Jacques, des apôtres de Jésus

Le nom des apôtres de Jésus ne semble pas avoir été un sujet très important pour les premiers chrétiens. Leurs noms ont vite été oubliés. Ainsi l’Évangile de Jean n’en cite que cinq. Et dans les évangiles synoptiques, la liste est constante à une exception près, Jude n’est cité que par Luc et est remplacé par Thaddée dans les autres évangiles :

  • Dans l’Évangile de Luc (6, 12-16) on trouve : Simon (appelé Pierre), André (son frère), Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques (d’Alphée), Simon (appelé le Zélote), Jude (de Jacques) et Judas.
  • Dans l’Évangile de Marc (3, 13-19) : Simon (appelé Pierre), Jacques (de Zébédée), Jean (son frère), André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques (d’Alphée), Thaddée, Simon (le Zélote) et Judas.
    Il semble que cette liste ait été « retravaillée », car dans le récit du recrutement de Matthieu, le percepteur des taxes, Marc le nomme « Lévi d’Alphée » (Marc 2, 14). Ce qui ne simplifie pas les choses comme on va le voir.
  • Dans l’Évangile de Matthieu (10, 1-4) : Simon (appelé Pierre), André (son frère), Jacques (de Zébédée), Jean (son frère), Philippe, Barthélemy, Thomas, Matthieu, Jacques (d’Alphée), Thaddée, Simon (le Zélote) et Judas.

Pour sa part, l’Évangile de Jean ne donne pas de liste, mais cite, dans le texte : Simon-Pierre, André (son frère), Philippe, Nathanaël (un vrai Israélite), Thomas (dit Didyme).

Les Actes des Apôtres reprend la liste de l’Évangile de Luc, ce qui semble logique puisqu’on attribue aux deux textes le même auteur.
Les Actes sont plutôt une compilation qu’un texte écrit à une seule main. La livre comporte deux parties distinctes : (1) Pierre et Jean à Jérusalem et (2) les voyages de Paul. Ce sont des scènes juxtaposées plutôt qu’un récit continu. Dans la partie consacrée à Paul, on passe de la troisième personne du singulier (il) à la première du pluriel (nous).

Dans les Actes des Apôtres, on apprend que Judas a été remplacé par Matthias.

Jacques fils de Zébédée

Jacques, fils de Zébédée est aussi appelé Jacques le Majeur. C’est le seul apôtre dont les textes canoniques (le Nouveau Testament) nous livrent une vie « complète ». En effet, Jacques meurt dans les Actes des Apôtres. Ce qui est exceptionnel. Alors que les évangiles et les Actes des Apôtres ont été rédigés après la mort de la plupart des protagonistes, on ne parle que de la mort de Jacques… en une ligne :

A cette époque-là, le roi Hérode entreprit de mettre à mal certains membres de l’Église. Il supprima par le glaive Jacques, frère de Jean.

C’est bref, comme la biographie de Jacques : il fut un disciple de Jésus et a été exécuté par le glaive sous Hérode. Il s’agit ici d’Hérode Agrippa Ier, éduqué à Rome, où il fréquente les l’empereurs Caïus, dit Caligula et Claude. Caïus reçut ce surnom, qu’il détestait, lorsqu’il était enfant. Il accompagnait son père Germanicus sur les champs de bataille. On l’habillait comme un légionnaire ce qui lui valu le surnom de « petite godasse« .
Hérode Agrippa est le neveu d’Hérode Antipas, tétrarque de Galilée jusqu’en 39, et le petit-fils d’Hérode le Grand. Son nom latin est Marcus Julius Agrippa. Son amitié avec les empereurs l’a conduit aux plus hautes fonctions au Proche Orient, où il est devenu le maître de tous les territoires auparavant gouvernés par son ancêtre Hérode le Grand, dont la Judée en 41. Il est mort en 44. La mort de Jacques se situerait donc entre 41 et 44.

Mais Jacques va connaître une résurrection triomphale.
En 844, dans la Galice, au nord-ouest de l’Espagne, le roi d’Asturie, Ramire Ier (842-850), vient de subir une cuissance defaite devant le calife abd al-Raman II (822-852). Il s’est réfugié sur la colline de Clavijo. Là, il voit en songe un ange qui lui enjoint de tenter une offensive. Au cours du combat qui s’ensuit, un chevalier monté sur un cheval blanc, lance au poing, pourfend les Maures et assure la victoire des chrétiens. Ce cavalier n’est autre que saint Jacques surnommé depuis « Matamore« , le tueur de Maures.

Comment s’est-il retrouvé là ?
C’est saint Jérôme de Stridon (347-420), le traducteur de la Bible du grec en latin, grand pourvoyeur de légendes chrétiennes qui est à l’origine de ce miracle. Il a imaginé qu’avant de mourir à Jérusalem, Jacques serait allé évangéliser l’Espagne. Chaque contrée avait besoin d’un saint patron et Jacques était disponible.

Il aurait donc quitté l’Espagne après un bref et peu fructueux séjour avant de mourir à Jérusalem. Or, au IXe siècle, un ermite aurait été guidé vers un champ (campo) où tombaient des étoiles (estrella). A l’endroit de l’impact, dans un cimetière romain, il découvrit la tombe de saint Jacques. Compostelle était né.
A sa mort, son corps aurait été placé dans une barque en pierre, sans voile ni gouvernail. La barque aurait traversé la Méditerranée en 7 jours, passé les colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), bifurqué à droite pour remonter vers le nord et aborder en Espagne à Iria Flavia (aujourd’hui Padron, la destination finale du pèlerinage de Compostelle… pour les courageux), port construit par l’empereur Vespasien, qui ne revêtira la pourpre que plus de 30 ans (en 68) après la mort de Jacques.

Jacques le Mineur, fils d’Alphée

La vie de Jacques le Mineur nous serait restée inconnue ou au mieux confuse (il est mort à plusieurs endroits !) si saint Jérôme de Stridon ne s’en était mêlé. Afin de respecter le dogme de la virginité perpétuelle de Marie, mis à mal par l’apparition des « frères de Jésus » dans les évangiles, il a fait des frères, des cousins. L’idée prend de l’ampleur au IXe siècle : on raconte que Marie aurait eu deux sœurs : la première appelée Marie et la seconde appelée Marie. Rien de très original.

La première, aussi appelée Salomé, a épousé Zébédée et a eu deux fils : Jean et Jacques (le Majeur, dont on vient de parler).
La seconde, aussi appelé Jacobé, est l’épouse d’Alphée dont elle a eu quatre fils : Jacques (le Mineur), Simon, Joset et Jude, soit les frères de Jésus dans les évangiles, qui deviennent alors ses cousins. Dans l’Évangile de Jean, elle est la femme de Clopas. On en conclut qu’Alphée s’appelait également Clopas.

Du coup, d’un personnage secondaire, Jacques émerge dans la lumière. Jacques le Mineur est Jacques le Juste, frère du Seigneur, qui dirigea la communauté de Jérusalem à la mort de Jésus. Il prit la tête du mouvement chrétien en essayant de lui garder une connotation juive. D’après Flavius Josèphe, dans le livre XX des Antiquités juives, il sera lapidé en 62.

Ayant appris la mort de Festus (60 à 62), l’empereur envoya Albinus (62 à 64) en Judée comme procurateur. Le roi enleva le pontificat à Joseph le grand-prêtre et donna la succession de cette charge au fils d’Anan, nommé lui aussi Anan…. [Il] était d’un caractère fier et d’un courage remarquable ; il suivait, en effet, la doctrine les sadducéens, qui sont inflexibles dans leur manière de voir si on les compare aux autres Juifs, ainsi que nous l’avons déjà montré. Comme Anan était tel et qu’il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus était mort et Albinus encore en route, il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d’avoir transgressé la loi, et il les fit lapider.

Le successeur de Jacques, si on en croit la tradition, ne sera personne d’autre que son frère Simon… un autre apôtre, nommé de Zélote. Donc, les derniers apôtres cités, Jacques, Simon et Jude seraient les frères de Jésus. J’ai consacré un article aux frères de Jésus.

Le professeur James Tabor (universités de Caroline du Nord et de Notre-Dame) dans son livre la « Véritable histoire de Jésus » va plus loin dans cette voie. Pour lui, Alphée ou Clopas serait le frère de Joseph et aurait épousé Marie, mère de Jésus, à la mort de Joseph. Les frères de Jésus seraient bien ses frères par la chair. Une dynastie constituée de ses frères aurait dirigé son mouvement à sa mort. Nous allons voir que cette théorie n’est pas sans fondement.
Si Simon était bien un zélote, il a dû prendre part à la guerre de 66-70 contre les Romains et la communauté de Jérusalem aura disparu.

Les Maries

Que disent les évangiles des différentes Maries (citations reprises de Wikipédia). Elles se trouvaient au pied de la croix lors du supplice de Jésus et elles ont accompagné son corps vers le tombeau.

  • Mt 27,56 : « Parmi les femmes qui étaient au pied de la croix, il y avait Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph , et la mère des fils de Zébédée (Salomé). »
  • Mt 28,1 : « Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. »
  • Mc 15,40 : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, parmi elles Marie de Magdala, et Marie, mère de Jacques le petit et de Joset , et Salomé… »
  • Mc 15,47 : « Or Marie de Magdala, et Marie, mère de Joset regardaient où on l’avait mis.»
  • Mc 16,1 : « Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques , et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus. »
  • Jn 19,25 : « Près de la croix se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. »
  • Lc 24,10 : « Celles qui dirent ces choses aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie, mère de Jacques, et les autres qui étaient avec elles. »

On remarque que Salomé est nommé, par contre, on ne connaît pas le nom de la « mère de Jacques » et la mère de Jésus n’apparaît pas dans ces listes, sauf dans l’Évangile de Jean (en gras). Ce qui est très étrange. Sauf si Marie mère de Jacques et de Joset est aussi la mère de Jésus (passage souligné).

On m’opposera que Jésus sur la croix a confié sa mère à l' »apôtre qu’il aimait » et qu’il ne l’aurait pas fait si sa mère avait eu un mari ou un enfant pour prendre soin d’elle. Mais cet épisode n’est raconté que par le seul Évangile de Jean. Évangile dans lequel Jésus est crucifié le jeudi, lors que sa troisième visite à Jérusalem. Alors que les autres évangiles situent sa mort le vendredi, lors de son premier séjour à Jérusalem.
La vie de Jésus a été construite par la tradition à partir d’éléments disparates. Sa naissance a été empruntée à l’Évangile de Luc, son ministère à l’Évangile de Matthieu et ses dernières paroles à l’Évangile de Jean. La vie de Jésus est un récit théologique et hagiographique, pas une biographie écrite par un historien.

Que sont devenues les Maries ?

La légende raconte que Salomé, Jacobé et Marie de Magdala (Marie-Madeleine) ont pris place dans une barque en pierre, sans voile ni gouvernail (tiens, tiens) qui aurait accosté dans le sud de la France dans le village qui porte aujourd’hui le nom de Saintes-Marie de la Mer, en Camargue.
Leurs reliques ont été découvertes de 1448 par le roi René, comte de Provence, roi de Naples et de Sicile. Le tombeau de Marie de Magdala est vénéré dans une grotte, où elle se serait retirée, à Plan-d’Aups-Sainte-Baume dans le département du Var.

Pour ajouter à la confusion

Vers le IVe siècle, des listes des apôtres et des disciples ont fleuri dans le monde chrétien. Ces recensions sont largement différentes et nous laissent dans l’indécision la plus complète. Mais nous ne sommes pas les seuls à nous y perdre. Que penser de saint Épiphane de Salamine (315-403), père de l’Église, lorsqu’il arrive au neuvième apôtre :

9. Jacques surnommé Thaddée, frère du Seigneur selon la chair, …

10. Thaddée dit aussi Lebbée,  frère du précédent, surnommé Jude de Jacques…

11. Jude, frère du Seigneur, à la suite de Jacques son frère…

Jacques est nommé Thaddée, Thaddée est nommé Jude… et Jude comme l’appelle-t-on ?
Pour Épiphane, Jacques et Jude, de même que Thaddée, sont bien les frères de Jésus… saint Jérôme n’était pas encore passé par là.

