiles.

La découverte devient trop compromettant, Israël ne veut pas s’immiscer dans un problème théologique : les os sont inhumés dans des endroits tenus secrets. Il n’y aura pas de tests ADN.
Fin de l’histoire ?

L’ossuaire disparu

Mais qu’est devenu le dixième ossuaire ?

En 2002, un ossuaire apparaît sur le marché des antiquités. Il porte la mention « Yaakov bar Yosef akhui di Yeshua« , soit « Jacques fils de Joseph frère de Jésus ». On ne connaît pas d’autre cas où un nom est associé à celui de son frère.

Jacques fils de Joseph frère de Jésus

Cette trouvaille suscite de très vives polémiques entre les experts. La patine indique que cet ossuaire provient bien de la tombe de Talpiot. Mais l’inscription est-elle un faux ? Les experts ne sont pas d’accord.

Comparaison des patines

En décembre 2004, après avoir exhibé l’ossuaire à travers le monde, Oded Golan, un collectionneur est arrêté par la justice israélienne pour être l’auteur ou le commendataire de plus d’une douzaine de faux sur des objets antiques. Deux d’entre eux ont une valeur historique majeure : l’ossuaire de Jacques et une tablette de pierre gravée qui raconte la rénovation du temple de Salomon par le roi Josias. Ce serait la seule preuve historique de l’existence de ce temple.

Le 14 mars 2012, la justice israélienne rend un verdict de non-lieu dans le procès qui opposait l’État israélien au collectionneur Oded Golan et au vendeur d’antiquités Robert Deutch. L’accusation n’a pas pu apporter de preuves « au-delà du doute raisonnable » que l’ossuaire était un faux. Mais rien ne prouve que les objets sont authentiques.

Oded Golan a néanmoins été condamné pour violation des lois sur les antiquités et possession d’objets volés. L’Israël Antiquities Authority (IAA), qui avait porté plainte, se dit satisfait de l’issue du procès.

Conclusions

Avec cet ossuaire retrouvé, la probabilité que le tombeau ne soit pas celui de la famille de Jésus passe à une chance pour 30000. Et la chance d’avoir une famille de sept personnes ayant ces noms est de 1/42.000.000, d’après James Tabor.

L’IAA a fait sceller la trappe qui permettait d’accéder au tombeau. Fin définitive de l’histoire.

La trappe d’accès au tombeau

Jésus dans le talmud

Le talmud, ou plutôt les talmuds car ils sont au nombre de deux, constituent la base de la loi religieuse juive, la halakha, avec la Torah (les cinq premiers livres de la Bible hébraïque).

Que nous apprennent les talmuds sur Jésus ? Les talmuds ne parlent pas de Jésus le Nazaréen, mais d’un certain Yeshou, qu’on a tôt fait d’assimiler à Jésus. Les informations qu’on y puise n’éclairent pas la situation. Le Jésus des talmuds n’est pas historique, mais polémique. Les talmuds datent des IVe et Ve siècles de notre ère alors que le christianisme est devenu religion d’État, ils veulent prouver aux juifs que Jésus n’était pas le messie et qu’ils ont bien fait de ne pas le suivre. Voyons néanmoins comment ils le présentent.

Jésus serait le fils d’une coiffeuse, Myriam (Marie), tellement volage que son mari, Papos ben Yehouda, l’enfermait lorsqu’il quittait son domicile. Le mari finit par s’enfuir à Babylone sur les conseils de rabbi Aqiba, qui vécut la seconde révolte juive. Cette histoire nous projette donc vers 120 de notre ère.

Une seconde version fait de Jésus le fils d’une autre Myriam, fille de bonne famille, violée par un voisin, Yossef (Joseph) ben Pendera. Celse, un écrivain grec du IIIe siècle en a fait un soldat romain : Pantera. Le fiancé de Myriam fuit également à Babylone sur les conseils de son maître, Simon ben Shéta, le frère de la reine Alexandra-Salomé, qui vécut au premier siècle avant notre ère, ce qui nous amène un siècle avant l’histoire chrétienne.

Cette chronologie est confirmée par un autre texte : Jésus aurait été le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. Il serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère. Lors des persécutions des pharisiens, il aurait accompagné son maître en Égypte, jusqu’à ce que Simon ben Shéta, grande figure du pharisianisme, lui annonce la fin des persécutions.

Si on prête foi à cette histoire, qui dans le talmud est accompagnée de médisances (Jésus ne comprend pas son maître), on pourrait croire que Jésus et le Maître de Justice des Esséniens ne font qu’un.

Cette hypothèse est séduisante, car elle explique pas mal de choses.

Mais attention, il n’existe aucun lien entre le Maître de Justice et le Jésus du talmud si ce n’est la période pendant laquelle ils auraient vécu. Certains auteurs ont attribué au Maître de Justice un nom : Yeoshua, qui est le même que celui de Jésus… mais le Maître de Justice n’a pas été identifié dans les manuscrits de la Mer Morte, on ignore donc son nom. Plus mystérieux, Flavius Josèphe ne parle pas du Maître de Justice alors qu’il proclame avoir suivi les enseignements des esséniens. Oubli de sa part ou censure des copistes ?

J’ai consacré un article au Maître de Justice.

Pour l’anecdote, on a retrouvé en Allemagne, à Bingerbrück, la tombe d’un centurion romain appelé Julius Abdes Pantera. Il faisait partie de la XVIIe légion, commandée par Varus. Or cette légion, avant d’être envoyée en Germanie, était stationnée en Syrie et a participé à l’écrasement de la révolte de Judas bar Ézéchiel qui avait tenté de prendre le pouvoir à la mort d’Hérode en l’an 4 avant notre ère.

La tombe de Pantera
Les talmuds

Les talmuds sont au nombre de deux : le Talmud de Jérusalem, en fait rédigé en Galilée, Jérusalem étant interdite aux Juifs depuis 137 de notre ère suite à la révolte de Bar Kachba, et le Talmud de Babylone, plus complet. Le mot hébreu « talmud » signifie « enseignement ». Les talmuds recueillent les enseignements oraux du judaïsme, des commentaires et des notes historiques. C’est une somme colossale d’informations religieuses, juridiques et historiques.

Ils ont été compilés entre le IVe et le Ve siècle de notre ère.

Le talmud comporte 2 parties : la Mishna et la Guemara.

