Jésus chez Flavius Josèphe

Que les choses soient bien claires : aucun auteur du monde gréco-romain n’a jamais parlé de Jésus comme personnage historique. Les quelques textes qui nous sont parvenus parlent d’un concept religieux : le Christ, le Messie. Quand on évoque un texte ancien, il faut toujours garder une certaine prudence. Ce ne sont jamais des versions originales, mais des copies de copies. De plus, ces copies sont l’oeuvre de moines chrétiens… donc sujets à caution : on fait dire aux textes ce que l’on veut, suivant l’évolution du dogme, comme on va avoir un exemple avec l’oeuvre de Flavius Josèphe (vers 30/40-100).

Dans les versets XVIII, 63-64 des « Antiquités juives » (écrit vers 93) de cet auteur, que j’ai présenté dans un autre article, nous trouvons ce que l’Église chrétienne appelle le « testinonium flavianum », (le témoignage de Flavius)  la preuve absolue de l’existence de Jésus. Au moment où il écrit cet ouvrage, Josèphe vit à Rome sous l’empereur Domitien, fils de l’empereur Vespasien et frère de Titus, ceux qui ont maté la révolte des Juifs en 70… dont il est proche. Voici ce qu’on y lit.

« Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme. Car il était faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attire à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C’était le Messie. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers concitoyens, Pilate l’eut condamné à la crucifixion, ceux qui l’avaient chéri ne cessèrent pas de le faire, car il leur apparut trois jours après, ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille merveilles à son sujet. Et le groupe appelé après lui chrétiens n’a pas encore disparu ».

Première remarque en lisant ce texte : Flavius Josèphe était chrétien ! Un juif qui reconnaît Jésus comme étant le Messie est chrétien. Ce qui pose problème, car à notre connaissance, Josèphe n’a jamais été chrétien. Ce détail n’a pas échappé à l’Eglise qui admet que texte a été modifié lors d’une copie. Les milieux traditionalistes proposent comme texte original ce qui apparaît en gras, sans la notion de Messie, ni la référence à la résurrection.

Flavius Josèphe et les messies

Dans ses ouvrages, Flavius Josèphe nous parle de plusieurs messies qui se sont manifestés au premier siècle de notre ère et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas beaucoup d’estime pour eux. Je rappelle qu’au début de la révolte, il était persuadé, comme beaucoup de Juifs, que la prophétie du Livre de Daniel allait se réaliser, un prince allait venir délivrer les juifs de l’emprise des étrangers. Mais après sa capture par le général romain Vespasien, il estima que ce prince dont parlait Daniel était Vespasien lui-même… stratégie très habile qui lui permit de vivre libre dans l’entourage de Vespasien lorsqu’il devint empereur.

Quand Flavius Josèphe parle d’autres messies il n’utilise jamais le mot « christ » (il rédige en grec).

  • De l’Égyptien (Antiquités Juives XX) il dit « un Égyptien qui se disait prophète ».
  • De Theudas (AJ XX) : « il prétendait être prophète ». Theudas est cité dans les Actes des Apôtres, comme l’Égyptien.
  • Un prophète samaritain (AJ XVIII) : « Un imposteur… ».
  • Il ne juge pas Jésus, fils d’Ananias, que les Romains considérait comme fou (Guerre des Juifs, livre VI). L’histoire de ce second Jésus est intéressante. Elle se passe 4 ans avant la révolte, vers 60. Jésus parcourt les rues de Jérusalem en prédisant que des malheurs vont s’abattre sur la ville. Il est arrêté par des juifs et conduit au procurateur (c’est bien son titre à l’époque) Albinus qui l’interroge, le fait fouetté jusqu’aux os, sans obtenir de réponse. Le jugeant fou, il le libère. Il sera tué lors du siège de Jérusalem. Certains points rappellent étrangement l’histoire du nazaréen. Le texte complet se trouve à la fin de cet article.

Ce ton contraste avec celui employé pour Jésus ( » Il était maître des hommes. C’était le Messie« ) et Jean le Baptiste (« C’était un homme d’une grande piété (AJ XVIII) »).
Voyons l’importance qu’il donne à ses faux prophètes :

  • Quand il parle de Jésus fils d’Ananias, il utilise 429 mots.
  • Le paragraphe sur l’Égyptien contient 221 mots (51%).
  • L’épopée de Theudas est racontée en 118 mots (27%).
  • Jésus ne mérite que 110 mots (25%).

110 mots, c’est bien peu pour le Messie, le sauveur de l’Humanité.

Jésus dans le contexte

Le passage sur Jésus tombe mal à-propos. Le chapitre, consacré à Ponce Pilate, comporte 4 paragraphes. Le premier décrit une révolte des Juifs suite à l’introduction d’images dans Jérusalem. Le sujet du deuxième paragraphe, celui qui précède l’évocation de Jésus, est le compte rendu d’une autre révolte, suite au vol du trésor du temple pour financer un aqueduc. Il se termine par « Ainsi fut réprimée la sédition ». Le  chapitre 4 débute par : «Vers le même temps un autre trouble grave agita les Juifs ». Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas dire que le passage sur Jésus intercalé au chapitre 3 soit « un trouble grave ». Si Flavius Josèphe a vraiment parlé de Jésus, le texte est perdu à jamais, supplanté par un texte aux forts relents chrétiens. Notons que le chapitre 3, sur Jésus, débute par les mêmes mots que le chapitre 4 : « Vers le même temps… ».

Le chapitre consacré à Ponce Pilate se trouve à la fin du présent article.

Flavius Josèphe et les chrétiens

Dans un autre ouvrage de Josèphe, « La Guerre des Juifs » (vers 75), il nous parle des « philosophies » juives, ce que nous appelons les sectes juives du Ier siècle. Il cite les esséniens, les pharisiens et les sadducéens auxquels s’ajoutent depuis l’an 6 les zélotes, le bras armé des pharisiens. Et ici, il ne parle pas des chrétiens. Il faut dire, quoiqu’en pensent les milieux traditionalistes, que les Romains n’ont pas fait de distinction entre les juifs et les chrétiens avant la fin de la première moitié du IIe siècle. Les disciples du Christ étaient des juifs pour les Romains… et pour Flavius Josèphe.

Des détails

Les chercheurs qui considèrent le texte comme authentique argue qu’il est conforme au style de Flavius Josèphe. Je n’adhère pas à cet argument. Deux détails font tache. Jésus était un nom commun dans la Judée antique. On le retrouve donc souvent dans les écrits de Flavius Josèphe. Chaque fois les personnages qui portent ce prénom sont nommés suivant la coutume juive : Jésus fils de… Une seule exception, le « testinonium flavianum ».

Pourquoi fait-il rejaillir la mort de Jésus sur « l’élite des juifs » alors qu’il est juif, descendant de souche sacerdotale et fier de l’être ? Tous les livres qu’il écrit sont à la gloire du peuple juif. Il écrit d’ailleurs un dernier livre « Contre Apion » (en 95), pour réfuter les attaques de ce grammairien contre les juifs, alors qu’il était mort depuis quelques dizaines d’années.

Les versions de l’ouvrage de Flavius Josèphe

Si l’évocation de Jésus dans « Antiquités juives », est une interpolation, comme je le crois, quand le texte a-t-il été incorporé ? Le plus ancien exemplaire de l’ouvrage date du Xe siècle. On le connait en version latine, grec et slavonne (ancien slave). Dans cette dernière édition, le texte se trouve dans la « Guerre des Juifs » !

Au moins trois auteurs chrétiens disposent de versions dans lesquelles le paragraphe est absent : Origène (IIIe siècle), Thédoret de Cyr (Ve siècle) et Photios (IXe siècle).
Dans son pamphlet contre Celse (qui critiquait les chrétiens), Origène regrette que Flavius Josèphe « ne reconnaisse pas Jésus comme étant le Christ« . Il écrit :

« C’est Josèphe qui, au XVIIIe livre de son Histoire des Juifs, témoigne que Jean était revêtu de l’autorité de baptiser, et qu’il promettait le rémission des péchés à ceux qui recevaient son baptême. Le même auteur bien qu’il ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ recherchant la cause de la prise de Jérusalem et de la destruction du temple, ne dit pas véritablement comme il eût dû faire, que ce fut l’attentat des Juifs contre la personne de Jésus qui attira sur eux ce malheur, pour punition d’avoir fait mourir le Christ qui leur avait été promis : mais il approche pourtant de la vérité, et lui rendant témoignage comme malgré soi, il attribue la ruine de ce peuple à la vengeance que Dieu voulut faire de la mort qu’ils avaient fait souffrir à Jacques le Juste, comme de grande vertu, frère de Jésus, nommé Christ. »

On entend souvent que le premier auteur chrétien à avoir parlé du « testinonium flavianum » était Eusèbe de Césarée (IVe siècle) dans ses ouvrages « Histoire ecclésiastique » et « Préparation évangélique« . Or s’il parle bien de Flavius Josèphe auquel il consacre 2 et 7 chapitres, il ne mentionne jamais le fameux passage sur Jésus. Donc, il n’apparaissait pas dans l’exemplaire qu’il possédait.

Un autre passage de Flavius Josèphe

Flavius Josèphe nous parle de nouveau de Jésus dans les Antiquités juives (XX, 198-203), le passage cité par Eusèbe (voir plus haut) :

« Comme Anan était tel et qu’il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus était mort et Albinus encore en route (Note : Festus et Alabinus sont des gouverneurs romains), il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d’avoir transgressé la loi, et il les fit lapider. Mais tous ceux des habitants de la ville qui étaient les plus modérés et les plus attachés à la loi en furent irrités et ils envoyèrent demander secrètement au roi (Note : dernier roi des Juifs, nommé par Claude) d’enjoindre à Anan de ne plus agir ainsi, car déjà auparavant il s’était conduit injustement. Certains d’entre eux allèrent même à la rencontre d’Albinus qui venait d’Alexandrie et lui apprirent qu’Anan n’avait pas le droit de convoquer le sanhédrin sans son autorisation. Albinus, persuadé par leurs paroles, écrivit avec colère à Anan en le menaçant de tirer vengeance de lui. Le roi Agrippa lui enleva pour ce motif le grand-pontificat qu’il avait exercé trois mois et en investit Jésus, fils de Damnaios.

Dans ce passage de 162 mots, l’auteur ne dit pas que Jésus est le messie, mais qu’on l’appelait ainsi. Si le passage est authentique, c’est le vrai « testinonium flavianum », la preuve qu’un personnage appelé Jésus, reconnu comme messie par ses disciples a existé. Mais ce texte serait alors un dilemme. Soit Jésus est un personnage insignifiant que Josèphe n’a pas cru bon de présenter : c’est le frère de Jacques, point. Soit il est tellement connu du monde romain qu’il ne faut plus le présenter. En principe, Jacques aurait dû être le fils de …, or ici, il est le frère de … On retrouve ce même lien de fratrie sur une urne qui a circulé dans le circuit parallèle des antiquités, on y lit : « Jacques fils de Joseph frère de Jésus ». La justice israélienne n’a pas décidé si c’était un faux, elle rechigne à se prononcer sur des faits religieux.

La reconnaissance de Jésus dans le monde romain au Ier siècle n’est pas corroborée par les faits. Je m’en expliquerais dans un prochain article : « Le Christ dans les écrits de Pline le Jeune« . Pline le jeune est un contemporain de Josèphe, ils ont dû se côtoyer étant tout deux proches des empereurs Titus et Domitien.

Y a-il eu interpolation chrétienne ? Au IIIe siècle, Origène connaît déjà ce passage.
Si ce texte est une interpolation chrétienne, un autre problème se pose. Selon le dogme, Jésus n’a pas de frères, sa mère est restée vierge à la conception, à l’accouchement et après… alors qu’on lit dans les évangiles « N’est-ce pas le fils du charpentier? n’est-ce pas Marie qui est sa mère? Jacques, Joseph, Simon et Jude, ne sont-ils pas ses frères (adelfos en grec) ?et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous? » (Matthieu 13:55,56). L’Eglise de Rome a voulu en faire des cousins qui en grec se dit anepsios. Lorsqu’on touche à la fratrie de Jésus, on s’aventure sur un terrain miné. J’en parlerai dans un autre article.

D’après les « Actes des apôtres », Jacques aurait succédé à Jésus à la tête de la communauté de Jérusalem.

