Péché et rédemption

Définitions

Étymologiquement, le péché est une chute hors de la voie. C’est une transgression (à la loi religieuse), une désobéissance (à Dieu).

La rédemption, du latin « redemptio », le rachat, désigne dans le vocabulaire théologique chrétien l’acte par lequel Jésus rachète les hommes esclaves de leurs péchés en le payant de sa vie. J’essaierai d’expliciter ce concept plus bas. Augustin d’Hippone (354-430), connu sous le nom de saint Augustin, a écrit : « Heureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur« .

Le péché dans le judaïsme

Le judaïsme n’insiste pas sur la notion de péché. Seul le péché rituel est pris en compte, et il est traité paternellement. Donc, rater un sabbat ou ne pas manger kascher ne conduit pas en enfer.
Un jour de l’année est particulier, c’est le Yom Kippour, le jour du grand pardon. Lors d’un jeûne de 25 heures entrecoupé de 5 prières, chaque juif demande que ses fautes envers Dieu lui soit pardonnées. Les fautes envers les hommes, elles, doivent être réparées, elles ne sont jamais pardonnées.

Dans des temps « anciens« , lors du Yom Kippour, le grand prêtre choisissait deux boucs, l’un était sacrifié à Dieu, l’autre emportait tous les péchés d’Israël dans le désert. C’est le rite du « bouc émissaire » relaté dans le livre du Lévitique 16, 15-22. Voici le texte des versets 20 à 22 (on est dans le désert, au temps de Moïse et de son frère Aaron) :

Une fois achevée l’expiration du sanctuaire, il fera approcher le bouc encore vivant. Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des Israélites, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride.

On ignore si cette cérémonie a réellement été appliquée. Les fautes dont il est question, sont des fautes collectives, les manquements du peuple envers Dieu, on ne parle pas de fautes personnelles.

Le péché dans l’islam

Dans l’islam, toute transgression de la loi est assimilée à un péché. Ainsi, les péchés les plus graves sont l’hérésie, le polythéisme, la fornication, l’apostasie, les jeux de hasard, etc., tout ce qui est haram (interdit).

Le musulman utilise souvent l’expression « inch Allah », « si Dieu le veut ». Ce que corrobore le Coran (18, 23-24) :

Et ne dis jamais à propos d’une chose : « Je le ferai sûrement demain » sans ajouter « si Allah le veut », et invoque ton Seigneur quand tu oublies et dis : « Je souhaite que mon seigneur me guide et me mène plus près de ce qui est correct ».

On pourrait donc croire que toutes les actions sont déterminées par la volonté d’Allah. D’autant plus qu’à la sourate 8, 17, on lit : « Ce n’est pas vous qui les avez tué, mais c’est Allah qui les a tués… Allah est audient (NB : il peut entendre tout) et omniscient.« 

Or dans l’islam, comme dans tous les courants philosophiques, les oulémas débattent pour savoir si l’homme a son libre arbitre ou s’il est prédestiné. Ainsi « tout ce qui est généré par nos actes est notre action » s’oppose à « l’homme n’a qu’une connaissance partielle des effets de ses actes ». Entre ces deux extrêmes, on trouve : « si l’homme connaît la modalité de ses actes, il a le libre arbitre, sinon, l’acte doit être attribué à Allah« .

Ce débat était déjà présent en Mésopotamie, bien avant l’islam. Ainsi un texte s’interroge : « Pourquoi être irréprochable dans son comportement personnel, social et religieux si l’on peut être puni pour une faute dont on n’a même pas conscience ? A quoi servent les bonnes actions si elles ne garantissent pas une vie sans épreuves ? »

Le péché originel

C’est le nom que donnent les chrétiens à la cause du renvoi d’Adam et de Ève du Paradis dans le roman de la Bible.
Pour rappel, Adam a été créé à l‘image de Dieu. Pour le sortir de sa solitude, Dieu lui a façonné une compagne, Ève. Adam est libre dans le Paradis, une seule interdiction lui a été faite : ne pas « manger » de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le serpent tente Ève qui pousse son compagnon à manger le fruit de cet arbre. L’exclusion du Paradis sera le châtiment pour cette désobéissance.

Dans l’Épître aux Romains 5, 12, attribuée à Paul, on lit « … de même que par un seul homme (Adam), le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, situation dans laquelle tous ont péché« .

Paul lie le péché originel à la mort. Or dans la Bible, rien ne dit qu’Adam et Ève sont immortels, au contraire. Lorsqu’il constate la désobéissance, Dieu dit « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal. Qu’il n’étende pas maintenant la main sur l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours » (Gen. 3, 22). Ce personnage énigmatique qu’est Paul (j’y reviendrai dans un prochain article) ne connaît pas la Torah alors qu’il a la prétention de diriger la vie spirituelle des premiers chrétiens.

D’après le raisonnement dogmatique de Paul, basé sur un récit mythologique, l’homme est souillé dès sa naissance. Il porte la responsabilité de la faute d’Adam qui lui est transmise par hérédité. Augustin d’Hippone reprend ce discours : l’homme est souillé par engendrement. Le baptême efface la souillure. Or comme on baptise les enfants, c’est la preuve qu’ils sont souillés dès la naissance. Le péché originel est un péché de chair. Pour lui, c’est sexuel !

Seuls les catholiques adhérent à ce dogme. Les protestants et les orthodoxes s’en sont éloignés.
Les juifs ignorent la conséquence de l’acte d’Adam, ils sont les élus de Dieu.
Les musulmans ont une interprétation différente (Co. 20, 115-123) :

Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam : mais il l’oublia et nous n’avons pas trouvé chez lui de résolution ferme.
Et quand nous dîmes aux anges de se prosterner devant Adam, ils se prosternèrent excepté Iblis (le Diable) qui refusa.
Alors nous dîmes : « Ô Adam, celui-là est vraiment un ennemi pour toi et ton épouse (NB : elle n’a pas de nom). Prenez garde qu’il vous fasse sortir du Paradis, car alors tu seras malheureux.
Car tu n’y auras pas faim, ni ne sera nu.
Tu n’y auras pas soif ni seras frappé par l’ardeur du soleil.
Puis le Diable le tenta en disant : Ô Adam, t’indiquerai-je l’arbre de l’éternité et un royaume impérissable ? »
Tous deux en mangèrent. Alors leur apparut leur nudité. Ils se mirent à se couvrir avec des feuilles du paradis. Adam désobéit ainsi à son Seigneur et il s’égara.
Son Seigneur l’a ensuite élu, agréé son repentir et l’a guidé.
Il dit : « Descendez d’ici (NB : le paradis n’est pas sur terre). Vous serez tous ennemis les uns des autres (Note du Coran de Médine : on peut comprendre les humains et les diables). Puis si jamais un guide vous vient de ma part, quiconque suit mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux.

Péché et rédemption dans le christianisme

Pour le christianisme, l’homme est un pécheur et réside, jusqu’à sa mort, dans un monde soumis au Diable. Dans les évangiles, la plupart des miracles de Jésus sont des exorcismes, il chasse des démons.
Le péché est le fonds de commerce du catholicisme. La confession mensuelle était une obligation il n’y a pas encore longtemps et le prêtre était habilité à pardonner (ou faire pardonner) les péchés des paroissiens.
Je reviens sur la définition chrétienne de rédemption : « l’acte par lequel Jésus rachète les hommes esclaves de leurs péchés en le payant de sa vie. » Elle amène plusieurs questions. De quoi Jésus sauve-t-il ? En quoi sa mort sauve-t-elle ? En quoi la crucifixion est-elle nécessaire à notre rachat ? Pour répondre à ces questions, j’ai consulté le courrier des lecteurs du quotidien catholique français La Croix espérant y trouver des réponses concrètes. Désillusion! Je n’ai trouvé que des lieux communs et des phrases vides de sens. Il faut dire que le sujet est délicat.

Florilège.
En quoi le Christ nous sauve-t-il ?
Le rédacteur prend d’abord une précaution : « Dès que l’on affirme que le Christ nous apporte le salut, les choses sont nettement moins claires« . Un théologien se porte à son secours (je résume) : Nous souhaitons tous le bonheur, aimer et être aimé, mais nous ne pouvons l’atteindre par nos propres moyens. Les chrétiens sont aimés par Dieu, gratuitement, c’est cela le salut que l’homme reçoit. Nous ne sommes pas sauvé par la mort de Jésus, mais par son amour.
Par sa résurrection, Jésus donne l’exemple, elle ne sera pas la seule. Si le salut est offert à tous, il n’est pas automatique : il faut avoir la foi. Jésus ne te sauvera pas sans toi.

Quel lien entre la mort du Christ et nos péchés ?
Dans la réponse précédente, on nous disait : Nous ne sommes pas sauvé par la mort de Jésus, mais par son amour. Qu’en est-il ici ?
Il faut revenir à des vérités simples : Jésus est mort et ressuscité pour nous les hommes, pour notre salut.
C’est tout ce qu’on peut tirer de la réponse.

La croix est-elle nécessaire à notre rachat ?
La réponse est un coupé-collé de la question précédente.
C’est le père jésuite Michel Souchon qui repond(ait). Il conclut par « Jésus nous a révélé le visage du Père, un dieu à visage humain qui veut aimer l’homme et non pas le faire payer. Révélation formidable pour nous les hommes et pour notre salut. Pour cette révélation, Jésus a mis en jeu sa propre vie, il nous a libéré du péché au prix de sa vie ».

Je suis désolé de vous avoir laissé sur votre faim, mais je ne peux pas faire mieux que des théologiens aguerris. Leur raisonnement est une boucle : salut – mort – résurrection. Au IIe siècle de notre ère, une des innombrables sectes chrétiennes, les gnostiques, ne croyait pas à la crucifixion, ni à la résurrection de Jésus. Pour les gnostiques, c’est l’enseignement de Jésus qui indiquait le chemin du salut.

Qu’est-ce qui a changé, sur terre, depuis la période de Jésus ? Rien, strictement rien. J’ai peine à imaginer que Dieu ait construit un complexe hôtelier tout neuf, appelé Paradis, pour accueillir les âmes sauvées par Jésus.

