Qui sont les haredim ? Ils sont mieux connus sous le nom de juifs ultra-orthodoxes. Ce groupe de juifs religieux est tiraillé entre le respect des principes de la Torah vieux de 2500 ans et le mode de vie du XIXe siècle en Europe de l’Est.
Tous les haredim ne sont pas habillés en noir (voir note 2 à la fin de l’article)
En quoi sont-ils un danger pour l’État d’Israël ? En 2024, Israël a enregistré 181 000 naissances. Mais 30 % de ces naissances sont le fait d’un seul et unique groupe, les haredim (voir note 1 à la fin de l’article). Alors qu’une Israélienne donne naissance en moyenne à 2,9 enfants, les haredim ont un taux de reproduction de plus de 6 enfants. Alors qu’ils représentent 13 % de la population, en 2060, ils seront 35 %.
Et alors ? Les haredim ne travaillent pas, ils quittent l’école très jeune et vivent de l’assistance de l’État. Ils passent leur vie à étudier la Torah et le Talmud, de 9 heures du matin à 18 heures le soir. Leurs épouses peuvent travailler, si l’éducation des enfants le leur permet.
Donc, le danger est surtout économique. Les Israéliens travaillent pour faire vivre des non-productifs. Les haredim sont rémunérés pour étudier, entre 350 et 700 EUR par mois, leurs écoles sont subsidiées bien qu’elles n’enseignent pas certaines matières, comme les mathématiques et l’anglais, et ils bénéficient bien entendu des allocations familiales. Ce financement des non-productifs par les productifs n’a rien à voir avec le problème des retraites dans nos pays. La retraite n’est pas une allocation, c’est un droit. Le retraité a cotisé toute sa vie pour bénéficier d’une pension. Le problème vient du fait que l’État n’a pas géré ces rentrées en bon père de famille, mais a dilapidé cet argent, la plupart du temps dans des projets sans avenir.
En 2060, l’État d’Israël devra trouver des milliards de dollars par an pour subvenir aux besoins d’une tranche de la population qui le parasite.
Influences sur la société
Grâce à leurs partis politiques très actifs et présents dans le gouvernement, le Shas et le Yahadout HaTorah influencent la vie de la société israélienne. Ainsi :
Fermeture des commerces, transports, et services publics le jour du Shabbat dans de nombreuses villes, sauf, par exemple, Haïfa, considérée comme ville laïque.
Interdiction de vendre du pain levé pendant Pâque.
Séparation des hommes et des femmes pour la prière au mur des lamentations.
Contrôle des mariages, des divorces et des enterrements juifs. Il n’existe pas de mariage civil en Israël, les couples non reconnus religieusement doivent se marier à l’étranger.
En plus, les haredim sont exemptés du service militaire, ce qui provoque des débats à l’assemblée, la Knesset. Mais, comme ils sont représentés au gouvernement, ils bloquent toute décision en ce sens.
Note 1 : les naissances
Parmi les 181 000 enfants nés en 2024, 74 % ont une mère juive et 26 % une mère arabe, mais israélienne. Il ne faut pas confondre une Israélienne arabe et une Palestinienne.
Une Israélienne arabe a un passeport israélien, elle est citoyenne d’Israël. Elle habite dans les frontières d’Israël de 1948, ses parents n’ont pas fui lors de la prise de contrôle de ces territoires par les Juifs. Elle bénéficie des lois israéliennes… jusqu’à un certain point.
La Palestinienne a la citoyenneté palestinienne, ou est apatride. Elle réside à Gaza, en Cisjordanie ou dans les pays voisins (Liban, Jordanie). Pour les Israéliens, elle n’a pas de droits, sauf, théoriquement, si elle réside à Jérusalem-Est, mais ils sont souvent bafoués (expulsion, interdiction de circuler dans certains quartiers, etc).
Madame Golda Meir (née Golda Mabovitch), ancienne première ministre d’Israël se targuait d’avoir eu un passeport palestinien de 1921 à 1948. Pour la petite histoire, elle occupait une superbe maison appartenant à un Palestinien qui avait fui l’occupation israélienne. Elle était la « gardienne des propriétés des absents« .