Annexes : textes de Flavius Josèphe

Jésus fils d’Ananias dans la « Guerre des Juifs » (livre VI)

Mais voici de tous ces présages le plus terrible : un certain Jésus, fils d’Ananias, de condition humble et habitant la campagne, se rendit, quatre ans avant la guerre, quand la ville jouissait d’une paix et d’une prospérité très grandes, à la fête où il est d’usage que tous dressent des tentes en l’honneur de Dieu, et se mit soudain à crier dans le Temple : « Voix de l’Orient, voix de l’Occident, voix des quatre vents, voix contre Jérusalem et contre le Temple, voix contre les nouveaux époux et les nouvelles épouses, voix contre tout le peuple ! » Et il marchait, criant jour et nuit ces paroles, dans toutes les rues. Quelques citoyens notables, irrités de ces dires de mauvais augure, saisirent l’homme, le maltraitèrent et le rouèrent de coups. Mais lui, sans un mot de défense, sans une prière adressée à ceux qui le frappaient, continuait à jeter les mêmes cris qu’auparavant. Les magistrats, croyant avec raison, que l’agitation de cet homme avait quelque chose de surnaturel, le menèrent devant le gouverneur romain. Là, déchiré à coups de fouet jusqu’aux os, il ne supplia pas, il ne pleura pas mais il répondait à chaque coup, en donnant à sa voix l’inflexion la plus lamentable qu’il pouvait : « Malheur à Jérusalem ! » Le gouverneur Albinus lui demanda qui il était, d’où il venait, pourquoi il prononçait ces paroles ; l’homme ne fit absolument aucune réponse, mais il ne cessa pas de réitérer cette lamentation sur la ville, tant qu’enfin Albinus, le jugeant fou, le mit en liberté. Jusqu’au début de la guerre, il n’entretint de rapport avec aucun de ses concitoyens ; on ne le vit jamais parler à aucun d’eux, mais tous les jours, comme une prière apprise, il répétait sa plainte : « Malheur à Jérusalem ! » Il ne maudissait pas ceux qui le frappaient quotidiennement, il ne remerciait pas ceux qui lui donnaient quelque nourriture. Sa seule réponse à tous était ce présage funeste. C’était surtout lors des fêtes qu’il criait ainsi. Durant sept ans et cinq mois, il persévéra dans son dire, et sa voix n’éprouvait ni faiblesse ni fatigue ; enfin, pendant le siège, voyant se vérifier son présage, il se tut. Car tandis que, faisant le tour du rempart, il criait d’une voix aiguë : « Malheur encore à la ville, au peuple et au Temple », il ajouta à la fin : « Malheur à moi-même », et aussitôt une pierre lancée par un onagre le frappa à mort. Il rendit l’âme en répétant les mêmes mots.

Chapitre consacré à Ponce Pilate dans « Antiquités juives » (livre XVIII)

Ce livre rapporte des événements survenus alors que Ponce Pilate était préfet de Judée.
1-2. Soulèvement des Juifs contre Ponce Pilate ; sa répression
 3. Vie, mort et résurrection de Jésus-Christ.
 4. Scandale du temple d’Isis à Rome (on se demande ce que vient faire cette histoire).
 5. Expulsion des Juifs de la capitale.

On remarquera comment se termine le paragraphe 2 et comment débute le paragraphe 4.

[55]. 1. Pilate, qui commandait en Judée, amena son armée de Césarée et l’établit à Jérusalem pour prendre ses quartiers d’hiver. Il avait eu l’idée, pour abolir les lois des Juifs, d’introduire dans la ville les effigies de l’empereur qui se trouvaient sur les enseignes, alors que notre loi nous interdit de fabriquer des images ; [56] c’est pourquoi ses prédécesseurs avaient fait leur entrée dans la capitale avec des enseignes dépourvues de ces ornements. Mais, le premier, Pilate, à l’insu du peuple – car il était entré de nuit – introduisit ces images à Jérusalem et les y installa. Quand le peuple le sut, il alla en masse à Césarée et supplia Pilate pendant plusieurs jours de changer ces images de place. [57] Comme il refusait, disant que ce serait faire insulte à l’empereur, et comme on ne renonçait pas à le supplier, le sixième jour, après avoir armé secrètement ses soldats, il monta sur son tribunal, établi dans le stade pour dissimuler l’armée placée aux aguets. [58] Comme les Juifs le suppliaient à nouveau, il donna aux soldats le signal de les entourer, les menaçant d’une mort immédiate s’ils ne cessaient pas de le troubler et s’ils ne se retiraient pas dans leurs foyers. [59] Mais eux, se jetant la face contre terre et découvrant leur gorge, déclarèrent qu’ils mourraient avec joie plutôt que de contrevenir à leur sage loi. Pilate, admirant leur fermeté dans la défense de leurs lois, fit immédiatement rapporter les images de Jérusalem à Césarée.

[60] 2. Pilate amena de l’eau à Jérusalem aux frais du trésor sacré, en captant  la source des cours d’eau à deux cents stades de là. Les Juifs furent très mécontents des mesures prises au sujet de l’eau. Des milliers de gens se réunirent et lui crièrent de cesser de telles entreprises, certains allèrent même jusqu’à l’injurier violemment, comme c’est la coutume de la foule. [61] Mais lui, envoyant un grand nombre de soldats revêtus du costume juif et porteurs de massues dissimulées sous leurs robes au lieu de réunion de cette foule, lui ordonna personnellement de se retirer. [62] Comme les Juifs faisaient mine de l’injurier, il donna aux soldats le signal convenu à l’avance, et les soldats frappèrent encore bien plus violemment que Pilate le leur avait prescrit, châtiant à la fois les fauteurs de désordre et, les autres. Mais les Juifs ne manifestaient aucune faiblesse, au point que, surpris sans armes par des gens qui les attaquaient de propos délibéré, ils moururent en grand nombre sur place ou se retirèrent couverts de blessures. Ainsi fut réprimée la sédition.

[63] 3. Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. [64] C’était le Christ. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l’eut condamné à la crucifixion, ceux qui l’avaient d’abord chéri ne cessèrent pas de le faire, car il leur apparut trois jours après avoir ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet. Et le groupe appelé d’après lui celui des chrétiens n’a pas encore disparu.

[65] 4. « Vers le même temps un autre trouble grave agita les Juifs et il se passa à Rome, au sujet du temple d’Isis, des faits qui n’étaient pas dénués de scandale ».

 Suit alors un long récit mettant en scène une belle et chaste romaine : Paulina. L’histoire n’a rien à voir avec les Juifs, ni avec Ponce Pilate. Cette dame a été abusée par un amoureux éconduit qui s’était fait passer pour le dieu Anubis…. 
« [79] Quand Tibère eut de toute l’affaire une connaissance exacte par une enquête auprès des prêtres, il les fait crucifier… il fit raser le temple et ordonna de jeter dans le Tibre la statue d’Isis…» Je reviens maintenant à l’exposé de ce qui arriva vers ce temps-là aux Juifs vivant à Rome, ainsi que je l’ai déjà annoncé plus haut.

[81] 5. Il y avait un Juif qui avait fui son pays parce qu’il était accusé d’avoir transgressé certaines lois et craignait d’être châtié pour cette raison. Il était de tous points vicieux. Établi alors à Rome, il feignait d’expliquer la sagesse des lois de Moïse. [82] S’adjoignant trois individus absolument semblables à lui, il se mit à fréquenter Fulvia, une femme de la noblesse, qui s’était convertie aux lois du judaïsme, et ils lui persuadèrent d’envoyer au temple de Jérusalem de la pourpre et de l’or. Après les avoir reçus, ils les dépensèrent pour leurs besoins personnels, car c’était dans ce dessein qu’ils les avaient demandés dès le début. [83] Tibère, à qui les dénonça son ami Saturninus, mari de Fulvia, à l’instigation de sa femme, ordonna d’expulser de Rome toute la population juive. [84] Les consuls, ayant prélevé là-dessus quatre mille hommes, les envoyèrent servir dans l’île de Sardaigne ; ils en livrèrent au supplice un plus grand nombre qui refusait le service militaire par fidélité à la loi de leurs ancêtres. Et c’est ainsi qu’à cause de la perversité de quatre hommes les Juifs furent chassés de la ville.

L’Iran

Panorama historique avant le XXe siècle

550 avant notre ère : empire achéménide. Il sera défait vers -330 par Alexandre le grand.
247 avant note ère, les Parthes (les Arsacides) chassent les descendants des généraux grecs (les Séleucides).
224 : les Sassanides instaurent le deuxième empire perse. Il sera aboli par les conquêtes arabes en 637. Au califat succéderont les Mongols puis Tamerlan (Timour Lang) et ses successeurs, les Timourides.
1502 : les Séfévides établissent un troisième empire dans lequel le chiisme devient la religion d’Etat.
1794, le dernier empereur perse est renversé par ses alliés, les Qadjars. Le pays devient un Etat tampon entre la Russie et la Grande Bretagne qui annexe l’Afghanistan en 1857.
1925, les Qadjars sont dépossédés et l’homme fort des Britanniques, Reza Khan Pahlavi, un cosaque, ministre de la guerre puis premier ministre est nommé à la tête de la Perse.

Les derniers feux de l’empire perse

En 1941, à cause de ses sympathies pour l’Allemagne nazie, les alliés forcent Reza Pahlavi a céder son pouvoir à son fils Mohammad Reza Pahlavi âgé de 21 ans. Les alliés avaient besoin d’un couloir pour approvisionner l’URSS en arme. Mohammad Reza Pahlavi rebaptise son pays Iran et devient le shah d’Iran, le premier et le seul.

Il va diriger l’Iran en autocrate au service de l’Occident. Il veut moderniser son pays, tout en restant en paix avec les religieux : il joue la carte des religieux contre les communistes. Bien qu’il effectue des pèlerinages à La Mecque, il est la cible d’un mollah : Rouhollah Mousavi Khomeini, né en 1902. Il faut dire que le shah a fait interdire le tchador en public et avec l’aide de la CIA, il a crée une police secrète, la Savak (1957) qui arrête, torture et exécute.

Le shah durant son pèlerinage

Son gros défaut est de prendre toutes les décisions seul. Les échecs politiques lui sont toujours imputés.
En 1963, après un référendum, il lance la révolution blanche. Les femmes obtiennent le droit de vote, le système féodal est supprimé, des paysans obtiennent des terres appartenant souvent à des religieux, et les campagnes sont alphabétisées. Que de sages décisions, mais les moyens ne suivent pas. Les paysans, sans outils, sans semences, abandonnent leurs terres pour gagner les villes où ils vivent dans les quartiers pauvres, aux mains des religieux. Khomeiny, nommé grand ayatollah s’insurge et parle de réaction noire, l’islam a été bafoué. Le shah le fait arrêter et l’exile à Nadjaf, ville sainte de l’Irak, où il va vivre en reclus durant 14 ans.

Le shah continue à accumuler les maladresses. En 1967, il se fait couronner empereur et, lui le roturier sans reconnaissance légale, se donne tous les titres des empereurs achéménides, comme « roi des rois« . Mieux, il fait couronner sa troisième femme, Farah Diba, épousée en 1959, qui pourra lui succéder.

Le shah cherche des partenaires pour la construction de centrales nucléaires et de barrages pour irriguer les terres. En 1967, il est en Allemagne où des membres de la Savak repoussent à coups de bâton les opposants qui manifestent. La police tue un manifestant. Cet incident va avoir de grandes conséquences, il est à l’origine des attentats des groupements d’extrême gauche en Allemagne.

En 1971, à Persépolis, le shah organise les festivités des 2500 ans de l’empire perse… dont on a vu qu’il n’a eu aucune continuité. C’est à un spectacle hollywoodien que tous les chefs d’Etat sont conviés… mais pas le peuple. Le shah a perdu le contact avec sa base. Il se prend pour le Roi Soleil. Aujourd’hui, Farah Diba qui vit à Paris, parle de son mari en utilisant l’expression « sa majesté » : sa majesté a fait ceci, sa majesté a dit cela.
Il fait construire des centres commerciaux, provoquant la ruine des artisans des bazars. Les oubliés de la modernisation se tournent vers les religieux. La révolte gronde. Un article dans un journal insulte Khomeiny. La foule manifeste dans la ville sainte de Qos fief de l’ayatollah. L’armée tire. Un incident va mettre le feu aux poudres sans jeu de mot : le cinéma Rex s’enflamme, 422 morts. L’incendie est imputée, à tort, au shah et à la Savak. Des manifestations contre le shah éclatent. L’armée tire de nouveau, il y aura 64 morts, mais l’opposition parle de 15.000 victimes. Le grève générale est décrétée. L’approvisionnement en pétrole est perturbé. L’Occident s’inquiète.

La république islamique

Giscard d’Estaing, le président français, invite l’américain Jimmy Carter, le premier ministre britannique James Callaghan et le chancelier allemand Helmut Schmidt à la Gadeloupe en janvier 1979, pour, entre autres, discuter de la situation en Iran. Ils lâchent le shah. Ils jouent la carte de Khomeiny pour ramener le calme, la stabilité et la démocratie en Iran. Pendant 14 ans, il s’est tenu à l’écart, ses écrits sont inconnus en Occident, on ne le connaît pas.

Fin 1978, le shah obtient l’expulsion de l’ayatollah de l’Irak. Il part pour la France où il est accueilli en ami. François Mitterrand, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault lui rendent visite. Il ne fait pas de grands discours, répond vaguement lorsqu’on l’interroge sur la forme de gouvernement qu’il entrevoit pour l’Iran : une démocratie parlementaire, déclare-t-il.

En Iran, le shah, usé par le cancer qui le ronge, quitte l’Iran. Le pays vit un moment de liberté totale et de solidarité. Khomeini peut rentrer en Iran le 1er février 1979, après 4 mois passés à Paris. L’accueil est triomphal. L’armée, sans ordre de sa hiérarchie, n’intervient pas.

retour de Khomeiny (par Air France)

Les démocrates ne réalisent pas ce qui se passe. Ils restent sarcastiques, car l’ayatollah parle un drôle de dialecte, mélangeant le persan et l’arabe coranique. L’espoir reste de mise : « on arrivera bien à le mettre de côté ». Mais dans les manifestations, les partisans de Khomeini distribuent des tchadors. Et après la grande manifestation pour la journée mondiale de la femme (8 mars 1979), Khomeiny déclare : « les femmes ne peuvent pas se promener nues dans les rues« .

manifestation du 8 mars

C’en est fini de la liberté. La police religieuse, souvent composée d’adolescents, va faire régner la terreur, s’attaquant aux femmes non voilées. Les opposants d’enfuient, ils traversent la frontière avec l’aide de Kurdes ou de trafiquants de drogue.