Le messie

Origine

Un messie est une personne consacrée par l’onction, l’application d’une huile sur sa tête ou son corps. Le mot vient de l’hébreu « mashia« , l’oint, traduit en grec par « christos« . C’est un concept juif qui est employé, la première fois, dans le livre de l’Exode (29, 7) : « Tu prendras l’huile d’onction, tu en répandras sur sa tête et tu l’oindras ». Ce texte fait référence à Aaron, le frère de Moïse qui est consacré prêtre de YHWH par ce geste.

Jusqu’au XIe siècle avant notre ère, les Hébreux étaient groupés en tribus et en clans, indépendants les uns des autres. Ils se choisissaient un chef, un juge, quand la situation les obligeait à s’unir. Un jour, ils décidèrent de se donner un roi. Saül, de la tribu de Benjamin, fut choisi. Il fut oint par le prophète Samuel qui à l’occasion prononça un discours mettant en garde contre la royauté (1er livre de Samuel : 8, 11-18) :

Tel sera le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à ses chars et à sa cavalerie et ils courront devant son char. Il les établira chefs de mille et chefs de cinquante ; il leur fera labourer ses champs, moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chars. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs et les donnera à ses serviteurs. Sur vos semences et vos vignes, il prélèvera la dîme et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes deviendrez ses serviteurs. Ce jour-là, vous crierez à cause du roi que vous vous serez choisi, mais YHWH ne vous répondra pas, ce jour-là.

Saül fut remplacé par David, de la tribu de Juda, qui fut également oint par Samuel.
Ce sont les seuls rois qui ont reçu le rite de l’onction.
Dans ces temps, l’idée de messie recouvre plus une fonction qu’un personnage.

La monarchie française a repris le rite de l’onction des rois. L’onction par le « saint-chrême », contenu dans la sainte-ampoule, officialisait le sacre du roi. Ce sacre, à ne pas confondre avec le couronnement qui était automatique à la mort du roi précédent, avait lieu dans la cathédrale Notre-Dame de Reims. Cette cérémonie ne faisait pas du roi de France un messie. Le dernier roi sacré à Reims fut Charles X en 1825… la sainte-ampoule avait échappé aux révolutionnaires de 1789.

Le messie dans le judaïsme

En 586 avant notre ère, Jérusalem est détruite pas les Babyloniens de Nabuchodonosor (voir : Chronologie biblique). L’élite du peuple, la cour et les prêtres, est déportée à Babylone où les prêtres vont réfléchir sur les malheurs du « peuple élu de Dieu« . C’est à partir de cette réflexion que la plupart des textes de la Bible vont être mis par écrit et que l’idée d’un sauveur va voir le jour. Ce sera un homme de la lignée du roi David qui délivrera la terre d’Israël de l’occupation étrangère et amènera une ère de paix et de félicité permettant à toute la nation de se réunir à Jérusalem. Il annoncera l’avènement du royaume de Dieu. Petit à petit, le mot mashia (messie) devient synonyme de chef puissant, investi d’une mission divine.

Curieusement, le premier à bénéficier du titre de « messie » fut le roi des Perses, Cyrus, qui a vaincu les Babyloniens et permis aux Hébreux de rentrer à Jérusalem et de rebâtir le temple, inauguré en 515 avant notre ère.

Le Ier siècle de notre ère a vu l’éclosion de plusieurs « messies » autoproclamés (voir l’article : Jésus dans les textes de Flavius Josèphe).
Le dernier en date se nomme Sabbataï Tsevi. Vers 1650, dans l’Empire ottoman, il draine des foules nombreuses lors de ses prêches. Il appelle les Juifs à s’installer à Jérusalem. Il prend des initiatives de plus en plus dangereuses pour l’empire. En 1666, il pousse les Juifs à la révolte pour prendre le pouvoir. Il est arrêté et emprisonné… Pour sauver sa tête il se convertit à l’islam.

Les Juifs attendent toujours le messie. Mais les différents courants du judaïsme ne sont pas d’accord sur sa nature. Sera-ce un homme ou simplement des temps messianiques qui verront s’instaurer une paix et une fraternité universelle ? Au XIXe siècle, en Europe, les temps messianiques ont même été assimilés à l’essor de la mécanisation, à la technologie.

Le messie dans le christianisme

Comme les Juifs, les chrétiens attendent toujours leur messie. Mais eux savent que ce sera Jésus qui est déjà venu et qui a promis de revenir très bientôt : « En vérité je vous le dit, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Matthieu 24, 34-35). On ne peut pas dire que lors de son ministère sur terre, Jésus se soit comporté en messie, tel que les Juifs l’espéraient. Certains historiens y voit la décision de Judas de le trahir. Judas est nommé « iscariote » qui pourrait vouloir dire « le sicaire« . Un sicaire était un révolutionnaire juif opposé aux Romains, dans la foule, ils poignardaient les « collaborateurs » à l’aide d’un petit poignard, un sica en latin. Ils ont participé à la révolte de 66-73 contre les Romains. La tradition chrétienne veut que « iscariote » soit compris comme « ish Kariot« , c’est-à-dire « l’homme de Kariot« . Kariot étant une ville… qu’il reste à découvrir !

Le messie dans l’islam

Le Coran associé 11 fois le terme « messie » à Isa (Jésus) : le messie Jésus (Isa al-Masih). Faut-il y voir une mauvaise interprétation de Jésus-Christ qui à l’époque était l’appellation courante de Jésus ?
Toujours est-il que les musulmans attendent le retour de Jésus à la fin des temps pour présider au Jugement dernier, récompenser les justes et punir les mécréants (voir : Jésus dans le Coran).

Ambiguïté !

Les chrétiens et les musulmans attendent la fin des temps qui sera précédée du Jugement dernier.
Mais quelle est l’utilité de ce jugement ? Les bons ne sont-il pas déjà au Paradis et les mécréants en Enfer ?

Cette ambiguïté n’a pas été héritée du judaïsme. Le judaïsme n’est pas unifié, il n’y a pas un dogme. Chaque école a ses propres idées sur l’après-mort et les temps messianiques.
Suivant les croyances, lorsqu’une personne meurt, elle est placée « endormie » sous les ailes de la Providence, quelque part dans les cieux, ou elle reste dans la sphère terrestre et vit dans les mémoires, ou encore, elle rejoint le jardin d’Eden.
La résurrection des morts est un thème secondaire, ce qui importe, c’est l’avenir de la communauté. Dans les évangiles, des sadducéens demandent à Jésus avec qui ressuscitera une veuve qui a épousé plusieurs frères ? De qui sera-t-elle la femme ? Les sadducéens appartenaient à un école qui rejetait la résurrection, aujourd’hui, certains courants du judaïsme écartent toujours cette idée.

« Nier l’existence de dieu est illogique »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la conclusion d’une démonstration mathématique décrite dans un dossier du magazine « Science & Vie » numéro 1235 d’août 2020 ! Voici mille ans que des philosophes puis des scientifiques essaient de démontrer l’existence de Dieu, d’Anselme de Cantorbéry (XIe siècle) à Kurt Gödel (1906-1978) au XXe siècle. Un chercheur allemand de l’université de Berlin, Christoph Benzmüller aurait réussi. Il a démontré, grâce à l’informatique, que « Dieu, dans sa définition la plus répandue en métaphysique existe nécessairement ».
Ce scientifique s’est spécialisé en mathématique et en logique. Il raisonne dans les disciplines qu’il maîtrise, faisant fi de la chimie, la physique et l’astrophysique. Il ne se demande pas comment Dieu aurait créé l’Univers ni pourquoi il aurait laissé la Terre vide d’hommes, ses « créatures », pendant 4 milliards d’années, se morfondant seul sur son trône, sans personne pour l’adorer.

La démonstration se fait en 12 étapes et conclut : « Dieu existe« . Reprenons les 3 premières étapes, elles seront suffisantes pour mon propos, d’autant plus qu’à partir de la quatrième étape, on introduit des concepts non triviaux comme l’exemplarité et l’essence.

  1. La définition de Dieu. c’est un être qui possède toutes les « propriétés positives ». Cette définition ne correspond donc à aucun dieu vénéré par les religions existantes. YHWH est un dieu jaloux, Allah aime qu’on le craigne et qu’on l’adore cinq fois par jour. Aucun n’a ces propriétés positives que sont l’empathie ou la tolérance.
  2. Viennent ensuite deux axiomes, des affirmations qui ne peuvent pas être démontrées. Dans la géométrie euclidienne, un axiome précise que deux droites parallèles ne se rencontrent pas. Ici, le point 2 pose qu’une propriété est positive sinon, c’est sa négation qui est positive.
    En mathématique, une propriété définit ce qui est propre ou particulier à un objet ou à un être. C’est un synonyme d’attribut, de caractéristique ou de qualité.
  3. La propriété se transmet : toute propriété engendrée par une propriété positive est positive.

Le troisième point suscite une grosse interrogation. Prenons un exemple qui n’a rien à voir avec la démonstration de Christoph Benzmüller : « Aimer Dieu » est-il une propriété positive de l’homme ? Si oui, « Tuer les ennemis de mon dieu », qui est engendré par « Aimer Dieu » est aussi une propriété positive. Or dans ma morale, ça ne l’est pas. L’axiome du point 3 n’est pas vérifiable dans toutes les situations, il n’est pas universel, il est donc faux et la démonstration est fausse. cqfd.

Nonobstant ce problème, la définition de départ est-elle correcte ? Dieu est-il la somme des propriétés positives ? Ce n’est pas la définition qu’en donnent les dictionnaires : Dieu est un « être éternel, unique, créateur et juge », qui comme je l’ai dit précédemment n’a pas toutes les propriétés positives. La définition de départ concerne plutôt la « perfection« . Donc, si on veut être précis la conclusion de la démonstration serait : « la perfection est une notion cohérente, elle est logique, elle existe »… bien qu’on ne la rencontre nulle part.

Et le diable ?

Science & Vie a demandé à Cristoph Benzmüller de soumettre le cas du diable à son programme. En partant de la définition que le diable a toutes les propriétés négatives, le programme conclut que le diable n’existe pas. « Etre tel qu’on est » est une propriété positive, donc le diable possède la propriété inverse : « Ne pas être tel qu’on est ». Il n’existe donc pas.