Note 2 : l’habillement
Tous les haredim ne sont pas habillés de noir. En majorité, ils sont ashkénazes, ils viennent des pays de l’Est, ils portent une chemise blanche, des habits et un chapeau noirs. Parmi eux, les hassidim, appartenant à un courant mystique, se distinguent par un manteau long, un chapeau en fourrure le jour du Shabbat et pour les fêtes, et une ceinture spéciale lors de la prière. D’autres haredim ont renoncé à la tradition vestimentaire. Mais tous les haredim portent des tresses. Ils se réfèrent pour cela au Lévitique, 19:27 : « vous n’arrondirez pas le bord de votre chevelure et vous ne couperez pas le bord de votre barbe« . Les femmes haredi portent des perruques ou se couvrent la tête. Notons qu’il n’y a aucun verset de la Bible qui préconise le port de la kippa, ni d’un chapeau, ni d’un foulard ! C’est une tradition post-biblique qui découle d’un seul passage du Talmud (IVe siècle de notre ère) faisant référence à un choix personnel, celui d’un rabbin vivant à Babylone au IIIe siècle : «Rav Houna, fils de Rav Yehoshoua, ne marchait jamais quatre coudées à découvert (sans couvre-chef). Il disait : « La Shekhina est au-dessus de ma tête. »»(Talmud Bavli, Kiddoushin 31a)
Colons ultra orthodoxes
Des haredim pro-palestinien ?
Dans le quartier de Méa Shéarim, dans la vieille ville de Jérusalem, réservé aux haredim, des drapeaux palestiniens flottent aux fenêtres de certaines maisons. Ces maisons sont habitées par les Neturei Karta (« les gardiens de la cité« ) qui sont antisionistes et ne reconnaissent pas l’État d’Israël. Pour eux, les juifs doivent continuer à errer jusqu’à ce que le Messie donne l’ordre de revenir en Judée.
Quelles que soient les exactions de l’État d’Israël, les États-Unis honoreront toutes les commandes d’armement et ils opposeront leur veto à toutes les résolutions de l’ONU qui déplaisent à Israël. Pourquoi ? La raison est illogique et montre que la bêtise humaine n’a pas de limite. C’est angoissant!
J’ai déjà consacré un article à la signification d’être juif ou Juif. Le juif adhère au judaïsme, le Juif fait partie de la communauté juive, qu’il soit pratiquant ou non. Il vit entouré de juifs et baigne dans la culture juive.
Le mot sémite désigne les personnes dont la langue appartient à un groupe linguistique originaires du Proche-Orient. Sont donc sémites les Akkadiens, les Chaldéens, les Araméens, les Phéniciens, les Hébreux et les Arabes. L’origine du mot est le personnage biblique de Sem, fils de Noé, dont descendraient ces personnes. Dans ce groupe, on retrouve donc les Arabes et certains Juifs. Tous les Juifs ne sont pas sémites, les ashkénazes ne le sont pas, comme nous le verrons dans un prochain article. Il est donc paradoxal de dire qu’un Arabe a commis un acte antisémite, sauf que dans le langage populaire, sémite est devenu abusivement un synonyme de juif !
Être sioniste c’est adhérer aux idées d’un mouvement politique, le sionisme, apparu à la fin du XIXe siècle qui prônait la constitution d’un État juif. Aujourd’hui, le sionisme se concentre sur la Palestine : l’État juif doit s’implanter dans les terres « données par Dieu » à son peuple élu. C’est devenu un mouvement radical qui vise à coloniser toute la Palestine. L’État juif doit se consolider en se purifiant (épuration ethnique) et en s’étendant aux limites du royaume mythique de David.
Il ne faut pas être juif pour être sioniste. La plupart des Américains, y compris les présidents, le sont à des degrés divers, qu’ils soient protestants (Donald Trump), catholiques (Joe Biden) ou évangéliques. Mais certains juifs, habitants d’Israël, ne sont pas sionistes et rejettent la colonisation.
Synthèse
juif se réfère à une religion, sémite à une ethnie ou une langue et sioniste à un mouvement politique.