Le 4 septembre 1979, 52 employés de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran sont pris en otage par des « étudiants » iraniens. Ils sont accusés d’espionnage, ce qui fut avéré par les documents et les instruments découverts dans l’ambassade. Mais n’est-ce pas l’objectif de toute ambassade ? L’Iran réclame la livraison du shah qui se fait soigner à New York. Le shah devient encombrant, il sera prié de quitter les Etats-Unis en décembre 1979, il mourra en Egypte 7 mois plus tard. Le président Carter fait bloquer les avoirs financiers iraniens se trouvant dans les banques américaines. Les USA cessent les importations de pétrole iranien et expulsent des ressortissants iraniens.
Les otages seront libérés le jour de l’investiture de Reagan qui succède au démocrate Carter, le 20 janvier 1981, après 444 jours de détention. On ignore quelles ont été les modalités des négociations.

L’Occident réalise son erreur. En 1981, l’Irak, soutenu financièrement par l’Arabie saoudite et le Koweït, attaque l’Iran. Les Occidentaux (les Etats-Unis, la France, etc.) profitent de ce financement pour fournir à leur grand ami Saddam Hussein des armes conventionnelles et des composants pour armes chimiques. La guerre va durer 8 ans et faire un million de morts. Pour Khomeini, c’est une aubaine, tout le peuple est derrière lui.

bataillon iranien de femmes
Situation actuelle

Aujourd’hui, l’Iran est une république islamique. Le parlement est élu au suffrage universel… des hommes. Hassan Rohani en est le président. Depuis la mort de Khomeini, en 1989, c’est Ali Khamenei qui est le guide suprême de la révolution. Son turban noir montre sa prétention à descendre du prophète Mahomet.

Isolé, l’Iran s’est replié sur lui-même. Craignant ses voisins possédant l’arme nucléaire (Israël et les Pakistan), il entreprend un vaste programme d’enrichissement de l’uranium. Il est mis au ban des nations, comme signataire de l’accord de non prolifération de l’armement nucléaire.

En 1995, les USA décrètent un embargo sur le pétrole et en 2004, l’Iran ne peut plus recevoir d’assistance scientifique.
Bien entendu, tout ce que décide les Etats-Unis vaut aussi pour l’Occident qui se comporte en valet, ce que n’a pas manqué de souligner Ali Khamenei.

En 2015, éclaircie : un accord est signé pour l’arrêt de la fabrication d’armes nucléaires, sous contrôle international. C’était sans compter sur Trump qui en 2017, sort de l’accord… et menace de sanctions ceux qui sont restés fidèles à l’accord de Vienne : France, Allemagne, Grande Bretagne (la Chine et la Russie se sentent peu concernés).

Tous les projets économiques de l’Iran tombent à l’eau : construction d’un pipeline se raccordant à la Turquie pour alimenter l’Europe, de même que le raccordement au réseau irakien.

L’Iran se tourne donc vers l’est. Il soutient la Russie dans la guerre en Syrie. Il sera signataire de l’accord de paix entre la Turquie, la Russie et l’Iran. Et ouvre son marché à la Chine en échange de brut.

Pendant ce temps Trump et ses conseillers attendent que le peuple se révolte et instaure la démocratie à l’occidental… dont il a déjà goûté sous le shah. Il espère réaliser la même opération qu’en Syrie où les Etats-Unis avaient fourni des armes aux opposants de Bachar al-Assad et profité du front al-Nosra (al Qaïda), un allié de circonstance. Mais en Iran, il n’y a pas d’opposition structurée. Des manifestants sont bien descendus dans la rue pour protester contre l’augmentation du prix de l’essence, mais les slogans sont bien vite devenus anti-américains après l’assassinat, le 3 janvier 2020 par un drone, du général iranien Qassem Soleimani et de l’Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du mouvement pro-iranien Hachd al-Chaabi. Le peuple fait maintenant bloc derrière le guide suprême.

manifestation anti-américaine en Iran

Les droits de l’homme

L’écart entre la civilisation occidentale et l’Islam se marque également dans les organes internationaux, comme le Haut-commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (à Genève), qui a pour but « de promouvoir, de contrôler et de renseigner sur le respect du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans le monde »

On pourrait croire que tous les pays ont adhéré à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Eh bien non !
Les pays  musulmans ont une position à part.
En 1990, ils adhéraient, au Caire, à la Déclaration Islamique Universelle des Droits de l’Homme. Elle est en cours de révision. Le Sommet de la Ligue des États arabes a adopté, en mai 2004, la Charte Arabe des Droits de l’Homme. Mais elle n’a pas encore été ratifiée par tous les pays.

Que trouve-t-on dans la Déclaration Islamique ?
Nous allons prendre quelques exemples.

Article 1.
Tous les êtres humains constituent une même famille dont les membres sont unis par leur soumission à Allah… Tous les hommes, sans distinction de race, de couleur, de langue, de religion, de sexe, d’appartenance politique, de situation sociale ou de toute autre considération, sont égaux en dignité, en devoir et en responsabilité.

Apparemment, il n’y a pas grand-chose à redire. Mais en regardant de plus près, on se rend compte qu’il manque un mot : « égaux en droit ». Dans la charia, la femme compte pour la moitié d’un homme que ce soit lors d’un héritage ou devant la Justice. Le verset 11 de la sourate 4 définit la répartition de l’héritage et spécifie bien que « Dieu vous recommande dans le partage des biens de donner au garçon la part de deux filles… ».

Mais ne nous érigeons pas en censeur. L’égalité entre les hommes et les femmes dans nos sociétés n’a été obtenue qu’après un long combat. En 1791, lors de la révolution française, Olympe de Gouges  a présenté sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne devant l’Assemblée constituante, avec quelques succès (droit au divorce, remplacement du mariage religieux par un contrat). Ce qui ne l’empêcha pas d’être guillotinée deux ans plus tard pour son franc parlé. Napoléon s’empressa d’abolir les avancées obtenues par les femmes lors de la Révolution. Il faudra attendre 1944 pour que la France instaure le droit de vote des femmes. L’ordonnance a été signée par de Gaulle alors à Alger.  Mais quelle était sa motivation ? Avait-il une vision universaliste ou craignait-il l’émergence d’une majorité communiste aux élections de 1945 ?

Article 5.
La famille est le fondement de l’édification de la société. Elle est basée sur le mariage. Les hommes et les femmes ont le droit de se marier. Aucune entrave relevant de la race, de la couleur ou de la nationalité ne doit les empêcher de jouir de ce droit.

De nouveau l’apparence est trompeuse. Il peut y avoir une entrave au mariage : la religion. La femme musulmane ne peut qu’épouser un homme musulman.

Les articles 7 et 9 ont trait à l’éducation.

Article 7, b.
Les parents et les tuteurs légaux ont le droit de choisir le type d’éducation qu’ils veulent donner à leurs enfants, tout en ayant l’obligation de se conformer aux valeurs morales et aux dispositions de la charia.

Article 9, b.
Cette éducation doit consolider sa foi en Dieu.

On peut choisir, mais il n’y a pas d’alternative !

Article 22.
Tout homme a le droit d’exprimer librement son opinion pourvu qu’elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia.

Les deux derniers articles résument tout.

Article 24.
Tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sont soumis aux dispositions de la charia.

Article 25.
La charia est l’unique référence pour l’explication et l’interprétation d’un quelconque des articles contenus dans la présente Déclaration.

Cette déclaration n’est pas sans intérêt. Elle prend en compte le droit à la liberté, le droit d’accueil, le devoir des États envers ses citoyens, le droit de vivre dans un environnement sain, le droit à la justice équitable, l’interdiction de prendre des otages, l’interdiction d’inciter à la haine pour quelque motif que ce soit (mais la religion n’est pas un de ces motifs).

Il existe également une Déclaration des ONG islamiques.
Elle parle du droit d’accueil, mais le concept d’asile n’existe nulle part dans les pays du Golfe, aucun de ces pays n’a ratifié la Convention internationale de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés. L’accueil se limite aux voyageurs, pas aux migrants.

Pour être objectif, on doit signaler que lors de la Conférence mondiale de l’ONU sur les droits de l’Homme à Vienne en juin 1993, plus de 50 pays se sont opposés à la vision occidentale des droits de l’Homme (parmi ces pays, outre les 57 pays musulmans, on retrouve la Chine, Cuba, Singapour, le Vietnam, et la Corée du Nord). La déclaration finale ne fait aucune mention de la liberté de parole, de la liberté de presse, de la liberté d’assemblée, et de la liberté de religion. Moins de 50 ans après la déclaration universelle des droits de l’Homme, celle-ci n’est plus qu’un bout de papier bien inutile.

Les réunions plénières du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme ne sont pas de tout repos, car outre les deux visions différentes des droits de l’Homme, les membres doivent composer avec « l’exception culturelle » accordée aux pays musulmans : on ne peut pas discuter de faits concernant la religion. Ainsi, les 1000 coups de fouet encourus par un blogueur saoudien ne relèvent pas des droits de l’Homme. Mais cette règle n’est une exception que pour les pays non musulmans. Pour les musulmans, c’est la normalité. N’ont-ils pas reçu de Dieu l’ultime vérité ? Israël occupe l’ancien territoire de Palestine en vertu du texte de la Bible qui a donné cette terre aux Hébreux, mais ils sont dans l’erreur, ce texte a été abrogé par les révélations faites à Mahomet.

La Tunisie vient d’éditer un timbre à forte connotation politique sur lequel on peut lire « Jérusalem capitale de la Palestine ».

Les musulmans feraient bien de relire le Coran, verset 137, sourate 7. Il parle de Moïse qui quitte l’Egypte avec les « enfants d’Israël ». Voici le verset dans la traduction du « Saint Coran » édité à Médine : « Et les gens qui étaient opprimés, nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton seigneur aux enfants d’Israël s’accomplit pour leur endurance. Et nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple ainsi que ce qu’ils construisaient. »

Il est stupéfiant qu’au XXIe siècle des superstitions d’un autre âge régentent notre vie et domine le monde.
Je vais conclure par un fait divers invraisemblable survenu aux Etats-Unis, rapporté par Richard Dawkins, le célèbre biologiste dans son livre « God delusion ». Les événements se passent en 2004 dans l’Ohio. James Nixon (rien à voir avec l’ancien président), un écolier de 12 ans a gagné au tribunal le droit de porter en classe un T-shirt sur lequel était inscrit « L’homosexualité est un péché, l’islam un mensonge, l’avortement un crime. Sur certaines question, pas de compromis ». L’école, qui lui avait demandé de ne plus porter ce T-shirt, s’est vu attaquer en justice par ses parents non sur base du 5ème amendement qui garantit la liberté d’expression, mais pour des raisons religieuses : « On ne peut pas nous empêcher de proclamer la Vérité que nous enseigne notre Eglise » . Ils ont été soutenus par l’Alliance Defence Fund (ADF) fondée en 1994 par plus de 30 ministères chrétiens, pour défendre les «valeurs familiales». L’ADF se concentre principalement sur l’élaboration de stratégies et la coordination avec des centaines d’avocats et de groupes de droite pour défendre ce qu’ils définissent comme des «questions juridiques chrétiennes». 

Mais où va le monde ?

Le déluge

Le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), constatant un réchauffement climatique anormal, prévoit une élévation du niveau des mers de 20 à 100 cm d’ici la fin du siècle. Va-t-on vers un nouveau déluge ?

Le déluge biblique

Dans la Bible, deux faits vont courroucer Dieu : « L’homme est méchant et son cœur ne forme que de mauvais desseins » d’une part et d’autre part : «Les fils de Dieu  trouvèrent que les femmes des hommes leur convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plut » (Ge. 6,2). La Genèse nous dit que les enfants nés de cette union devinrent les héros du temps jadis, des hommes fameux. Mais des écrits apocryphes en font des décadents qui perturbent la bonne marche du monde. Le livre d’Hénoch les nomme les « veilleurs« .

Quoi qu’il en soit, Dieu décide d’effacer son œuvre. Seuls Noé, sa femme, ses trois garçons et leurs épouses trouvent grâce à ses yeux. Nous sommes en 2349 avant notre ère, Noé a 600 ans.

Dieu lui donne des instructions pour construire une arche de trois étages pour y faire entrer un couple de tous les animaux. Quelques lignes plus loin, on parle de 7 couples pour les animaux purs. Cet ajout est d’une importance capitale pour la « crédibilité » du récit, car dès que le déluge est terminé, Noé offre un holocauste à Dieu en sacrifiant taureau, brebis, agneau et autre tourterelle. S’il n’y avait eu qu’un couple, nous n’aurions pas connu ces animaux.

Quand Noé eut terminé l’embarcation, le déluge (mabboul en hébreu) se déchaîna, il plut pendant 40 jours et 40 nuits. La terre fut submergée durant 150 jours. Lorsque les eaux se retirèrent, l’arche se trouvait sur le mont Ararat. Une nouvelle humanité pouvait commencer.