Ne pas tout jeter

La démonstration n’est qu’un volet du dossier de Science & Vie intitulé « Pourquoi on croit en Dieu« . Les autres parties du dossier sont (également) très intéressantes :

  • Les civilisations portées par un dieu se sont imposées.
  • La foi dope notre cerveau.
  • Dieu est une idée contagieuse. Dans cette partie, le généticien Richard Dawkins, est réhabilité. Je vais en parler.

Ainsi on apprend :

  • « Plus une civilisation est structurée et la population nombreuse, plus elle a de chances de vénérer un dieu puissant, moralisateur et vengeur »... (notes personnelles) et aussi belliqueux : il faut l’imposer aux autres. La civilisation juive n’a jamais été assez nombreuse pour imposer sa religion. Le judaïsme ne compte aujourd’hui que 15 millions d’adeptes (à comparer au 2.000 millions de chrétiens et de musulmans).
  • Les croyants en un dieu moralisateur et vengeur sont enclins à l’empathie envers les autres croyants en ce dieu. « Ce dieu encourage la confiance en l’autre, à condition que cet autre y croie aussi, bien entendu ». « La foi favoriserait la survie.« 
Richard Dawkins

Richard Dawkins, né en 1941, est un biologiste éminent, professeur à l’université d’Oxford. En 1976, il publie « Le gène égoïste » qui explique la théorie de l’évolution basée sur la mutation des gènes. Il y introduit la notion de « mème« , je vais en parler. En 2006, il publie « Pour en finir avec Dieu » qui s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires et qui n’est pas son livre le plus abouti.

Ce qui nous intéresse ici est la notion de mème, fortement critiquée à l’origine (1976) et aujourd’hui, généralement admise. Un mème est un élément d’une culture qui se transmet d’une génération à l’autre, particulièrement par imitation. Comme le gène, il peut muter en se transmettant, générant des évolutions culturelles. La mémétique est le domaine d’étude des mèmes, elle concerne surtout :

  • La propagation des rumeurs et des modes,
  • Les phénomènes d’adhésion à des mouvements culturels, idéologiques, politiques ou religieux,
  • L’apparition de variantes culturelles, d’innovation, de création.

Tous les objets des religions se sont transmis en se transformant, les mèmes des religions ont muté :

  • Jésus, probablement un prophète de l’apocalypse est devenu Dieu. (voir : la nature de Jésus).
  • Le Coran, simple recueil des révélations vécues par Mahomet est devenu « le » livre incréé dont l’original est dans les mains d’Allah (voir : le Coran)
  • YHWH, un dieu local dans le panthéon des Hébreux, est devenu « le » dieu unique et universel (voir : quand Yahvé est-il devenu le dieu des Hébreux).

A chaque fois, l’évolution de l’objet du culte s’est faite vers le sommet, la position la plus élevée, vers un point d’où toute évolution est devenue impossible. Le cas le plus flagrant est l’islam. Si le Coran est un livre incréé, il est impossible de contester ou de modifier son contenu. L’islam est figé à tout jamais. (voir : le mutazilisme, un islam éclairé).

Commentaire constructif de Pierre Nyst

Je n’ai pas lu l’article de Science & Vie sur cette « démonstration » de Christoph Benzmüller, mais elle me semble être une variante de plus de l’argument ontologique, utilisé par pas mal d’auteurs par le passé, allant de Boèce et Anselme, de Descartes à Spinoza, et dont la structure reste globalement invariante :
1.    Dieu est un être parfait.
2.    Une perfection qui ne comprendrait pas l’existence ne serait évidemment pas complète.
3.    Donc, Dieu est aussi doté de l’existence.
Cet argument est dit ontologique, car il appuie sa « preuve » sur la définition de ce qu’est l’être (ontos) de Dieu : il est dans l’être de Dieu d’exister.
(Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_ontologique)

En plus des critiques et réfutations de cet argument, qu’on peut trouver à profusion sur Internet, j’ajouterai ceci :
1. Quelque chose qui n’existe pas ou dont on n’a pas (encore) prouvé l’existence ne peut être qualifié de parfait. Comme on cherche à prouver l’existence de Dieu, on ne peut donc baser cette « preuve » sur l’existence de Dieu, ni donc sur sa qualité d’être parfait. Le point de départ de l’argument ontologique est donc fallacieux puisqu’on ne peut qualifier de parfait quelque chose dont on doit encore prouver l’existence.
2. Si l’argument ontologique était valable, on pourrait s’en servir pour affirmer l’existence de toute chose dont aurait préalablement pris soin de dire qu’elle est parfaite : le Père Noël, la licorne bleue, la théière de Russell, etc.

D’un point de vue scientifique, je partage la position de Richard Dawkins quand il dit que la preuve formelle de la non-existence de Dieu est impossible.
En effet, comment prouver à l’aide des lois physiques de la nature, de l’univers, l’existence ou la non-existence de quelque chose de surnaturel, que les religions placent au-dessus des lois physiques ?
De même, comment prouver, par un raisonnement de logique, l’existence ou la non-existence de quelque chose dont la Bible déclare que les voies sont impénétrables (Job 11:7, Psaumes 139:17, Isaïe 55:8-9, Épître de Paul aux Romains 11:33) ?
D’ailleurs, comment prouver quoi que ce soit concernant quelque chose d’aussi flou, d’aussi peu précis, d’aussi mal défini que la notion de dieu ? Cela d’autant plus que chacun a sa propre définition de dieu, lesquelles définitions évoluent au fil du temps, au gré des avancées scientifiques et des reculades religieuses.

Enfin, si Christoph Benzmüller a malgré tout raison, alors Dieu et la foi mourront bientôt :
« Dieu meurt au contact de la preuve. » (Adolphe Gesché, prêtre et théologien belge, dans un entretien dans La Libre Belgique, 7 mai 2001)
« Si on prouvait scientifiquement que Dieu existe, cela détruirait la foi. » (cardinal Godfried Danneels)

Le port du voile

Toutes les citations du Coran sont extraites de l’édition 2008 du « saint Coran » de l’Université d’al-Azhar de Beyrouth.

Si une femme ne se voile pas la tête, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux à une femme d’avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image de la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. C’est pourquoi la femme doit, à cause des anges, avoir sur la tête un signe de sujétion.

Voici qui est clair et précis : la femme est inférieure à l’homme et doit se voiler la tête… à cause des anges (?). Seulement ce texte ne concerne pas l’islam. Ce passage est extrait du Nouveau Testament, de l’épître aux Corinthiens (11, 6-10) attribué à Paul qui ne l’oublions pas reste juif, même s’il était chrétien.

Qu’en est-il pour les musulmans ? C’est un sujet controversé qui refait régulièrement surface comme signe religieux distinctif, ce que le Coran confirme. Le verset 33, 59 ne dit-il pas :

Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener leurs grands voiles sur elles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées.

Mais d’où vient cette tradition du voile ? Dans les déserts, qu’ils soient syriens ou arabes, il est normal de sortir couverts. Hommes et femmes s’enroulent une pièce d’étoffe autour de la tête. De plus, dans l’Antiquité, de Sumer à la Grèce, les femmes ont toujours porté un châle sur la tête dans l’espace public. Alors pourquoi une révélation oblige la femme à porter un voile ?

Hijab : Coran 33, 53

Mais qu’est-ce que le « voile » pour l’islam ? Dans le Coran, trois mots sont traduits par « voile ». Hijab se rencontre plusieurs fois, il désigne chaque fois un accessoire de décoration, un rideau, une tenture séparant une pièce en deux parties.
Ainsi dans le verset 33, 53 :

Si vous leur demandez (sous-entendu : aux femmes du prophète) quelque objet, demandez-le derrière un rideau (hijab). C’est plus pur pour votre cœur et pour leur cœur.

Pourquoi hijab est-il devenu synonyme de foulard ? Asma Lamrabet, une intellectuelle marocaine, avance une idée très intéressante. Pour elle :

« On a imposé le hijab aux femmes musulmanes dans son sens de séparation afin de bien indiquer à ces dernières où est leur place dans la société, autrement dit afin de les cantonner, au nom de l’islam, dans la relégation et l’ombre, loin de la sphère sociopolitique » (Femmes et Hommes dans le Coran : quelle égalité ? (al-Bouraq, 2012))

Khimar : Coran 24, 31

Dans le verset 24, 31, on rencontre le mot khimar, d’origine syriaque, qui lui désigne le foulard qu’on porte sur la tête.

Dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile (khimar) sur leur poitrine. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, à leurs pères et beaux-pères, à leurs fils ou aux fils de leurs maris, à leurs frères, ou aux fils de leurs frères ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes ou à leurs esclaves, ou aux domestiques mâles impuissants ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent sous leur parure.

Remarquons que la femme musulmane est plus impudique ou a moins de contraintes que la femme juive que seuls son père et son mari peuvent voir nue (Lv. 18, 1-19). Mais ce verset parle-t-il de la nudité de la poitrine ? Les atours sont aujourd’hui interprétés comme les cheveux, les oreilles et la gorge alors que le texte désigne spécifiquement la poitrine. Mais alors pourquoi rabattre le foulard sur la poitrine ?

Ce verset du Coran est cité par les musulmans pour justifier le port du foulard pour cacher les cheveux qui comme la poitrine est à même de susciter l’excitation des hommes ! Mais tout part de l’interprétation de mot « atours ». Les femmes arabes avaient-elles l’habitude de sortir seins nus ? Ne faut-il pas y voir une mise en garde contre l’exhibition des richesses que constituent les bijoux ? Que vient faire la dernière phrase du verset : « Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent sous leur parure » ? En quoi frapper du pied laisse voir les atours ? Cette injonction ne se justifie que si les atours sont des bijoux que l’on peut deviner par le bruit qu’ils font lorsqu’on frappe du pied par terre.

Ce verset est à rapprocher du passage de la première épître à Timothée dans le Nouveau Testament :

Et que de même les femmes en tenue décente, se parent avec pudeur et bon sens, non de tresses, ni d’or, ni de perles, ni de vêtements coûteux mais de bonnes œuvres ; c’est ce qui convient aux femmes qui ont promis de révérer Dieu.