La Mishna, dont le nom vient du verbe hébreu signifiant « répéter », est l’enseignement oral des premiers rabbins, après la destruction du temple. Ils prétendaient détenir cet enseignement de Moïse lui-même. Nous retrouverons la même dichotomie dans l’islam, où à côté de la révélation écrite, le Coran, s’est constitué un enseignement oral, les hadiths, les paroles de Mahomet.

Les « enseignements oraux de Moïse » ont été compilés et mis par écrit vers l’an 200 de notre ère. Ils s’accompagnent de commentaires sur l’application de la Torah. La Mishna semble ignorer que le temple a été détruit et qu’Israël n’est plus indépendant. Ce recueil, écrit en hébreu, composé de 6 traités juridiques et canoniques, se propose de résumer les principaux préceptes et pratiques du judaïsme rabbinique tels qu’ils avaient été transmis depuis l’époque où le temple existait encore.

La Mishna se compose de 6 traités :

  1. Les « semences » traitent de l’agriculture et des bénédictions.
  2. Les « fêtes » traitent du calendrier.
  3. Les « femmes » reprennent les lois du mariage et du divorce.
  4. Les « dommages » comprennent les lois relatives aux droits civil et pénal.
  5. Les « objets sacrés » traitent des lois relatives à l’abattage rituel, aux sacrifices et au Temple… qui a déjà été détruit par les Romains.
  6. Les « puretés » reprennent les lois relatives à la pureté et à l’impureté rituelle.

La Guemara compile des commentaires sur la Mishna.

Si la Mishna a été écrite en hébreu, la Guemara est rédigée en partie en araméen. Ces commentaires ergotent parfois sur des détails sans intérêts et, en cela, ils préfigurent les hadiths de l’islam. Ainsi, à la grande question : peut-on tuer un pou le jour de Shabbat, les réponses varient du oui au non en passant par non mais on peut lui couper les pattes.

La Mishna, c’est l’enseignement et la Guemara, c’est l’explication.

Voici un exemple de ce que l’on trouve dans le talmud.

À partir de quand peut-on lire le chema Israël le soir? (NB : c’est une prière issue du Deutéronome 6, 4 qui commence par « écoute (chema) Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un ». 

Réponses :

À partir du moment où les cohanim  (les prêtres) rentrent manger leur prélèvement (parties des sacrifices ayant eu lieu au temple et réservées aux prêtres).

Jusqu’à la fin de la première garde. Ce sont les paroles de Rabbi Eli’ézer.

Les Sages disent: jusqu’à la mi-nuit.

Rabban Gamliel dit : jusqu’à ce que monte la lueur de l’aube.

On remarquera dans cet exemple, qu’une réponse se réfère aux prélèvements faits sur les animaux sacrifiés dans le temple alors que celui-ci n’existait plus lors de la rédaction de la Mishnah.

Le talmud dans l’espace chrétien

Les talmuds ont été rédigés pour prémunir les juifs de l’influence chrétienne, pour fixer la loi juive. Les juifs n’ont plus de patrie, ils vivent comme minorité entourée de chrétiens ou de musulmans. Dès de XIIIe siècle, le talmud fait l’objet de controverses en France. Il ferait l’apologie du meurtre des non-juifs et de la pédophilie. Ce qui est totalement faux. En 1242, les manuscrits sont brûlés en Place de Grève à Paris.

Les autodafés vont se répéter en Espagne et en Italie. Le pape s’en mêle, le censure en 1554 puis le met à l’index. La XIIe bénédiction attaquerait les chrétiens :

Qu’il n’y ait pas d’espoir pour les apostats, et que se déracine le royaume de l’arrogance (Rome) au plus tôt et dans nos jours. Que les nazaréens (notsrim) et les hérétiques (minim) périssent en un instant. Efface-les du livre de vie et qu’ils ne soient pas inscrits avec les justes. Loué sois-tu seigneur qui soumet les arrogants.  

Notons que les nazaréens, pour les chrétiens, sont des judéo-chrétiens, donc des hérétiques.

La première version du talmud expurgé paraît à Bâle en 1578.
Le texte original sera imprimé à Cracovie en 1602. L’étude du talmud va surtout se développer dans l’est de l’Europe. C’est de cette région que proviennent la plupart des juifs orthodoxes.

Au XIXe siècle, en France et en Autriche, des soi-disant traductions du talmud vont circuler. Elles vont servir d’argument aux attaques antisémites. Citons : le juif talmudique et le talmud démasqué. Ces pamphlets sont comparables aux Protocoles de Sion, un faux des services secrets russes du début du XXe siècle.

Le talmud aujourd’hui

Les écoles talmudiques sont consacrées à l’étude du talmud. En Israël, certains juifs orthodoxes passent toute leur vie à étudier le texte, c’est leur but ultime. Ils sont rémunérés par des dons qui peuvent s’élever à 500 dollars. Cette somme ne permet pas d’entretenir leur famille très nombreuse, parfois dix enfants. C’est leur femme qui travaille pour nourrir la maisonnée. Les orthodoxes et ultra-orthodoxes représentent plus de 20% de la population des juifs de plus de 20 ans en Israël, et leur nombre va en croissant. Les juifs représentent 75% de la population de l’État hébreu.

La généalogie de Jésus

Non seulement les évangiles nomment les frères de Jésus (voir l’article), mais ils donnent la liste de ses ancêtres, ou du moins de son « père », Joseph. Ce qui embarrasse bien le dogme catholique : pourquoi Dieu aurait-il des ancêtres humains ?

Deux évangiles reprennent in extenso la généalogie de Jésus. Matthieu la fait remonter à Abraham et Luc la pousse jusqu’à Adam. Ces deux listes de noms ne correspondent pas, le seul ancêtre commun est le roi David ! Cette discordance n’a pas empêché le cardinal français Danielou (1905-1974) d’affirmer que les évangélistes avaient fait un travail d’historiens en consultant les archives de la famille de Jésus… une famille pauvre d’un petit hameau de Galilée, s’il faut en croire la tradition !