Dieu donne pour nourriture aux hommes « tout ce qui se meut et possède la vie ainsi que la verdure des plantes ».  Mais il ne pourra pas manger « la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang ». Cette simple phrase justifie encore de nos jours l’abattage rituel pratiqué tant par les juifs que par les musulmans. Mais elle pose un problème dogmatique : les animaux ont-ils donc une âme ? En relisant bien la Genèse on s’aperçoit que l’homme a été créé végétarien, la viande était réservée à Dieu. Avec Noé, il devient omnivore.

Le récit du Déluge comporte plusieurs illogismes : pourquoi Dieu garde-t-il Noé et sa famille et ne crée-t-il pas un homme nouveau, sans défaut, en se basant sur son expérience ? D’où vient le surplus d’eau qui inonde la terre ? L’eau ne se crée pas, elle a un cycle : évaporation, condensation, précipitation, écoulement.

L’épopée de Gilgamesh

Le rédacteur du récit biblique ne s’est pas posé de questions, car il s’est inspiré d’une tradition plus ancienne. Vers 1870, l’archéologue George Smith qui déchiffrait des tablettes babyloniennes trouvées à Ninive (en Irak) eut la surprise de sa vie en y trouvant un récit du déluge proche de l’histoire de Noé… au grand dam du Vatican attaché à l’antériorité de la Bible sur tout autre récit. Il venait de découvrir l’épopée de Gilgamesh. Aujourd’hui, nous savons que plusieurs versions de l’histoire circulaient en Mésopotamie, dont un texte sumérien remontant au IIe millénaire.

Le héro, Atrahasis a été choisi par les dieux pour perpétuer la race humaine dont la destruction a été décidée pour punir les hommes de ne pas avoir offert de sacrifice aux dieux, dans le texte babylonien, ou pour avoir été trop bruyants, dans le texte sumérien : « Les cris de l’humanité m’ont importuné, moi Enlil, je suis privé de sommeil par leur brouhaha« .

Le vrai déluge

Le GIEC prévoit donc une montée des eaux d’un mètre d’ici la fin du siècle. Or, dans les calanques de Marseille, on a découvert une grotte ornée de peintures rupestres vieilles de 30.000 ans, dont l’entrée est située à 37 mètres sous le niveau de la mer. On peut la visiter virtuellement : https://www.youtube.com/watch?v=voaizaRHzv8, car pour y accéder, il faudrait un brevet de plongeur de type moniteur.

Comment est-ce possible ? Il y a environ 20.000 ans, la terre était au plus fort d’une ère glacière. Le niveau des eaux était de 60 à 120 mètres sous le niveau actuel ! La calotte glacière recouvrait le nord de l’Europe jusqu’aux Pays-Bas. Les mers Noire, du Nord et Baltique n’existaient pas. Le Détroit de Béring était une terre, la Béringie. L’Europe était couverte d’une steppe à perdre de vue parcourue par des troupeaux d’aurochs, de cerfs, de chevaux et de mammouths. Le cycle de l’eau s’était arrêté. Les précipitations étaient faibles, les arbres rabougris.

Lorsque la terre s’est réchauffée, la fonte des glaciers et des calottes, a permis aux précipitions de reprendre. La neige est tombée, elle a recouvert toute la steppe, privant les animaux de leur nourriture. Puis les pluies se sont abattues, faisant reverdir les arbres et favorisant l’émergence des forêts. Le niveau des mers se mit à grimper. Cette transformation a pris 10.000 ans, au moins. Vers -6000, la Scandinavie était encore couverte de glace et de neige. Notons que la fonte des icebergs n’influence pas la hauteur du niveau de la mer, ce ne sont que des « glaçons » dans l’eau.

Si les mers du Nord et Baltique se sont formées lors de la fonte des glaces, comment s’est formée la mer Noire dont la superficie n’était pas recouverte de calotte glacière. Le spectacle a dû être grandiose : les eaux s’engouffrant dans la cuvette en des dizaines de chutes semblables à celles du Niagara !

Des hommes ont assisté à ces bouleversements qui ont séparé des communautés et provoqué des guerres, repoussant les habitants des côtes vers l’intérieur des terres. Les Aborigènes d’Australie s’en souviennent encore : leurs traditions mentionnent le dieu grenouille qui après avoir ingurgité de grandes quantités d’eau les a vomi provoquant des cataclysmes et des guerres.

Situation de la terre il y a 20.000 ans. Les zones blanches sont les calottes glacières, les grises les terres émergées.
Et aujourd’hui ?

Quelle a été la cause du réchauffement climatique voici près de 20.000 ? La terre est soumise à des cycles de périodes glaciaires suivies de réchauffements. La cause est naturelle, c’est l’orientation de l’axe de la terre et la variation de l’orbite terrestre qui déterminent le climat. Cet axe se modifie régulièrement.

Alors le réchauffement actuel est naturel, il n’est pas dû à l’activité humaine ? NON, le réchauffement actuel n’est pas naturel. Nous sommes dans une phase du cycle stable qui devrait nous conduire dans 50.000 ans vers une nouvelle période glacière. Or, cette phase est bouleversée.

La situation est beaucoup plus grave que ce que prévoit le GIEC, qui n’étudie que les variations climatiques. Toutes les ressources de la terre s’épuisent. Les métaux rares, nécessaires pour la fabrication des composants électroniques s’amenuisent : l’or, l’argent, le palladium, le lithium, le tantale, le cobalt, etc. 13 millions d’hectares de forêts disparaissent par an, soit 4 fois la superficie de la Belgique. 90 % des espèces de poissons sont exploitées au maximum ou surexploitées. On n’assiste pas à une crise écologique, mais à une catastrophe écologique. Est-il trop tard pour éviter le chaos ?

Extrait du livre « L’événement anthropocène » de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz

Le génocide arménien

Las Arméniens sont des indo-européens comme les Kurdes et les Perses. L’appartenance au groupe indo-européens n’a aucun rapport avec une race quelconque, c’est un marqueur ethno-culturel. L’arabe et l’hébreu font partie du groupe sémite et le turc du groupe turco-mongol.

Les Arméniens ont occupé le sud du Caucase. On considère qu’ils auraient fusionné avec les Hourrites qui occupaient le terrain depuis des millénaires, comme les Kurdes seraient les héritiers des Mèdes. Cette situation entre la mer Noire et la mer Caspienne leur a donné des voisins puissants au cours des siècles : l’Empire romain, l’Empire perse, puis l’Empire ottoman et la Russie.

Le Caucase
Antiquité

On trouve la trace des Arméniens dans les archives de Ninive au VIIe siècle avant notre ère. Mais c’est sous Xerxès Ier, roi des Perses, qu’ils entrent dans l’histoire en combattant comme vassaux des Perses à Marathon contre les Grecs (-490).

L’Arménie est conquise par Alexandre le Grand (vers -330) et est incluse dans son empire, dont elle s’affranchira en 189 avant notre ère pour s’étendre du Caucase à la Méditerranée, créant un glacis entre les Romains et leurs ennemis, les Parthes (-247 à 224). Elle tombera sous la coupe des Romains en -65. Elle va passer par des périodes d’indépendance et de domination romaine et parthe puis perse. En 301, alors qu’elle est de nouveau romaine, elle est la première nation à devenir officiellement chrétienne. Malgré les aléas du temps, les Arméniens sont restés chrétiens jusqu’à nos jours.

Moyen-Age

L’Arménie passe sous contrôle arabe lors des conquêtes du VIIe siècle. Mais les Arméniens continuent à lutter pour leur indépendance. Les Turcs seldjoukides mettront fin à leurs velléités d’indépendance en 1064, en ruinant le pays. Les habitants partent en exode vers les Balkans, Chypre et la Cilicie, dans le sud de l’Anatolie sur la Méditerranée, à 600 km de leur base historique. Là, profitant de l’arrivée des armées chrétiennes, ils créent le royaume arménien de Cilicie, voisin du comté d’Edesse. Ce royaume se maintiendra jusqu’en 1375, soit bien après la défaite des barons chrétiens (1291). Il passera sous le contrôle des Mamelouks d’Egypte avant que la région ne soit intégrée dans l’Empire ottoman (1517)

Cette carte est extraite de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (Les Arènes) que je recommande chaleureusement.
Dans l’Empire ottoman

Les Arméniens se sont très bien intégrés dans l’Empire ottoman, profitant de sa puissance économique pour établir des comptoirs commerciaux à Marseille, Amsterdam, dans les ports italiens, à Calcutta, etc.

Si le centre historique reste tourné vers la terre, la diaspora, surtout à Constantinople se caractérise par son avant-gardisme culturel, intellectuel et économique. Dès le XVIe siècle, ils développent l’imprimerie que les musulmans dédaignent. Les Arméniens deviendront hauts-fonctionnaires, diplomates, professeurs, médecins, juristes et même ministres.

Au XIXe siècle, l’empire s’effondre. Dès 1830, les nationalismes régionaux, surtout dans les Balkans, encouragés par la Russie, arrachent des lambeaux de territoire à l’empire : la Serbie, la Grèce, le Monténégro, la Bosnie, la Bulgarie, Chypre, la Crète et l’Albanie échappent au contrôle du sultan ottoman. En Afrique, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte s’émancipent… pour tomber immédiatement sous la coupe les nations européennes : la France, l’Italie et l’Angleterre.

En réaction, le sultan décide des réformes. En 1876, un parlement est élu au suffrage universel, il compte 15 Arméniens, dont le ministre des affaires commerciales.

La même année, le traité de Berlin qui met fin à la guerre entre l’empire ottoman et la Russie, qui s’est imposée comme la protectrice des chrétiens, exige la protection des Arméniens contre les attaques des Kurdes. Les Kurdes forment un corps d’élite de cavalerie dévoué au sultan. Comme rien n’est mis en oeuvre, des rébellions éclatent, des groupes armés arméniens aux méthodes parfois terroristes s’opposent aux Turcs. Des massacres sont perpétrés contre les populations arméniennes entre 1894 et 1896.

1915 : le génocide

Lorsque la guerre mondiale éclate en 1914, le gouvernement turc, aux mains du parti des « jeunes turcs » qui a écarté le sultan, choisit le camp de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, se méfiant de la Russie qui a des visées sur les territoires ottomans. La Turquie est alors dirigée par trois officiers Talaat PachaEnver Pacha et Djemal Pacha. Ils fuiront en Allemagne à la fin de la guerre.

En février 1915 les Russes avancent dans le Caucase avec quatre bataillons de volontaires arméniens. A cette époque, les Arméniens sont répartis sur le territoire de l’empire ottoman de la Russie et de la Perse. Ce sera le prétexte du génocide arménien : les soldats arméniens de l’armée turque sont désarmés, les intellectuels fusillés en avril et une grande partie de la population déportée vers le désert de Syrie. Tout d’abord ceux qui habitaient près des zones de combat, puis tous les Arméniens de l’est de l’Anatolie. Ils seront victimes des pires sévices durant leur long périple : la soif, la faim, les viols, la vente comme esclave, les massacres. La junte militaire alors au pouvoir confiera au plénipotentiaire allemand en place à Constantinople que « c’était le bon moment pour en finir avec les Arméniens ». Des massacres d’Arméniens avaient déjà été perpétrés entre 1894 et 1896 (au moins 80.000 morts) puis en 1909 (15.000 morts ?). Mais jamais, ils n’avaient atteint le chiffre de 600.000 à près d’un million et demi de morts selon les sources

Aujourd’hui

Le traité de Sèvres, qui entérinait la fin de la guerre, prévoyait entre autre, la création d’une Arménie et d’un Kurdistan indépendants. Mais la reprise des combats par Mustapha Kémal mit à mal ces résolutions (voir mon article : le jour où la Turquie gagna la guerre).

Aujourd’hui, l’Arménie est un Etat indépendant, issu du démembrement de l’Union soviétique avec comme capitale Erevan. Sa superficie ne correspond qu’à un dixième de l’Arménie historique. A l’est de l’actuelle Arménie, la région du Haut Karabagh, peuplée d’Arméniens, incluse dans l’Azerbaïdjan, réclame son rattachement à l’Arménie.

Après la guerre, une importante colonie arménienne a fui vers la Russie, la France (Charles Aznavour, la famille Pétrossian (caviar), Michel Legrand, par sa mère), les Etats-Unis et vers le Liban et la Syrie qui étaient devenus protectorats français en 1918.

La reconnaissance du génocide

La notion de génocide n’est apparue qu’en 1945, lors du procès des dignitaires nazis à Nuremberg. Actuellement, seule une trentaine de pays ont reconnu le génocide arménien. Le premier fut l’Uruguay en 1965, le second, Chypre ne prendra la décision qu’en 1982 ! Le dernier pays à reconnaître le génocide est (actuellement) les Etats-Unis, le 12 décembre 2019.

Le 24 avril a été déclaré « journée pour la reconnaissance des martyrs arméniens« .

La Turquie refuse catégoriquement que le mot « génocide » soit appliqué à cette tuerie de masse qu’elle considère comme inhérente à la guerre. Elle joue sur la définition de génocide : « l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». La Turquie nie l’intention de détruire, évoquant une « simple » déportation pour raison de sécurité militaire. Les pertes auraient été dues à la faim et aux épidémies qui ravageaient le pays en guerre. Les massacres auraient été des « dégâts collatéraux »… 600.000 à près d’un million et demi de morts ! Cette position ne concorde pas avec le télégramme du ministre de l’intérieur Talaat Pacha : « Il a été précédemment communiqué que le gouvernement a décidé d’exterminer entièrement les Arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s’opposeront à cet ordre ne pourront plus faire partie de l’administration. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, si tragiques que puissent être les moyens d’extermination, sans écouter les sentiments de la conscience, il faut mettre fin à leur existence ».