Jalabib : Coran 33, 59

Dans le verset 33, 59 que nous avons cité en tête de cet article, ce n’est pas le mot hijab qui est utilisé, mais jalabib, mot éthiopien qui signifie manteau, cape et qui a donné djellaba. Donc, le verset peut être traduit par « revêtir leur cape ». Ce qui nous éloigne d’un foulard sur la tête.

Relisons ce verset :

Ô Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener leurs grands voiles (jalabib) sur elles : elles en seront plus vite reconnues et éviterons d’être offensées.

Il va à l’encontre de ce que la tradition nous dit de la vie à Médine où toutes les tribus s’étaient converties à l’islam sauf les juifs. On devait reconnaître les femmes musulmanes parmi les femmes juives. Mais, si l’on en croit Tertullien, un père de l’Eglise chrétienne du IIe siècle : « Le voile sur la tête est si coutumier aux femmes juives qu’on les reconnaît par là » (Apologétiques 18, 9). C’est à n’y rien comprendre. Pour se différencier, les musulmanes doivent copier les juives !

À l’origine, ce verset ne devait s’appliquer qu’aux épouses et aux filles du prophète. Le terme « aux femmes des croyants » a dû être ajouté par la suite. De cette manière le verset devient compréhensible et s’apparente au verset 33, 53 qui propose de cacher les femmes du prophète par un rideau. D’ailleurs, les derniers versets de la sourate 33 concernent tous les femmes du prophète.

Ajoutons, pour « clarifier » la compréhension,  que nous croyons qu’une langue arabe précise, unifiée, n’existait pas avant le Coran. Donc, la signification que la langue arabe donne aux mots jalabib, khimar et hijab est récente et toute relative.

La même idée se trouve dans Le Didascalia apostolorum (L’Enseignement des apôtres), un traité de l’Eglise syriaque, écrit par les douze apôtres au concile de Jérusalem de l’an 50… selon la tradition, mais plus vraisemblablement au début du IIIe siècle. Il a été traduit en arabe avant les débuts de l’islam. On y lit :

Si tu veux devenir ne femme croyante, sois belle pour ton mari seulement. Lorsque tu marches dans la rue, couvre ta tête avec ton habit, afin que grâce à ton voile, ta grande beauté puisse être couverte. Ne peins pas le contour de tes yeux, mais baisse ton regard. Et marche voilée.

Un récit d’Aïcha

Les premières femmes arabes disciples de Mahomet ne portaient pas le voile si l’on en croit un récit (hadith) attribué à Aïcha, une des femmes du prophète de l’islam, rapporté par Boukhari et repris dans la Sîra (vol. 2, 297-307). Boukhari est un érudit perse du IXe siècle. Il a collecté plusieurs hadiths, on parle de 600.000. On raconte que chaque fois qu’il écrivait un hadith, il faisait ses ablutions et récitait une prière. Il a vécu 60 ans. À vos calculettes…L’affaire survint après la révélation concernant le port du voile. Aïcha faisait partie d’une caravane. Lors d’une halte, devant satisfaire un besoin naturel elle s’éloigna. À son retour, la caravane était repartie. Cet incident est rapporté par un hadith, car on soupçonna Aïcha d’adultère, ce qui fit grand bruit, perturba Mahomet et sema la discorde entre ses disciples.

Comment se fait-il que personne ne se soit aperçu de l’absence d’Aïcha… la femme préférée de Mahomet ? Pourquoi insister sur le fait que l’incident intervient après la révélation sur le « port du voile » ? En quoi avoir un voile sur la tête dissimulait-il Aïcha à la vue des membres de la caravane au point de partir sans elle ? Ne faut-il pas en déduire que ce voile n’était pas un simple foulard, mais un voile, entourant le palanquin posé sur le chameau, cachant la femme du prophète aux yeux des hommes de la caravane ?

Si on suit la tradition, la suite du récit de Boukhari tombe dans  l’absurde : on chercha Aïcha et enfin on la retrouva. Son « sauveur » la reconnut car il l’avait déjà vue sans son voile. Elle était reconnaissable, car elle était rousse, ses cheveux étaient roux. C’est du moins ce que dit un hadith attribué à Mahomet : « Prenez la moitié de votre religion de cette petite rousse ». D’après cette information Aïcha aurait donc retiré et perdu son voile en s’isolant ? Ceci confirme bien que le voile, dont il est question ici, n’a rien à voir avec un foulard, mais est bien un rideau, une tenture pour dissimuler la femme aux regards des hommes. Hors de son palanquin, Aïcha n’avait pas de foulard, même après la révélation !

De quand date cette obligation ?

C’est de nouveau Boukhari qui nous éclaire, c’est Umar qui parle : « Envoyé de Dieu, les gens vertueux comme les libertins pénètrent chez tes femmes. Si tu ordonnais à tes femmes de se dérober à leur regard par un voile. Alors le verset du voile descendit ».

Conclusions

Les religions juives et chrétiennes ont abandonné l’usage du foulard, seul l’islam résiste et continue à imposer des prescriptions désuètes, sclérosé qu’il est par l’idée que le Coran serait incréé. Même l’hindouisme, pourtant toujours figé dans son système de castes, n’impose plus le voile aux femmes. Même à la lecture (éclairée) du Coran, on ne voit rien qui pourrait obliger les musulmanes à porter le foulard. On leur demande juste d’être discrète et pudique. En 2014, en Iran, plusieurs femmes ont publié sur Internet une photo d’elle non voilée. Cette rébellion a provoqué une manifestation monstre dans les rues de Téhéran dont le slogan était « Homme où est ta dignité, où est le voile de ta femme ?« . Certains calicots appelaient même à la lapidation ! Cette manifestation n’est-elle pas la réponse au problème ?

Petite fille swahili ou l’islam mal compris

Covid-19 et religions

Cet article est inspiré d’un article du Monde des religions n°101

Arabie saoudite : Allah sur pause

Dès le 19 mars, les lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine ont été fermés.
A ce jour (15 juin 2020), l’Arabie saoudite compte 1.011 morts (+39) sur un total de 132.048 personnes infectées d’apès le site https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries.

Etats-Unis : liberté chérie

Pour libérer le pays du fléau, les évangélistes s’en remettent à Dieu et invitent les fidèles à venir nombreux lors des réunions de prière. Le virus se joint à eux et prospère.
117.864 morts et 2.166.529 infectés.

Jérusalem : la fin du monde est proche

Les ultraorthodoxes refusent les mesures de confinement et appellent les fidèles à la prière en l’honneur du Messie qui arrivera pour la Pâque (le 8 avril). Caramba encore raté (Tintin – l’oreille cassée (Hergé) page 12, case 3).
302 morts et 19.121 infectés.

Pour eux, se sont les femmes impudiques qui sont la cause de la pandémie.
Si on se promène à Jérusalem, on rencontre des juives portant un foulard noué à l’arrière de la tête comme un bandana. Ce sont les femmes des ultraorthodoxes, ces juifs habillés comme en Pologne au XIXe et qui parlent un dialecte allemand, le yiddish. Pour eux, les cheveux sont un atour sexuel. Mais leurs femmes ne cachent pas leurs cheveux… car elles sont rasées. Seul leur mari peut voir leur crâne nu. Et ça les excite, les bougres, car une famille moyenne comporte une dizaine d’enfants. Cette surpopulation les oblige à quitter leur quartier de Méa Shéarim pour se répandre dans toute la ville et constituer de nouveaux ghettos. Leur qualité première n’est pas la tolérance et ils le montrent : de grands panneaux interdisent aux femmes ne se conformant pas à leur coutume vestimentaire de passer à proximité de « leurs rues ». Toute contrevenante, qui ose s’aventurer se fera insulter… par ces hommes qui n’oseront pas la regarder de peur de commettre un péché.

Chrétienté : le culte des images 2.0

Non contents de vendre des images pieuses aux fidèles et de peupler les églises de statues de saints, le clergé a trouvé une manière originale de célébrer la messe lors du confinement : le prêtre officie devant les photos envoyées par leur paroissiens. L’information que j’ai ne mentionne pas comment il administre les sacrements (Eucharistie).

Le père Giesler devant ses paroissiens virtuels à Achern (Allemagne)

Les épouses du prophète

Tout ce que nous connaissons, ou croyons connaître, de la vie de Mahomet (570-632) nous vient des hadiths et de sa biographie, très romancée, écrite dans la première moitié du IXe siècle par à ibn Hicham… 200 ans après la mort du prophète. La littérature musulmane des tout premiers siècles a donné naissance à trois genres littéraires : les hadiths (les dits du prophète et de ses proches), les circonstances de la révélation et les expéditions militaires ou conquêtes. Tous les faits rapportés sont « certifiés » par une chaîne de transmission : « Je tiens ce récit de X, qui l’a entendu de Y, qui en avait connaissance par Z…( sous-entendu, donc, c’est la vérité) ». Quelque soit le genre, il n’est pas rare qu’un même fait, dans le même ouvrage, soit rapporté de façon tout à fait différente, par deux chaînes de transmetteurs.
La Sîra, la biographie de Mahomet appartient au genre « circonstances de la révélation ». Ce genre est très important, car même si le Coran est incréé, comme le dogme l’affirme, Allah en a modifié le texte : dans le Coran, on lit que la vigne offre une boisson enivrante agréable (16, 67) mais aussi que boire du vin est un péché grave (2, 219) (voir mon article intitulé : Du vin et du porc). Allah dit : « Nous n’abrogeons aucun verset sans le remplacer par un autre qui soit meilleur » (2, 106). Il est donc important de savoir quel verset abroge et remplace l’autre, d’où la nécessite de connaître les circonstances de la révélation. Dans le cas cité, la Sîra nous informe que Mahomet recevait des outres de vin de voyageurs venant de Syrie, mais un jour un fidèle s’est présenté saoul à la prière et le verset 2, 219 a été révélé. La Sîra se sert donc de la biographie romancée de Mahomet pour justifier les versets du Coran.

Khadija

Mahomet épousa Khadija à La Mecque où il était à son service comme caravanier. C’était une riche veuve, propriétaire de caravanes. On était en 595, il avait 25 ans, elle en avait 15 de plus que lui. Il fut un mari exemplaire. Ils eurent 6 enfants, on en reparlera.