Israël
Les premiers sionistes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle étaient des juifs laïcs, parfois athées, qui désiraient mettre le « peuple » juif à l’abri des pogroms fréquents dans l’est de l’Europe. Pour cela, ils préconisaient la création d’un État juif. Ils ne visaient pas nécessairement la Palestine. L’Ouganda avait même été proposé. Lors de la création de l’État d’Israël en 1948, le choix du nom ne s’est pas imposé naturellement. Au IXe siècle avant notre ère, deux royaumes concurrents s’étaient développés à Canaan : Juda autour de la ville de Jérusalem et Israël autour de Sichem. Juda était un royaume pieux dirigé par les descendants du roi David, Israël était un État impie. Donc, le choix de Juda ou Judée s’imposait. Mais cela faisait de tous les habitants des Juifs, ce qui n’était pas acceptable, car des Arabes musulmans peuplaient la Palestine. Sion est venu en second lieu. Sion est un autre nom de Jérusalem. Mais tous les habitants auraient été des « sionistes », ce qui n’était pas le cas, même parmi les juifs. Donc restait Israël, dont il fallait s’accommoder.
Le plan de partage proposé par l’ONU n’a jamais fait l’objet d’un référendum comme prévu : l’ONU n’a pas le pouvoir d’attribuer une terre à un groupe d’individus. Israël a proclamé son « indépendance » unilatéralement. Le partage n’a jamais été accepté par les Palestiniens. Lors de la guerre qui s’ensuivit en 1948, environ 700 000 Palestiniens sur les 900 000 habitants sont expulsés ou s’enfuient. C’est la nakba, la « catastrophe ». Les Palestiniens qui sont restés se voient attribuer un passeport israélien. Ils ont des droits égaux, ils peuvent voter et créer des partis.
En 1967, après la guerre des « six jours », Israël occupe une série de territoires palestiniens (carte 3). Les Palestiniens de ces zones n’ont aucun droit. Ils sont expropriés de leurs maisons ou de leurs terres selon le bon vouloir de l’occupant israélien.
Depuis lors, en Cisjordanie (carte 4), ce qui reste du territoire palestinien « indépendant », des colons juifs s’installent dans les campagnes, occupant des terres appartenant à des Palestiniens chassés de chez eux. En ville, le même procédé est employé : des maisons sont confisquées et les colons s’y installent. Les colons érigent des murs pour se séparer des Palestiniens qui doivent faire de longs détours pour vaquer à leurs occupations. Des centaines de Palestiniens sont arrêtés sans raison et maintenus en prison sans jugement. L’ONU condamne, les États-Unis opposent leur veto.
Entre 1933 et 1945, Victor Klemperer, un juif non pratiquant de Dresde, a tenu un journal de tous les faits, minimes ou importants qui ont bouleversés sa vie. Il était marié à Léa, une « arienne » et enseignait à l’université de la ville. Il est mort en 1960. Il a publié un essai extrait de son journal en 1947 (La langue du IIIe Reich), mais il a fallu attendre 1992 pour que son journal soit publié en entier sous le titre : « Je veux témoigner jusqu’au bout : journal des années nazies ». En voici un résumé.
Dans un autre article, j’ai traité de la relation ambigüe de Pie XII avec l’holocauste des Juifs. Depuis, les archives du Vatican concernant le pontificat de Pie XII ont été mises à la disposition des historiens. On n’y apprend rien de nouveau sur Pie XII, que certains historiens appellent le « pape d’Hitler » et les milieux catholiques, le « pape des Juifs« . Rien de nouveau donc, aucun scoop. Par contre, que de révélations sur l’entourage du pape ! Je vais suivre l’analyse de Nina Valbousquet qui a étudié les archives « organisées » sous la supervision de Joseph Ratzsinger, l’ancien pape Benoît XIV afin de « faciliter la tâche des historiens ». La conclusion de l’historienne servira de préface à mon article : « La découverte des horreurs des camps n’altéra pas la profondeur du préjugé antijuif au sein d’une partie du corps dirigeant du Vatican« .
Les premières manifestations de antijudaïsme se sont déroulées en 38 de notre ère à Alexandrie, bientôt suivies par son instrumentalisation par les chrétiens. L’antijudaïsme disparaître peu à peu à partir de la Révolution française lorsque Robespierre prend l’initiative de donner la pleine citoyenneté aux juifs en 1791. On ne peut plus les distinguer. Dans les décennies suivantes, toute l’Europe va suivre l’exemple français. Mais l’opposition religieuse aux juifs est bientôt remplacé par les théories raciales de l’antisémitisme au XIXe siècle, puis par l’antisionisme après la seconde guerre mondiale.