Intéressons-nous aux arbres généalogiques. Prenons comme exemple, les ancêtres directs de Joseph, « père » de Jésus.
Pour Matthieu : Eléazar engendra Mathan qui engendra Jacob qui engendra Joseph.
Pour Luc : (dans l’ordre inverse) Joseph fils de Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi

Au premier coup d’œil, on voit les différences : Joseph est-il le fils de Héli ou de Jacob ? Si vous vous posez la question, c’est que vous n’avez rien compris. C’est Eusèbe de Césarée qui le dit dans son Histoire ecclésiastique (livre I, chapitre 7) écrite au IVe siècle : les deux généalogies sont exacts et strictement identiques.
Explication : Joseph est bien le fils de Jacob. Mais à la mort de celui-ci, sa veuve épousa le frère de Jacob, Héli. Joseph devint donc le fils d’Héli. Et voilà. Il reste à appliquer le même raisonnement à tout le tableau. On en déduit que les hommes mourraient avant leur femme et qu’il y avait toujours un frère non marié pour épouser sa veuve, en vertu de la loi du lévirat (NB : levir veut dire beau-frère en hébreu) : « Lorsque des frères demeureront ensemble, et que l’un d’eux mourra sans laisser de fils, la femme du défunt ne se mariera point au dehors avec un étranger, mais son beau-frère ira vers elle, la prendra pour femme, et l’épousera comme beau-frère » (De. 25, 5).

Bien joué Eusèbe ! Il justifie même son explication en soulignant que Matthieu dit « Jacob engendra Joseph », alors que Luc dit « Héli est le père (non géniteur) de Joseph ».
Seulement, la loi du lévirat pose une condition au remariage : « que l’un d’eux mourra sans laisser de fils« . Ce qui n’est pas le cas puisque « Jacob avait engendré Joseph« . Et la démonstration s’effondre.

Mais pourquoi donner la généalogie de Joseph alors qu’il n’est pas le père de Jésus ? Les chrétiens n’ont pas pu choisir : soit Jésus est un descendant de David par Joseph et il peut prétendre au titre de Messie, le roi promis aux Juifs. Soit il n’est pas le fils Joseph, mais de Dieu et il n’est pas Messie. Jésus ne peut pas être le fils de Dieu, Dieu lui-même ET Messie (Christ en grec).

Les auteurs anciens sont de beaux parleurs mais de piètres logiciens. Dans l’Antiquité, on croit ceux qui ont un beau discours, les rhétoriciens, même si on ne le comprend pas ou qu’il n’est pas cohérent.
A la réflexion, il semble que ce soit toujours la même chose aujourd’hui.

Les frères de Jésus

Le Nouveau Testament comporte des affirmations embarrassantes pour le dogme chrétien comme le passage de la 1ère Épître de Paul aux Corinthiens qui dit : « le chef du Christ, c’est Dieu », en totale contradiction avec le dogme de la Trinité. Mais ce qui nous occupe ici, c’est un passage de l’Évangile de Matthieu (13, 55) : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? Et sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? »

Voici qui met à mal le dogme de la virginité de Marie.

Lire la suite « Les frères de Jésus »

Jésus n’est pas né le 25 décembre

J’ai déjà consacré un article à la naissance pour le moins invraisemblable de Jésus. Et je ne parle que du point de vue historique. Je ne veux même pas aborder l’aspect théologique d’une naissance miraculeuse. En quelques mots, je résume l’article mentionné.
Seuls deux évangiles relatent la naissance de Jésus. L’Évangile de Matthieu le fait naître dans la maison de ses parents à Bethléem : « Il prit chez lui son épouse mais ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eut enfanté un fils auquel il donna le nom de Jésus. Jésus étant né à Bethléem… » (Ma. 1, 24-25 et 2, 1). Celui de Luc, que suit la tradition chrétienne, est plus magique, plus féerique, mais absurde d’un point de vue historique. Les parents de Jésus, qui habitent Nazareth en Galilée, se rendent à Bethléem en Judée pour se faire recenser par le romain Quirinus, alors qu’Hérode est roi de Judée. Toutes les auberges étant complètes, ils sont hébergés dans une étable où Jésus né.
Ce qui ne va pas dans cette histoire, ce sont les dates : Jésus est né sous Hérode qui est mort en -4 et le recensement de Quirinus a eu lieu en 6 ou 7, alors que les Romains avaient pris le contrôle de la Judée. Le recensement servant à déterminer l’impôt. La Galilée restait indépendante et ses habitants n’étaient donc pas recensés.
Dans l’article précité, j’élabore une hypothèse sur l’ajout de la naissance de Jésus dans les évangiles.

Donc, pour la Noël, pas d’étable, pas de crèche, pas de vache, ni d’âne, encore moins de bergers avec leurs agneaux, agneaux qui même en Judée, naissent au printemps !

Alors pourquoi le 25 décembre ?
Le 25 décembre fait partie de ces quelques jours où le soleil semble se figer sur l’horizon à son lever avant d’inaugurer des jours de plus en plus longs : c’est le solstice d’hiver qui met fin au raccourcissement des jours. Le mot Solstice décrit bien le phénomène : sol (soleil) stare (se tenir immobile). Les peuples de l’Antiquité n’ont pas attendu les chrétiens pour célébrer le solstice d’hiver. A Rome, une fête appelée Dies Natalis Solis Invicti, « jour de la naissance du soleil invaincu » avait été fixée au 25 décembre par l’empereur Aurélien en 274, comme grande fête du culte de Sol Invictus (le soleil invaincu) qui était devenu le dieu principal des empereurs. Aurélien avait choisi cette date, proche du solstice d’hiver, qui tombait  au lendemain de la fin des festivités célébrant Saturne : les Saturnales. C’était aussi le jour où la naissance de la divinité solaire Mithra, originaire de Perse et populaire dans l’armée, était célébrée.

Les chrétiens se sont associés à la fête romaine sous l’empereur Constantin. Auparavant, ils ne célébraient pas la naissance de Jésus, mais ils s’associaient aux fêtes juives auxquelles ils donnaient une autre signification. On n’a de trace d’une célébration de la naissance de Jésus avant 336. Les chrétiens s’étaient d’abord vus comme le « vrai Israël », Jésus devenait maintenant le « vrai Soleil ».
Rappelons que la mère de Mithra, dont la naissance est fêtée le 25 décembre, la déesse-mère Anahita était vierge. Les traditions chrétiennes ne sont pas apparue ex-nihilo, dans un coin retiré de la Judée, elles se sont substituées aux pratiques anciennes.
Il faudra attendre 529, sous le règne de Justinien, pour que le 25 décembre soit un jour chômé.