L’empire mongol

La période dont je vais parler est pour le moins déconcertante. À une guerre dévastatrice sans précédent, va succéder une ère de paix, de prospérité et de tolérance. À la disparition quasi complète de l’islam en Asie, va succéder sa résurrection et son renforcement.

Empire mongol à son apogée. (En jaune les peuples nomades asservis, les flèches indiquent les routes commerciales)

Gengis Khan

Temudjin est né dans une tribu mongole nomade de la vallée de l’Onon, dans le nord de la Mongolie actuelle, vers 1162. Il est le deuxième fils d’un chef de clan et n’est pas appelé à une grande destinée. Et pourtant ! Lorsque son père meurt, la direction de la tribu est assurée par un autre clan. Temudjin se réfugie dans la tribu de son épouse, Börte dont il aura quatre enfants : Jochi, Djaghataï, Ogödei et Tolui. Comme on le verra, le pouvoir de l’empire que Temudjin va créer sera partagé uniquement par les descendants de ses quatre fils.

Börte est capturée par les Merkit, d’autres Mongols probablement christianisés, qui se vengent d’un affront que le père de Temudjin leur avait fait. En reconquérant son épouse, Temudjin pose les bases de son prochain empire. Ses alliés lui fournissent des guerriers et il remporte sa première victoire qu’il fait connaitre aux quatre coins de la steppe pour convaincre les nomades à se rallier à lui, leur promettant protection et richesse. Et ça marche ! Il parvient à fédérer la plupart des tribus nomades par alliance ou par la force.

En 1201, il se fait élire Gür Khan, « souverain universel » et son influence va grandissant grâce à ses nouvelles conquêtes. En 1205, toutes les tribus se sont ralliées à lui, il est sacré Gengis Khan, l’empereur océanique ou universel.

Après les conquêtes, l’administration. Il a enrôlé dans son armée les guerriers des différentes tribus, il charge les élites de ces tribus d’établir le registre des possessions, de prélever les taxes et de répartir les bénéfices.

En 1211, fort de l’appui des pouvoirs frontaliers dont les Kirghiz et les Ouïgours, il s’attaque à l’empire chinois. En 1215, il prend Zhongdu (Pékin) mais il faudra encore 19 ans, pour contrôler tout l’Empire. C’est une tâche qu’il confie à ses généraux, ses compagnons d’armes de la première heure.

Un peuple nomade lui échappe toujours, les Turcs kiptchak qui fuient vers l’ouest. Gengis Khan envoie une armée à leur poursuite. Elle va dévier vers le nord et s’attaquer aux principautés russes de Kiev et de Moscou, puis aux Hongrois, aux Polonais et aux Chevaliers Teutoniques. La frontière ouest se dessine.

Le calme est revenu à l’est et dans les steppes. Le commerce peut reprendre : un accord est passé en 1218 avec le shah du Khwarezm, établi dans l’Iran actuel, qui protège l’empire abbasside. C’est un accord de paix et un accord commercial. (voir l’article sur l’Empire abbasside)

Malheureusement, la même année, une caravane venant de Mongolie est attaquée et pillée à la frontière du Khwarezm. Les deux caravanes suivantes subissent le même sort. Genghis Khan demande alors réparation, mais sa requête ne reçoit pas de réponse. Humilié, il décide de châtier le coupable… et de quelle façon. Une formidable armée se met en route vers l’empire abasside dévastant tout sur son passage, elle rase les villes et massacre les habitants dans le but de transformer les terres cultivées en pâturages. Ils sont, et resteront des nomades. Le shah de Khwarezm s’étant enfui, une partie de l’armée mongole le poursuit continuant sa dévastation. Les Mongols vont parcourir près de 20.000 km, partis de la mer d’Aral, ils vont arriver sur la Volga après avoir vaincu les Iraniens, les Géorgiens et enfin les Turcs kiptchak (1223) qui occupaient l’Ukraine.

Entre-temps, Genghis Khan était retourné en Mongolie et il meurt vers 1227 lors d’une campagne en Chine ou… empoisonné par une nouvelle épouse. Il avait 65 ans.

L’art de la guerre

L’Histoire a retenu des Mongols une extrême violence envers les peuples vaincus. Cette image s’applique surtout à l’invasion de l’empire abbasside provoqué par la trahison du shah du Khwarezm. Certains historiens parlent de 40 millions de morts, dont 10 millions en Chine, soit plus de 12% de la population. Ces chiffres sont invérifiables, mais semblent excessifs. Prenons un exemple : la ville de Merv, aux mains des Khwarezmiens (ou Khorezmiens), actuellement au Turkménistan, se situait sur la Route de la soie. La ville et ses environs auraient compté 500.000 habitants. Ce qui semble énorme. Paris à la même époque abritait moins de 200.000 personnes. Soit ! Un document de l’époque de prise de Merv parle d’un million de personnes massacrées lors de la prise de la ville. Un million de morts dans une ville de 500.000 habitants ! Mais l’absurde ne s’arrête pas là. Le même document raconte que chaque guerrier mongol a reçu 400 prisonniers qu’il a dû exécuter. Un rapide calcul nous permet de savoir que les Mongols n’étaient de… 2.500 ! Où est l’erreur ?

En fait, les Mongols appliquaient les mêmes lois de la guerre que tous les peuples de l’époque : si la ville ouvrait ses portes, elle payait un tribu et des otages étaient emmenés, si elle résistait, les hommes étaient exécutés, les femmes et les enfants vendus comme esclaves. Mais les Mongols épargnaient souvent leurs ennemis pour les incorporer dans leur armée.

Les Mongols terrifiaient leurs adversaires pour les forcer à la reddition : ils propageaient eux-mêmes les histoires de massacres. De plus, chaque cavalier possédaient quatre ou cinq chevaux et lors d’une charge, tous les chevaux étaient lancés au galop, montés ou non. Ce qui provoquait la panique. L’approche d’une ville commençait toujours par cette parade. Ils étaient très disciplinés contrairement à ce que leur chevauchée laisse à penser. C’était une de leur force. Une autre caractéristique étaient leur réseau d’éclaireurs ou d’espions si l’on veut.

Les Mongols étaient passés maître dans la prise des villes (art de la poliorcétique) grâce aux techniques apprises des Chinois : machines de siège et utilisation de la poudre à canon.

Le hordes mongoles

La première idée qui vient à l’esprit quand on évoque une horde est celle d’un groupe de personnes indisciplinées causant des dommages par sa violence… C’est aussi la première définition du dictionnaire Larousse. Les hordes mongoles n’ont rien à voir avec cette définition.

Écoutons ce qu’en dit Guillaume de Rubrouck, un moine franciscain, ambassadeur du roi de France Louis IX vers 1250 : « Je crus voir s’avancer vers moi une grande cité, avec des chariots portant les maisons… La quantité de bétail, bœufs et chevaux… La multitude de moutons… »

Les hordes étaient le centre administratif itinérant des Mongols. Leur empire n’était pas dirigé au départ d’une ville. Ce sont des nomades. La configuration de la horde dépendait des circonstances : une longue file en mouvement, en cercles concentriques à l’arrêt.

Le même concept existait chez les Bédouins : la smala. Le terme est passé dans le langage populaire dans le sens de la « famille », mais à l’origine, c’est le centre administratif des nomades. Ainsi, le 16 mai 1843, les troupes françaises ont attaqué la smala d’Abd el-Kader, grande figure de la résistance à la conquête de l’Algérie.

Les successeurs de Gengis Khan

La dynastie
  • Ogodeï (1186-1241), son fils et successeur en tant que Grand Khan (règne sur la Chine et la Mongolie).
  • Djaghataï, un autre fils reçoit la Transoxiane.
  • Son petit-fils Batou (fils de Jochi) dirige la Horde d’Or en Sibérie et en Russie.
  • 1251 : Möngke (fils de Tolui 1209-1259) devient Grand Khan.
  • Hülegü, frère de Möngke, poursuit les opérations militaire au Proche Orient. Il va créer l’État des Ilkhanides.
  • 1260 : Kubilaï (frère de Möngke 1215-1294) devient Grand Khan, puis empereur de Chine. Il y crée la dynastie des Yuan.
Les conquêtes

En 1236, le fils de Gengis Khan et son successeur, Ogodeï décide de revenir à l’ouest, non plus pour punir, mais pour conquérir. Cette fois il passe par l’Inde, l’Iran, asservit la Russie, la Pologne, la Hongrie et  les Balkans. Ses troupes dévastent la Thrace et mènent des raids jusqu’en Lituanie. La Russie ne se débarrassera des Mongols qu’en 1480, sous Ivan III et les vaincra définitivement au XVIe siècle sous Ivan IV dit le Terrible. Les Mongols, soutenus par les Ottomans se maintiendront en Crimée, ce sont les Tatars actuels.

Devant le danger, l’empereur byzantin privilégie la diplomatie. Il lui envoie des cadeaux et marie deux de ses filles à des généraux mongols.

En 1256, le mongol Hülegü, khan d’Iran, prend la forteresse d’Alamut, le repère de l’ordre des Assassins, se débarrassant ainsi des Ismaéliens que les Seldjoukides n’avaient jamais pu vaincre. (voir l’article sur les Ismaéliens) Continuant sa conquête vers l’ouest, il prend Bagdad en 1258, tue le calife, mettant fin au califat des Abbassides. Il est probable que la tête du calife alla grossir les pyramides de crânes qui s’entassaient devant les villes prises par les Mongols pour apeurer leurs adversaires.

Le voici maintenant en Syrie, où il prend Damas et Alep. Il y laissa une petite garnison commandée par un chrétien, Kitbuga, car son frère, le grand khan vient de mourir et il espère bien devenir le nouveau chef de tous les Mongols.

Jusque là, les croisés avaient entretenu de bonnes relations avec les Mongols. L’Arménie et le prince d’Antioche, Bohémond VI, avaient même conclu une alliance avec eux en 1260.

Les Mongols et les chrétiens

Les chefs mongols étaient des personnages cultivés. Ils s’intéressaient à tout, toutes les ambassades étaient les bienvenues, les ambassadeurs étaient conviés à exposer leurs connaissances. La tolérance régnait en maître à la cour mongole : toutes les religions s’y côtoyaient, le bouddhisme et le christianisme surtout nestorien, le taoïsme et le chamanisme. On se rappellera que les chrétiens nestoriens chassés de l’Empire romain s’étaient réfugiés à l’est. (voir l’article) Chacun pouvait exposer sa doctrine et des discussions théologiques s’ensuivaient. Le grand khan Mongke ne déclare-t-il pas : « Nous croyons qu’il n’y a qu’un seul dieu. Mais, comme Dieu a donné à la main plusieurs doigts, il a donné de même aux hommes plusieurs voies ». Sa mère était une chrétienne. Hülegü, son frère avait une épouse chrétienne.
L’islam ne bénéficie pas du même engouement. Les Mongols le jugeaient intolérant et la charia s’opposait à la loi édictée par Genghis Khan : le yasaq ou Grande Loi. Dans cette loi, la liberté religieuse était acquise, le voleur n’avait pas la main tranchée, mais devait rembourser le montant du vol multiplié par 10.

En 1254, Louis IX, Saint-Louis, envoie un ambassadeur, le père franciscain Guillaume de Rubrouck, en Mongolie. Celui-ci a rédigé un compte rendu d’un débat, auquel il a assisté, opposant le catholicisme qu’il défendait, le christianisme nestorien, le bouddhisme et l’islam.

Les ambassades furent nombreuses entre l’Occident et les Mongols. On possède encore aujourd’hui plusieurs courriers qui ont été échangés entre les khans, les papes, les rois de France Louis IX et Philippe le Bel, ainsi que les rois d’Angleterre. Les lettres nous renseignent sur l’évolution des relations entre les Mongols et l’Occident. Au départ c’était l’incompréhension : le grand khan revendiquait la souveraineté universelle tandis que le pape lui enjoignait de venir s’agenouiller devant lui.

Voici la lettre, écrite en persan, du Mongol Güyük, fils d’Ogodeï, au pape Innocent IV qui l’avait traité de barbare et d’assassin (1246) :

À présent, vous devez dire d’un cœur sincère : nous serons vos sujets, nous vous donnerons notre force. Toi, en personne, à la tête des rois, tous ensemble et sans exception, venez nous offrir service et hommage. À ce moment-là, nous connaîtrons votre soumission. Et si vous n’observez pas l’ordre de Dieu et contrevenez à nos ordres, nous vous saurons nos ennemis. 