La fête des rois ? Quels rois ?

Épiphanie

Le 6 janvier, c’est l’Épiphanie pour les chrétiens. Ce mot, qui vient du grec, signifie « manifestation » ou « apparition« . De quelle manifestation s’agit-il ? L’objet de la célébration dépend du rite de l’Église.

Les orthodoxes célèbrent le baptême de Jésus? Non pas son baptême juif, qui a eu lieu huit jours après sa naissance (selon l’Évangile de Luc), mais son baptême par Jean le Baptiste sur le fleuve Jourdain alors qu’il avait une trentaine d’années.

L’Église arménienne célèbre la naissance de Jésus.

Tandis que les catholiques célèbrent la venue des « rois-mages ».

La naissance de Jésus dans les évangiles

Seul Évangile de Matthieu parle des « mages » :

« Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : où est le roi des juifs qui vient de naître ?« 

Matthieu et Luc ne sont pas d’accord sur les circonstances de la naissance de Jésus. Or ce sont nos seules sources, les autres évangiles restent muets à ce sujet, et les autres livres canoniques n’en parlent pas. Voici un résumé des faits.

Dans l’ Évangile de Matthieu
  • Hérode est le roi de Judée.
  • Les parents de Jésus habitent Bethléem.
  • C’est donc dans leur maison que naît Jésus.
  • Des mages venus d’Orient parlent de sa naissance à Hérode.
  • Puis, en mission d’espionnage pour le roi, ils viennent rendre hommage à l’enfant, lui offrant de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
  • Avertis en songe des noirs desseins d’Hérode, ils ne repassent pas par Jérusalem renseigner Hérode sur le lieu de naissance de Jésus lors de leur retour au pays.
  • Joseph avertit de même fuit avec sa famille en Égypte.
  • Hérode dupé fait assassiner tous les enfants de Bethléem de moins de deux ans. Le massacre n’est pas corroboré par l’Histoire. Alors que la tradition parlait de milliers d’enfants tués, aujourd’hui, la Catholic Encyclopedia parle d’une vingtaine d’enfants et conclut que ce petit nombre explique que l’événement n’ait pas été commenté.
  • Après la mort d’Hérode, Joseph, Marie et Jésus viennent s’installer à Nazareth, en Galilée. Étrange le choix de cet endroit ! A la même époque, la région de Sépphoris, dont Nazareth était un village, est le centre de la révolte d’un certain Judas, descendant des Hasmonéens. La révolte sera matée, dans la sang, par les légions romaines de Varus, venant de Syrie. Deux mille rebelles seront crucifiés.
Dans l’ Évangile de Luc
  • Hérode est le roi de Judée. C’est la seule correspondance entre les deux récits !
  • Joseph et Marie habitent à Nazareth en Galilée.
  • Joseph emmène sa femme enceinte à Bethléem pour participer au recensement organisé par les Romains. Il serait un descendant du roi David (qui aurait vécu 1000 ans auparavant), originaire de cette localité. Le recensement de Quirinus a eu lieu en l’an 6 ou 7, soit onze ans après la mort d’Hérode.
  • Les auberges étant complètes, Jésus naît dans une étable. On l’installe dans la crèche, c’est-à-dire la mangeoire.
  • Les bergers des environs, avertis que le sauveur venait de naître, viennent lui rendre hommage.
  • Huit jours après la naissance, Jésus est présenté au temple de Jérusalem car « tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur ». Ses parents sacrifient « un couple de tourterelles ou de pigeons… suivant la loi« .
La naissance du mythe

Donc, l’Évangile de Matthieu parle de mages. Il ne cite ni leur nombre, ni leur nom.

Quelques dizaines d’années plus tard (au VIe siècle ?), dans un apocryphe intitulé « L’Évangile du Pseudo-Matthieu » on lit :

« Alors ils ouvrirent leurs trésors et donnèrent de riches présents à Marie et à Joseph, mais à l’enfant lui-même, ils offrirent chacun une pièce d’or. Et l’un offrit de l’or, le deuxième de l’encens et le troisième de la myrrhe »

On sait maintenant qu’ils sont trois.
Ensuite, dans un autre apocryphe, « La vie de Jésus en arabe » (VIe siècle ?), on apprend qu’ils sont fils de rois :

« Lorsque Jésus naquit à Bethléem de Juda au temps du roi Hérode, les mages vinrent de l’Orient à Jérusalem- ainsi que l’avait prophétisé Zarathoustra-, portant des offrandes d’or, de myrrhe et d’encens. Certains prétendent qu’ils étaient trois, comme les offrandes, d’autres qu’ils étaient douze, fils de leurs rois, et d’autres enfin qu’ils étaient dix fils de rois accompagnés d’environ mille deux cents serviteurs »

Avec le temps, vers le VIIe siècle, dans l’ouvrage « Excerpta Latina Barbari« , ils seront rois eux-mêmes, ils sont devenus les rois-mages et on connaît leur nom : Melchior, Balthazar et Gaspard. Ils avaient été nommés Balthazar, Melkon et Gathaspar dans l’Évangile arménien de l’Enfance datant du VIe siècle.

On attribue à la mère de l’empereur Constantin (272-337), Hélène (252-330 ?), la découverte des squelettes des trois « Rois Mages », reliés par une chaînette en or. Ce qui ne fait aucun doute sur leur origine, se dit-elle ! Rapportés dans une châsse à Constantinople, ils ont été transférés à Milan et lors du sac de la ville (1162) par l’empereur germanique, Frédéric Barberousse (1122-1190), la châsse a été amenée à Cologne où on peut toujours la voir dans la cathédrale. Étrange que les « rois-mages » aient été inhumés à Jérusalem car la tradition rapporte qu’ils sont rentrés chez eux en évitant Jérusalem.

Reliquaire contenant les corps des trois rois-mages.

Les offrandes qui ont été faites à Jésus (l’or, l’encens et la myrrhe) sont conservées dans le monastère Saint-Paul du Mont Athos… ou à Moscou !

En Grèce ou en Russie ?
Et aujourd’hui ?

En 2005, le pape Benoît XVI, en visite à Cologne, a déclaré dans son homélie :

« La ville de Cologne ne serait pas ce qu’elle est sans les Rois Mages, qui ont tant de poids dans son histoire, dans sa culture et dans sa foi. Ici, l’Église célèbre toute l’année, en un sens, la fête de l’Épiphanie. C’est pourquoi, avant de m’adresser à vous, chers habitants de Cologne, j’ai voulu me recueillir quelques instants en prière devant le reliquaire des trois Rois Mages, rendant grâce à Dieu pour leur témoignage de foi, d’espérance et d’amour ».

Benoît XVI a employé deux fois le mot « foi ». Avoir la foi, c’est croire sans se poser de question, c’est avoir confiance absolue dans la tradition.

70 : Jérusalem incendiée par les légions romaines

Contexte historique

En 63 avant notre ère, le général romain Pompée, conquiert la Syrie en battant le dernier roi grec, Mithridate VI, d’origine perse. Pour la petite histoire, notons que son frère s’appelait Mitridate Chrestos. Personne ne lui a voué un culte, car « chestos » signifie « bon ou bienfaisant ».

La Judée, dirigée par la dynastie hasmonéenne qui a acquis une quasi indépendance vers 167 avant notre ère, s’est agrandie petit à petit en profitant de la faiblesse des Grecs, descendants des généraux d’Alexandre le Grand.

A l’arrivée des Romains en Syrie, deux frères se disputent le trône de Judée : Hyrcan II et Aristobule II. Pompée intervient, prend Jérusalem et fait de la Judée un protectorat romain sous le contrôle du gouverneur romain de Syrie. Après sa victoire, Pompée visite le temple de Jérusalem, ce qui sera considéré comme une grave profanation.

Suite à la guerre qu’il a menée en Judée, Pompée ramène à Rome des prisonniers qui lorsqu’ils passeront du statut d’esclaves à celui d’affranchis constitueront les premières communautés juives de Rome. A cette époque, Babylone et Alexandrie (Egypte) comptaient déjà d’importantes communautés juives.

Avec l’accès au trône d’Antigone, le neveu d’Hyrcan II, la situation devient confuse. Les Parthes, ennemis des Romains, qui occupaient un vaste territoire à l’est de l’Euphrate, envahissent Israël.

L’empire romain et l’empire parthe sous l’empereur Auguste. La carte est extraite de l’Atlas historique mondial de Christian Grateloup que je recommande chaudement.

En 37 avant notre ère, les Romains placent Hérode sur le trône de Judée. Il sera appelé le Grand à la suite des travaux qu’il va entreprendre dans le pays : construction de villes (Césarée maritime, etc.), de forteresses (Machéronte, Massade, etc.), d’un théâtre et d’un amphithéâtre à Jérusalem et surtout il va agrandir et embellir le temple de la ville qui deviendra un des temples les plus imposants de l’Empire romain. Les travaux débuteront en 19 avant notre ère et se termineront 82 ans plus tard, en 63 de notre ère. Le gros oeuvre n’avait demandé que 7 ans et le temple semble n’avoir jamais été fermé.

Reconstitution du temple de Jérusalem

A la mort d’Hérode, en l’an 4 avant notre ère, son territoire est partagé, selon ses souhaits, entre trois de ses fils :

  • Archélaos obtient la Judée avec Jérusalem avec le désert du Néguev.
  • Hérode dit Antipas, obtient la Samarie et la Galilée au nord de la Judée.
  • Philippe obtient les territoires à l’est du Jourdain, jusqu’à la frontière nord du royaume des Nabatéens (Pétra).

En l’an 6 ou 7 de notre ère, Archélaos est destitué par les Romains qui prennent le contrôle direct de la Judée. Elle devient une province impériale, dirigée par un préfet qui s’installera à Césarée maritime, avec une petite armée d’un millier d’hommes. C’est à cette occasion que le gouverneur de Syrie envoie son légat, Quirinus, effectuer un recensement. Ce recensement a pour objectif de déterminer l’impôt des personnes. Comme je l’ai dit par ailleurs, ce recensement ne concerne que la Judée (pas la Galilée) et a été fait 11 ans après la mort d’Hérode. La naissance de Jésus racontée dans l’Évangile de Luc est une fable. C’est le gouverneur de Syrie qui contrôle le recensement, car un préfet n’a pas de prérogatives financières sur le territoire qu’il dirige.

Sous l’empereur Claude (41-54), la Judée devient une province sénatoriale, gouvernée par un procurateur. Remarquons que Ponce Pilate n’était pas procurateur, mais préfet.

Les temps messianiques

Un des derniers livres de la Bible, le Livre de Daniel, écrit vers 150 avant notre ère, par un auteur inconnu, déclare que les temps sont venus… Dieu va envoyer un prince, un messie pour préparer le royaume de Dieu sur terre.

Le Livre de Daniel donne même la date du début de l’insurrection qui précédera l’arrivée des troupes célestes : la fin des temps (de malheur) arrivera 70 semaines d’années à partir de la première année du règne de Darius, fils d’Artaxerxés, soit Darius II dont le règne commença en -423. La fin des temps est donc prévue en 66/67 de notre ère (490 moins 423). Ceci sera l’œuvre d’un « prince messie », du « Fils de l’homme » et se soldera par « la destruction de la ville et du sanctuaire…causée par un prince qui consolidera une alliance avec un grand nombre et qui fera cesser le sacrifice et l’oblation … ».

Le Livre de Daniel est à la fois un livre apocalyptique, du grec « révélation, découverte » et messianique, qui a foi dans l’intervention miraculeuse de Dieu. Depuis la destruction de Jérusalem par les Babyloniens et l’exil qui s’en suivit (-586), la conception du temps pour les élites juives a changé. Le temps ne s’écoule plus indéfiniment, il a eu un début, il aura une fin. La fin des temps sera cataclysmique, mais une ère nouvelle, de paix et de justice : le royaume de Dieu, sera la récompense des épreuves qu’Israël endure.

Pour comprendre l’histoire du premier siècle de notre ère en Palestine, et par conséquent, le christianisme, il est important de prendre en compte le messianisme. Les évangiles de Matthieu (25, 15-25), de Marc (13,14-23) et de Luc (21-20,24) font d’ailleurs dire à Jésus :

« Quand vous verrez installé dans le lieu saint l’Abominable Dévastateur, dont a parlé le prophète Daniel, alors que ceux qui sont en Judée fuient dans les montagnes ; celui qui sera sur la terrasse, qu’il ne descende pas pour emporter ce qu’il y a dans la maison ; celui qui est aux champs, qu’il ne se retourne pas pour prendre son manteau… ».

Jésus est un annonciateur, il reprend les thèmes du Livre de Daniel : un messie va venir annonçant la fin des temps de malheur et l’arrivée du royaume de Dieu. L’idée sous-jacente au messianisme est que le dieu d’Israël ne peut pas avoir abandonné son peuple et sa terre à la domination étrangère. Un jour il manifestera sa puissance et sa justice et cela d’autant plus vite que son peuple observera fidèlement la loi. La terre est actuellement dominée par le mal. Il sera extirpé après une succession de calamités.
Dans les évangiles, ces événements sont imminents :

« En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive » (24-34).
Ou : « En vérité je vous le déclare, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que vienne le Fils de l’homme » (10-23).
Ou encore « Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son père » (16-28).
Et enfin : « En vérité, je vous le dit, tout cela va retomber sur cette génération » (23-36).