Les Saturnales étaient célébrées du 17 au 24 décembre en l’honneur du dieu (déchu) Saturne. On vivait le crépuscule de l’année. Une certaine liberté régnait à Rome. Lors de banquets, on s’offrait des cadeaux. Les maisons étaient ornées de plantes vertes pour fêter le renouveau qui s’annonçait.
On retrouve tous ces ingrédients dans la tradition chrétienne. La liberté de mœurs associée aux Saturnales a donné naissance à la fête des Fous durant laquelle, même le clergé et les évêques dansaient dans les rues. Elle ait été interdite en 1431, elle a aujourd’hui presque disparu. Le roman de Victor Hugo, Notre Dame de Paris, s’ouvre sur la fête des Fous.

La bûche de Noël, qui est servie au dessert lors du réveillon, commémore la fête de Yule des peuples germaniques (Yul signifie solstice dans les langues nordiques). Les Germains faisaient brûler un arbre en l’honneur des dieux, pour les remercier d’avoir restauré la lumière. Ils ornaient leurs cheveux de houx. C’était l’occasion de grandes fêtes familiales.

La fête de Yule

Rien de bien nouveau sous le soleil… invaincu

Le messie

Origine

Un messie est une personne consacrée par l’onction, l’application d’une huile sur sa tête ou son corps. Le mot vient de l’hébreu « mashia« , l’oint, traduit en grec par « christos« . C’est un concept juif qui est employé, la première fois, dans le livre de l’Exode (29, 7) : « Tu prendras l’huile d’onction, tu en répandras sur sa tête et tu l’oindras ». Ce texte fait référence à Aaron, le frère de Moïse qui est consacré prêtre de YHWH par ce geste.

Jusqu’au XIe siècle avant notre ère, les Hébreux étaient groupés en tribus et en clans, indépendants les uns des autres. Ils se choisissaient un chef, un juge, quand la situation les obligeait à s’unir. Un jour, ils décidèrent de se donner un roi. Saül, de la tribu de Benjamin, fut choisi. Il fut oint par le prophète Samuel qui à l’occasion prononça un discours mettant en garde contre la royauté (1er livre de Samuel : 8, 11-18) :

Tel sera le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à sa cavalerie et ils courront devant son char. Il les établira chefs de mille et chefs de cinquante ; il leur fera labourer ses champs, moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs et les donnera à ses serviteurs. Sur vos semences et vos vignes, il prélèvera la dîme et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes deviendrez ses serviteurs. Ce jour-là, vous crierez à cause du roi que vous vous serez choisi, mais YHWH ne vous répondra pas, ce jour-là.

Saül fut remplacé par David, de la tribu de Juda, qui fut également oint par Samuel.
Ce sont les seuls rois qui ont reçu le rite de l’onction.
Dans ces temps, l’idée de messie recouvre plus une fonction qu’un personnage.

La monarchie française a repris le rite de l’onction des rois. L’onction par le « saint-chrême », contenu dans la sainte-ampoule, officialisait le sacre du roi. Ce sacre, à ne pas confondre avec le couronnement qui était automatique à la mort du roi précédent, avait lieu dans la cathédrale Notre-Dame de Reims. Cette cérémonie ne faisait pas du roi de France un messie. Le dernier roi sacré à Reims fut Charles X en 1825… la sainte-ampoule avait échappé aux révolutionnaires de 1789.

Le messie dans le judaïsme

En 586 avant notre ère, Jérusalem est détruite pas les Babyloniens de Nabuchodonosor (voir : Chronologie biblique). L’élite du peuple, la cour et les prêtres, est déportée à Babylone où les prêtres vont réfléchir sur les malheurs du « peuple élu de Dieu« . C’est à partir de cette réflexion que la plupart des textes de la Bible vont être mis par écrit et que l’idée d’un sauveur va voir le jour. Ce sera un homme de la lignée du roi David qui délivrera la terre d’Israël de l’occupation étrangère et amènera une ère de paix et de félicité permettant à toute la nation de se réunir à Jérusalem. Il annoncera l’avènement du royaume de Dieu. Petit à petit, le mot mashia (messie) devient synonyme de chef puissant, investi d’une mission divine.

Curieusement, le premier à bénéficier du titre de « messie » fut le roi des Perses, Cyrus, qui a vaincu les Babyloniens et permis aux Hébreux de rentrer à Jérusalem et de rebâtir le temple, inauguré en 515 avant notre ère.

Le Ier siècle de notre ère a vu l’éclosion de plusieurs « messies » autoproclamés (voir l’article : Jésus dans les textes de Flavius Josèphe).
Le dernier en date se nomme Sabbataï Tsevi. Vers 1650, dans l’Empire ottoman, il draine des foules nombreuses lors de ses prêches. Il appelle les Juifs à s’installer à Jérusalem. Il prend des initiatives de plus en plus dangereuses pour l’empire. En 1666, il pousse les Juifs à la révolte pour prendre le pouvoir. Il est arrêté et emprisonné… Pour sauver sa tête il se convertit à l’islam.

Les Juifs attendent toujours le messie. Mais les différents courants du judaïsme ne sont pas d’accord sur sa nature. Sera-ce un homme ou simplement des temps messianiques qui verront s’instaurer une paix et une fraternité universelle ? Au XIXe siècle, en Europe, les temps messianiques ont même été assimilés à l’essor de la mécanisation, à la technologie.

Le messie dans le christianisme

Comme les Juifs, les chrétiens attendent toujours leur messie. Mais eux savent que ce sera Jésus qui est déjà venu et qui a promis de revenir très bientôt : « En vérité je vous le dit, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Matthieu 24, 34-35). On ne peut pas dire que lors de son ministère sur terre, Jésus se soit comporté en messie, tel que les Juifs l’espéraient. Certains historiens y voit la décision de Judas de le trahir. Judas est nommé « iscariote » qui pourrait vouloir dire « le sicaire« . Un sicaire était un révolutionnaire juif opposé aux Romains, dans la foule, ils poignardaient les « collaborateurs » à l’aide d’un petit poignard, un sica en latin. Ils ont participé à la révolte de 66-73 contre les Romains. La tradition chrétienne veut que « iscariote » soit compris comme « ish Kariot« , c’est-à-dire « l’homme de Kariot« . Kariot étant une ville… qu’il reste à découvrir !