En 1260, Kubilaï Khan envoie une missive au contenu identique au roi de France Louis IX. Elle nous est connue par la chronique de Jean de Joinville. Le début est trompeur…

C’est une bonne chose que la paix ; car en terre de paix ceux qui vont à quatre pieds mangent l’herbe paisiblement ; et ceux qui vont à deux, labourent la terre paisiblement. Et nous te demandons cette chose pour t’avertir : car tu ne peux avoir la paix si tu ne l’as pas avec nous. Le prêtre Jean se leva contre nous (?), et … [liste de rois] et tous nous les avons passés au fil de l’épée. Ainsi, nous te demandons que chaque année tu nous envoies assez de ton or et de ton argent pour que tu nous retiennes comme ami. Si tu ne le fais pas, nous te détruirons toi et tes gens, ainsi que nous avons fait de ceux que nous avons ci-devant nommés. 

L’envoyé de Louis IX auprès des Mongols, Guillaume de Rubrouck, l’avait averti de la duperie des Mongols.

Les Mongols sont déjà si gonflés d’orgueil qu’ils croient que le monde entier voudrait faire la paix avec eux. A la vérité, si cela m’était permis, dans le monde entier, de tout mon pouvoir, je prêcherais la guerre contre eux…
En effet, ils n’ont jamais conquis aucun pays par la force, mais uniquement par la ruse.
C’est parce que les gens font la paix avec eux que sous le couvert de cette paix ils les détruisent.

Ensuite, les relations se firent plus cordiales, plus humbles : les Mongols avaient besoin d’aide et attendaient des occidentaux l’envoi d’une nouvelle croisade.

La fin de l’expansion

Alors que les Mongols tolérants occupent l’Iran, l’Irak, la Syrie et avaient mis fin au califat, les croisés qui pouvaient être les grands bénéficiaires de ces conquêtes, commirent une grave erreur stratégique. En 1260, alors que tous les khans sont retournés en Chine pour choisir leur chef, Mongke étant mort, ils donnèrent leur accord à l’armée égyptienne de Baybars pour qu’elle traverse leurs territoires sans être inquiétée, alors que le sultan était leur ennemi. Ils assurèrent même son ravitaillement et permirent ainsi la victoire des mamelouks sur un contingent mongol de 15.000 hommes laissé en Syrie sous le commandement d’un chrétien. La bataille a eu lieu à Ayn Jalut, en Palestine. L’histoire n’a pas encore expliqué cette stratégie suicidaire.

À la mort du grand khan Mongke, Kubilaï Khan, son fils, prend le pouvoir. C’est ce souverain que Marco Polo aurait rencontré. L’empire mongol s’étend alors sur quatre régions (ulus) : (1) la Chine, (2) l’Asie centrale, (3) la Russie dominée par la Horde d’Or, et (4) le khanat des Ilkhans (vice-roi), qui va de l’Iran à l’Anatolie (voir la carte). Chaque région est dirigée par un descendant des fils de Gengis Khan. Ces provinces en principe sont vassales du grand khan qui réside à Pékin, mais bientôt, elles vont s’affranchir de sa tutelle et connaître des destinées diverses.  Ainsi, la Horde d’Or va se diviser et donner naissance, entre autres, au khanat de Crimée dont les Tatars sont aujourd’hui les descendants. Le plus vaste empire jamais constitué n’aura duré que cinq générations avant de se morceler.

Pour les chrétiens, la fin est proche. En 1291, la ville d’Acre, leur dernier bastion en Palestine tombe aux mains des musulmans d’Égypte qu’ils avaient aidé à vaincre les Mongols.

Après leurs victoires sur les Mongols et les chrétiens, les mamelouks deviennent maîtres de la Syrie en plus de l’Égypte. Plus à l’est, l’Iran reste aux mains des Mongols mais le véritable pouvoir est aux mains de ministres et gouverneurs musulmans.

La pax mongolica

Leur tolérance a permis un brassage de peuples sans précédent, leur armée étant composée de combattants venant de tous les territoires conquis. Les élites locales continuaient à administrer la région et rapportaient aux fonctionnaires mongols itinérants.

De par l’étendue considérable des territoires sous la domination mongole, les routes commerciales utilisées par les marchands étaient devenues sûres, ce qui permit un accroissement considérable des échanges depuis la Chine jusqu’à l’ouest de l’Europe. Tous les pays d’Eurasie en tirèrent profit et s’enrichirent.
Le nombre de postes de péage qui freinaient le commerce s’était fortement réduit. On peut parler d’un début de mondialisation des échanges.
Les lettres de change, les dépôts bancaires et les assurances en se multipliant ont facilité le commerce sur de longues distances. L’armée était garante de la sécurité des routes qui ont été balisées.

Les poids et mesures ont été standardisés dans l’empire. Il faudra attendre la révolution française pour qu’une proposition de normalisation des poids et mesure, introduisant le mètre, soit déposée. Mais ce n’est qu’en 1837 que le changement a été appliqué… 17 ans après les Pays-Bas (qui à l’époque incluaient la Belgique). L’Espagne et ses colonies adoptèrent la système métrique en 1849.

Un système postal très rapide longeait les voies commerciales. Les Mongols restaient d’habiles cavaliers.

Mais tout a une fin. Vers le milieu du XIVe siècle, les territoires dominés par les Mongols se morcelèrent en khanats rivaux suite aux successions, certains khans devinrent musulmans et renoncèrent à la tolérance. Et surtout, la peste bubonique (peste noire) ravagea l’empire se propageant d’autant plus rapidement que les régions étaient interconnectées.

Macro Polo à la cours de Kubilaï Khan

Marco Polo (1254-1324) alors âgé de 17 ans, part effectuer un voyage de 24 ans qui le mènera à la cour de Kubilaï Khan. A son retour en 1295, il prend part à la guerre qui oppose sa ville de Venise à la ville de Gênes. Il est fait prisonnier. C’est dans les geôles de Gênes qu’il dicte à son codétenu le compte rendu de son expédition : le Livre des merveilles. Il est le premier Européen à mentionner le Japon et à décrire le papier monnaie. Bien qu’il n’hésite pas à mentionner dans son récit que certains événements lui ont été racontés et qu’il ne les a pas vécu, comme l’histoire du Vieux de la Montagne, le grand maître de l’Ordre des Assassins, ordre détruit en 1256 par les Mongols, certains doutent de la véracité de toute son histoire pour la simple raison qu’il ne parle pas de la Grande muraille alors qu’il prétend avoir été enquêteur-messager de l’empereur dans toute la Chine et que son apprentissage s’est déroulé à Ghanzhu… au pied de la muraille.

Gengis Khan controversé

En 2021, devait s’ouvrir une exposition consacrée à l’Empire mongol au musée d’Histoire de Nantes. Mais il faudra attendre 2024 pour voir l’exposition « Fils du Ciel et des steppes : Gengis Khan et la naissance de l’Empire mongol ». Pourquoi se retard ? La faute en revient à la Chine qui devait collaborer à l’exposition en fournissant 225 pièces rares du XIIe et XIVe siècle. Les Chinois ont exigé que certains mots disparaissent des documents officiels comme « Gengis Khan » et « Empire mongol« . Ils ont ensuite exigé de contrôler l’ensemble des productions comme les textes, la cartographie, le catalogue et la communication. Leur objectif était de faire disparaître toute référence aux Mongols… de réécrire l’histoire de la Chine.

La Chine ne renie pas la dynastie Yuan qui a régné de 1234 avec Kubilaï Khan à 1368, elle refuse de considérer cette dynastie comme mongole, pour elle, c’est une dynastie chinoise ! En Chine, les Mongols, les Tibétains, les Ouïgours sont des peuples de seconde importance qu’il faut à tout prix convertir en vrais Hans parlant mandarin.

Une mosquée chrétienne ?

A l’est de Jérusalem, se trouve une étrange mosquée flanquée d’un minaret. On y voit souvent des chrétiens prier et on peut même apercevoir, à certaine occasion, un cortège de prêtres, chantant des psaumes, entrer dans le bâtiment.

C’est la Mosquée de l’Ascension. Quarante jour après Pâques, le jour de l’Ascension, elle est réservée au culte catholique. Une messe y est célébrée.

A l’intérieur, accessible tous les jours pour les chrétiens et les musulmans, se trouve une pierre où, avec beaucoup d’imagination, on décèle une trace de pas. Ce serait de là que Jésus se serait élevé aux cieux. Cet événement est reconnu par l’islam et le christianisme.

Dieu dit : « Ô Jésus, en vérité, je vais te rappeler à moi, t’élever vers moi… » (Co. 3, 55)

Puis, il (Jésus) les (les apôtres) emmena jusque vers Béthanie et levant les mains, il les bénit. Or comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. (Luc 24, 50-51)

Seul l’Évangile de Luc raconte cette montée au ciel. Elle ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de l’Évangile de Marc, qui s’arrête à la visite au tombeau vide, mais bien dans sa version longue.

Trace de l’ascension de Jésus dans la mosquée de l’Ascension

Une première basilique aurait été construite sous le règne de l’empereur romain Constantin, ou un peu plus tard. Ce premier édifice a été détruit lorsque les Perses sassanides prirent Jérusalem en 614. Elle a été reconstruite dans la forme actuelle, en style roman, lors de l’occupation de Jérusalem par les croisés, au XIIe siècle. Après la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, l’édifice a été coiffé d’un dôme. L’église est devenue une mosquée.

Remarquons que Mahomet est également monté au ciel, pas à sa mort, mais lors d’une visite. La marque de son pied est visible dans le Dôme du Rocher, auquel j’ai consacré un article.

Le tombeau de Jésus (2me partie)

Toutes les photos sont extraites du film documentaire de Simcha Jacobovici « The lost tomb of Jesus », produit par James Cameron, le réalisateur du film Titanic.
NB : ce filmn’est pas de la fiction.

La tombe de Talpiot

En 1980, des ouvriers effectuant des terrassements pour la construction d’un complexe immobilier dans le quartier de Talpiot, au sud du grand Jérusalem, ont mis à jour une tombe.

Légendes (de gauche à droite) : découverte de la tombe lors des terrassements ; les bâtiments en cours de construction ; le complexe à l’heure actuelle.

La découverte

Les archéologues envoyés sur les lieux ont découvert un tombeau inviolé, contenant dix ossuaires, des urnes dans lesquelles les os des défunts étaient conservés. Les défunts étaient allongés sur un lit dans la tombe elle-même pour être préparés suivant le rite juif de l’époque. Lorsqu’il ne restait plus que les os, ceux-ci étaient placés dans un ossuaire.

Légendes (de gauche à droite) : l’intérieur de la tombe ; l’évacuation des ossuaires ; l’entrepôt des ossuaires de l’Israël Antiquities Authority ; les ossuaires de la tombe. Le personnage à droite sur la photo est le réalisateur du film, Simcha Jacobovici.

Jusque là, tout va bien. Les procédures ont été respectées, les urnes sont stockées dans les entrepôts de l’Israël Antiquities Authority , avec toutes les autres pour être analysées.

Légendes (de gauche à droite) : un ossuaire non nettoyé et l’ossuaire marqué Jésus/Josué fils de Joseph

Les ossuaires

Six des dix ossuaires portent des gravures nominatives.
Le premier ossuaire est nettoyé de la patine qui le recouvrait et l’inscription qu’on y lit est « Yeshoua bar Yossef » : Jésus (ou Josué), fils de Joseph. Rien de bien extraordinaire de voir ces deux prénoms associés. Dans l’antiquité, ce sont deux prénoms très courants : dans l’ordre des prénoms utilisés : Simon (Shimon), Joseph (Yossef), Judah (Yehoudah), Eléazar, Jean (Yokhanan) et Josué (Yeshoua). Chez les femmes : Marie (Mariam) puis Salomé… les seuls prénoms féminins dans les évangiles.
La suite est plus surprenante : on retrouve des ossuaires de deux Marie, d’un Matthieu (Mattathias ou Matya en araméen), d’un Joseph et d’un Judah, fils de Jésus/Josué !
Un ossuaire a disparu.
A l’analyse des noms, il apparaît qu’il y a une chance sur 600 pour que le tombeau ne soit pas celui de la famille de Jésus. James Tabor, professeur à l’université de Caroline du Nord à Charlotte, a (fait) calculé que la chance d’avoir une famille de six personnes ayant ces noms est de 1/253.000… Or il y avait 50.000 habitants à Jérusalem à cette époque.