A Naplouse, en Cisjordanie, et à Holon, en Israël, vit une communauté mystérieuse de juifs de moins de 1000 membres : les samaritains. Qui sont-ils ? En quoi sont-ils différents ? Quelle a été leur histoire ?
Répondons tout d’abord à la question « qui est juif ? ». Est considéré comme juive toute personne qui suit peu ou prou les préceptes du judaïsme. Dans ce cas, on écrit un juif avec une minuscule, comme on écrit un chrétien ou un musulman.
Répondre à la question « qui est Juif ? » (avec la majuscule) est beaucoup plus complexe. Jérôme Segal, dans son ouvrage « Athée et Juif » assure que toute personne qui se dit juive est juive. C’est un raccourci. Attention à la syntaxe ! Si on écrit Juif en tant que nom (avec une majuscule), on écrit juif en tant qu’adjectif, quelque soit la signification.
Quels sont les critères qui définissent l’identité juive, c’est-à-dire la judéité ?
La judéité ce n’est pas une race. Aujourd’hui sur terre, il n’y a qu’une seule race d’hommes : les Homo sapiens. Voici 40.000 ans, cette race cohabitait avec ses cousins, les Néandertaliens et les Hommes de Denisova, ou Dénisoviens.
La judéité, ce n’est pas une ethnie. Certains Juifs sont jaunes (des Chinois et des Japonais), certains viennent d’Éthiopie et sont noirs. Ils ont tous émigrés vers Israël où ils ont été assez mal accueillis : les hommes ont été re-circoncis, certaines femmes ont été stérilisées à l’occasion d’une hypothétique vaccination (voir l’article sur l’Éthiopie). D’autres juifs sont caucasiens (blancs) ou sémites, cousins des Arabes. Contrairement à la définition des dictionnaires, les Juifs ne sont pas (tous) des descendants du peuple hébreu.
Ce n’est pas une nationalité. Tous les Juifs ne vivent pas en Israël, loin s’en faut, comme on va le voir.
Enfin, la judéité n’est pas une religion. Il y a des Juifs athées et même des Juifs chrétiens, comme Bob Dylan (Robert Zimmerman) par exemple.
La meilleure définition fait appel à la descendance : est considérée comme Juive toute personne s’étant convertie au judaïsme ou née d’une mère juive. Cette disposition est inscrite dans le Talmud, édité au IVe ou Ve siècle de notre ère. La judéité est inaltérable, quand bien même le Juif serait idolâtre, incroyant, hérétique ou apostat.
On ne trouve pas trace de cette filiation dans la Bible hébraïque (L’Ancien Testament), sauf dans le Livre d’Esdras. Vers -537, les premiers Judéens, ou du moins leurs descendants, sont de retour de captivité à Babylone. Ils sont minoritaires, les Juifs qui n’ont pas été déportés ont continué à vivre sur les ruines laissées par les Babyloniens. Soixante ou quatre-vingt ans plus tard, Esdras revient sur la terre de ses ancêtres et constate que les Juifs ont épousé des femmes « étrangères ». Il se désole, pleure, se prosterne et s’adresse à YHWH : « pourrions-nous encore violer tes commandementset nous allier à ces gens abominables ? » Alors le peuple jure : « Nous avons trahi notre Dieu en épousant des femmes étrangères…Nous allons prendre devant notre Dieu l’engagement solennel de renvoyer toutes nos femmes étrangères et les enfants qui en sont nés » (Es. 10, 2-3). Ces enfants n’étaient donc pas considérés comme des Juifs.