Le messie dans l’islam

Le Coran associé 11 fois le terme « messie » à Isa (Jésus) : le messie Jésus (Isa al-Masih). Faut-il y voir une mauvaise interprétation de Jésus-Christ qui à l’époque était l’appellation courante de Jésus ?
Toujours est-il que les musulmans attendent le retour de Jésus à la fin des temps pour présider au Jugement dernier, récompenser les justes et punir les mécréants (voir : Jésus dans le Coran).

Ambiguïté !

Les chrétiens et les musulmans attendent la fin des temps qui sera précédée du Jugement dernier.
Mais quelle est l’utilité de ce jugement ? Les bons ne sont-il pas déjà au Paradis et les mécréants en Enfer ?

Cette ambiguïté n’a pas été héritée du judaïsme. Le judaïsme n’est pas unifié, il n’y a pas un dogme. Chaque école a ses propres idées sur l’après-mort et les temps messianiques.
Suivant les croyances, lorsqu’une personne meurt, elle est placée « endormie » sous les ailes de la Providence, quelque part dans les cieux, ou elle reste dans la sphère terrestre et vit dans les mémoires, ou encore, elle rejoint le jardin d’Eden.
La résurrection des morts est un thème secondaire, ce qui importe, c’est l’avenir de la communauté. Dans les évangiles, des sadducéens demandent à Jésus avec qui ressuscitera une veuve qui a épousé plusieurs frères ? De qui sera-t-elle la femme ? Les sadducéens appartenaient à un école qui rejetait la résurrection, aujourd’hui, certains courants du judaïsme écartent toujours cette idée.

Les reliques de la passion

Importance des reliques

Au Moyen-Age, en Europe, les gens ont constamment peur, peur de la maladie, peur des guerres, peur de la famine, peur des autres, peur du châtiment divin. Ils vivent dans une angoisse permanente, entretenue par le clergé catholique : la fin du monde est proche, il faut se préparer pour le Jugement dernier. Il faut être en règle avec la foi et quelle plus grande protection que celle des saints qui vivent au contact de Dieu.

Dès de IXe siècle, des reliques de saints vont envahir les églises. Les gens vont pouvoir entrer directement en contact avec les saints, baiser un morceau de leur squelette, une pièce des vêtements qu’ils ont portés. On déterre les morts, on vide les catacombes. Dans la ferveur religieuse, des miracles ont lieu. Des pèlerinages sont organisés vers les lieux de miracle. On peut toucher les reliques miraculeuses… mais il faut payer. Les évêchés s’enrichissent. En plus de la dîme qu’ils perçoivent, les « dons » des pèlerins affluent. Aux XIIe et XIIIe siècles, cette manne céleste permettra de construire des cathédrales à la mesure de l’orgueil des évêques. La plupart sont des nobles déshérités, ils n’ont pas de titre nobiliaire, hérité par l’aîné, mais ils ont l’argent et la puissance. La première église novatrice est l’abbatiale de Saint-Denis au nord de Paris. C’est un puits de lumière, la Jérusalem céleste décrite dans l’Apocalypse de Jean. Plus de 80 cathédrales de style gothique seront construites en France en 150 ans. Le qualificatif « gothique » a été donné à la Renaissance où la mode était au classicisme gréco-romain. Le « gothique » était devenu « barbare ».

Une relique est d’autant plus puissante qu’elle est proche de Dieu. Les reliques les plus convoitées sont donc celles de Jésus… et elles sont nombreuses comme nous allons le voir. Dans cette vénération, la raison est absente, c’est la foi qui domine. La foi est basée sur la confiance (c’est l’origine du mot) : le prêtre le dit, c’est donc vrai. La confiance se mue souvent en abus de confiance !

En préambule de cet article, je vais brosser tous les changements structurels que Jérusalem a subi de l’année 70 jusqu’à 135. Mon objectif est de montrer que s’il y avait des reliques de Jésus dans la ville, elles auraient dû disparaître… sous les bulldozers de l’époque. Mais miracle, on les a retrouvées. C’est le propre des reliques de provoquer des miracles.

De Jérusalem à Aélia

En 70 de notre ère, les Romains ont utilisé tout le bois qu’ils trouvaient aux alentours de Jérusalem pour construire, comme à leur habitude, une palissade de 7 kilomètres autour de la ville assiégée (voir : Jérusalem incendiée par les légions romaines). Ils ont également arasé la partie nord de la ville, la nouvelle ville, pour construire une butte arrivant à hauteur des murs d’enceinte derrière lesquels s’étaient retranchés les assiégés. Lors de la prise de Jérusalem, le temple a été incendié. Flavius Josèphe raconte dans la « Guerre des Juifs » : « Titus abandonna ensuite toute la ville au pillage et à ses soldats, et leur permit d’y mettre le feu… Cette embrasement gagna jusqu’au palais de la reine Hélène, bâti sur le milieu de la montagne d’Acra, et consommait avec les maisons les corps morts dont les rues de la ville étaient pleines.« 

En 135, lors de la seconde révolte, la « charrue a été passée sur la ville », expression romaine pour signifier que la ville a été totalement détruite et reconstruite. Un temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve s’est élevé sur les ruines du temple juif. Dans le nord de la ville, un temple à la gloire de Vénus a été construit, là où se trouve aujourd’hui le Saint-Sépulcre, tombeau présumé de Jésus et emplacement du mont Golgotha où il aurait été crucifié.

Jérusalem a cessé d’exister. La ville s’appelle désormais Aélia du nom de famille de l’empereur romain Hadrien. Les Juifs sont interdits de séjour dans la ville. Lorsque le christianisme deviendra la religion officielle de Rome, les temples seront détruits. Lors de la conquête arabe, l’emplacement du temple de Jupiter était encore un dépotoir., mais la ville s’appelait toujours Aélia.

Les reliques de la passion de Jésus

La tradition veut que la mère de l’empereur Constantin, Hélène (qui n’a rien à voir avec la reine dont parle Flavius Josèphe dans l’extrait cité) ait été la première à « découvrir »  des reliques de la passion vers 325. Rien ne corrobore cette affirmation : Eusèbe de Césarée qui raconte la vie de Constantin n’y fait pas allusion, or ses chroniques s’arrêtent en 339, année de sa mort. La découverte se serait faite après cette date. Constantin est né en 272. Même si sa mère n’avait que 15 ans à sa naissance, elle aurait eu près de 90 ans en 339 !

Dans cet article, nous n’allons pas énumérer toutes les reliques vénérées, mais uniquement les plus importantes ou les plus insolites.