La plupart des inscriptions sont en araméen. Mais à la place de Mariam, on lit « Maria« , la forme latinisée.

L’autre Marie est gravée « Mariamenon Mara« .
Dans les Actes de Philippe (94, 2), un apocryphe de la fin du IVe siècle, au plus tôt, Marie-Madeleine est nommé « Mariamne« .
Plus étonnant, « Mara » est le féminin de « Mar », le maître, qui deviendra le saint en syriaque. Plusieurs monastères portant le nom d’un saint, se nomment « Mar… ». Jean Damascène (676-749), après avoir travaillé pour les califes omeyyades s’est retiré dans le monastère Mar Saba près de Jérusalem.

Joseph n’est pas écrit « Yossef », comme sur l’urne « Jésus fils de Joseph », mais « Yosé« … qui est le nom donné à un frère de Jésus dans les évangiles.

La découverte devient trop compromettant, Israël ne veut pas s’immiscer dans un problème théologique : les os sont inhumés dans des endroits tenus secrets. Il n’y aura pas de tests ADN.
Fin de l’histoire ?

L’ossuaire disparu

Mais qu’est devenu le dixième ossuaire ?

En 2002, un ossuaire apparaît sur le marché des antiquités. Il porte la mention « Yaakov bar Yosef akhui di Yeshua« , soit « Jacques fils de Joseph frère de Jésus ». On ne connaît pas d’autre cas où un nom est associé à celui de son frère.

Jacques fils de Joseph frère de Jésus

Cette trouvaille suscite de très vives polémiques entre les experts. La patine indique que cet ossuaire provient bien de la tombe de Talpiot. Mais l’inscription est-elle un faux ? Les experts ne sont pas d’accord.

Comparaison des patines

En décembre 2004, après avoir exhibé l’ossuaire à travers le monde, Oded Golan, un collectionneur est arrêté par la justice israélienne pour être l’auteur ou le commendataire de plus d’une douzaine de faux sur des objets antiques. Deux d’entre eux ont une valeur historique majeure : l’ossuaire de Jacques et une tablette de pierre gravée qui raconte la rénovation du temple de Salomon par le roi Josias. Ce serait la seule preuve historique de l’existence de ce temple.

Le 14 mars 2012, la justice israélienne rend un verdict de non-lieu dans le procès qui opposait l’État israélien au collectionneur Oded Golan et au vendeur d’antiquités Robert Deutch. L’accusation n’a pas pu apporter de preuves « au-delà du doute raisonnable » que l’ossuaire était un faux. Mais rien ne prouve que les objets sont authentiques.

Oded Golan a néanmoins été condamné pour violation des lois sur les antiquités et possession d’objets volés. L’Israël Antiquities Authority (IAA), qui avait porté plainte, se dit satisfait de l’issue du procès.

Conclusions

Avec cet ossuaire retrouvé, la probabilité que le tombeau ne soit pas celui de la famille de Jésus passe à une chance pour 30000. Et la chance d’avoir une famille de sept personnes ayant ces noms est de 1/42.000.000, d’après James Tabor.

L’IAA a fait sceller la trappe qui permettait d’accéder au tombeau. Fin définitive de l’histoire.

La trappe d’accès au tombeau

Le tombeau de Jésus (1ère partie)

Contexte des évangiles

Que nous apprennent les évangiles sur le tombeau de Jésus ?

Jésus est crucifié entre deux bandits (Mt. 27, 38). Jésus mort est enveloppé d’une pièce de lin et déposé dans le tombeau de Joseph d’Arimathée ou d’Arimathie (Mt. 27, 59-60).

Marc nous dit que la crucifixion a lieu au Golgotha, qui signifie le lieu du Crâne. Il confirme l’intervention de Joseph d’Arimathée.

Luc ajoute que la tombe a été taillée dans le roc (23, 53).

Pour Jean, le Golgotha est proche de la ville de Jérusalem (19, 20). Jésus « est entouré de bandelettes avec des aromates, suivant la manière juive d’ensevelir » (19, 40). Les autres évangiles disent que le corps de Jésus n’avait pas été préparé : les femmes se rendent au tombeau le lendemain du shabbat, après avoir acheté des aromates.
Jean précise : « A l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et dans ce jardin, un tombeau tout neuf où personne n’avait été déposé » (19, 41).

Notons que tous les évangiles ont une interprétation différente de l’écriteau placé sur la croix.
« Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » (Mt. 27, 32).
« Le roi des Juifs » (Marc 15, 26).
« C’est le roi des Juifs » (Luc 23, 38)
« Jésus le nazoréen, le roi des Juifs » (Jean 19, 19).

Aucun évangile ne dit que Jésus a été cloué sur la croix.
Mais après la résurrection, Luc dit « Regardez mes pieds et mes mains, c’est bien moi. (24, 39).
Jean est plus explicite, il fait dire à Thomas, appelé Didyme : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirais pas [en la résurrection] » (20, 25). Thomas et Didyme veulent dire « jumeau » en araméen et en grec.

Si on peut déduire que Jésus a été cloué, aucun évangile ne nous renseigne sur l’opération de descente de la croix qui devait être une tâche particulièrement délicate. Les légionnaires romains utilisaient des clous de section carrée de 17 cm de long, les légionnaires étant astreints aux travaux de génie civil. (voir l’article sur le crucifixion)

Le Saint-Sépulcre

Au concile de Nicée (325), l’empereur romain Constantin (272-337), à la demande des évêques, décide de financer la construction de lieux de culte pour honorer la mémoire des endroits marquants de la vie de Jésus. Malheureusement, la ville de Jérusalem a subi de nombreux bouleversements en 70 et 135-137 qui l’a rendue méconnaissable. Trois bâtiments vont être construits : l’église de la Nativité à Bethléem, la basilique de l’Ascension sur le Mont des Oliviers et la basilique de la Résurrection à Jérusalem.

Pour l’église de la Nativité, une grotte fut choisie conformément à l’Évangile de Matthieu, alors que celui de Luc raconte que Marie a accouché chez elle à Bethléem où elle résidait avec Joseph.
Sur le Mont des Oliviers, le choix s’est porté sur un endroit où la roche présentait ce qui semblait être des traces de pied !
La basilique de la Résurrection, Anastasis en grec, sera construite à la place du temple de Vénus, en mauvais état, au nord du forum de Jérusalem, construit sous l’empereur Hadrien (117-138). Cette basilique deviendra le Saint-Sépulcre. A l’époque, elle ne ressemblait pas à ce qu’elle est devenu à force de réparations et de reconstructions : elle a été détruite par les musulmans en 1009 et fragilisée par des tremblements de terre ou des incendies accidentels.

Topologie des lieux
Le Golgotha

Quand ils entrent dans l’église, les fidèles se précipitent juste en face pour vénérer la Pierre de l’Onction, là où Jésus aurait été « entouré de bandelettes avec des aromates« , d’après l’Évangile de Jean. En fait, cette pierre aurait été ajoutée au XIIe ou XIIIe siècle, alors que les Croisés occupaient les lieux.

Sur la droite, six ou sept marches permettent d’accéder au mont Golgotha. Une petite excroissance, où il est impossible de dresser trois croix côte à côte, comme l’affirment les évangiles. Le mont a une hauteur de 11 mètres dont seuls une partie émerge dans l’église. Il se situe à 35 mètres de la tombe proprement-dite. Il faut noter qu’aucune mémoire juive ne se souvient d’un endroit appelé Golgotha (le crâne en araméen) dans les environs de Jérusalem.

Coupe du Saint-Sépulcre

A gauche de l’entrée, se trouve le tombeau de Jésus. Il est surmonté d’un édicule. Le tombeau, invisible, est 4,5 mètres plus bas que le niveau de l’église.

Les cinq dernières stations du chemin de croix, inauguré par les franciscains en 1220, se passent dans l’église-même. Selon la forme moderne instaurée en 1991 par le pape Jean-Paul II : Jésus est cloué sur la croix, Jésus promet son royaume au bon larron, Jésus confie sa mère à Jean, Jésus meurt sur la croix, Jésus est mis au tombeau.

Organisation des lieux

Quand on pénètre dans cette église, on a l’impression d’entrer dans un souk, richement décoré : c’est bruyant, il y a des « échoppes » partout. Ce capharnaüm est le résultat de l’organisation des lieux. Pas moins de six communautés chrétiennes se partagent l’édifice, d’où la profusion de chapelles, d’autels et de lieux de prière. On trouve donc des secteurs catholiques, tenus par des moines franciscains, des secteurs orthodoxes, d’autres occupés par les Églises arménienne, copte, syriaque et éthiopienne.
Les heures des prières et des processions sont rigoureusement régentés, pas question de chevauchement.
Ce partage est régi par une ancienne loi ottomane concernant les biens religieux, toujours en vigueur. Une règle particulière pose problème : une communauté perd le droit sur un espace si elle n’en fait pas usage. Les communautés essaient donc de s’étendre en catimini au détriment de leurs voisins. Récemment, les franciscains, profitant des fouilles israéliennes en sous-sol, ont occupé le lieu pour en faire une chapelle. Il y a des lieux de culte à tous les étages.

Des altercations entre prêtres sont fréquentes. Des pugilats ont éclaté parce qu’une communauté avait laissé la porte d’une chapelle ouverte lors de la prière d’une autre. La police israélienne doit parfois intervenir pour séparer les prêtres qui se tirent par la bure ou se frappent à coups de cierge, offrant un piètre exemple du « aimez-vous les uns les autres« .

Pour éviter certains risques, les successeurs de Saladin ont décidé de fermer l’église la nuit… et d’en confier les clés à deux familles musulmanes. A quatre heures du matin, se déroule un étrange cérémonial : un prêtre resté à l’intérieur de l’église passe une échelle par une ouverture en haut de la porte, un membre d’une famille musulmane monte sur l’échelle, le dépositaire de la clé la lui passe et la porte s’ouvre. Et l’opération inverse recommence le soir. NB : La serrure est placée trop haut pour y accéder sans échelle.

Le rôle d’Hélène, la mère de Constantin

Le tradition chrétienne raconte qu’Hélène, lors de sa visite à Jérusalem, a découvert les croix sur lesquelles Jésus et les deux brigands avaient été crucifiés, ainsi que les clous, la couronne d’épines, etc. (voir mon article sur les reliques) Par un miracle, différent chez chaque auteur, elle a pu identifier la « Vraie » croix.

Qu’en est-il historiquement ? On se fie ici à l’Histoire de Constantin écrite par Eusèbe de Césarée, après la mort de Constantin en 337. Hélène, morte en 330, a été envoyée par son fils Constantin pour superviser les travaux de construction à Jérusalem, probablement entre 326 et 328. C’est tout !

La légende de l’invention de la croix (du latin inventum, découverte) prend sa source dans l’éloge funèbre de l’empereur Théodose prononcé en 395 par l’évêque Ambroise de Milan. Par la suite, tous les continuateurs de l’ouvrage d’Eusèbe de Césarée, l’Histoire Ecclésiastique, vont reprendre, amplifier et améliorer (par des miracles) les dires d’Ambroise. Il faut noter que les écrits chrétiens sont de plus en plus « précis » au fur et à mesure qu’ils s’éloignent des événements.