Les Juifs dans l’Allemagne nazie
En 1935, dans l’Allemagne nazie, sont édictées les « Lois de Nuremberg » retirant aux Juifs la nationalité allemande, les considérant dorénavant comme des « sujets de l’Allemagne« . Ils sont exclus de la fonction publique, il leur est interdit d’épouser des « aryen-ne-s » et de prendre à leur service des citoyens allemands. Certains métiers leur sont interdits, comme rédacteur dans les journaux, enseignants, etc. Pour mettre en application ces lois, les juristes nazis ont dû définir la notion de Juif. Ce ne fut pas sans mal, tellement ils ont trouvé d’exception. Au départ, pour les nazis, est Juif celui qui a au moins trois grands-parents juifs. Voici la liste des critères adoptés par l’État français du Maréchal Pétain en 1941 :
Loi (simplifiée) adoptée en France en 1941
Juifs laïcs et religieux
A la Knesset, le parlement israélien, les laïcs et les religieux se déchirent sur la définition de l’État d’Israël. La Knesset est actuellement (juillet 2021) composée comme suit (huit partis sont représentés) :
50 venant de partis nationalistes de droite dont l’ancien premier ministre Benyamin Netanyahou du parti Likoud
38 laïcs (droite ou centre) dont le premier ministre actuel Mickey Levy du parti Yesh Atid (centre laïc)
22 ultra orthodoxes
10 Arabes
Les nationalistes veulent faire d’Israël une démocratie juive comme l’avait décrété l’ONU en 1947, lors de la résolution de création de deux États en Palestine, » l’un juif et l’autre arabe ». Cette vision des nationalistes suggère que seuls les Juifs en seront citoyens, à l’exclusion des Arabes qui n’avaient pas quitté la région lors de la création d’Israël et qui avaient reçu la nationalité israélienne. Aujourd’hui, seul 75% de la population d’Israël est juive d’après le Ministère de l’intérieur.
Les laïcs, eux, veulent que l’État reste multiculturel.
Les ultra orthodoxes souhaitent qu’Israël devienne une théocratie, un État régit par les lois religieuses.
Les ultra orthodoxes
Il suffit de se rendre dans un quartier ultra orthodoxe à Jérusalem pour voir ce que signifie pour eux un État régit par les lois religieuses.
code vestimentaire strict, interdiction de suivre la mode. Les ultra orthodoxes s’habillent comme dans l’Allemagne et la Pologne du XIXe siècle.
respect complet du shabbat : les quartiers sont fermés lors du shabbat, personne n’y rentre, personne ne sort.
éloignement des étrangers : les Juifs vivent entre eux. Les femmes sont aussi tenues à l’écart. Le journal israélien Yediot Aharonot, repris par le quotidien français Libération, a révélé qu’un catalogue Ikea destiné à la communauté juive ultra-orthodoxe avait été publié. L’ouvrage présente des livres religieux alignés sur les étagères, un père et ses deux garçons portant kippas et papillotes, une armoire remplie de vêtements masculins traditionnels. Il ne comporte aucune image de femme ! Ce n’est pas un acte isolé. Il n’est pas rare que les femmes soient effacées des photos de presse dans les journaux, c’est ce qui arrive souvent à Angela Merkel. Dans les manuels scolaires en Angleterre, les images des femmes ont été floutées.
Comme au XIXe siècle
Photo du gouvernement israélien : les femmes ont été floutées
Les ultra orthodoxes (les haressim) vivent isolés dans des quartiers qui leur sont réservés, ou plutôt qu’ils se sont réservés. Ils représentent 11% de la population d’Israël, mais leur taux de fécondité est de sept enfants. En 2060, ils pourraient représenter 25% de la population. La plupart des hommes ne travaillent pas, ils étudient la Torah. Ils vivent des dons d’associations et des allocations de l’État. Se sont leurs femmes qui font vivre le ménage en plus de s’occuper de l’éducation des enfants. On estime que 45% des haressim vivent dans la pauvreté.
Ils constituent une exception en Israël : ils sont exemptés du service militaire alors que toute la population, femmes et hommes, est appelée sous les drapeaux… mais ils bénéficient de tous les avantages sociaux.