La croix

C’est précisément à Aélia, lors de la destruction du temple de Vénus, trois siècles après les événements, qu’Hélène découvre trois croix similaires. Laquelle est celle qui a porté Jésus ? Plusieurs récits nous content la découverte. (Curieusement, pour les reliques, on parle non pas de découverte, mais d’invention, du latin « inventio »). On fait venir un infirme ou un malade selon les sources, et miracle, dès qu’il touche la « vraie » croix, il s’en trouve guéri. La découverte fut faite le 3 mai, qui deviendra un jour férié au Moyen-Age, le  Inventio Sanctae Crucis, jour de l’invention de la sainte croix. Notons que les premiers empereurs romains christianisés ont protégé les temples qui étaient propriétés de l’Etat. Donc, la destruction du temple de Vénus est bien postérieure à Constantin… et à sa mère.

En 333, la chronique détaillée du « Pèlerin de Bordeaux », qui a visité le martyrium (basilique qui deviendra le Saint Sépulcre) ne parle pas de la croix. Or en 333, Constantin a 61 ans, sa mère devait avoir près de 80 ans… et elle n’avait pas encore découvert la croix !

La croix va être conservée à Jérusalem où elle sera prise par les Perses en 614. Héraclius, l’empereur romain la reprendra et viendra la replacer solennellement en 624.

Des siècles plus tard, après la prise de Jérusalem occupée par les Fatimides d’Égypte, les croisés vont récupérer la croix et l’emmener imprudemment avec eux lorsqu’ils partent guerroyer. Elle sera prise par Saladin lors de la bataille des Cornes de Hattin, qui marque le coup d’arrêt des croisés en Terre sainte.

Elle disparaît alors de l’Histoire, mais de nombreux fragments réapparaissent.

Le titulus

Le titulus, le morceau de bois qui indiquait le motif de la condamnation de Jésus, est conservé dans la Basilique Sainte-Croix de Jérusalem à Rome. Il y est depuis 1492… il venait d’être retrouvé lors de travaux effectués dans l’édifice. Certains chercheurs y voient une écriture du Ier siècle, d’autres un faux du XIe siècle.

Le titulus a une particularité remarquable, il est composé de 3 lignes, l’une en hébreu (ou en araméen), une en grec et la dernière en latin… mais tout le texte est écrit de droite vers la gauche. En latin, on y lit « US NAZARENUS RE », qui pourrait vouloir dire : « Jésus le nazaréen, votre roi ». C’est du moins ce qui a été traduit de l’araméen alors qu’il ne subsiste que 6 lettres.

Il me vient une réflexion iconoclaste : les artisans de Jérusalem travaillaient rudement vite. Jésus a été arrêté la nuit, traduit devant le Sanhédrin, présenté à Pilate, présenté à Hérode puis de nouveau à Pilate qui le condamne. Et à 9 heures du matin, il est crucifié (voir : Le procès de Jésus).

Sur Internet vous trouverez des photos de dizaines de titulus tous différents.

La couronne d’épines

C’est également Hélène qui découvre la couronne d’épines que les légionnaires romains avaient mise sur la tête de Jésus en guise de couronne royale. Un des premiers disciples l’avait conservée pieusement. Cette couronne, ainsi que plusieurs autres reliques ont été achetées par Louis IX, dit Saint-Louis, à l’empereur byzantin en mal de finance vers 1240, et ramenées à Paris où le roi fit construire la Sainte-Chapelle, une annexe, toujours debout, du palais royal de l’Île de la Cité qui lui a disparu. Ces reliques protégeaient personnellement le roi. La chapelle a été vidée de ses reliques lors de la Révolution de 1789. La plupart sont à Notre Dame et elles n’ont pas soufferts de l’incendie d’avril 2019.

Dans la Sainte Chapelle, on trouvait également :

  • Un morceau de la croix,
  • La pierre qui recouvrait la tombe de Jésus, le Saint-Sépulcre. La pierre actuelle date des croisades d’après les derniers travaux effectués dans l’église.
  • Un morceau du voile de la Vierge. Un autre voile se trouve dans la cathédrale de Chartres, elle le portait lorsqu’un ange lui annonça qu’elle enfanterait le fils de Dieu.
  • Du lait de la Vierge,
  • Une mèche de ses cheveux,
  • Le linge avec lequel Jésus a essuyé les pieds des apôtres lors de la Cène,
  • Un peu de sang de Jésus,
  • L’éponge avec laquelle les soldats romains l’ont abreuvé,
  • Et un morceau de la lance qui a percé le côté de Jésus pour s’assurer qu’il était mort.
La Sainte-lance

Dans le seul Évangile de Jean (19, 33-37) on trouve le récit de cette lance. On y lit le midrash (interprétation de la Bible) suivant

Arrivés à Jésus, ils constatèrent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. Mais un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu a rendu témoignage et son témoignage est conforme à la vérité, et d’ailleurs celui-là sait qu’il dit ce qui est vrai afin que vous aussi vous croyiez. En effet, tout cela est arrivé pour que s’accomplisse l’Ecriture : « Pas un de ses os ne sera brisé » ; il y a un autre passage de l’Ecriture qui dit : « Ils verront celui qu’ils ont transpercé »

Par un des heureux hasards de l’Histoire, on connaît le nom du légionnaire romain qui a donné ce coup de lance, il s’appelle Longinus .

Lorsque les armées de la première croisade se réunissent dans les environs de Constantinople, leurs chefs sont conviés à entrer dans la ville, pour prêter allégeance à l’empereur byzantin, c’est du moins ce que l’empereur souhaite. Dans la ville, ils peuvent se recueillir sur une relique : la Sainte-Lance.

Quelque temps plus tard, lors de la prise d’Antioche après un très long siège, les croisés un peu trop confiants, se font enfermer et assiéger à leur tour dans la ville par une armée musulmane venue, trop tard, au secours de la garnison. Déjà très éprouvés par le siège, les croisés connaissent la faim et la soif. C’est à ce moment qu’un prêtre a une vision : la Sainte-Lance est enterrée dans l’église d’Antioche. On creuse et on trouve cette fameuse lance, dont une autre version était à Constantinople ! Et le miracle s’accomplit, galvanisé par cette trouvaille, les croisés brisent l’encerclement et peuvent progresser vers Jérusalem.

Voici quelques exemplaires de la Sainte-Lance. Faites votre choix. Ces pointes de lance ne ressemblent pas du tout au pilum romain (voir Internet).