Le miracle du feu sacré

Le samedi précédent la Pâque orthodoxe, le patriarche de Jérusalem s’approche de l’édicule du tombeau, se dépouille de ses habits de cérémonie, et comme un magicien, il fait constater qu’il n’a rien dans les mains et rien dans les poches. Il entre alors dans l’édicule, les portes se ferment… et quelques instants plus tard, il réapparaît brandissant une torche enflammée. C’est le miracle du feu sacré. Tous les fidèles présents allument leur torche de proche en proche. Ils sont en extase, se passent la flamme sur leur visage et prient à haute voix. (voir photo plus haut)

Polémique sur l’emplacement du tombeau

Les historiens « neutres » ne croient pas que le Saint-Sépulcre recouvre le tombeau de Jésus et le Golgotha. En 137, après avoir maté la révolte de Bar Kochba, l’empereur Hadrien fait raser la ville de Jérusalem, déjà mal en point après l’incendie de 70, et fait construire une ville romaine. Un axe nord-sud et un axe est-ouest sont tracés. Au nord-ouest de ces axes, le temple de Vénus est édifié. Au sud-ouest, se trouve le cantonnement de la Xe légion Fretensis, dont l’enseigne figure un sanglier (un porc !), tandis que l’est, l’emplacement du temple juif, voit s’ériger le temple de Jupiter capitolin, de Junon et de Minerve.
Jérusalem a vécu, Aelia Capitolina a pris sa place. Les Juifs sont chassés de la ville, cette interdiction d’accès s’adresse aussi aux juifs nazaréens, les disciples de Jésus.
Donc deux cents ans plus tard, plus personne ne pouvait identifier un lieu.

Il est peu probable que les Romains aient tracé le cardo maximus (N-S) et le decumanus maximus (E-O) hors de l’enceinte de l’ancienne ville. Donc, le temple de Vénus devait être dans Jérusalem-même, l’inverse contredirait les évangiles : on ne mélangeait pas les morts et les vivants, les tombes et les lieux d’exécution étaient à l’extérieur des villes.

Grâce à Flavius Josèphe, on connaît très bien l’emplacement des fortifications extérieures durant la guerre de 70. Malheureusement, le troisième rempart, le plus extérieur n’a été construit qu’en 41… après le événements relatés par les évangiles. Il y a donc doute sur l’emplacement du deuxième rempart. Ce doute profite aux chrétiens qui le dessine à l’est du Saint-Sépulcre, rejetant celui-ci hors des remparts.

L’emplacement du Golgotha ne nous est pas connu par la littérature juive. On ignore où il se trouvait… s’il a existé. il fut appelé le mont du Crâne car on y aurait découvert le crâne d’Adam lors de la crucifixion de Jésus.

Personne n’a jamais vu la tombe de Jésus. En février 2015, la police israélienne expulse les « touristes » et les prêtres et fait fermer le Saint-Sépulcre : l’édicule surplombant le tombeau est jugé dangereux et risque de s’effondrer. Des travaux auraient dû être entrepris depuis le 1947, les plaques de marbre se détachant. L’édicule est sous la responsabilité des orthodoxes mais aucune modification ne peut être entreprise sans le consentement des autres communautés.
La fermeture forcée emporta l’unanimité et des travaux de restauration ont été menés à l’automne 2016 : on a consolidé le bas de l’édicule. Les archéologues qui accompagnaient les ouvriers étaient des prêtres et Antonia Moropoulou, l’ingénieure chargée de la supervision des travaux, a bien spécifié que sa mission était de réparer, pas de chercher de l’ADN.
On y a découvert une première dalle de marbre datant du XIIe siècle et ensuite le morceau d’une seconde dalle datant du IVe siècle, date de la construction de la basilique. C’est tout.
Et une chape (de béton) s’est refermée sur le tombeau.

Le mont du Crâne (Gordon)

En 1883, un major anglais, archéologue amateur, en voyage dans la Palestine ottomane aperçoit au nord de Jérusalem une colline dont la forme lui fait penser à un crâne. Pas de doute, c’est le Golgotha !

Cette large colline est clairement à l’extérieur de la ville romaine. Dans les alentours, on trouve de multiples tombeaux creusés dans la roche. Des fouilles complémentaires ont permis d’identifier une citerne souterraine (1890) et un pressoir (1924), pressoir à huile se dit Gethsémani en araméen. Tout comme le Golgotha, le jardin de Gethsémani n’a pas pu être localisé par des données juives. Ces découvertes ont conduit à l’idée que des jardins se trouvaient à proximité, comme le dit l’Évangile de Jean.

Une tombe, la plus proche de la colline, a été baptisée la Tombe du Jardin et identifiée, par ses partisans, comme la tombe où Jésus aurait reposé.
Le terrain a été acheté par la Garden Tomb Association. Le fait que cette association britannique soit d’obédience protestante a nourri la critique des milieux catholiques.

Aujourd’hui, 100.000 personnes visitent la Tombe du Jardin contre plus d’un million pour le Saint-Sépulcre.

Conclusions

La foi, cet irrésistible besoin de croire, détruit la part logique de la pensée de l’individu.
Alors que les évangiles sont unanimes pour dire que Jésus a été placé dans le tombeau de Joseph d’Arimathie, qui fait office de père de substitution, les fidèles peuvent se recueillir sur le tombeau du dit Joseph dans un coin ouest du Saint-Sépulcre, une petite excroissance de l’église… en remerciement, je suppose !
Joseph serait mort en Bretagne romaine qu’il a évangélisée avec l’apôtre Philippe, y apportant le Saint-Graal. Mais c’est une autre histoire.

Judas

Voici un disciple de Jésus dont le nom est devenu synonyme de traître. Il a trahi son maître pour 30 pièces d’argent, somme dérisoire à l’époque.

Mais rien n’est clair autour de ce personnage.

Tout d’abord son nom : Judas Iscariote. Les traditionalistes interprètent ce nom comme Judas l’homme de Qeriyyot, une localité de Judée mentionnée dans le livre de Josué (15, 21-25) : «  <liste de villes>, Haçor-Hadatta, Qeriyyot-Hèçron – c’est Haçor – Amam, … »  « Isch » en hébreu signifiant « homme ».

On trouve également le nom de cette localité dans la stèle de Mesha, roi de Moab aux temps d’Omri, roi d’Israël. Dans ce cas, il s’agirait non plus d’une ville de Judée mais de Moab, à l’est du Jourdain :

J’emportai de là l’autel de Dodoh et je le traînai devant la face de Kamosh à Qeriyot où je fis demeurer l’homme de Saron et celui de Maharot.

NB : Kamosk est le dieu de Moab

Cependant, la plupart des chercheurs donnent à ce nom une tout autre connotation : Judas le sicaire. Les sicaires sont des activistes anti-Romains. Armés d’un petit poignard (sica en latin), ils profitent de l’anonymat de la foule, lors des marchés ou des pèlerinages, pour assassiner les « collaborateurs » de l’occupant romain. Ce qui ne doit pas nous étonner, ne trouve-t-on pas un Simon le Zélote dans l’entourage de Jésus ?
Judas est même qualifié de « zélote » dans l’apocryphe « Épître des Apôtres » daté de la fin du IIe siècle. Dans cette lettre, la liste des apôtres est curieuse : Jean, Pierre, Thomas, André, Jacques, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Nathanaël, Judas le zélote et Képhas. Il n’y en a que onze avec un Pierre et un Képhas.

Certains ergotent sur les appellations « sicaire » et « zélote », arguant que Flavius Josèphe n’utilise ces termes que pour décrire les révoltés de la guerre de 67-70. Ce serait donc un anachronisme d’utiliser ces termes pour une période antérieure. Rappelons tout d’abord que les évangiles ont été écrits après la révolte de 70. Ensuite, Flavius Josèphe décrit bien les zélotes comme une quatrième philosophie juive, avec les pharisiens, les esséniens et les saducéens, dont il situe l’origine lors de la révolte de Judas de Gamala en l’an 7 de notre ère, lors du recensement de Quirinus. Mais effectivement, il ne leur donne aucun nom. Ce n’est pas une raison pour nier l’existence de ces groupes avant la révolte de 70.

Mais pourquoi Judas, un Hébreu, dans un texte écrit en grec porte-t-il un surnom dérivé du latin ? Aussi, certains ont cherché une origine araméenne et ont trouvé « isqqarya »  qui signifie le traître ou le trompeur.

D’autres chercheurs  associent son nom à « Judéen », simplement. En latin Judéen se dit Judaeus et en grec Ioudaios. Ce qui fait penser à Judas. Donc, pour eux, le traître, ou plutôt les traîtres sont les Judéens, les Juifs. De plus, le salaire du traître, 30 deniers ou sicles est la valeur numérique de Yéhudah, «Judas » en hébreu, c’est une somme dérisoire, c’est le prix fixé dans l’Exode pour compenser la mort d’un esclave.

NB : En hébreu, les lettres sont également utilisées comme chiffres. Tout mot peut donc être interprété comme un nombre. C’est la base de la Kabbale.

Il ne faut peut-être pas chercher si loin : Judas est un nom très répandu en Judée. Jésus n’a-t-il pas un frère qui s’appelle Judas et que les traducteurs nomment pudiquement Jude ? Et sur une des urnes de la tombe de Talpiot, ne retrouve-t-on pas Judas fils de Jésus/Josué ? J’en parlerai dans la seconde partie d’un article sur « Le tombeau de Jésus ».

Ce qui est troublant, c’est que Judas et sa trahison ne semble pas connu, dans les premiers temps, même dans les ouvrages chrétiens. Ainsi, Paul ne le connaît pas, il nous dit même que Jésus est apparu aux douze apôtres… alors que Judas s’est pendu lors de la crucifixion de Jésus, c’est ce que nous dit l’Évangile selon Matthieu (27, 5). Par contre, pour les Actes des Apôtres (1, 18), il serait mort dans un champ qu’il aurait acquis avec ses 30 deniers… somme qui était nettement insuffisante pour l’achat d’une parcelle de terrain. Trente deniers, c’est un mois de solde d’un légionnaire romain.

Justin, qui écrit au deuxième siècle ne dit rien sur la trahison de Judas : dans « le martyre de Polycarpe », un ouvrage du milieu du deuxième siècle, Jésus a été livré par un serviteur. Dans l’Évangile de Pierre (IIe siècle également), un des apocryphes trouvés à Nag Hammadi, Judas est toujours cité comme l’un des apôtres.

C’est à partir du IIIe siècle que les pères de l’Église vont se déchaîner contre lui. Il est probable que la trahison de Judas ait été ajoutée après la séparation des chrétiens d’avec les juifs, Judas personnifiant bien « le Juif »

Quel a été le rôle de Judas ?

Simon Claude Mimouni minimise le rôle de Judas : pour lui, les hommes qui viennent arrêter Jésus n’avaient pas besoin d’un familier pour le reconnaître, car il était bien connu de tous.

Ce n’est pas si sûr. Jésus prie, le soir, dans le jardin de Gethsémani (le pressoir), qu’on situe sur le mont des Oliviers, à l’est de Jérusalem. Or, lors de la Pâque, cet endroit sert de lieu de repos à tous les pèlerins qui n’ont pas trouvé refuge dans une auberge. Et ils doivent être nombreux. Flavius Josèphe estime que Jérusalem accueillait un million de pèlerins pour la Pâque. Ce nombre est sans doute exagéré. On parle aujourd’hui de 100 à 400.000 personnes. Ce qui est énorme pour une ville de 50.000 habitants. Donc Jésus est perdu dans la foule et l’aide d’un familier pour le localiser n’est pas superflue. On peut se demander pourquoi Jésus s’est arrêté sur le mont des Oliviers alors que la maison de Marthe et Marie, à qui il a rendu visite lors de son arrivée, se trouve à Béthanie, à quelques lieues de là. Nous verrons que le « Livre du Coq » situe la Cène à Béthanie.

Ceux qui croient en l’historicité des évangiles, donc à la trahison de Judas, se demandent pourquoi Judas a vendu son maître. Aucune réponse officielle n’a été donnée à cette question, sauf que Satan est entré en Judas (Luc 22, 3). Était-ce la jalousie, l’appât du gain (peu probable), l’impatience, a-t-il voulu hâter le destin de Jésus ? Certains y ont vu l’acte d’un zélote qui par l’arrestation de Jésus voulait provoquer le soulèvement du peuple de Jérusalem.

Une autre version fait de Judas l’accusateur de Jésus lors du procès face à Ponce Pilate. La justice romaine n’agissait que si un crime ou un méfait était dénoncé par une tierce personne. Mais dans le cas de Jésus, Judas n’est pas l’accusateur, il ne fait que désigner Jésus en l’embrassant. Ce sont les membres du Sanhédrin qui portent l’accusation de roi des Juifs.