En 610, Mahomet eut ses premières révélations. Dans la Sîra (I, 233-239), ibn Hicham raconte cette anecdote. Alors qu’il est en contact avec l’ange Gabriel (Gibrîl), Khadija demanda à Mahomet de se blottir dans son giron.

– Cousin » demanda-t-elle, le vois-tu encore ?
– Oui je le vois, répondit Muhammad.
Khadija se débarrassa de sa robe et mit la tête de Muhammad, toujours sur son giron, sous sa chemise de corps.
– Le vois-tu encore ? demanda-t-elle
– Non, je ne le vois plus.
– Cousin, sois heureux et tiens bon. Ton ami est un ange du ciel et non point un démon.

Elle fut la première convertie et une aide précieuse pour son mari en butte aux railleries des notables de La Mecque. Elle est appelée « Mère des croyants ».

Ils eurent deux fils : el Qassim et Abdallah, tous deux morts en bas âge, et quatre filles d’après la tradition.
Zaynab née entre 598 et 600. Elle est morte du vivant de son père en 629. Elle épousa un mécréant qui fut fait prisonnier par Mahomet. Il le libéra en échange de sa fille. Le mari retourna à La Mecque et Zaynab, pourtant amoureuse de son époux, dû rejoindre son père à Médine. Elle avait une fille qui épousa Ali, le quatrième calife.

Ruqayya née en 601 et morte en 624. Elle épousa un aristocrate mecquois, fils d’Abu Lahab. Ce personnage est un des rares contemporains de Mahomet cités dans le Coran, livre incréé rappelons-le. C’était son ennemi.

Que les deux mains d’Abû Lahab périssent et que lui-même périsse !
Ses richesses et tout ce qu’il a acquis ne lui serviront à rien.
Il sera exposé à un feu ardent
Ainsi que sa femme, porteuse de bois, dont le cou est attaché par une corde de fibres. (Co. 111, 1-5).

La sourate 111 ne comporte que ces 4 versets, elle lui est entièrement consacrée.
Ruqayya fut répudiée et épousa Uthman, le troisième calife.

Oum Kalthoum dont on connaît ni l’année de naissance ni le nom, Oum Kalthoum signifiant « la mère du joufflu » a le même parcourt que sa sœur Ruqayya : elle a épousé un fils de Abu Lahab qui l’a répudiée, elle épousa alors Uthman, le troisième calife… après la mort de sa sœur Ruqayya.

Fatima épousa Ali, le quatrième calife et est aussi vénérée que lui. On ignore quand elle est née en 604, 605, 609 et même 615 selon les sources. Notons qu’aucune archive n’étant tenue, les dates de naissance des personnages de l’entourage du prophète ont été estimées bien des années plus tard. Si on s’en tient à la chronologie établie, Fatima est née alors que sa mère avait entre 49 et 60 ans, ce qui à l’époque tient du miracle. Elle mourra quelques jours après son père.

Donc, à la mort de Mahomet, il n’a plus de descendance directe. Comme il n’a pas eu de frères, ni de sœurs, il n’a pas d’héritiers directs.

A Médine

Khadija meurt en 619, trois ans avant que Mahomet quitte La Mecque pour Médine, ce qui s’appelle l’Hégire et donne le point de départ du calendrier musulman. Il respecte le deuil d’un an, puis épouse Sawda. Il est âgé de 50 ans, elle en a 35 (Wikipédia lui en donne 65 !). Bien vite, Mahomet veut la répudier car il a épousé une très très jeune fille (une enfant) Aïcha. Sawda lui fait alors cette étrange proposition qu’il accepte : « Je ne te demande pas de coucher avec moi, je cède mon tour à Aïcha. Mais je veux être présente le jour de la résurrection parmi tes épouses. » Comme bon nombre de croyants, elle attend toujours !

L’épouse la plus célèbre de Mahomet, avec Khadija, est Aïcha (614-678). Elle est la fille de l’ami du prophète, Abu Bakr, qui sera son successeur direct. Elle a 6 ans lorsqu’il demande sa main à son père. A 8 ans elle devient sa femme. Un an plus tard, le mariage est consommé. Ce qui choque dans ce mariage, ce n’est pas l’âge de la fillette. Beaucoup de souverains européens se sont mariés à cette âge. Ce qui choque, c’est la différence d’âge, lui a plus de 50 ans et le fait que le mariage fut consommé. Suite à ces noces, la Charia fixa l’âge légal du mariage des filles à 9 ans (voir mon article sur les mariages de plaisir).

Malgré ses caprices, elle fut la préférée du prophète s’il faut en croire la tradition musulmane. Ce qui n’empêcha pas Mahomet de prendre encore de nombreuses épouses. Mais Allah lui a permis de dépasser la limite fixée à quatre femmes (Co. 4, 3).

Ô prophète. Nous avons rendu licite pour toi les épouses que tu as dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes mains, les filles de ton oncle ou de tes tantes paternels ou maternels ainsi que toute croyante qui aura livré son cœur au prophète pourvu qu’il consente à l’épouser (NB : remarquons le changement de personne : tu puis il). C’est un privilège que nous t’accordons à l’exclusion des autres croyants. (Co. 33, 50)

J’ai souligné « ton oncle » au singulier. Ce personnage est Abu Talib, le père d’Ali, quatrième calife et cousin de Mahomet. C’est lui qui l’éleva après la mort de son père et le protégea des attaques des Mecquois réfractaires au message du prophète. Mais alors qui est al-Abbas, le fondateur de la dynastie des Abbassides venu du fin fond de l’Iran et qui se présenta comme l’oncle du prophète ?

Fermons cette parenthèse. La tradition raconte qu’au cours d’une étape aride, sans eau, Aïcha perdit son collier. Le moment de la prière approchant, les croyants voulaient atteindre au plus vite un point d’eau pour les ablutions rituelles. Aïcha ne voulut rien entendre et exigea qu’on cherchât son collier. Le soir même Allah donna connaissance d’un nouveau verset à Mahomet :

Lorsque vous vous disposez à la prière, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes, passez les mains mouillées sur vos têtes et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles… si vous ne trouviez pas d’eau alors, recourez à la terre pure (au sable), passez-en sur votre visage et vos mains… (Co. 5, 6)

Notons qu’avant ce verset, tout voyage dans le désert semble avoir été interdit aux croyants. Comment trouver cinq points d’eau pour respecter les prières journalières ?

Mahomet prit ensuite pour femme Hafsa, la fille de son ami Umar, qui deviendra deuxième calife. C’était sa quatrième épouse. Quelque temps plus tard, il convola avec Zaynab, une veuve de 30 ans. Mahomet avait 56 ans. Puis il épousa Oum Salama, la veuve de son frère de lait. Comme elle était inconsolable, Abu Bakr et Umar se proposèrent de l’épouser. Elle refusa, mais elle accepta la proposition de Mahomet. Aïcha la trouvait très belle malgré son âge (30 ans). Elle mourut en 680, soit 64 ans après l’Hégire. On lui doit toute une série de hadiths.

Ensuite, vient l’épisode d’une seconde Zaynab, l’épouse du fils adoptif du prophète, nommé Zayd. Les circonstances de ce mariage sont floues… pour ne pas salir la mémoire du prophète. Il aurait trouvé Zaynab à son goût et son fils adoptif aurait proposé de la répudier. Malgré son désir, Mahomet aurait refusé car il était interdit d’épouser la femme de son fils, même adoptif. C’était considéré comme un inceste. Alors Allah intervint :

Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, un fois qu’Allah et son messager ont décidé une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir… Quand tu disais à celui qu’Allah avait comblé de bienfaits tout comme toi-même l’avait comblé (c’est Zayd) : « Garde pour toi ton épouse (Zaynab) et crains Allah ». … Tu (Mahomet) craignais les gens mais c’est Allah qui est digne de ta crainte. Quand Zayd (cité explicitement dans le texte, comme Abu Lahab dans la sourate 111) eut cessé toute relation avec elle, nous te la fîmes épouser afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs quand ceux-ci cessent toutes relations avec elles. Le commandement d’Allah doit être exécuté. (Co. 33, 36-37)

Vinrent ensuite Juwayrira, une jeune femme de 20 ans et Ramlah Abi Sufyan, également appelé Oum Habiba, convertie très tôt à l’islam bien qu’elle ait été la fille d’un dirigeant de La Mecque, ennemi de Mahomet : Abu Sufyan. Il compte maintenant 9 épouses.

Le seigneur de guerre

A Médine, résidaient trois tribus juives d’après la Sîra. Mahomet chassa deux d’entre elles sous des prétextes divers et anéantit la troisième accusée de trahison. Les hommes furent rassemblés devant de grandes fosses, égorgés et enterrés (Sîra II, 58-60). Parmi les captives, se trouvait Safiyya, une très jolie femme (juive) que Mahomet réclama comme butin. Il partagea sa couche le soir même… après l’avoir convertie à l’islam et l’avoir épousée. Il faut respecter les règles.

Son épouse suivante est Maymuna, elle avait 36 ans et lui 60.
Enfin, il prit pour concubine Maria la Copte, une esclave chrétienne venant d’Egypte qu’il reçut en cadeau. Elle lui donna un fils, Ibrahim qui ne vécut que quelques mois. Mahomet n’a décidément pas de chance avec ses fils.

Conclusions

Mahomet eut donc une douzaine d’épouses et quelques concubines. Des jalousies et des disputes éclatèrent entre elles. Un vent de révolte souffla même. Mais Allah veillait au bon ordre de la maison du prophète.

S’il vous répudie il se peut que son Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, soumises à Dieu, croyantes, pieuses, adorantes, observant le jeûne, qu’elles aient été mariées ou qu’elles soient encore vierges.

Ce verset, d’après la tradition, suffit à les calmer.