Je n’ai cité que les passages de l’Évangile de Matthieu. Jésus apparaît comme l’annonciateur du Fils de l’homme, du messie. Il n’est pas ce personnage. Mais comme la prédiction ne s’est pas réalisée du vivant de Jésus, ses disciples vont annoncer son retour, cette fois en tant que messie… pour très bientôt.

Si Jésus a annoncé les événements, d’autres se sont présentés comme messies et ont lancé la révolte. Dès la mort d’Hérode, Judas bar Ezéchiel, un descendant des Hamonéens, se proclame messie et se révolte. Il attaque l’arsenal de la ville de Sépphoris, ville dont Nazareth devait être un faubourg mais qui n’est jamais citée dans les évangiles. Sa révolte est écrasée par les légions de Varus venues de Syrie et Sépphoris est détruite. Il y aura plus de 2000 crucifiés.

Le recensement de Quirinus est l’occasion pour Judas le Gaulanite (ou Judas de Gamala) de se proclamer messie. Il crée le parti des zélotes qui s’opposent dans la violence aux envahisseurs romains et pensent qu’ils seront secondés par YHWH lors de la guerre finale qui rétablira la justice divine. Ce qui reflète bien le contenu du Livre de Daniel.
La révolte est une nouvelle fois réprimée par les légions romaines venues de Syrie. On ignore comment mourut Judas. Par contre ses fils Jacques et Simon seront crucifiés vers 44.

Flavius Josephe en guerre

En l’an 66 (quelle coïncidence !), lassés par les provocations du procurateur Florus (64-66), qui puise dans le trésor du temple pour ses besoins personnels, les jeunes prêtres du Temple refusent de procéder au sacrifice journalier financé par l’empereur romain, Néron. Sous l’impulsion des zélotes, le pays entier s’embrase. La garnison romaine de la forteresse Antonia, jouxtant le temple, est massacrée.

Agrippa II et sa sœur Bérénice, qui règnent sur la Galilée, tentent de calmer les insurgés, en vain. Rome envoie la XIIe légion basée en Syrie pour rétablir l’ordre à Jérusalem, mais elle a mal estimé l’importance de la révolte, c’est un échec.

En 67, Néron décide d’envoyer Vespasien avec 3 légions (V, XII et la Xe qui avait un sanglier comme emblème). Il se met en route à partir d’Antioche, capitale de la Syrie. Il doit faire la jonction à Ptolémaïs (Saint Jean d’Acre) avec son fils Titus commandant la XVe légion, partie d’Égypte.

Et c’est ici qu’entre en scène Joseph bar Matthias, un juif né vers l’an 30 ou 40, plus connu sous le nom de Flavius Josèphe. Il va prendre une part active dans la révolte de 66. Il est chargé par Anan, le grand prêtre, de ralentir la progression des légions de Vespasien venant de Syrie. Il va donc défendre la Galilée. (C’est du moins ce qu’il racontera dans ses ouvrages.)

Après avoir résisté 40 jours, il est fait prisonnier lors du siège de Jotapata. Chose étrange, il est le seul rescapé du siège de la ville. Il va séduire Vespasien en prédisant qu’il sera le futur empereur romain. Dans la prophétie de Daniel, un prince doit voir le jour en Judée. La plupart y ont vu le messie juif, or Josephe déclare que ce prince, c’est Vespasien. Et l’avenir lui donnera raison.

La conquête du territoire va prendre de longs mois. Car à Rome, des troubles ont éclaté à la mort de Néron en 68. Cette année verra se succéder trois empereurs, proclamés par leurs légions. Et à ce petit jeu, c’est Vespasien, soutenu par les généraux du Danube, qui l’emportera. Il part à Rome en juillet 69, confiant les légions à son fils Titus qui, en 70, assiège Jérusalem.

Dans la ville encerclée, les vivres commencent à manquer. Trois factions rivales défendent encore la cité : Eléazar ben Simon commande les zélotes qui sont retranchés dans l’enceinte intérieure du Temple, Jean de Gischala défend le parvis extérieur du Temple et Simon bar Gioras, un chef de bande, règne sur le reste de la ville.

Titus fait ériger un mur de 7 kilomètres autour de la ville, pour ce faire, il fait abattre tous les arbres des environs. A titre de comparaison, l’enceinte construite autour de Paris par Philippe Auguste ne mesurait que 5 kilomètres. Il profite des sabbats, jours chômés par les juifs, même en temps de guerre, pour ériger une terrasse face à la partie nord du temple, le point le plus exposé, les autres côtés étant protégés par des ravins.

Enceintes de Paris

En juillet 70, les légions de Titus donnent l’assaut. C’est la curée, le temple est incendié et une bonne partie de Jérusalem s’enflamme. Le trésor du temple, dont la ménorah, le chandelier à sept branches, est ramené à Rome et exhibé lors du triomphe de Titus. Le butin et la vente des esclaves serviront, entre autres, à construire le fameux Colisée.

La ménorah rapportée par les légionnaires romains (détail de l’arc de triomphe de Titus à Rome)

Les fils de la lumière n’ont pas triomphé des forces du mal… mais la prophétie de Daniel s’est réalisée dans sa totalité. Ne prédisait-elle pas : « la destruction de la ville et du sanctuaire… causée par un prince qui consolidera une alliance avec un grand nombre et qui fera cesser le sacrifice et l’oblation … ». La fin du temple marque le début du judaïsme moderne qui a dû se redéfinir sans lieu de culte et de sacrifices… et celui du christianisme qui souhaitait prendre la relève.

La tradition chrétienne veut que les disciples de Jésus aient quitté la ville de Jérusalem lors de l’insurrection pour se réfugier dans les grottes des environs de Pella. J’estime qu’au contraire, ils ont pris une part active à la révolte espérant le retour de Jésus au terme de la catastrophe annoncée. La communauté chrétienne de Jérusalem aurait disparu dans la guerre.

Flavius Josephe écrivain

Vespasien et son fils Titus, qui lui succéda à la tête des légions romaines en Judée, ont utilisé Joseph comme interprète. Après la chute de Jérusalem, il s’installe à Rome, sous la protection de Vespasien et de ses fils Titus et Domitien, dont il prend le nom de famille « Flavius », en tant qu’affranchi. Il est donc connu sous le nom de Flavius Josèphe. Il est notre principale source pour connaître l’histoire de la Judée de -175 à la chute de forteresse de Massada, tombée en 73, dernier bastion de résistance juive lors de la révolte contre les Romains.

Il a écrit quatre ouvrages :

  • La Guerre des Juifs (vers 75). En 7 livres, il développe les causes de la révolte de 66 et détaille celle-ci. Il rédige en fait l’histoire des 2 siècles précédents : de l’avènement des Hasmonéens à la destruction du temple de Jérusalem.
    Les copies que nous possédons (en grec) datent des Xe et XIe  siècles.
  • Autobiographe. C’est la suite du précédent où il justifie sa conduite lors de la guerre contre les Romains. Il ne faut pas oublier qu’il est un traître pour les Juifs.
  • Antiquités juives (vers 93). En 20 livres il raconte, pour le public romain et grec, l’histoire des Juifs de la création du monde jusqu’au procurateur Gessius Florus (64).
  • Contre Apion (vers 95). Dans ce document, il défend le peuple juif et le judaïsme qu’Apion avait critiqué. Apion était mort sous l’empereur Claude.
On remet ça !

En 132, sous l’empereur Hadrien, les Juifs se révoltent à nouveau sous la conduite d’un messie : Bar Kokhba, « le fils de l’étoile » (de David). Il faudra trois années aux Romains pour venir à bout de la guérilla. Les conséquence seront terribles : les Juifs se verront interdire l’accès à Jérusalem, qui sera entièrement détruite et rebâtie. Elle prendra le nom d’Aelia Capitolina, du nom de famille d’Hadrien (Aelius) et des attributs de Jupiter (capitolin) dont le temple sera construit sur l’emplacement du temple juif. La Judée deviendra la Palestine. Le messie vaincu sera renommé Bar Koziba dans le Talmud, « le fils du mensonge ».

Cette nouvelle défaite va creuser le fossé entre le judaïsme et le christianisme. Marcion, un penseur chrétien ne va-t-il pas prôner d’abandonner de la Bible hébraïque (l’Ancien Testament) et de rejeter YHWH comme dieu ? Le fossé deviendra infranchissable au IVe siècle, lorsque le concile de Nicée (325) fixera la date de Pâques au dimanche suivant la Paque juive. Jusqu’alors, il n’était pas rare que les juifs et les chrétiens célèbrent ensemble les fêtes de Pâque(s) et de la Pentecôte.

La fin des califats

La croyance populaire fait état d’un califat islamique s’étendant de l’Océan Atlantique au Gange. C’est aussi faux que de croire qu’à la même époque, le pape régnait sur toute l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural ou qu’au XIIe siècle, le roi de France gouvernait tout le territoire français (voir la carte dans l’article sur les Cathares). A l’exception des VIIIe et IXe siècles, les califes n’avaient qu’un pouvoir limité, plusieurs émirats ou sultanats indépendants administraient ce vaste territoire. Cette mosaïque d’États favorisa l’installation dans le Levant des barons chrétiens lors des croisades. Jamais ils ne durent affronter une armée levée par le calife. Ils combattaient des troupes locales commandées par des émirs. La seule armée de coalition qu’ils durent affronter est celle rassemblée par Saladin (Salah al-Din) à la bataille des Cornes de Hattin en juillet 1187. Mais cette armée se dispersa bien vite, empêchant Saladin de rejeter les chrétiens à la mer. Ils purent se maintenir jusqu’en 1291.

Il n’y a pas eu un califat, mais cinq, si l’on ne tient pas compte de l’éphémère califat autoproclamé d’Abu Bakr al-Baghdadi, le chef spirituel de DAESH. Voyons comment ils ont fini.

Les califat omeyyade (661-749)

La première dynastie califale n’a régné que 88 ans. Les Omeyyades ont toujours été considérés comme des usurpateurs, des impies. Ils ne font pas partie de la famille du prophète et ils ne descendent même pas d’un compagnon de Mahomet. La tradition islamique les considère comme héritiers du plus grand adversaire du prophète : Abu Sufyan, maître de La Mecque qui lui fit la guerre jusqu’à Médine. Pour ma part, j’estime qu’ils sont issus de l’aristocratie ghassanide établie en Syrie.

Ils ont toujours dû faire face à l’opposition des disciples d’Ali, descendant d’Abu Talib, l’oncle protecteur de Mahomet ou des compagnons du prophète.
Pourtant, c’est d’ailleurs qu’allait venir le danger. Des confins de la Perse, du Khurasan et de la Transoxiane, une armée hétéroclite commandée par un descendant d’un autre oncle de Mahomet, Abbas, se dirige vers Damas, et massacre tous les membres de la famille omeyyade… sauf un dont on reparlera. Cette armée est composée d’Arabes, de Perses, de Turcs descendus des steppes, mais aussi de Sindis, d’Alains, de Khazars et de Mèdes ! La civilisation islamique rompt avec l’orientation judéo-chrétienne de Damas. L’élite syro-arabe fait place à un monde cosmopolite. Délaissant Damas, le deuxième calife abbasside, al-Mansur, fait construire une ville nouvelle là où le Tigre et l’Euphrate sont les plus proches : la ville de Bagdad, face à l’ancienne capitale perse, Ctésiphon qui servira de carrière. Elle sera inaugurée en 762.

A ma connaissance, l’oncle Abbas n’apparaît pas dans la Sîra, la biographie de Mahomet pourtant écrite sous la dynastie abbasside.

Quatorze califes omeyyades se sont succédés.
Pour plus de détails, voir mes articles sur Muawiya, Abd al-Malik et le Dôme du Rocher.

Le califat de Cordoue (912-1031)

Fuyant la rage homicide des Abbassides, le prince Abd al-Rahman, le dernier des Omeyyades, trouve refuge dans la tribu de sa mère en Ifriqya, la Tunisie actuelle. Là, il recrute une armée et passe en Espagne où il se fait reconnaître émir de Cordoue. On est en 756. C’est le premier territoire perdu par les califes abbassides, d’autres suivront à commencer par le Maghreb. Sous le règne des Omeyyades de Cordoue, la ville va prendre de l’éclat et devenir la seconde ville de l’Islam après Bagdad.

En 912, Abd al-Rahman III se proclame calife d’Al-Andalus. Dans cet État, les chrétiens et les juifs vivent en bonne entende avec les musulmans, tous parlent arabe, en plus de leur langue maternelle. Les sciences sont à l’honneur à Cordoue et à Tolède. Les savants traduisent les textes des auteurs grecs, perdus du monde chrétien.

En 976, le calife qui monte sur le trône n’est encore qu’un enfant. C’est son conseiller surnommé al-Mansur, le victorieux, qui dirige effectivement le califat. Il entreprend de soumettre les royaumes chrétiens qui subsistent dans le nord de l’Espagne : d’ouest en est, les royaumes de Léon, de Castille, de Navarre, d’Aragon et le comté de Barcelone. L’antagonisme qui règne entre les royaumes chrétiens lui facilite la tâche. Mais quand ils s’allient enfin, al-Mansur doit faire appel à des mercenaires maghrébins, les Almoravides qui ont acquis leur indépendance vis à vis du califat abbasside.