L’Évangile de Judas

L’Évangile de Judas, un apocryphe gnostique retrouvé en 1978 près d’Al Minya en Égypte, nous donne une vision tout autre de l’apôtre. Cet évangile, écrit en copte, relate « Le discours caché de la déclaration que Jésus a faite à Judas l’Iscariote, pendant huit jours, trois jours avant qu’il célèbre la Pâque ». Le seul exemplaire connu de ce document de 20 feuillets, est la propriété de la fondation Bodmer à Genève, il date de la fin du IIe siècle.

Cet évangile ne raconte pas la vie de Jésus. C’est un dialogue entre Jésus et Judas au sujet des étoiles, des archontes et des anges. On y lit, dans la traduction publiée par le National Geographic  Society en 2006 :

 « Mais toi, tu feras encore plus qu’eux tous, car l’homme qui me porte, tu vas l’offrir en sacrifice« 
ET
« Lève les yeux et regarde le nuage et la lumière qui s’y trouve, ainsi que les étoiles qui l’entourent ! L’étoile qui est l’avant-garde, c’est ton étoile.”

Judas est présenté comme le seul qui ait compris la mission de Jésus, il passe pour le disciple que Jésus aimait… Dans aucun des évangiles canoniques, il ne désigne Jésus en le montant du doigt, mais il l’embrasse d’une étreinte fraternelle d’adieu.

Néanmoins, la première phrase citée est hors contexte, le parchemin étant en mauvais état, il manque les huit lignes précédentes.

Le livre du Coq

Et pour conclure, une question angoissante… pour l’anecdote. Comment Jésus a-t-il su que Judas allait le trahir ?

« Cependant, voici que la main de celui qui me livrera est avec moi sur la table » (Luc 22, 21)

On pourrait croire que Jésus étant (le fils de) Dieu, sait tout. Erreur ! « Quant à ce jour et à cette heure-là [l’instauration du royaume de Dieu], nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais le Père seul. » (Luc 24,36).
Alors, comment était-il au courant ? Le livre apocryphe intitulé « Le Coq » nous apporte la réponse, et elle est surprenante. Ce livre est une version longue de la passion de Jésus lors de la Pâque.

Sur le Mont des Oliviers, Jésus ordonne à une pierre de désigner celui qui le trahira. La pierre s’élève et plane au-dessus de Judas en lui adressant des reproches (1, 17-19). Ensuite, Jésus et ses disciples se rendent à Béthanie pour y célébrer le repas de Pâque. La maîtresse de maison leur sert un coq rôti que Jésus s’empresse de ressusciter (4, 6-8) :

C’est moi qui t’ordonne ô coq de suivre Judas en secret. Va à Jérusalem et tâche de savoir ce que Judas fera chez lui, auprès de Juifs et au temple. Après t’être envolé sans crainte, reviens ici. Il te sera donné une langue comme aux humains, et tu feras aux apôtres le récit de tout ce qui s’est passé.

Remarquons que Judas ne participe pas au repas de Pâque, il est à Jérusalem.

Aussi invraisemblable que cela paraisse, ce livre est quasi canonique dans la communauté copte d’Égypte.

XIe siècle, la réforme grégorienne

Situation avant le XIe siècle

Jusqu’au XIe siècle, il y avait dans l’Europe, morcelée par la féodalité, des Églises en communion avec Rome bien plus qu’une Église catholique dirigée par le pape. Les seigneurs nommaient les évêques qui nommaient les curés des paroisses. Des paroisses étaient souvent desservies par des prêtres peu instruits. Le trafic des charges ecclésiastiques était généralisé : on payait pour devenir évêque.
Certains évêchés étaient des fiefs d’un seigneur. L’évêque avait donc le devoir des vassaux, entre autres, il devait participer aux guerres, non pas en tant qu’ecclésiastique, mais en armes !
Le pape était nommé par le roi des Romains, l’empereur germanique, descendant de Charlemagne. Les familles nobles de Rome considéraient que ce privilège était leur prérogative. Ils firent assassiner deux papes nommés par l’empereur : Clément II et Damase II.

Le célibat des prêtes n’était pas une règle stricte.

Sur le chemin du renouveau

C’est du monastère de Cluny, fondé en 909, que vint le renouveau. Les abbayes dépendantes de Cluny étaient totalement hors de contrôle de l’autorité des seigneurs.

En 1049, le pape Léon IX est nommé par l’empereur Henri III. Ce pape est partisan de l’indépendance du pouvoir religieux par rapport au pouvoir séculier. Il a l’habilité de faire confirmer son élection par la population romaine.

En 1059, le pape Nicolas II profitant de la minorité du nouvel empereur Henri IV (1050-1106) décrète que seuls les cardinaux peuvent élire le pape. Ce même décret interdit le mariage des prêtres et ordonne aux mariés de répudier leur épouse.

En 1075, le nouveau pape, Grégoire VII réunit le concile de Rome qui condamne l’investiture des évêques par des laïcs. L’empereur germanique, Henri IV, dont dépend l’évêque de Rome, donc le pape, réunit un concile à Worms et destitue le pape qui réagit en excommuniant l’empereur. Les sujets et les vassaux de l’empereur ne sont donc plus tenus par leur serment de fidélité envers lui.
Deux thèses s’affrontent :

  1. « L’autorité du pape est supérieure au pouvoir de l’empereur ».
  2. Contre « l’empereur tient son pouvoir de Dieu : l’Église et l’État dépendent de lui ».

C’est l’empereur qui cède ! Il viendra se repentir à Canossa, où réside le pape en janvier 1077. Pieds nus dans la neige, Henri IV vient s’agenouiller devant le pape qui lève son excommunication.

L’empereur, sa femme et son fils attendent pieds nus dans la neige que le pape veuille bien les recevoir.
Conséquences de la réforme grégorienne

Le pape est devenu souverain, chef de l’Église universelle, il dispose des pouvoirs spirituel et temporel. L’Église est une monarchie élective absolue, son chef, le pape, est élu démocratiquement par les cardinaux. Autour du pape, toute une structure étatique se met en place : la curie contrôlant l’Église.
Le clergé est indépendant du pouvoir laïc qui ne peut plus intervenir dans les nominations.
Le clergé sera mieux instruit.
Le célibat et la chasteté sont imposés aux prêtres. Le mariage des laïcs devient un acte religieux.

La chasteté n’a pas toujours été respectée par les papes eux-mêmes. Au début du XVIe siècle, le pape catalan, Rodrigo Borgia, connu sous le nom d’Alexandre VI (1492-1503) eut au moins sept enfants. Son fils, César Borgia, chef de guerre redoutable contribua à agrandir les territoires de son père, l’État pontifical. Sa fille, Lucrèce, lui apporta l’appui des cités italiennes par ses mariages.
C’est le dernier des papes scandaleux… à cause de ses enfants. Jules II (1503-1513) avait trois enfants illégitimes, mais ce sont les accusations d’homosexualité qui marquèrent son pontificat. Ce fut un grand mécène, il fit reconstruire la Basilique Saint-Pierre, il confia la décoration des nouveaux appartements à Raphaël. Michel-Ange édifia son tombeau et décora la chapelle Sixtine.
Après Jules II, et toujours au XVIe siècle, Léon X (1513–1521) et Jules III (1550–1555) ont fait l’objet des mêmes accusations d’homosexualité.

Inversion de tendance : la papauté contrôle les seigneurs

Mais revenons au XIe siècle. La papauté s’est libérée de l’emprise des laïcs. Elle va maintenant tenter de canaliser la violence que les seigneurs font régner. Sous Urbain II (1088-1099), les rois, lors de la cérémonie du sacre, prêtent le serment de défendre les faibles et d’assurer la justice. Il décrète que la guerre doit être suspendue durant les jours de fête religieuse. Et surtout, ce pape va envoyer les seigneurs faire la guerre en dehors de la chrétienté : il lance les croisades en Syrie et en Espagne contre l’Islam.
Pour motiver les troupes, il accorde la rémission des pêchés à tout guerrier qui partira en croisade.

La papauté en un siècle est passée de la totale dépendance au pouvoir des seigneurs à l’autorité suprême sur ceux-ci.

Jésus dans le talmud

Le talmud, ou plutôt les talmuds car ils sont au nombre de deux, constituent la base de la loi religieuse juive, la halakha, avec la Torah (les cinq premiers livres de la Bible hébraïque).

Que nous apprennent les talmuds sur Jésus ? Les talmuds ne parlent pas de Jésus le Nazaréen, mais d’un certain Yeshou, qu’on a tôt fait d’assimiler à Jésus. Les informations qu’on y puise n’éclairent pas la situation. Le Jésus des talmuds n’est pas historique, mais polémique. Les talmuds datent des IVe et Ve siècles de notre ère alors que le christianisme est devenu religion d’État, ils veulent prouver aux juifs que Jésus n’était pas le messie et qu’ils ont bien fait de ne pas le suivre. Voyons néanmoins comment ils le présentent.

Jésus serait le fils d’une coiffeuse, Myriam (Marie), tellement volage que son mari, Papos ben Yehouda, l’enfermait lorsqu’il quittait son domicile. Le mari finit par s’enfuir à Babylone sur les conseils de rabbi Aqiba, qui vécut la seconde révolte juive. Cette histoire nous projette donc vers 120 de notre ère.

Une seconde version fait de Jésus le fils d’une autre Myriam, fille de bonne famille, violée par un voisin, Yossef (Joseph) ben Pendera. Celse, un écrivain grec du IIIe siècle en a fait un soldat romain : Pantera. Le fiancé de Myriam fuit également à Babylone sur les conseils de son maître, Simon ben Shéta, le frère de la reine Alexandra-Salomé, qui vécut au premier siècle avant notre ère, ce qui nous amène un siècle avant l’histoire chrétienne.

Cette chronologie est confirmée par un autre texte : Jésus aurait été le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. Il serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère. Lors des persécutions des pharisiens, il aurait accompagné son maître en Égypte, jusqu’à ce que Simon ben Shéta, grande figure du pharisianisme, lui annonce la fin des persécutions.

Si on prête foi à cette histoire, qui dans le talmud est accompagnée de médisances (Jésus ne comprend pas son maître), on pourrait croire que Jésus et le Maître de Justice des Esséniens ne font qu’un.

Cette hypothèse est séduisante, car elle explique pas mal de choses.

Mais attention, il n’existe aucun lien entre le Maître de Justice et le Jésus du talmud si ce n’est la période pendant laquelle ils auraient vécu. Certains auteurs ont attribué au Maître de Justice un nom : Yeoshua, qui est le même que celui de Jésus… mais le Maître de Justice n’a pas été identifié dans les manuscrits de la Mer Morte, on ignore donc son nom. Plus mystérieux, Flavius Josèphe ne parle pas du Maître de Justice alors qu’il proclame avoir suivi les enseignements des esséniens. Oubli de sa part ou censure des copistes ?

J’ai consacré un article au Maître de Justice.

Pour l’anecdote, on a retrouvé en Allemagne, à Bingerbrück, la tombe d’un centurion romain appelé Julius Abdes Pantera. Il faisait partie de la XVIIe légion, commandée par Varus. Or cette légion, avant d’être envoyée en Germanie, était stationnée en Syrie et a participé à l’écrasement de la révolte de Judas bar Ézéchiel qui avait tenté de prendre le pouvoir à la mort d’Hérode en l’an 4 avant notre ère.

La tombe de Pantera
Les talmuds

Les talmuds sont au nombre de deux : le Talmud de Jérusalem, en fait rédigé en Galilée, Jérusalem étant interdite aux Juifs depuis 137 de notre ère suite à la révolte de Bar Kachba, et le Talmud de Babylone, plus complet. Le mot hébreu « talmud » signifie « enseignement ». Les talmuds recueillent les enseignements oraux du judaïsme, des commentaires et des notes historiques. C’est une somme colossale d’informations religieuses, juridiques et historiques.

Ils ont été compilés entre le IVe et le Ve siècle de notre ère.

Le talmud comporte 2 parties : la Mishna et la Guemara.

La Mishna, dont le nom vient du verbe hébreu signifiant « répéter », est l’enseignement oral des premiers rabbins, après la destruction du temple. Ils prétendaient détenir cet enseignement de Moïse lui-même. Nous retrouverons la même dichotomie dans l’islam, où à côté de la révélation écrite, le Coran, s’est constitué un enseignement oral, les hadiths, les paroles de Mahomet.