Pour conclure, je laisse la parole à l’islamologue français Guillaume Dye, professeur à l’Université Libre de Bruxelles qui en 2016 déclara : « Il me semble à peu près impossible de retrouver la réalité historique derrière tous ces récits [sur la famille de Mahomet], et l’idée traditionnelle selon laquelle le Prophète aurait eu sept enfants (un chiffre qui n’est pas anodin dans la culture biblique) ne paraît pas être une information historique. » 

Le dialogue interreligieux

Le dialogue interreligieux est une initiative chrétienne. Il englobe toutes les religions dont le bouddhisme et l’hindouisme. Il a été initialisé en 1999 par le cardinal Ratzinger, qui deviendra pape sous le nom de Benoît XVI en 2005 et démissionnera, fait exceptionnel, en 2013. Si à l’origine l’objectif était ambitieux comme le laisse supposer la déclaration du chrétien, Samir Khalil Samir pour qui « le devoir apostolique oblige les chrétiens à aider les musulmans à décanter leur foi, pour découvrir ce qu’elle offre de pierres d’attente (sic ?) et finalement pour s’ouvrir à l’Évangile qu’ils croient connaître à travers le Coran, alors qu’ils l’ignorent. En suscitant le désir d’une spiritualité plus exigeante, on permet la rencontre avec le Christ des Évangiles et pas seulement celui du Coran ». Si on lit entre les lignes, le dialogue consiste donc à faire reconnaître aux musulmans que Jésus est le fils de Dieu, dieu lui-même ! La position de l’Église n’a pas changé depuis Pierre de Montboisier, dit le Vénérable, qui en 1156 publia « Contre la secte des Sarrasins » après avoir fait traduire la Coran en latin. Pourquoi, dit-il, « S’ils adhèrent à une partie des Écritures, n’ont-ils pas adhéré à tout ? De deux choses l’une, soit le texte est mauvais et il faut le rejeter, soit il est vrai et il convient de l’enseigner ».

Aujourd’hui l’objectif est plus prosaïque. Le cardinal Jean-Louis Tauran a écrit dans l’Observatore Romano fin 2017 : « Malgré les positions qui peuvent parfois sembler distantes, il faut promouvoir des espaces de dialogue sincère. Malgré tout, nous sommes vraiment convaincu qu’il est possible de vivre ensemble ». L’objectif est donc de vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel avec les fidèles des autres traditions.

Le pape François à Abu Dabi

Un rapprochement doctrinal est-il possible avec l’islam ? Chrétiens, juifs et musulmans ont le même dieu et un ancêtre commun : Abraham. Voici deux points fondamentaux qui devraient permettre le rapprochement. Mais Allah peut-il être identifié à YHWH ? Est-ce le même dieu ?

Le même dieu ?

Tout le laisse penser. Ne lit-on pas dans le Coran : « Nous avons envoyé sur les traces de Noé et d’Abraham d’autres messagers comme Jésus fils de Marie à qui nous avons donné l’évangile… » (Co. 57, 27). C’est donc Allah qui guidait les prophètes juifs et Jésus. Pourtant le dieu du Coran est à l’opposé du dieu de la Bible, comme le montre ce qui suit.

Dans la suite de l’exposé, j’emploierai le mot Dieu pour le dieu des juifs et des chrétiens et Allah (al ilal : littéralement la divinité, le dieu) pour le dieu des musulmans. Ce chapitre est inspiré de l’ouvrage de Christian Makarian : « Le choc Jésus-Mahomet » (CNRS 2008)

Dieu a une histoire, il est acteur, il accompagne les hommes. Allah est transcendant, il est dans une autre sphère : « A Allah appartient l’Est et l’Ouest. Où que vous vous tourniez, la face d’Allah est donc là, car Allah a la grâce immense. Il est omniscient. » (Co. 2,115) Je profite de ce verset pour faire une petite remarque sur la prière. Pourquoi faut-il se tourner vers La Mecque alors qu’Allah est partout ?

Dieu est paternel, il a une relation de père à fils avec l’homme. Il s’irrite, il punit et se réconcilie. C’est l’idée maîtresse de la Bible hébraïque. Allah n’a aucun sentiment, le Coran ne tombe pas dans l’anthropomorphisme bien qu’Allah veuille être adoré et craint. Il décide tout, il a tout prévu : « Allah, point de divinité à part lui, le Vivant, celui qui subsiste par lui-même. … A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et sur terre. Qui peut intercéder auprès de lui sans sa permission ? Il connaît leur passé et leur futur… » (Co. 2, 255)

La religion juive et chrétienne a évolué avec le temps et les circonstances : la destruction du temple de Jérusalem a donné naissance au judaïsme, la croyance en Jésus a donné naissance au christianisme. Le Coran, lui, clôt les révélations. Dieu a tout dit : « Nul malheur n’atteint la terre ni vos personnes qui ne soit enregistré dans un livre avant que nous l’ayant créé et cela est certes facile à Allah. » (Co. 57,22)

La foi chrétienne et juive est un processus individuel, un choix librement consenti. On s’engage personnellement dans la confiance. L’islam est une soumission collective, une prosternation aveugle : on naît musulman dans une communauté et on le reste. L’apostasie est punie de mort.

Les gens du livre

La Bible n’est pas l’équivalent du Coran pour les juifs et les chrétiens. D’ailleurs, l’expression « les gens du livre » souvent employée dans le Coran pour désigner les juifs et les chrétiens est impropre, il faudrait parler des « gens des livres » au pluriel. Chaque livre est le résultat d’une vision personnelle de son auteur. Les livres juifs et chrétiens sont des productions humaines, le Coran est l’oeuvre d’Allah pour les musulmans. De plus, le Coran est incréé, il existe de tout temps, l’exemplaire original se trouve à la droite de Dieu : « Nous avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez. Il est auprès de nous, dans l’écriture-mère (l’original au ciel), sublime et rempli de sagesse. » (Co. 43,3-4) Le Coran est irréfutable, c’est le verbe d’Allah. Il enseigne tout ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le salut des hommes. Il ne peut être lu qu’en arabe. Les Indonésiens, les Pakistanais et les Nigérians qui représentent la majorité des fidèles non arabes, apprennent le Coran, par cœur sans comprendre. Pas de problème, c’est le souffle de Dieu.

La Bible a été révélée à plusieurs prophètes, ce qui explique le nombre de livres et une certaine ambiguïté. Le Coran n’a été révélé qu’à une seule personne. Il est intact, mais sclérosé à « l’âge d’or » du califat de Bagdad. L’islam, c’est le culte de la prière.

Abraham et les personnages de la Bible

Le Coran a complètement altéré le message de l’Ancien Testament sous prétexte que les juifs avaient falsifié le message de Dieu. Par un trait de génie linguistique, tous les personnages de la Bible sont devenus musulmans, soumis à Dieu. Ainsi le verset 132 de la sourate 2, dans le saint Coran de Médine est rédigé ainsi : « Et c’est ce qu’Abraham recommanda à ses fils, de même que Jacob : Ô mes fils, certes Allah vous a choisi la religion, ne mourrez point, donc, autrement qu’en soumis ! » Et une note de base de page spécifie : soumis (muslim en arabe) = musulman (en français).

Les versets qui précédent ne laissent aucun doute, voici donc les versets 128 et 129 de la sourate 2.

Notre seigneur ! Fais de nous [Abraham et son fils Ismaël] tes soumis, et de notre descendance une communauté soumise à toi. Et montre-nous les rites et accepte de nous le repentir. Car c’est toi certes l’accueillant au repentir, le miséricordieux.

Notre seigneur ! Envoie l’un des leurs [les Arabes] comme messager parmi eux, pour leur réciter tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier. Car c’est toi certes le puissant, le sage.

Dans ce dernier verset, Abraham n’annonce rien de moins que la venue de Mahomet.

Conclusion

On ne négocie pas avec les principes fondamentaux. Le dialogue christianisme-islam basé sur la doctrine aurait donc été impossible.

Un analyse même superficielle permet de mettre en doute que Dieu et Allah soient le même concept. Déjà au deuxième siècle, Marcion, à qui j’ai déjà consacré un article, avait proclamé que le dieu de Jésus n’était pas le dieu d’Israël et qu’il fallait abandonner la Bible hébraïque.

La dhimma

En 1492, les rois d’Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, ont conquis le dernier bastion arabe, le royaume de Grenade. L’Espagne est totalement aux mains des souverains catholiques. Quelques semaines plus tard, le 2 août 1492, soit le 9 Ab du calendrier juif, jour de deuil commémorant la destruction du temple de Jérusalem en 70, ils expulsent les juifs. Ou du moins, ils leur donnent le choix : se convertir ou partir. Ceux qui partent ne peuvent emporter que des lettres de change et seront fouillés à la frontière. Environ un quart des quelques 300.000 juifs, d’après les estimations, que compte l’Espagne partiront. Les autres, nouveaux convertis au catholicisme, seront à la merci de l’Inquisition qui va espionner le moindre de leurs gestes déviants. L’Inquisition est aux ordres des souverains et toute condamnation entraîne la confiscation des biens qui reviennent à la couronne.

Vers quelle destination vont se diriger les expulsés ? Vers les pays voisins, le Portugal et la France ? Ceux qui auraient opté pour le Portugal subiront le même sort 5 ans plus tard. Non, la majorité partira vers des pays musulmans, le Maghreb ou l’Empire ottoman et les villes de Smyrne (actuellement Izmir) et d’Istanbul. Pourquoi ? Les musulmans sont-ils plus tolérants ? Mais que veut dire tolérant ? Aujourd’hui cette notion a une connotation positive, mais à l’époque, où chaque religion est convaincue de détenir la vérité, permettre le culte d’une autre religion, c’est accepter le droit à l’erreur. Donc non, les pays musulmans ne sont pas plus tolérants, mais ils supportent les religions juives et chrétiennes, comme s’ils pardonnaient à des coupables. Ces pays n’offrent pas la tolérance, mais un cadre juridique apportant la stabilité. C’est la dhimma. Les juifs et les chrétiens sont des dhimmis, ils sont protégés. En échange de discriminations fiscales et civiles ils peuvent exercer leur culte et organiser juridiquement leur communauté.

La dhimma

En quoi consiste la dhimma ?
Les nombreuses discriminations n’ont pas été appliquées avec la même vigueur, ni la même régularité partout en tout temps. Voici les principales.