A la mort d’Al-Mansur, les Almoravides, islamistes radicaux, imposent leur vision de l’islam et prennent petit à petit le pouvoir. C’est la fin d’Al-Andalus et de son califat. Divers émirats, indépendants et concurrents, vont se partager le territoire, ce sont les taïfas (faction en arabe).

Les rois chrétiens, surtout Alphonse VI roi de Léon puis de Castille, vont profiter de la situation pour conquérir la taïfa de Tolède (1085), la plus étendue. La culture d’Al-Andalus subsistera dans la ville de Tolède au grand dam des papes qui iront jusqu’à considérer les chrétiens de Tolède comme des hérétiques. Grâce à la prise de Tolède, les auteurs grecs dont Aristote, seront étudiés dans l’Europe chrétienne.

Après la bataille de Las Navas de Toloso (1212), il ne restera plus qu’une seule taïfa, celle de Grenade, qui sera conquise en 1492

Le califat fatimide (909-1171)

Au Maghreb oriental (Ifriqya), une dynastie chiite proclame un califat qui s’oppose à celui de Bagdad. Leur nom leur vient de la fille de Mahomet, Fatima, épouse d’Ali dont le premier calife, Ubbay Allah al-Madhi, se prétend le descendant. Malgré l’opposition des oulémas sunnites, la dynastie va se maintenir et commencer son expansion, en Sicile tout d’abord, puis en Égypte (en 969). Les Fatimides vont développer la ville du Caire qui deviendra le pendant de Bagdad et de Cordoue au point de vue architectural et culturel. Ils n’imposent pas leur foi, ils font preuve de tolérance. Au Xe siècle, il y avait encore près de 50% de chrétiens en Égypte (les coptes),
Toute l’Afrique, sauf le Maroc actuel passe sous la domination du califat chiite.

Les califes visent maintenant la Syrie, qui est repassée aux mains des Byzantins bientôt chassés par les Turcs seldjoukides. Turcs et Égyptiens vont se disputer la possession de Jérusalem. Cette guerre permanente décidera les papes à organiser la croisade pour permettre aux pèlerins de gagner la Palestine sans risque.

Les Égyptiens (re-) prennent Jérusalem en 1098. C’est donc eux que les croisés affronteront en juillet 1099. L’armée califale constituée de Berbères dans les premiers temps, devient hétéroclite, incorporant des Turcs et des esclaves capturés très jeunes en pays chrétiens et convertis à l’islam. Pour faire face aux barons chrétiens, les califes font appel à des armées syriennes dont celle de Saladin qui va infliger une défaite mémorable aux chrétiens en Galilée, aux Cornes de Hattin en 1187, avant de reprendre Jérusalem.

Saladin va s’installer en Egypte. Il mettra fin au califat chiite, prêtant allégeance au calife de Bagdad. Sa dynastie, les Ayyoubides ne se maintiendra au pouvoir que 79 ans. En 1250, l’armée prend le pouvoir et installe ce que l’on a appelé le sultanat mamelouk. Mamelouk signifie « qui appartient aux autres ». Souvenons-nous que l’armée égyptienne était composée d’esclaves convertis. Ce sont eux qui ont pris le pouvoir. Ils vont se maintenir jusqu’en 1517, lorsque les Turcs ottomans envahiront la Syrie et l’Egypte. Mais le corps d’armée mamelouk continuera à servir ses nouveaux maîtres. Lorsque le général Bonaparte quittera l’Egypte en 1799, il emmènera avec lui Roustan, un mamelouk arménien qui sera son intendant, son garde du corps.

Quatorze califes fatimides se sont succédés.

Le califat abbasside (750-1258-1517)

C’est le califat qui va résister le plus longtemps. Il a très vite perdu toutes velléités expansionnistes, perdant petit à petit des territoires et se contentant d’un rôle spirituel, laissant la direction du califat à des émirs ou des sultans, essentiellement turcs.

Au XIIIe siècle, une nouvelle puissance apparaît sur l’échiquier politique : les Mongols. Ils envahissent toute l’Asie du nord, et occupent l’Europe jusqu’à Vienne. Ils abandonnent leurs conquêtes en l’Europe à la mort de leur grand khan Ogodeï en 1241. Tous les chefs quittent leurs positions pour participer à l’élection du nouveau khan. Möngke le successeur d’Ogodeï, reprend la conquête, délaissant l’Europe, il s’attaque à l’empire islamique. Il s’empare de l’Iran en 1253 et détruit Bagdad en 1258, mettant fin au califat. Des membres de la famille abbasside vont se réfugier en Egypte, sous la protection des mamelouks. Ils garderont le titre honorifique de calife.

Les Mongols sont des guerriers redoutables. Si une ville ne se rend pas, elle est détruite et ses habitants massacrés, leurs têtes empilées aux portes de la ville. C’est ce qui est arrivé à Bagdad. Mais, ils sont aussi très hospitaliers, curieux des autres cultures. Des prêtres chrétiens nestoriens vivaient à la cour mongol. Les nestoriens sont les disciples de l’évêque Nestorius qui a refusé de considérer Marie comme « mère de Dieu », car en toute logique, la mère précède le fils, donc Marie aurait dû être créée avant Dieu. Les Nestoriens ont été expulsés de l’empire Byzantin au Ve siècle, ils sont partis vers l’est.

Dans leur combat contre les musulmans, les Mongols ont demandé l’aide du pape et des rois de France (Louis IX et Philippe le Bel) et d’Angleterre (Richard Cœur de lion). En vain. Seuls le royaume d’Arménie et le principat d’Antioche s’allieront à eux. Par contre, les autres barons chrétiens permettront au mamelouk Baybars de traverser leur territoire, tout en assurant leur ravitaillement, pour s’attaquer à une faible armée mongole, laissée en Palestine, alors que les chefs étaient retournés à Pékin pour élire le successeur de Möngke (1260). Cette coutume leur a coûté de nombreux territoires.

On compte 37 califes abbassides à Bagdad et 17 au Caire.

Le califat ottoman (1876-1924)

La tradition circulant au XVIe siècle dans l’empire ottoman rapporte que le sultan Selim Ier, au moment de la conquête de l’Egypte s’est fait remettre les insignes du califat abbasside transféré au Caire au moment de la prise de Bagdad par les Mongols. Mais ce n’est qu’en 1876 que la constitution précisa que le sultan était le calife, protecteur de la religion musulmane.

Lorsque Mustapha Kémal reprit les armes en 1919 pour s’opposer au traité de Sèvres qui morcelait l’empire ottoman, il abolit le sultanat, mais conserva à Abdulmecit II le titre de calife. Ce titre ne sera aboli qu’en février 1924, comme ne correspondant plus à une réalité, au grand dam des musulmans de l’Inde et des Arabes.

Quand Yahvé devient-il le dieu des Hébreux ?

Au regard de la Bible, la réponse est claire : Yahvé a toujours été le dieu des Hébreux, même le seul vrai dieu puisqu’il a créé la terre et tout ce qu’elle contient. En y regardant de plus près, on constate qu’il y a deux récits de la création. Le second fait effectivement intervenir Yahvé (Genèse 2,4b-3,24), mais le premier est l’oeuvre d’Elohim (Genèse. 1,1-2,4a), ou plutôt des Elohim, car le mot est un pluriel (voir mon article à ce sujet). Et plus loin dans la Bible, on apprend que ces Elohim ont des fils ! En Genèse 6,2, on lit « Les fils des Elohim trouvèrent que les femmes des hommes leur convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plu« . Ce qui sera une des causes de l’éradication de l’Humanité par le Déluge.

Tout cela ne doit pas nous étonner, les Hébreux sont des Cananéens avec les mêmes dieux et la même culture que les autres habitants de Canaan. La Bible ne s’en cache pas qui nous décrit la plupart des rois d’Israël et de Juda comme des impies sans respect pour Yahvé. Les Hébreux vont mettre des siècles à intégrer le monothéisme. L’adoption de Yahvé va se faire en quatre étapes :

  • Yahvé entre dans l’Histoire
  • Il devient un dieu parmi d’autres dans le panthéon hébreu
  • Il devient le seul dieu des Hébreux
  • Il devient LE dieu universel.
Yahvé entre dans l’Histoire

C’est dans un texte égyptien attribué à Séthi Ier (-1294 à -1279), le père de Ramsès II, qu’on trouve la première mention de YHWH comme dieu : « YHW vint dans le pays de Madian« . Un texte plus ancien, dans le temple d’Aménophis III (vers -1390 à -1355), le père d’Akhenaton parle « du pays des Shasous de YHW« .

Ces informations trop sommaires, ne nous permettent pas d’élaborer une hypothèse sur ce YHW. Les Shasous sont des Bédouins du nord de l’Arabie et Madian est le pays où Moïse exilé a rencontré Yavhé pour la première fois (voir l’article sur Moïse). La situation de Madian fait débat entre les historiens. Ce pays se situerait dans le nord de la péninsule arabique ou au sud du Sinaï. On ignore quand ce dieu est arrivé à Canaan. Peut-être a t-il été importé par des migrants ou par des commerçants.

Ce dessin a été trouvé sur un fragment de jarre à Kuntillet Ajrud au nord-est du Sinaï. L’inscription se lit : « Dis à Yaheli et à Yo’asha et à […]. Je t’ai béni par YHWH de Teman et par son Ashéra. » Les personnages seraient d’après le texte YHWH, Ashéra et probablement Baal. Le site des fouilles est daté du IXe ou du VIIIe siècle avant notre ère.

Yahvé devient un dieu pour les Hébreux

Le premier roi des Hébreux, choisi par le prophète Samuel, inspiré par Dieu, est Saül (-1050 à -1010 ?). On pourrait croire vu sa destinée que c’est un adorateur de Yahvé. Hé bien non. Son fils s’appelle Ishbaal (l’homme de Baal) et son petit-fils Meribaal (Baal est mon avocat). Le successeur de Saül est David (-1010 à -970 ?), un roi très pieux pour la tradition biblique. C’est lui qui conquiert Urushalim (Jérusalem) alors aux mains des Jébusiens. Et deux de ses fils vont porter des noms inspirés par le dieu jébusien Shalimu : Absalom et Salomon, ce dernier lui succédera (-970 à -930 ?).

La première mention de YHWH dans l’espace de Canaan a été retrouvée sur la stèle de Mesha datée de 850 avant notre ère : « J’ai pris les vases de YHWH et je les ai traînés devant Kémosh ». Mesha est un roi moabite (en Jordanie actuelle, le long de la Mer Morte) qui a repris les terres conquises par Israël au détriment de son père. Il a offert les vases de YHWH à son dieu Kémosh.

Dans le royaume d’Israël, le premier roi à porter un nom issu de YHWH est Joachaz (-814 à -798) dont le nom signifie « YHWH a saisi » suivi de son fils Joas (-798 à -782) : « donné par/à YWHW« . Mais la Bible les considèrent comme des rois impies !

Dans le royaume du sud, Juda, Josaphat (YHWH a jugé) régna de -870 à -848, son fils Joram (-848 à -841) lui succédera. Son nom signifie « YHWH est exalté« . Si YHWH vient du sud, du pays de Madian, il est logique qu’il atteigne le royaume de Juda (autour de Jérusalem) quelques années avant Israël plus au nord.

Yahvé devient le seul dieu des Hébreux

Si certains rois ont adopté YHWH comme dieu protecteur de leur clan, il n’en va pas de même pour le peuple qui reste fidèle aux anciens dieux cananéens et aux divinités agraires qui leur assurent de bonnes récoltes. Mais petit à petit, YHWH absorbe les fonctions de Baal, il devient dieu de la guerre et dieu du tonnerre.

En 722 avant notre ère, le royaume d’Israël (au nord) passe sous contrôle des Assyriens (voir l’article sur la chronologie biblique)

Un roi, Josias (-639 à -609, en hébreu Yishayahou signifiant YHWH me soutient) va réformer le tissu religieux des Hébreux. Il va débarrasser le temple de Jérusalem de toutes les idoles qui s’y trouvaient. Preuve s’il en faut que le polythéisme régnait chez les Hébreux. Il va faire assassiner les prêtres de Baal sur l’autel élevé à ce dieu à dans la ville de Béthel. Il va interdire le culte des dieux agraires. YHWH devient le seul dieu des Hébreux : « Ecoute Israël, YHWH notre dieu est le seul YHWH » (Deutéronome 6,4) et « C’est toi seul qui est YHWH. » (dans le livre de Néhémie). Qu’est-ce que cela signifie ? Non pas que Yahvé est devenu un dieu universel et que les autres dieux ne sont que des idoles. Josias affirme simplement l’unicité du culte de YHWH. A l’époque, plusieurs villes vénéraient un dieu appelé YHWH. Il semble même que celui de Samarie et celui de Téman était représenté par un taureau (voir le fragment de poterie plus haut). Josias déclare qu’il n’y a qu’un seul YHWH et qu’il ne faut donc qu’un seul lieu de culte. Ce sera Jérusalem.