Les « enseignements oraux de Moïse » ont été compilés et mis par écrit vers l’an 200 de notre ère. Ils s’accompagnent de commentaires sur l’application de la Torah. La Mishna semble ignorer que le temple a été détruit et qu’Israël n’est plus indépendant. Ce recueil, écrit en hébreu, composé de 6 traités juridiques et canoniques, se propose de résumer les principaux préceptes et pratiques du judaïsme rabbinique tels qu’ils avaient été transmis depuis l’époque où le temple existait encore.

La Mishna se compose de 6 traités :

  1. Les « semences » traitent de l’agriculture et des bénédictions.
  2. Les « fêtes » traitent du calendrier.
  3. Les « femmes » reprennent les lois du mariage et du divorce.
  4. Les « dommages » comprennent les lois relatives aux droits civil et pénal.
  5. Les « objets sacrés » traitent des lois relatives à l’abattage rituel, aux sacrifices et au Temple… qui a déjà été détruit par les Romains.
  6. Les « puretés » reprennent les lois relatives à la pureté et à l’impureté rituelle.

La Guemara compile des commentaires sur la Mishna.

Si la Mishna a été écrite en hébreu, la Guemara est rédigée en partie en araméen. Ces commentaires ergotent parfois sur des détails sans intérêts et, en cela, ils préfigurent les hadiths de l’islam. Ainsi, à la grande question : peut-on tuer un pou le jour de Shabbat, les réponses varient du oui au non en passant par non mais on peut lui couper les pattes.

La Mishna, c’est l’enseignement et la Guemara, c’est l’explication.

Voici un exemple de ce que l’on trouve dans le talmud.

À partir de quand peut-on lire le chema Israël le soir? (NB : c’est une prière issue du Deutéronome 6, 4 qui commence par « écoute (chema) Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un ». 

Réponses :

À partir du moment où les cohanim  (les prêtres) rentrent manger leur prélèvement (parties des sacrifices ayant eu lieu au temple et réservées aux prêtres).

Jusqu’à la fin de la première garde. Ce sont les paroles de Rabbi Eli’ézer.

Les Sages disent: jusqu’à la mi-nuit.

Rabban Gamliel dit : jusqu’à ce que monte la lueur de l’aube.

On remarquera dans cet exemple, qu’une réponse se réfère aux prélèvements faits sur les animaux sacrifiés dans le temple alors que celui-ci n’existait plus lors de la rédaction de la Mishnah.

Le talmud dans l’espace chrétien

Les talmuds ont été rédigés pour prémunir les juifs de l’influence chrétienne, pour fixer la loi juive. Les juifs n’ont plus de patrie, ils vivent comme minorité entourée de chrétiens ou de musulmans. Dès de XIIIe siècle, le talmud fait l’objet de controverses en France. Il ferait l’apologie du meurtre des non-juifs et de la pédophilie. Ce qui est totalement faux. En 1242, les manuscrits sont brûlés en Place de Grève à Paris.

Les autodafés vont se répéter en Espagne et en Italie. Le pape s’en mêle, le censure en 1554 puis le met à l’index. La XIIe bénédiction attaquerait les chrétiens :

Qu’il n’y ait pas d’espoir pour les apostats, et que se déracine le royaume de l’arrogance (Rome) au plus tôt et dans nos jours. Que les nazaréens (notsrim) et les hérétiques (minim) périssent en un instant. Efface-les du livre de vie et qu’ils ne soient pas inscrits avec les justes. Loué sois-tu seigneur qui soumet les arrogants.  

Notons que les nazaréens, pour les chrétiens, sont des judéo-chrétiens, donc des hérétiques.

La première version du talmud expurgé paraît à Bâle en 1578.
Le texte original sera imprimé à Cracovie en 1602. L’étude du talmud va surtout se développer dans l’est de l’Europe. C’est de cette région que proviennent la plupart des juifs orthodoxes.

Au XIXe siècle, en France et en Autriche, des soi-disant traductions du talmud vont circuler. Elles vont servir d’argument aux attaques antisémites. Citons : le juif talmudique et le talmud démasqué. Ces pamphlets sont comparables aux Protocoles de Sion, un faux des services secrets russes du début du XXe siècle.

Le talmud aujourd’hui

Les écoles talmudiques sont consacrées à l’étude du talmud. En Israël, certains juifs orthodoxes passent toute leur vie à étudier le texte, c’est leur but ultime. Ils sont rémunérés par des dons qui peuvent s’élever à 500 dollars. Cette somme ne permet pas d’entretenir leur famille très nombreuse, parfois dix enfants. C’est leur femme qui travaille pour nourrir la maisonnée. Les orthodoxes et ultra-orthodoxes représentent plus de 20% de la population des juifs de plus de 20 ans en Israël, et leur nombre va en croissant. Les juifs représentent 75% de la population de l’État hébreu.

Quand le Sacré-Cœur de Paris fai(sai)t polémique.

La basilique du Sacré-Cœur, sur la Butte Montmartre, est un des trois édifices les plus connus de Paris avec la cathédrale Notre-Dame et la Tour Eiffel. Mais la procédure de classement de la basilique au titre des moments historiques en 2021 a ravivé d’anciennes blessures, vieilles de 150 ans ! La basilique est une pomme de discorde entre les républicains anti-cléricaux et cléricaux. Mais commençons par le début.

Le Sacré-Cœur domine Paris
La guerre franco-prussienne de 1970

Nous sommes en 1848. Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon, fils de son frère Louis, est élu président de la IIe république française.
Le 2 décembre 1852, il se proclame empereur sous le nom de Napoléon III.
Sa popularité décroit avec le temps. A Paris, les travaux d’embellissement du préfet Hausmann ont chassé les pauvres du centre de la ville. Ils ont migré vers la périphérie près des fortifications qui entourent la ville. Ils s’entassent dans des logements insalubres à Belleville, La Chapelle, Montmartre, etc.
Les idées socialistes se répandent chez les travailleurs. En 1869, des grèves en province sont réprimées dans le sang. En janvier 1870, les obsèques du journaliste Victor Noir tué par un parent de l’empereur dégénèrent en manifestation contre Napoléon III.

Pour détourner la colère du peuple, il désigne un ennemi extérieur : la Prusse, qui monte en puissance. C’est une menace qu’il faut éradiquer, d’après l’empereur. Le 19 juillet 1870, sous un prétexte futile, il déclare la guerre à la Prusse : « tous à Berlin ! ».
Mais rien ne se passe comme prévu. Les troupes françaises ne sont pas encore en ordre de marche que les Prussiens, soutenus par toutes les principautés germaniques, entrent en France et volent de victoires en victoires. Le 2 septembre, Napoléon III, qui défend la ville de Sedan, sur la Meuse, se rend avec 80.000 hommes.

Atterré, le gouvernement envisage de capituler. Mais le 4 septembre, la république est proclamée, la guerre continue. Le 19, les Prussiens, que rien n’arrête, mettent le siège devant Paris qui est bombardée.

Alors que l’armée est en déroute, les Parisiens créent une milice civile, la garde nationale, pour défendre leur ville. 180.000 hommes s’enrôlent pour 1,5 franc par jour. Les officiers sont élus par leur troupe. Des armes, dont 227 canons, sont achetés par souscription de la population. Les canons sont placés sur les collines de la ville comme la butte de Montmartre.

Avec le blocus prussien, la vie devient difficile dans Paris. Le peuple a faim : un chat se vend 10 francs. Mais les restaurants du centre-ville restent ouverts et les plus fortunés peuvent y déguster un ragoût de girafe ou un steak d’éléphant… les animaux de Jardin des Plantes sont au menu.

Le quart nord-est de la France est occupée par les troupes prussiennes.
Le 18 janvier 1871, le roi de Prusse est nommé empereur de l’Allemagne unifiée. (Le roi Louis II de Bavière, que l’on dit fou, s’est fait représenter.) Le couronnement se passe dans la galerie des glaces du château de Versailles débarrassé des lits et des blessés… la galerie servait d’hôpital durant les hostilités.

La Commune de Paris

Pour hâter la fin de la guerre, les Allemands exigent des élections d’un gouvernement français qui serait leur interlocuteur officiel. Le 8 février, les Français élisent donc un gouvernent de la République où les conservateurs et les monarchistes sont majoritaires. Il s’installe à Bordeaux et demande la paix : la France cédera l’Alsace et une partie de la Lorraine (le département de la Moselle) et paiera 5 milliards de francs or de dédommagement.
Le traité de paix est ratifié le 1er mars… Les Allemands défilent symboliquement sur les Champs Elysées puis se retirent au-delà des fortifications. L’évacuation totale des Allemands est conditionnée par le paiement de l’indemnité de guerre, ce qui ne se fera qu’en septembre.

Le gouvernement revient à Paris et donne l’ordre de saisir les canons de la garde nationale. Sur la butte Montmartre, la foule amassée s’oppose à la troupe. Ordre est donné de tirer. Mais les soldats refusent. Cet acte, met le feu aux poudres : Paris se révolte le 18 mars 1871. Le gouvernement fuit à Versailles. Les Allemands libèrent 50.000 prisonniers et les met à disposition du gouvernement pour mater l’insurrection.

A Paris, le Comité central de la Garde républicaine(ex-nationale) appelle aux urnes. Des placard précisent : « Voter pour des ouvriers et des artisans, comme vous. Méfiez-vous des riches qui ne pensent qu’à s’enrichir« . Le 28 mars, après les élections, la Commune est proclamée, c’est une république démocratique et sociale. D’autres villes de France suivent le mouvement, mais sont vite réprimées.

Le Comité central travaille d’arrache pied, parfois plusieurs jours et nuits consécutifs. Des mesures très sociales sont mises en application : moratoire sur les loyers et les baux de commerce, journée de 10 heures, enseignement laïc gratuit, etc.

Après des batailles en périphérie, le gouvernement de Versailles lance une grande offensive contre la Commune en mai. La semaine du 2 au 28 mai 1871 a été nommée la « semaine sanglante ». Les troupes gouvernementales progressent inexorablement d’ouest en est. Tout homme pris les armes à la main est abattu. De leur côté, les communards incendient le Palais des Tuileries qui a servi de résidence aux empereurs et aux rois du XIXe siècle. L’Hôtel de Ville subit le même sort. Des otages sont fusillés, dont l’archevêque de Paris. Le canon cause des dégâts importants aux immeubles.

Le 28 mai, la Commune est vaincue. 38.000 personnes sont prisonnières, 20.000 ou plus ont perdu la vie.

Paris en ruines se défend contre le gouvernement
Le Sacré-Cœur

Cette partie est inspirée de l’article de Florence Bourillon (Université de Créteil) paru dans L’Histoire de février 2021.

Alors que le peuple de Paris pleure ses morts et que les prisonniers sont expulsés vers les colonies, principalement vers les îles (Nouvelle Calédonie), l’idée d’un édifice religieux pour purifier Paris et œuvrer au salut de la France fait son chemin. Déjà, la défaite de Sedan avait été interprétée par les religieux comme une punition divine consécutive au relâchement moral du Second Empire. Que penser, maintenant que la Commune a fusillé l’archevêque de Paris : il faut faire amende honorable pour les péchés des Français.

Une souscription populaire est donc lancée. En octobre 1872, la butte de Montmartre, vidée de ses canons, est choisie. Mais la France vit, depuis Napoléon, sous le régime du Concordat, signé avec le pape. Les églises sont propriétés de l’État qui en échange rémunère les ministres du culte. L’Église n’a donc pas le pouvoir de construire une nouvelle basilique. Une loi d’exception est cependant votée par le gouvernement qui se veut « d’ordre moral« . L’édifice est déclaré d’intérêt public et les expropriations sont acceptées. Le nouvel archevêque de Paris agit donc en personne morale au nom de l’État.

La construction débute en juin 1875. Pour le peuple, c’est un camouflet qui rappelle la répression sanglante de mai 1871. Plusieurs politiciens, dont Georges Clemenceau, laisseront éclater leur indignation.

En 1905, la France a bien changé, la séparation de l’Église et de l’État pousse certains à demander l’arrêt de la construction de cette « citadelle de la superstition« , cet « asile du fanatisme religieux« . Le chantier est mis en séquestre, puis attribué à la ville de Paris : l’État ne peut s’opposer à la construction d’un édifice financé par souscription populaire alors qu’il l’avait acceptée quelques années auparavant.
La construction se terminera en 1919… pour l’extérieur, en 1927 pour les ornements intérieurs.