  • Le dhimmi (le protégé) sera soumis à un impôt foncier (kharaj). Les conquérants arabes avaient pris possession de toutes les terres, les paysans dépossédés étaient devenus des métayers.
  • Il devra s’acquitté d’un impôt sur les personnes physiques (jizya) en vertu du verset 29 de la sourate 9 : « Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient le tribut après s’être humiliés. » Durant certaines périodes, le dhimmi devait payer individuellement au receveur en s’inclinant devant lui, en s’humiliant. En échange, il était dispensé du service militaire et de l’aumône, obligatoire pour les musulmans. L’impôt était fixé à un dinar d’or byzantin, soit 4,55 g, par an et par personne, quelque soit ses revenus autre part, à 2 dinars ou 4 dinars et même à 20% des revenus. L’impôt variait en fonction du percepteur. Cet impôt a été imposé bien avant l’instauration de la dhimma, lors de la prise d’une ville ou d’une région, comme prix de la paix.
  • Le dhimmi ne devra exercer aucune autorité sur un musulman. Donc, les dhimmis étaient exclus des fonctions publiques… théoriquement. On retrouvera des médecins juifs dans l’entourage du sultan comme des généraux chrétiens à la tête de ses armées.
  • Il ne pourra témoigner contre un musulman. Il ne peut pas frapper un musulman… même en état de légitime défense.
  • Il ne construira pas de nouvelles églises ou de nouvelles synagogues. Toute réparation aux anciens édifices sera soumise à l’approbation d’une autorité musulmane.
  • Il devra accueillir durant trois jours tout musulman de passage qui en fera la demande.
  • Il lui sera interdit de cacher des musulmans recherchés par les autorités.
  • Il n’enseignera pas le Coran à ses enfants.
  • Il ne fera pas de prosélytisme et n’empêchera pas un membre de sa famille de se convertir à l’islam.
  • Il se vêtira différemment des musulmans.
  • Il sera déférent envers les musulmans et leur cédera la place, que se soit en rue, où il s’effacera devant eux, ou dans une réunion, où il cédera son siège.
  • Il ne pourra chevaucher sur une selle. Il devra préférer une mule à un cheval.
  • Il ne portera pas d’arme.
  • Il ne vendra pas de porc.
  • Les dhimmi juifs couperont leurs mèches de cheveux.
  • Il ne montrera pas de croix ou de livre saint dans les rues empruntées par les musulmans. Les prières seront récitées à voix basse. Faire sonner les cloches des églises est interdit.
  • Il ne pourra pas construire d’édifice plus élevés que ceux des musulmans.
Qui a instauré la dhimma ?

La tradition veut que la dhimma ait été instituée par le deuxième calife, Umar. Cette tradition assigne un rôle particulier aux califes « bien guidés » qui ont succédé directement à Mahomet. Abu Bakr a converti toutes les tribus arabes à l’islam (il n’a régné que deux ans !). Umar est le législateur et Uthman le collecteur du Coran.

Il est peu vraisemblable que le deuxième calife ait imposé la dhimma. A son époque et pour plus de 50 ans encore, l’administration est restée aux mains des chrétiens dans l’ex-empire byzantin et aux mains des Perses à l’est de l’Euphrate. Les auteurs chrétiens, dont Jean Damascène (676-749), n’en parlent pas. Jean Bar Penkayê, un moine chrétien de la fin du VIIe siècle témoigne : « Un homme parmi eux, nommé Muawiya (le premier calife omeyyade), prit les rênes du gouvernement des deux empires : persan et romain. La justice prospéra sous son règne, et une grande paix s’établit dans les pays qui étaient sous son gouvernement, et permit à chacun de vivre comme il le souhaitait ».

Un texte chrétien se plaint qu’après le recensement organisé en 691 par le calife Abd al-Malik, l’impôt de capitation (sur les personnes) a été exigé alors que les Byzantins ne prélevaient que l’impôt foncier (sur la terre).

Ibn Qayyim al-Jawagiyya, un juriste de Damas (1291-1350) signale que la dhimma a été instaurée par Umar II qui a rédigé le « Pacte d’Umar » en 717, document qui ne nous est pas parvenu dans sa version originale. Mais à Damas, la basilique, qui est aujourd’hui la grande mosquée, servait de lieu de culte conjoint aux chrétiens et aux musulmans et l’omeyyade Abd Al-Rahman n’avait pas l’air de connaître la dhimma lorsqu’il créa l’émirat de Cordoue vers 750. En 822, c’est toujours un chrétien qui dirige l’armée de l’émirat. Ensuite, des juifs servirent non seulement comme chefs des armées, mais aussi comme médecin personnel du premier calife de Cordoue ou comme Premier Ministre (voir l’article sur la fin des califats).

A moins que l’instauration de la dhimma soit plus récente et date du calife Jafar al-Mutawakkil (821-861) dont j’ai déjà parlé dans mon article sur le mutazilisme, l’islam éclairé. C’est lui qui a mis fin à cette période d’ouverture u’est le mutazilisme pour restaurer l’orthodoxie sunnite. Après avoir persécuté les chiites, il s’en prend aux juifs et aux chrétiens les obligeant à porter des vêtements distinctifs, à raser les édifices trop élevés. Il les chasse des fonctions officielles. Il met donc en pratique ce qui ressemble très fort à la dhimma.

Certains auteurs y voient une influence des lois chrétiennes, ajoutées au droit romain qui prévoyaient la protection des juifs en contrepartie de certaines vexations. Si les juifs en tant que personnes physiques étaient protégés, si leurs synagogues étaient des endroits sacrés, si on ne pouvait pas faire déplacer un juif pour raison administrative ou judiciaire le jour du shabbat, par contre, ils ne pouvaient pas épouser une chrétienne, ils ne pouvaient pas avoir de domestiques chrétiens et ils ne pouvaient pas exercer de fonction impliquant la domination sur des chrétiens.

Ces lois n’ont pas été appliquées partout avec la même vigueur. Ainsi, en Espagne, l’Al-Andalus musulmane, les chrétiens et les juifs ont vécu relativement libres jusqu’à l’arrivée des Almoravides (1056-1147) et des Almohades (1130-1269) venant du Maghreb. Ces fous de Dieu ont alors persécuté les non musulmans qui se sont convertis ou se sont réfugiés dans les territoires reconquis par les rois chrétiens. Ainsi, le symbole de l’Espagne pluriculturelle, le philosophe et théologien juif Maïmonide (1138-1204) qui a sa statue à Cordoue, a dû fuir Al-Andalus. Sa famille obligée de se convertir s’est réfugiée à Fez avant de gagner l’Egypte. En sécurité, il est revenu au judaïsme, devint rabbin et médecin. Il est l’auteur d’une oeuvre philosophique et scientifique, en arabe, mondialement reconnue.

La Dhimma de nos jours

 Le dernier décret ottoman ordonnant des habits différents pour les dhimmis a été promulgué en 1837 par Mahmoud II, mais quelques années plus tard, la dhimma a été abolie (1856).

Lors de la première guerre entre Israël et les pays arabes, en 1948, les juifs furent victimes de pogroms en Egypte, en Libye, en Syrie, en Irak et au Yémen, ce qui amena des dizaines de milliers de juifs à se réfugier en Israël… renforçant par là même les forces armées israéliennes.
En Algérie, les juifs considérés comme Français depuis le décret Crémieux de 1870, ont quitté le pays avec les Français en 1961 et 1962.

"Jésus est supérieur à Mahomet"

C’est une bien étrange histoire.
Elle se passe en 1527, dans l’empire ottoman, sous le sultan Soliman (Suleiman). Un religieux musulman, Molla Kabiz, professe publiquement que Jésus est supérieur spirituellement à Mahomet, qu’il est plus vertueux. Il ne fait aucune propagande pour le christianisme qu’il réfute. Mais les oulémas sont outrés et portent plainte au palais. Molla Kabiz est convoqué pour s’expliquer par le grand vizir ibn Ibrahim Pacha. Il est entendu par le Divan, l’assemblée des vizirs (ministres), le 2 novembre 1527.

Il argumente pendant des heures, le Coran en main et citant des hadiths. Les hadiths sont les propos que Mahomet aurait tenus. L’ensemble des hadiths forme la sunna (d’ou dérive le mot « sunnite »), la tradition. On compte des centaines, des milliers de hadiths, certifiés ou non. Si on tient compte de tous les hadiths que ses compagnons auraient mémorisés, Mahomet aurait exprimé 10 à 20 maximes par jour durant les 10 années de sa prédication.

Mais revenons à la comparution de Molla Kabiz. Après sa défense, stupéfaction ! Les vizirs ne peuvent contrer ses allégations. Il est donc libre de quitter le palais de Topkapi. Mais le sultan qui a assisté, dissimulé derrière un moucharabieh (un grillage) ne l’entend pas de cette oreille. Il fait arrêter Molla Kabiz qui sera exécuté. Innocent mais coupable de déplaire au sultan !

Salle du Divan avec en haut le grillage d’où le sultan assistait aux réunions.

NB : Le Divan est une assemblée et une salle. C’est devenu un nom commun désignant les sièges sur lesquels les vizirs se tenaient.

Quels sont les arguments de Molla Kabiz ?

On ne les connaît pas, aucune archive n’a été conservée.
On peut néanmoins se faire une idée à l’aide des versets du Coran et des hadiths.

Mahomet

Mahomet n’est pas nommé dans le Coran. Dans les versions actuelles, son nom a été ajouté pour une meilleure compréhension. Le Coran parle du « prophète », sans lui donner de nom. Le verset 6 de la sourate 61 déclare que Jésus a annoncé la venue d’un messager après lui dont le nom est Ahmad.
La vie de Mahomet est racontée par la Sîra. Dans ce document, Mahomet est présenté tour à tour comme un prédicateur incompris et un bon mari à La Mecque ensuite comme un chef de bande puis comme un chef de guerre collectionneur de femmes à Médine. La Sîra a été écrite des dizaines d’années après la mort du prophète, mais il semble que Molla Kabiz n’ait pas utilisé ce document. Il avait donc peu d’arguments pour mettre en valeur le prophète qui, d’après le Coran, était traité de possédé, de poète ou de divin.

Dis-leur : « Je ne prétends pas disposer des trésors de Dieu ni connaître les mystères, je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’ a été révélé (Co. 6, 50).