Les nationalistes
Le mouvement sioniste moderne est né au XIXe siècle parmi les Juifs d’Europe centrale et de l’Est en réaction à l’antisémitisme et aux pogroms (« tout détruire » en russe) dont ils étaient victimes. Theodor Herzl va concrétiser les aspirations des Juifs en les invitant à s’unir et à avancer des idées lors du premier congrès sioniste en 1897 dont le thème est : « un État, une nation pour un peuple« . Au départ, le mouvement ne vise pas la création d’un État en Palestine alors sous domination ottomane, même si le baron Edmond de Rothschild y achète des terres et finance les premiers établissements juifs. L’Angleterre leur avait proposé l’Ouganda… rejeté à l’unanimité. Le rêve commencera à prendre forme après la première guerre mondiale, lorsque la Palestine passe sous mandat britannique et que Lord Balfour, dans une lettre adressée au baron Lionel de Rothchild prétend que : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… » (voir l’article sur la naissance d’Israël).
Avant la création de l’État d’Israël, la population juive de Palestine était passée de 80.000 à 650.000. Cette croissance avait donné naissance à un nationalisme arabe.
De nos jours, les nationalistes s’opposent à la création d’un État arabe et poussent à la colonisation de tous les territoires occupés jadis par les Juifs, avant l’écrasement de la révolte de 135 contre les Romains. Ils veulent un État hébreu totalement juif.
Note : Parler de Palestine pour désigner cette région du Proche Orient n’a aucune signification politique, ce n’est pas une prise de position pour les Palestiniens. La région a été appelée Palestine par les Romains après la seconde révolte des Juifs de 132 à 135. Ce changement de nom s’est accompagné de l’expulsion des Juifs de la région de Jérusalem qui a été rasée et reconstruite sur le modèle des villes romaines. La ville a même perdu son nom pour s’appeler Aelia Capitolina. Aelius était le nom de famille de l’empereur Hadrien. Palestine vient de « philistin », un peuple qui occupait le littoral de la région dès 1200 avant notre ère. Ils avaient fondé cinq cités-États dont Gaza, qui n’a jamais été une ville juive.
Les laïcs et les athées
Les laïcs ne sont pas nécessairement athées, mais la religion n’est pas leur préoccupation principale. Par contre, il y a bien des Juifs athées : ils ne croient pas en Dieu et considèrent la Torah comme un récit mythologique. Pourquoi se disent-ils juifs ? On a vu que la judéité est inaltérable : les enfants nés d’une mère juive sont juifs et le resteront toute leur vie… aux yeux de leur communauté. Ils ne peuvent pas demander à être exclus de l’assemblée, comme les chrétiens peuvent le faire en demandant à l’évêché d’être débaptisés.
La plupart des Juifs athées restent attachés à leur communauté. Sous la « pression » de leur entourage, surtout la famille, certains font circoncire leurs fils ou se marient suivant le rite traditionnel.
Parmi les Juifs athées célèbres on peut citer l’anarchiste Emma Goldman, les communistes Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein) et Grigori Ziniviev, le père du sionisme Theodor Herzl, Sigmund Freud, Woody Allen, Daniel Cohn-Bendit et le philosophe Emanuel Lovi. Mais que penser de la réponse de l’ancienne première ministre Golda Meir à la question d’un journaliste sur ses croyances : « Je crois au peuple juif et le peuple juif croit en Dieu« .
Les Juifs dans le monde
Un peu moins de 30% de la population mondiale est chrétienne, c’est-à-dire, a été baptisée selon le rite chrétien. Cette proportion diminue avec le temps. A peu près le même nombre est de religion musulmane, car née d’un père musulman et cette proportion, elle, grandit car l’apostasie est interdite dans l’islam et est punie de mort bien que la sanction soit rarement appliquée.
On parle ici de 2 milliards d’adeptes, de fidèles. A côté de ces religions, on ne compte que 14 millions de Juifs dans le monde… soit moins que la population des Pays-Bas !
La majorité des Juifs ne résident pas en Israël, mais ont la nationalité israélienne. Ils sont citoyens d’Israël et peuvent venir s’installer par le pays, ce que récuse le grand rabbinat tenu par des ultra orthodoxes qui se méfie des « étrangers ».
Pourquoi les musulmans ne consomment-ils pas de porc ? Le réponse est très simple, ils ont hérité cette pratique du judaïsme. Alors, d’où vient cette coutume pour les juifs ? Elle leur vient de l’Égypte des pharaons.