Le Graal

Le Graal aurait été la coupe dans laquelle Jésus a célébré la dernière Cène, la veille de son arrestation. Cette coupe aurait aussi recueilli le sang de Jésus après sa crucifixion. Elle a fait l’objet d’une abondante littérature à partir du Moyen Âge : le Graal est à la base du cycle des chevaliers de la Table Ronde. Certains ésotéristes y voit un simple enseignement hérétique, contraire à celui de Rome. Pour Dan Brown dans son « Da Vinci Code« , c’est la descendance de Jésus que Marie Madeleine aurait amené dans le Sud de la France.

Concentrons-nous sur la coupe. Où se trouve-t-elle donc aujourd’hui ?

Plus de 200 coupes se disputent le titre de Saint-Graal officiel. Une coupe conservée dans la cathédrale de León en Espagne tient aujourd’hui la corde. Pour quelle raison ? C’est une coupe en onyx serti d’or, la parure date du XIe siècle. Or, c’est au XIe siècle qu’un ambassadeur arabe a remis cette coupe au roi Ferdinand le Grand de León. Au IXe siècle, Charlemagne avait fait dresser l’inventaire des objets se trouvant dans le Saint-Sépulcre et, ce document administratif fait mention d’une coupe qui est gardée par deux diacres. Depuis cette coupe avait disparu, il est probable qu’elle ait été emportée lors d’un pillage, le Saint-Sépulcre ayant été détruit par les musulmans en 1009 sous les califes Fatimides, après plusieurs incendies probablement accidentels au siècle précédent. Ce qui est très intéressant, c’est le compte rendu d’un pèlerin qui ayant visité le Saint-Sépulcre décrit le calice qui y est exposé comme étant une coupe en onyx.

La coupe de la cathédrale de León, sertie d’or.

On peut donc penser que la coupe exposée dans la cathédrale de León est bien celle qui se trouvait dans le Saint-Sépulcre. Il reste cependant un grand pas à franchir : démontrer que ce calice a survécu aux trois siècles qui séparent la Cène de la construction du Saint-Sépulcre et qu’il a bien appartenu à Jésus

Aix-la-Chapelle

Les Carolingiens ne sont pas restés inactifs : Aix-la-Chapelle, la capitale de Charlemagne regorge de reliques, plus surprenantes les unes que les autres.

Ici on retrouve :

  • La robe de la Vierge,
  • Le vêtement que Jésus portait sur la croix… où plus que probablement il était nu, humiliation supplémentaire qui accompagnait la crucifixion.
  • Le drap qui a reçu la tête de Jean le Baptiste,
  • Un lange de Jésus.
Et ailleurs

À Cologne, on trouve le squelette des trois rois mages. Lors de leur découverte, les squelettes étaient reliés par un fil en or, c’est ainsi qu’on a reconnu les célèbres mages.

Châsse des rois mages à Cologne

La basilique Saint-Denys d’Argenteuil possède la tunique que Jésus portait lors de son jugement. C’est Charlemagne qui avait fait don de cette tunique à la basilique française. Une analyse au carbone 14 faite en 2015 date cette relique du IXe siècle. Cette analyse a été faite lors d’un reportage de la télévision française. En principe, la tunique est exposée tous les 50 ans : en 34 et 84. Exceptionnellement, elle a été exposée en 2016. Et malgré le documentaire, plus de cent cinquante mille personnes ne sont pressées pour adorer le relique.

NB : une cathédrale est l’église du siège de l’évêché, basilique est un titre honorifique donné par le pape à une église qui attire beaucoup de pèlerins.

Et aussi…

A Rome, on peut voir l’emprunte des pieds de Jésus. Où a été trouvée cette relique ?

Dans les Actes de Pierre, un apocryphe du VIe siècle, on apprend que Pierre, alors à Rome, rencontre Jésus sur la Via Appia et lui demande « Quo vadis, Domine », où vas-tu Seigneur… qui sera le titre d’un roman célèbre qui vaudra à son auteur, Henryk Sienkiewicz, le prix Nobel de littérature en 1905. C’est lors de cette rencontre que le moule a été pris. Jésus chaussait du 44 ! Le moule se trouve dans l’église Sainte-Marie de Palmis, sur la via Appia.

Le Suaire de Turin, autre relique célèbre permet de mieux connaître les mensurations de Jésus, si  le suaire a bien contenu son corps, ce qui est loin d’être démontré, il mesurait 1,75 m environ et pesait de 75 à 80 kg. C’était un grand gaillard à l’époque. Il formait un couple bizarre avec Marie-Madeleine qui ne mesurait que 1,48 m. Mais personne ne nous oblige à croire aux reliques. Autre précision sur Jésus, son sang était du groupe AB.

Le corps de Marie-Madeleine se trouve à la Sainte-Baume (dans la commune de Saint-Maximin dans le Var)… mais on vénère également sa tombe dans la basilique de Vézelay. C’est sur cette tombe que Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste se sont recueillis avant de partir en croisade en 1146. En 1244, le roi de France Louis IX vient également faire ses dévotions au tombeau de Marie-Madeleine à Vézelay.

Le corps de Marie-Madeleine a été découvert à Saint-Maximin en 1279 par Charles d’Anjou, comte de Provence, roi de Naples et de Sicile… frère de Louis IX. A cette époque, le roi de France ne règne pas sur un vaste territoire, mais sur des vassaux parfois plus puissants que lui. Le roi possède uniquement le domaine royal qui va s’agrandir au cours des siècles par des mariages et des conquêtes.

Dans le village de Saint-Maximin, on vous raconte l’histoire de Marie-Madeleine, de Jérusalem aux Saintes-Maries de Provence (en France) puis dans son refuge de la montagne de Sainte-Baume. Ce n’est pas de l’Histoire, mais un roman imaginaire, que les fidèles gobent en s’extasiant.

Le village de Calcata en Italie gardait jalousement le prépuce de Jésus. Gardait, car celui-ci a été « volé » en 1983. Mais ce n’est pas grave, car en France, on connaît au moins deux autres prépuces, à Vébret et à Conques.