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Mahomet ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.hadithdujour.com/hadiths-prophete.asp)

D’après Ibn Omar, j’ai trouvé une femme qui avait été tuée durant l’une des batailles du Prophète , alors le Prophète a interdit de tuer les femmes et les enfants.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°3015 et Mouslim dans son Sahih n°1744)

D’après Jabir Ibn Abdillah , le Prophète ne dormait pas avant d’avoir lu – Tanzil Sajda (souate 32) et – Tabarak (sourate 67).
(Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°3404)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a maudit les hommes efféminés et les femmes masculines et il a dit : Faites les sortir de vos maisons.
(Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°5886)

D’après ‘Abdallah Ibn ‘Abbas, le Prophète a interdit de tuer 4 animaux: la fourmi, l’abeille, la huppe et la pie-grièche.
(Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounan n°5267 )

Tous les hadiths mettent en scène un prophète qui organise la vie quotidienne de ses disciples.

Jésus

Dans tout le Coran, Jésus est appelé Isa (Iça) alors que le prénom Yasou existe en arabe. Josué est traduit pas Youcha.

Contrairement à Mahomet, le caractère de Jésus est bien défini par le Coran, bien qu’il ne soit cité que dans une cinquantaine de versets (sur 6236).
Si Mahomet meurt comme tout homme, Jésus n’a pas été crucifié : « Ils disent : nous avons mis à mort le messie Jésus fils de Marie, le prophète de Dieu. Mais ils ne l’ont point tué ni crucifié… Ils ne l’ont point tué c’est certain » (Co. 4, 157)

mais il a été rappelé par Dieu : « Dieu dit : Ô Jésus, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi. » (Co. 3, 55)

Jésus a été créé par Dieu : « Aux yeux de Dieu, Jésus est comme Adam : il le forma de terre et dit : Sois et il fut. » (Co. 3,59)

Et Jésus peut créer à partir de terre, comme Dieu : « Avec ma permission, tu as façonné de boue une forme d’oiseau ; avec ma permission, tu lui a donné vie de ton souffle » (Co. 5, 110). Jean-Luc Monneret dans son ouvrage les « Grands thèmes du Coran » note que les mots employés sont réservés à Dieu dans le Coran : Jésus crée (halaqa est réservé à la création divine), il crée par le souffle (nafaha) comme Dieu crée Adam et Jésus.

Jésus parle dès le berceau : « Dès le berceau tu parlais aux hommes comme à l’âge mur » (Co. 5, 100). Il fait des miracles alors que les Arabes demandent à Mahomet de faire de même et qu’il répond qu’il n’est qu’un homme : « Tu as guéri l’aveugle de naissance et le lépreux avec ma permission ; avec ma permission, tu as ressuscité les morts » (Co. 5, 110)

Que nous apprennent les hadiths au sujet de Jésus ? (Les hadiths suivants proviennent du site : www.al-islam.org/fr/40-ahadith-les-exhortations-du-prophete-issa-jesus/ahadith)

Jésus a dit : « L’amour de ce monde et celui de l’autre monde ne peuvent pas cohabiter dans le cœur d’un croyant, de la même façon que le feu ne peut pas cohabiter avec l’eau dans un même récipient. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 327)

[Imam] as-Sadiq raconte : « Jésus a dit à ses disciples : « Ne regardez pas les défauts des autres comme si on vous avait chargé de les espionner, mais occupez-vous de l’émancipation de vos propres êtres, car vous êtes des esclaves, affranchissez-vous. »
(Biharoul Anwar, volume 14, page 324)

Jésus a recommandé : « Vous n’atteindrez jamais ce que vous aimez sans que vous ne surmontiez avec patience ce que vous détestez. »
(Moustadrak al Wassail, volume 2, page 425)

Dans ces hadiths, Jésus tient des propos philosophiques, certes ils concernent la vie quotidienne, mais ils évoluent dans une sphère supérieure à celle des propos attribués à Mahomet. Remarquons que les personnes qui citent Jésus ne l’on jamais rencontré.

Les écrits de Khomeiny

Durant son long exil en Irak, Rouhollah Moussavi Khomeiny (1902-1989) a écrit trois livres : le Royaume du docte, les Clés du mystère et Explications des problèmes. Dans les deux premiers, il explique sa vision politique et philosophique du monde. Dans les Explications des problèmes, il parle des principes sociaux et religieux et apporte une réponse à tous les problèmes que le musulman chiite peut rencontrer dans la vie quotidienne.

La traduction d’extraits de ces trois ouvrages a été éditée en 1979 par l’écrivain et philosophe français de gauche Jean-Edern Hallier (1936-1997). Il fut un ami de François Mitterrand jusqu’à ce que ce dernier devienne président de la République française. A ce moment, il devint l’homme le plus surveillé de France, car il connaissait la double vie du président. Il fut mis sur écoute comme des centaines de Parisiens, à tel point qu’il refusait de payer sa facture de téléphone arguant que celui-ci était plus utile à Mitterrand qu’à lui-même.

Le gouvernement islamique (extrait)

« Le gouvernement islamique ne peut être ni totalitaire ni despotique, mais constitutionnel et démocratique. Dans cette démocratie, pourtant, les lois ne dépendent pas de la volonté du peuple, mais uniquement du Coran et de la Sunna du Prophète. La Constitution, le Code Civil et le Code Judiciaire ne peuvent s’inspirer que des lois islamiques contenues dans le Coran et transcrites par le Prophète, et elles seules doivent être appliquées scrupuleusement. Le gouvernement islamique est le gouvernement de droit divin, et ses lois ne peuvent être ni changées, ni modifiées, ni contestées.« 

« C’est là que réside la différence radicale entre un gouvernement islamique et les différents gouvernements monarchiques ou républicains où ce sont les élus, les représentants du peuple ou de l’État qui proposent et votent les lois, alors qu’en Islam la seule autorité compétente est le Tout-Puissant et sa volonté divine. Le pouvoir législatif est exclusivement détenu par le Saint Prophète de l’Islam et personne hormis Lui ne peut promouvoir une loi; toute loi qui n’émane pas de Lui est à rejeter. Dans un gouvernement islamique qui se respecte, le pouvoir législatif (Parlement), qui est une des trois composantes de tout système constitutionnel avec l’exécutif et la jurisprudence, est remplacé par un « Conseil religieux de planification » qui transmet à chaque ministère les lois islamiques le concernant, lui indique son programme conformément à la religion et établit à la base de l’ensemble de ces programmes la politique générale de tout le pays.« 

« Le gouvernement islamique est  soumis à la loi de l’Islam qui n’émane ni du peuple ni de ses représentants, mais directement de Dieu et de sa volonté divine.  La loi coranique, qui n’est autre que la loi divine, constitue l’entité de tout gouvernement islamique et règne immanquablement sur tous les individus qui en font partie. Le Prophète, les califes et les gens du peuple, doivent obéissance absolue à ces lois éternelles du Tout-Puissant transmises aux mortels à travers le Coran et le Prophète, et qui resteront immuables jusqu’à la fin des temps.« 

Principes sociaux et religieux (extraits)

L’intégralité du texte peut être consultée sur le site http://www.fnb.to/FNB/Article/Khomeyni/Khomeyni.htm.

Ce livre est divisé en chapitres tels que : façon d’uriner et de déféquer, façon de manger et de boire, de la pureté et impureté, du jeûne, de l’égorgement des animaux, de la femme et ses règles, du mariage, de l’adultère et des rapports sexuels.

Voici quelques extraits.
AVERTISSEMENT : ce qui suit pourrait choquer toutes les personnes.

« Il est préférable pour uriner ou déféquer de s’accroupir dans un endroit isolé; il est également préférable d’entrer dans ce lieu du pied gauche, et d’en sortir du pied droit; il est recommandé de se couvrir la tête durant l’évacuation, et de faire supporter le poids du corps par le pied gauche.« 

« Après avoir uriné il faut tout d’abord laver l’anus s’il a été souillé par l’urine; on doit ensuite presser par trois fois avec le majeur de la main gauche la partie comprise entre l’anus et le bout de la verge; puis il faut mettre le pouce sur la partie supérieure de la verge et l’index sur sa partie inférieure, et tirer par trois fois le capuchon jusqu’à l’anneau de circoncision; et ensuite presser par trois fois l’extrémité de la verge.« 

« Si on commet un acte de sodomie avec le bœuf, le mouton ou le chameau, leur urine et leurs excréments deviennent impurs, et leur lait même n’est plus consommable. Il faut alors tuer l’animal au plus vite et le brûler, et en faire payer le prix au propriétaire par celui qui l’a sodomisé.« 

« Onze choses sont impures : l’urine, l’excrément, le sperme, les ossements, le sang, le chien, le porc, l’homme et la femme non musulmans, le vin, la bière, la sueur du chameau mangeur d’ordures. »

« Le vin et toutes les autres boissons enivrantes sont impures, mais l’opium et le haschisch ne le sont pas.« 

« Lors du coït, si la verge pénètre dans le vagin de la femme ou l’anus de l’homme, complètement ou seulement jusqu’à l’anneau de circoncision, les deux personnes deviennent impures, même si elles sont impubères, et doivent alors faire leurs ablutions.« 

« Si l’homme s’aperçoit, en faisant sa prière, que son sexe n’est pas couvert, il doit le couvrir immédiatement, et si cela prend trop de temps, il doit terminer sa prière et la recommencer. Mais s’il s’aperçoit que son sexe n’est pas couvert seulement après l’accomplissement de sa prière, celle-ci reste valable.« 

Au sujet du ramadan qui démarre aujourd’hui.
« Le coït annule le jeûne, même si la verge ne pénètre dans le vagin que jusqu’à l’anneau de circoncision, et même s’il n’y a pas éjaculation.
Si la verge pénètre moins profondément dans le vagin et qu’il n’y a pas éjaculation, le jeûne reste valable.
Si l’homme ne peut pas déterminer avec certitude la longueur de sa verge qui a pénétré dans le vagin, et s’il a dépassé l’anneau de circoncision, son jeûne reste valable.
Si l’homme fait le coït en oubliant qu’il est en période de jeûne, ou si on le force à le faire, son jeûne reste valable. Mais s’il se souvient de son jeûne pendant le coït, ou s’il n’est plus forcé de continuer le coït, il doit l’interrompre immédiatement.
«