Convaincu de la protection de Yahvé, Josias se lance à la reconquête du royaume d’Israël, profitant de l’affaiblissement des Assyriens. Il va même jusqu’à engager le combat contre les armées égyptiennes venues soutenir leur allié assyrien. Il y perd la vie… et sa réforme prend (déjà) fin. Trois de ses fils vont lui succéder, mais ils oublieront vite YHWH et mèneront le royaume de Juda à son anéantissement par les Babyloniens en -586.

Vers le monothéisme

Au retour d’exil de Babylone, la société judéenne est fortement divisée (Canaan est devenu la Judée sous l’autorité des Perses) : les prêtres et les scribes qui ont affiné le culte de Yahvé en exil sont confrontés au petit peuple resté sur place et éloigné du monde religieux. Le fossé va se creuser avec l’arrivée des Grecs dont le style de vie va être adopté par une grande partie de la population. Un gymnase et un théâtre seront même construits à Jérusalem et on va trouver des grands prêtres prénommés Jason ou Ménélas !

Vers -150, une révolte, mal documentée, va précipiter les événements : la classe des prêtres va prendre la direction d’un Etat semi-indépendant, les Hasmonéens ou Macchabées. Ils vont circoncire de force la population et détruire le temple concurrent qui se trouvait sur le mont Garizim. J’ai dit que la révolte était mal documentée, car en principe elle visait les Grecs. Or un des rois hasmonéen s’appelle Aristobule Ier Philhellène (ami des Grecs !).

Un parti religieux s’occupent maintenant de l’éducation du peuple, qui était resté dans une relative ignorance, ce sont les pharisiens. Ils vont apporter la Loi dans tout le pays et lire la Torah dans les lieux de réunion. Lorsque les Romains détruiront le temple de Jérusalem en 70 de notre ère suite à une révolte des Judéens, ces pharisiens, en concurrence avec une autre secte juive qui a reconnu Jésus comme messie, vont définir ce qui deviendra le judaïsme. Je parlerai de cet épisode. Grâce aux pharisiens, les Juifs sont passés de l’indifférence à une identification complète avec leur religion. Aujourd’hui, être juif, ce n’est pas adhérer à une religion, c’est une culture, une appartenance à cette culture. Albert Einstein l’a bien compris lorsqu’il emploie l’image de l’escargot, qui même sans sa coquille, reste un escargot. Aujourd’hui, beaucoup d’habitants d’Israël sont peu intéressés par la religion, mais c’est surtout les ultra orthodoxes que l’on voit.

Si on veut parler de monothéisme, il faut en définir le concept : c’est une croyance à l’existence d’un seul dieu, universel et créateur du monde. Il est la seule entité à mériter la vénération.
Sur cette base, on peut dire que le judaïsme est devenu monothéiste lorsqu’il a cessé de comparer Yahvé aux dieux des peuples voisins, a les ignorer complètement. Dans un premier temps, en compétition avec les chrétiens, les juifs vont se lancer dans le prosélytisme. Lorsque celui-ci sera interdit par Septime Sévère en 211, le judaïsme va se refermer, Yahvé sera le dieu du peuple qu’il a choisi. Il perdra sa vocation universelle qui sera reprise par le christianisme et l’islam. Rappelons qu’il n’y a que 14,5 millions de juifs de par le monde, croyants ou non, contre près de 2 milliards de chrétiens et de musulmans.

Le christianisme, d’avant la réforme de Luther, ne répond pas du tout à la définition que j’ai donnée du monothéisme. Je ne veux même pas épiloguer sur le concept de la Trinité. Les chrétiens n’ont pas ignoré les autres dieux, ils les ont adoptés et les ont envoyés dans les Enfers : Belzébuth, Astoroth (Astarté, Ashéra), Moloch sont passés du statut de dieux à celui de démons. Lorsqu’un chrétien prie, il est rare qu’il prie Dieu, il se confie à Jésus, à Marie, à Saint-Antoine, à Saint-Christophe, etc. Dans les églises, ce sont les statues des saints (des idoles ?) qui sont vénérées, c’est autour d’elles que l’on brûle des cierges, en remerciement ou pour obtenir une faveur. Et je ne parle pas des lieux de pèlerinage où l’on peut acheter une médaille protectrice à l’image d’une sainte, ou un peu d’eau de source, quand ce n’est pas un brin de laine venant d’un vêtement porté dans le saint.

Le seule religion monothéiste universelle est donc aujourd’hui l’islam. Je n’en tire aucune conclusion.

Comment se prononce YHWH ?

Officiellement, on n’en sait rien ! Le nom YHWH n’était prononcé qu’une seule fois par an par le grand prêtre, retiré dans le saint du saint du temple de Jérusalem, lors du Yom Kuppour, le jour du grand pardon. A une certaine époque, au IIIe siècle avant notre ère semble-t-il, le grand prêtre est mort avant d’avoir pu transmettre le secret à son successeur.

Les juifs, lorsqu’ils rencontrent ce mot dans la lecture de la Torah lui substituent « Adonaï » ou « Edonaï » qui signifie Seigneur. Dans la vie de tous les jours et lors de la lecture du Talmud, les rigoristes utilisent « ha shem » : le nom. En français, on prononce Yahvé. D’après André Chouraqui, YHWH se prononçait Yah, Thomas Römer, un des plus éminents exégètes de la Bible, professeur au Collège de France, propose Yao. Il se réfère au temple d’Éléphantine en Egypte, bâti par des mercenaires juifs au VIe siècle avant notre ère en l’honneur de Yaho.

Pourquoi rencontre-t-on la désignation « Jéhovah », qui était courant au XIXe siècle. C’est en fait un nom composé de YHWH et des voyelles de Edonaï : EOA d’où YeHoWaH.

Le disciple que Jésus aimait

Dans l’Évangile de Jean, apparaît un personnage non nommé, appelé « le disciple que Jésus aimait ». Qui est-il ? La version officielle veut que ce soit Jean lui-même, qui aurait rédigé son évangile sur l’île de Patmos, où il avait été déporté par les Romains lors des (hypothétiques) persécutions de Domitien. Comme cet évangile est le dernier à avoir été écrit selon la chronologie la plus couramment admise, on fait de Jean un centenaire !

Mais dans cet évangile,  les fils de Zébédée (Jean et son frère Jacques), n’apparaissent qu’au chapitre 21 et c’est un ajout pour donner une importance à Jean.

Cet amour pour Jean n’est cité que dans un texte tardif, l’Assomption de Marie. Marie dit de Jean qu’elle appelle « père Jean »  : « Souviens-toi qu’il t’a aimé plus que les autres ».

Faire de Jean le disciple que Jésus aimait est très ambigu. Léonard de Vinci et plusieurs autres peintres ne s’y sont pas trompés, qui ont représenté un Jean androgyne dans la Cène, dans des positions particulièrement équivoques.

Plusieurs tableaux de la scène : Léonard di Vinci (1495), Andrea del Castagno (1447) et en bas, Soeur Marie Agnès Godard (1670)

Lors de sa crucifixion, Jésus confie sa mère à ce disciple. La tradition chrétienne voit donc Marie accompagnant Jean à Delphes. Or Jean, qui est un apôtre, n’a pas assisté à la crucifixion d’après les évangiles : les apôtres se sont tous enfuis. Dans les Actes de Jean, datés du IIe siècle, mais considérés comme hérétiques dès le IVe siècle et condamnés par le concile de Nicée de 787, Jean apparaît comme un homme chaste recherchant la souffrance, mais jamais il ne se présente comme le disciple que Jésus aimait. Il ne connaît d’ailleurs pas Jésus, ni l’Ancien ou le Nouveau Testament. Pour lui Jésus est synonyme de Dieu, un et unique. Ce qui explique la condamnation de ce livre. Dans ces actes, il serait mort à Ephèse.

Il y a d’autres candidats au titre de disciple aimé. Le premier est Marie-Madeleine, c’est ce que disent les manuscrits de Nag Hammadi. Si Jésus et Marie-Madeleine entretenaient une relation, il est naturel que Jésus confie sa mère à sa compagne. Et Marie-Madeleine était bien présente lors de la crucifixion contrairement à Jean et aux apôtres, toujours d’après nos seules sources, les évangiles.

Marie-Madeleine est un personnage secondaire, dans les évangiles, mais elle a fait couler beaucoup d’encre. Qui est-elle ? Le pape Grégoire Ier en a fait une prostituée au VIe siècle, ce qui n’apparaît pas dans les évangiles, et au XXe siècle, plusieurs auteurs en ont fait la femme de Jésus. Que faut-il penser ?

En fait, il n’y a pas de Marie-Madeleine dans les évangiles, mais une série de Marie, dont une est dite de Magdala, une ville située près du lac de Génésareth (actuellement mer de Galilée). Tous les évangiles sont d’accord : cette Marie, que nous appelons Marie-Madeleine, a assisté à la crucifixion et a été la première à découvrir le tombeau vide et à rencontrer Jésus ressuscité. Mais qui est-elle ? Seul Luc nous dit que Marie de Magdala accompagnait Jésus dans ses voyages de prédication. C’est un grand honneur qu’une femme soit citée parmi les disciples de Jésus.

Nous connaissons Marie-Madeleine par d’autres textes que les évangiles canoniques, ceux trouvés à Nag Hammadi, en Égypte en 1945. Parmi ces documents, deux font la part belle à Marie-Madeleine : l’Évangile selon Marie et l’Évangile selon Philippe. Ce sont des ouvrages gnostiques (secte chrétienne considérée comme hérétique) qui remontent probablement au IIe siècle. Contrairement aux évangiles canoniques, ils ne racontent pas l’histoire de Jésus, mais regroupent des paroles qu’il aurait prononcées. Dans ces deux ouvrages, Marie-Madeleine apparaît comme la disciple préférée de Jésus.

Dans l’Évangile de Marie, on lit : « Pierre dit à Marie : Sœur, nous savons que le Sauveur t’aimait plus qu’aucune autre femme ».

Dans l’Évangile de Philippe, c’est encore plus explicite :

32.  Il  y  avait  trois  femmes  qui  étaient  proches  du  Seigneur :  sa  mère  Marie  et  sa  sœur et  Marie-Madeleine, qu’on  appelait  sa  compagne (= sa femme). En  effet,  sa  sœur  était  une  Marie,  sa  mère  et  sa  compagne aussi.

55. … Quant à Marie-Madeleine, le Sauveur l’aimait plus que tous les disciples et l’embrassait souvent sur la bouche. Le reste des disciples lui dirent : « Pourquoi l’aimes-tu plus que nous tous ? ». Le Sauveur répondit et leur dit : « Pourquoi ne vous aimai-je pas comme elle ? »

L’honnêteté nous oblige à dire que le verset 55 est en mauvais état, certaines parties manquent. Mais la traduction ne semble pas faire de doute. Le baiser n’a peut-être rien de sexuel, car dans un autre apocryphe gnostique, c’est Jacques que Jésus embrasse sur la bouche (voir ci-après).

James Tabor, professeur à l’université de Caroline du Nord, qui défend l’idée d’une dynastie succédant à Jésus, voit dans le disciple bien aimé Jacques, le frère de Jésus. Et ici aussi, il est logique que Jacques, devenant le chef de famille, prenne soin de sa mère. De plus, dans la seconde Apocalypse de Jacques, on lit : « Et il me baisa la bouche et m’embrassa, en disant : mon bien-aimé ». C’est Jacques, son frère, qui parle de Jésus.

Un autre candidat est Lazare, frère de Marthe que Jésus a ressuscité. Dans un apocryphe (livre non repris dans la nouveau Testament) appelé l’Évangile Secret de Marc, on peut lire ces passages pour le moins curieux :

  • « Et il (Jésus) entra aussitôt à l’endroit où se trouvait le jeune homme (dans le tombeau), étendit la main et le ressuscita en lui saisissant la main. Le jeune homme l’ayant regardé l’aima ».
  • « Et après six jours, Jésus lui donna un ordre et le soir venu, le jeune homme se rend auprès de lui, le corps nu enveloppé d’un drap. Et il resta avec lui cette nuit-là, car Jésus lui enseignait le mystère du royaume de Dieu ». Notons, que dans l’évangile canonique attribué à Marc, un jeune homme s’enfuit nu, délaissant son drap lors de l’arrestation de Jésus (Ma. 14, 51-52).
  • « Et là (à Béthanie), se trouvaient la sœur du jeune homme que Jésus aimait et sa mère et Salomé »

Que penser de ces extraits ?

Ils feraient partie d’une lettre de Clément d’Alexandrie (150-215) à un certain Théodore, dont une copie datée de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle aurait été retrouvée au monastère de Mar Saba (près de Jérusalem) par le professeur Morton Smith de l’Université de Columbia en 1958. Personne d’autre n’a vu cette lettre copiée sur les pages de garde d’un ouvrage d’Ignace d’Antioche. Plusieurs universitaires mettent en doute l’authenticité de ce texte et plusieurs soupçonnent même Morton Smith de s’être livré à cette supercherie. D.H. Atkinson concluant : « C’est une belle et gaie (Morton Smith était homosexuel ) plaisanterie pleine d’ironie au détriment de tous les spécialistes imbus d’eux-mêmes, qui non seulement manquent d’humour, mais qui  croient que ce prétendu fragment d’évangile nous vient de la première lettre connue du grand Clément d’Alexandrie »

Nous avons tenu à rapporter cette histoire pour montrer la difficulté d’avoir des certitudes sur les textes qui nous sont parvenus.

L’Église s’est mise dans un bel embarras en refusant à Jésus aussi bien une femme qu’un frère.