"Jésus est supérieur à Mahomet"

C’est une bien étrange histoire.
Elle se passe en 1527, dans l’empire ottoman, sous le sultan Soliman (Suleiman). Un religieux musulman, Molla Kabiz, professe publiquement que Jésus est supérieur spirituellement à Mahomet, qu’il est plus vertueux. Il ne fait aucune propagande pour le christianisme qu’il réfute. Mais les oulémas sont outrés et portent plainte au palais. Molla Kabiz est convoqué pour s’expliquer par le grand vizir ibn Ibrahim Pacha. Il est entendu par le Divan, l’assemblée des vizirs (ministres), le 2 novembre 1527.

Il argumente pendant des heures, le Coran en main et citant des hadiths. Les hadiths sont les propos que Mahomet aurait tenus. L’ensemble des hadiths forme la sunna (d’ou dérive le mot « sunnite »), la tradition. On compte des centaines, des milliers de hadiths, certifiés ou non. Si on tient compte de tous les hadiths que ses compagnons auraient mémorisés, Mahomet aurait exprimé 10 à 20 maximes par jour durant les 10 années de sa prédication.

Mais revenons à la comparution de Molla Kabiz. Après sa défense, stupéfaction ! Les vizirs ne peuvent contrer ses allégations. Il est donc libre de quitter le palais de Topkapi. Mais le sultan qui a assisté, dissimulé derrière un moucharabieh (un grillage) ne l’entend pas de cette oreille. Il fait arrêter Molla Kabiz qui sera exécuté. Innocent mais coupable de déplaire au sultan !

Salle du Divan avec en haut le grillage d’où le sultan assistait aux réunions.

NB : Le Divan est une assemblée et une salle. C’est devenu un nom commun désignant les sièges sur lesquels les vizirs se tenaient.

Quels sont les arguments de Molla Kabiz ?

On ne les connaît pas, aucune archive n’a été conservée.
On peut néanmoins se faire une idée à l’aide des versets du Coran et des hadiths.

Mahomet

Mahomet n’est pas nommé dans le Coran. Dans les versions actuelles, son nom a été ajouté pour une meilleure compréhension. Le Coran parle du « prophète », sans lui donner de nom. Le verset 6 de la sourate 61 déclare que Jésus a annoncé la venue d’un messager après lui dont le nom est Ahmad.
La vie de Mahomet est racontée par la Sîra. Dans ce document, Mahomet est présenté tour à tour comme un prédicateur incompris et un bon mari à La Mecque ensuite comme un chef de bande puis comme un chef de guerre collectionneur de femmes à Médine. La Sîra a été écrite des dizaines d’années après la mort du prophète, mais il semble que Molla Kabiz n’ait pas utilisé ce document. Il avait donc peu d’arguments pour mettre en valeur le prophète qui, d’après le Coran, était traité de possédé, de poète ou de divin.

Dis-leur : « Je ne prétends pas disposer des trésors de Dieu ni connaître les mystères, je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’ a été révélé (Co. 6, 50).

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Mahomet ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.hadithdujour.com/hadiths-prophete.asp)

D’après Ibn Omar, j’ai trouvé une femme qui avait été tuée durant l’une des batailles du Prophète , alors le Prophète a interdit de tuer les femmes et les enfants.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°3015 et Mouslim dans son Sahih n°1744)

D’après Jabir Ibn Abdillah , le Prophète ne dormait pas avant d’avoir lu – Tanzil Sajda (souate 32) et – Tabarak (sourate 67).
(Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°3404)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a maudit les hommes efféminés et les femmes masculines et il a dit : Faites les sortir de vos maisons.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°5886)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a interdit de tuer 4 animaux: la fourmi, l’abeille, la huppe et la pie-grièche.
(Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounan n°5267 )

Tous les hadiths mettent en scène un prophète qui organise la vie quotidienne de ses disciples.

Jésus

Dans tout le Coran, Jésus est appelé Isa (Iça) alors que le prénom Yasou existe en arabe. Josué est traduit pas Youcha.

Contrairement à Mahomet, le caractère de Jésus est bien défini par le Coran, bien qu’il ne soit cité que dans une cinquantaine de versets (sur 6236).
Si Mahomet meurt comme tout homme, Jésus n’a pas été crucifié : « Ils disent : nous avons mis à mort le messie Jésus fils de Marie, le prophète de Dieu. Mais ils ne l’ont point tué ni crucifié… Ils ne l’ont point tué c’est certain » (Co. 4, 157)

mais il a été rappelé par Dieu : « Dieu dit : Ô Jésus, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi. » (Co. 3, 55)

Jésus a été créé par Dieu : « Aux yeux de Dieu, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut. » (Co. 3,59)

Et Jésus peut créer à partir de terre, comme Dieu : « Avec ma permission, tu as façonné de boue une forme d’oiseau ; avec ma permission, tu lui a donné vie de ton souffle » (Co. 5, 110). Jean-Luc Monneret dans son ouvrage les « Grands thèmes du Coran » note que les mots employés sont réservés à Dieu dans le Coran : Jésus crée (halaqa est réservé à la création divine), il crée par le souffle (nafaha) comme Dieu crée Adam et Jésus.

Jésus parle dès le berceau : « Dès le berceau tu parlais aux hommes comme à l’âge mur » (Co. 5, 100). Il fait des miracles alors que les Arabes demandent à Mahomet de faire de même et qu’il répond qu’il n’est qu’un homme : « Tu as guéri l’aveugle de naissance et le lépreux avec ma permission ; avec ma permission, tu as ressuscité les morts » (Co. 5, 110)

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Jésus ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.al-islam.org/fr/40-ahadith-les-exhortations-du-prophete-issa-jesus/ahadith)

Jésus a dit : « L’amour de ce monde et celui de l’autre monde ne peuvent pas cohabiter dans le cœur d’un croyant, de la même façon que le feu ne peut pas cohabiter avec l’eau dans un même récipient. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 327)

[Imam] as-Sadiq raconte : « Jésus a dit à ses disciples : « Ne regardez pas les défauts des autres comme si on vous avait chargé de les espionner, mais occupez-vous de l’émancipation de vos propres êtres, car vous êtes des esclaves, affranchissez-vous. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 324)

Jésus a recommandé : « Vous n’atteindrez jamais ce que vous aimez sans que vous ne surmontiez avec patience ce que vous détestez. »
(Moustadrak al Wassail, volume 2, page 425)

Dans ces hadiths, Jésus tient des propos philosophiques, certes ils concernent la vie quotidienne, mais ils évoluent dans une sphère supérieure à celle des propos attribués à Mahomet. Remarquons que les personnes qui citent Jésus ne l’on jamais rencontré.