La riposte
Statue du chevalier de La Barre devant le Sacré Cœur en construction.

En 1906, une statue est érigée face au Sacré Cœur. C’est un hommage au chevalier de La Barre supplicié pour blasphème en 1766. Elle sera déplacée en 1926 et détruite par les Allemands en 1941.

En 1971, pour commémorer la Commune de Paris, l’artiste Ernest Pignon, place des sérigraphies de cadavres couchés sur les marches de la butte Montmartre représentant les communards abattus.

Les gisants d’Ernest Pignon

Le mystère de la sourate 97

1. Nous l’avons certes fait descendre pendant la nuit d’Al-Qadr.
2. Et qui te dira ce qu’est la nuit d’al-Qadr ?
3. La nuit d’al-Qadr est meilleure que mille mois.
4. Durant celle-ci descendent les anges ainsi que l’Esprit par permission de leur Seigneur pour tout ordre.
5. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube.

Voici la sourate telle que traduite dans le très officiel « Saint Coran » de Médine. Mais quel est le sens de ce texte ?
On aurait aimé que Dieu soit plus clair, plus précis dans ses propos. Qu’il utilise une langue aboutie, telle que le grec, la langue des philosophes, ou du moins une « langue arabe très claire », comme le précise la sourate 26, verset 195.
Mais nous resterons dans le flou, puisque l’islam est la dernière révélation, Mahomet étant le sceau des prophètes, d’après l’islam. Et il faut bien avouer que depuis le début du VIIe siècle, plus aucun « prophète » n’a connu le succès… tous les fidèles potentiels étant déjà accaparés, plus ou moins volontairement, par le christianisme ou l’islam, Dieu n’a plus jugé bon d’intervenir.

Signification du texte

Le Coran de Médine, dans une note de bas de page, nous indique que « la nuit d’al-Qadr (laylat-ul-Qadr) » est le nuit glorieuse où le Coran fut révélé pour la première fois et que l’Esprit n’est autre que l’ange Gabriel. La première phrase doit donc être comprise comme « Nous avons fait descendre le Coran pendant la nuit d’al-Qadr ». On objecte à ce point de vue que le Coran n’a pas été révélé en une fois, mais sur une période de 20 ans ! Les oulémas répliquent qu’il a fallu vingt ans à Mahomet pour apprendre le Coran par cœur sous la dictée de Gabriel, mais que le Coran est bien descendu en une fois à mi-chemin entre la terre et les cieux… ou bien, que le verset ne parle que de la première révélation.

Les chiites interprètent la sourate de façon différente. Pour les eux, cette nuit est celle où « le Maître de l’Ordre », l’Imam, descendant d’Ali, recevait par inspiration les informations concernant l’année à venir. Il n’y a plus d’Imam actuellement, la chaîne dynastique s’est interrompue avec septième ou le douzième imam selon les obédiences. Il reviendra à la fin des temps.

Point de vue des chercheurs non musulmans

Les exégètes occidentaux ne sont pas spécialement convaincus par ces explications. Cette courte sourate (5 versets) les intriguent. Dans le volume 2b de l’ouvrage collectif « Le Coran des Historiens », qu’il co-dirige avec Mohammad Ali Amir-Moezzi, l’islamologue français Guillaume DYE consacre 14 pages de commentaires à la sourate 97, contre 6 aux 8 versets de la sourate suivante.
Pourquoi ?
L’expression « al-Qadr » pourrait signifier « la nuit du destin« , qui est en fait le titre de la sourate. Mais de quel destin s’agit-il et pourquoi cette nuit est-elle meilleure que mille mois ? Cette nuit semble de répéter : « Durant celle-ci descendent les anges… ». Le verbe n’indique par une action passée et unique, mais comme les chiites l’ont bien compris, une nui qui se répète.
La sourate 97 est la seule sourate qui parle de PAIX.
D’où l’idée que cette nuit est la nuit de Noël et que le texte a été interpolé pour effacer cette référence au christianisme, Jésus a été remplacé par le Coran. Pour arriver à cette conclusion, il faut « jouer » avec les mots, ce que permet la langue arabe du Coran qui emprunte beaucoup de mots au syriaque (une version de l’araméen toujours utilisée dans la liturgie des Églises chrétiennes de Syrie) et à l’hébreu, mots qui sont passés dans l’arabe moderne avec un sens parfois différent.

Je ne vais pas me lancer dans une longue démonstration. Soulignons simplement quelques arguments.
Christoph Luxenburg, fait remarquer que le destin est lié à la naissance. C’est ce que croit les personnes qui se réfèrent à l’horoscope : ils associent naissance-étoile-destin. De là à comprendre qu’il s’agit de la nuit de la Nativité de Jésus, il n’y a qu’un pas. Luxenburg souligne également que le mot arabe traduit par « mois » désigne la « veillée » en syriaque. Il en déduit que « mille mois » pourrait être traduit par « mille veillées« , « mille vigiles« , la vigile étant une prière nocturne pour les chrétiens, un office se déroulant entre minuit et l’aube.

Guillaume DYE, pour sa part, met cette sourate en relation avec l’Hymne XXI de la Nativité d’Éphrem  le Syrien (306-373) :

Ne comptons pas notre vigile comme une vigile ordinaire.
C’est une fête dont le salaire dépasse cent pour un…
Les anges et les archanges, ce jour-là, sont descendus entonner sur terre un nouveau Gloria (prière chrétienne)…
Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Est-on face à une appropriation d’une fête chrétienne ou s’agit-il d’un texte original ? Chacun doit se faire sa propre opinion.

Le dialogue inter-religieux

Mais si c’est une appropriation, voici un beau sujet de convergence pour le dialogue inter-religieux.
Ce dialogue avait mal démarré : Benoît XVI, qui venait d’être élu pape, a fait un discours à l’université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, qui a choqué les musulmans. Oubliant sa fonction, il a cité un texte du XIVe siècle dans lequel l’empereur byzantin Manuel II, apostrophe un persan en ces termes : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ».
Le résultat ne s’est pas fait attendre, son discours, pourtant confidentiel, a été relayé, comme d’habitude, dans les pays musulmans et a déchaîné la violence… que voulait stigmatiser le pape. En Irak, en Somalie, en Palestine, des églises ont été attaquées, incendiées et des chrétiens ont été tués.

A l’instigation de la Curie romaine, le pape a dû faire profil bas. Il s’est excusé, prétendant que ce discours ne reflétait pas sa pensée personnelle. A Istanbul, il a prié dans la mosquée bleue aux côtés de l’imam et à Jérusalem, il a visité le Dôme du Rocher avec le Grand mufti. Il a appelé les musulmans et les chrétiens à « marcher sur les chemins d’une compréhension réciproque« .

Note : La curie est l’ensemble des conseillers du pape. Ce terme a été emprunté à l’Empire romain dans lequel la Curie était le siège du Sénat de Rome. D’autres emprunts ont été faits comme « diocèse » (division administrative de l’Empire), « basilique » (édifice public couvert), « vicaire » (responsable d’un diocèse), etc.

Du côté musulman, le prince jordanien Ghazi ibn Muhammad, qui dirige l’Académie Ahl al-Bayt, est engagé depuis de longues années dans le rapprochement entre chrétiens et musulmans : « Conformément au Coran, nous, en tant que musulmans, invitions les chrétiens à s’accorder avec nous sur ce qui nous est commun, et qui constitue également l’essentiel de notre foi et de notre pratique : les deux commandements de l’amour. » Personnellement, je n’ai lu nulle part dans le Coran que le musulman doit aimer son prochain, ni qu’il doit répandre l’amour sur terre. Le message récurrent semble être : « Le musulman doit craindre Dieu et aider les autres musulmans« .

Laissons donc à quelques optimistes ces rencontres enrichissantes… qui n’ont encore donné aucun résultat. Force est de reconnaître qu’un dialogue constructif n’est pas pour demain : « un dialogue » n’est pas synonyme de « deux monologues« .

Ainsi, du côté chrétien, Samir Khalil Samir, prêtre jésuite égyptien, préconise-t-il que « leur devoir apostolique oblige les chrétiens à aider les musulmans à décanter leur foi, pour découvrir ce qu’elle offre de pierres d’attente (sic) et finalement pour s’ouvrir à l’Évangile qu’ils croient connaître à travers le Coran, alors qu’ils l’ignorent. En suscitant le désir d’une spiritualité plus exigeante, on permet la rencontre avec le Christ des Évangiles et pas seulement celui du Coran ». Si on lit entre les lignes, le dialogue consiste donc à faire reconnaître aux musulmans que Jésus est le fils de Dieu, dieu lui-même ! La position de l’Église n’a pas changé depuis Pierre de Montboisier, dit le Vénérable, qui en 1156 publia « Contre la secte des Sarrasins » après avoir fait traduire la Coran en latin. »Pourquoi« , dit-il, « s’ils adhèrent à une partie des Écritures, n’ont-ils pas adhéré à tout ? De deux choses l’une, soit le texte (les Écritures) est mauvais et ils doivent le rejeter, soit il est vrai et il convient de l’enseigner »

Du côté musulman, la réponse est simple, Dieu ne dit-il pas dans le Coran (9, 30) : « Les juifs disent : « Uzaïr est le fils de Dieu ». Les chrétiens disent : « le Messie est le fils de Dieu ». Telles sont les paroles de leurs bouches. Ils répètent ce que les impies disaient avant eux. Que Dieu les écrase ! Ils marchent à reculons ».
La seule issue est donc  la conversion à l’islam. L’islam est la religion « originelle » de l’Homme, tous ont le même dieu, mais la dernière révélation est celle de Mahomet. Elle corrige toutes les interprétations erronées précédentes. Les juifs et les chrétiens n’ont pas compris le message de leurs prophètes, ils l’ont falsifié. D’ailleurs, « comment concevoir un dieu qui engendre, se nourrisse, boive, monte l’âne, dorme, urine et défèque ? » comme le rappelle en 1997 l’imam de la mosquée de Médine en présence de l’ancien président iranien Rafsandjani.

N’oublions pas que l’article 2 de la constitution irakienne (2005), tout en affichant la tolérance envers toutes les religions,  prévoit que : « L’islam est la religion officielle de l’État et une source fondamentale de la législation.  Aucune loi ne peut être promulguée si elle est contraire aux principes établis de l’islam».
En mars 2021, le pape François s’est rendu en Irak et a demandé que les chrétiens d’Irak soient reconnus comme citoyens à part entière. Ce sont actuellement des citoyens de seconde zone, comme les coptes d’Egypte et… les musulmans de l’Algérie au temps de la colonisation française. Ils sont inéligibles au niveau national.
Le rapport de force s’est inversé. L’islam triomphant pavoise partout. En Europe occidentale, on trouve des musulmans à tous les niveaux du pouvoir politique. Et la suprématie de l’islam n’est pas prête à régresser : les musulmans et les musulmanes doivent donner naissance à des enfants musulmans qui s’ils abjurent leur religion risquent la peine de mort. Si cette peine est rarement appliquée, elle reste une menace qu’on ne néglige pas. Des scientifiques prévoient une forte diminution de la population mondiale vers 2050 (Science & Vie de mars 2021). La terre perdrait un milliard de personnes entre 2064 et 2100. C’est une première depuis le début de l’humanité… si on excepte les épidémies et les guerres. Mais la baisse de la natalité affectera nettement moins les pays musulmans.

Conclusion

Dans le texte du chapitre précédent, j’ai souligné les mots « aider » et « invitons » qui montrent que chacun s’attend à ce que l’autre s’adapte. En conclusion, nous devons lire « dialogue inter-religieux« , non comme un dialogue qualifié d' »inter-religieux », c’est-à-dire, entre religion, mais comme un dialogue entre religieux. On se parle, mais rien de concret n’en ressort. Les deux religions ne sont pas des opinions différentes sur un sujet identique, opinions qui pourraient se rencontrer, mais une polarisation des points de vue, et chacun d’entre nous sait que les deux pôles se repoussent. On ne tente pas de faire converger les doctrines, on vise uniquement le « vivre ensemble« … le plus harmonieusement possible. Et ce n’est pas gagné.