Relation Égypte-Hébreux
La relation entre les Hébreux et l’Égypte est une relation ambiguë, faite d’amour et de haine… si l’on en croit la Bible. (Pour la chronologie supposée, voir mon article : La chronologie biblique) Tout commence avec Abraham. Il se rend avec son clan en Égypte où le pharaon tombe amoureux de sa femme Sarah qu’Abraham avait présentée comme sa sœur. Elle refile une « maladie » à Pharaon qui chasse les Hébreux. Suite à cet épisode, Abraham se fera circoncire. La Bible ne dit pas s’il y a une relation de cause à effet.
Le petit-fils d’Abraham, Jacob, qui est aussi appelé Israël, a douze fils. L’un d’eux, Joseph est vendu par ses frères à des caravaniers se rendant en Égypte. Dans ce pays, grâce à l’interprétation des rêves, Joseph se taille une place de choix : il devient premier ministre de Pharaon. (NB : Dans le récit des patriarches, les pharaons n’ont pas de noms. Il faut dire que les récits sont loin d’être historiques). Suite à une disette à Canaan, la tribu de Jacob, avec ses onze fils restant, viennent se réfugier en Égypte où ils sont accueillis par leur frère (Joseph) qui leur a pardonné.
La relation change, on ignore pourquoi. Dans la saga suivante, les Hébreux sont les esclaves des Égyptiens. C’est ici qu’intervient Moïse qui va faire sortir les Hébreux d’Égypte. j’ai consacré deux articles à ce personnage : Quel pharaon face à Moïse et Moïse au-delà du mythe.
Voilà pour le récit biblique. Le Coran reprend ces histoires dans les grandes lignes. Abraham (Ibrahim) est « le modèle parfait de soumission à Dieu » (Co. 16-120). C’est la référence, le modèle : il n’est ni juif, ni chrétien, donc parfait ancêtre des musulmans. Si le Coran n’est pas disert sur le passage d’Abraham en Égypte, il le fait venir à La Mecque où il construira la Kaaba.
La saga de Joseph est la plus cohérente du Coran. Tout se trouve dans la sourate 12. Pas besoin de rechercher dans les sourates les versets se rapportant au personnage. Par contre, Abraham (Ibrahim) apparaît dans 13 sourates et Moïse (Musa), le plus cité, dans 19 sourates.
Alors que les Hébreux, conduits par Moïse, sont au nombre de 600.000 sans compter les femmes et les enfants, dans le récit biblique, les « Juifs ne sont qu’une bande peu nombreuse » dans la Coran (26, 56). Deux versets font polémiques (7, 136-137). Ils donnent aux enfants d’Israël toutes les terres situées à l’est et à l’ouest du Nil ou de la Mer Rouge. De quoi permettre aux Arabes de revoir leur position sur les Israéliens ?
Alors nous (Dieu) nous sommes vengés d’eux (les Égyptiens) ; nous les avons noyés dans les flots, parce qu’ils traitaient de mensonges nos signes et n’y prêtaient aucune attention. Et les gens qui étaient opprimés (les Hébreux), nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que nous avons bénies. Et la très belle promesse de ton Seigneur sur les enfants d’Israël s’accomplit pour le prix de leur endurance. Et nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, ainsi que ce qu’ils construisaient.
La place du porc dans l’Égypte ancienne.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos porcs. Quelle était leur place dans l’Égypte des pharaons ? Je reprends ici un extrait de l’article « Le régime du Nil nourrit les Égyptiens » de Martina Tommasi paru dans la revue Histoire et civilisations (Le Monde) n° 66 de novembre 2020.
Le porc occupait quant à lui une place ambiguë. Lâché dans les champs avant les semailles pour aérer la terre et permettre une meilleure pénétration des semences, il consommait aussi les déchets alimentaires ce qui réglait la question de leur élimination et évitait qu’ils ne se transforment en source potentielle d’infection. Le porc était malgré tout considéré comme un animal impur, dont le contact devait être suivi d’une immersion intégrale dans l’eau du fleuve et dont l’élevage interdisait à ses maîtres, pourtant des citoyens libres, d’entrer dans les temples ou de se marier.
Des porcs n’en étaient pas moins sacrifiés une fois par an à la déesse Nout (déesse du firmament) et communément consommés par la population rurale.
Le fait que l’élevage des porcs interdise l’entrée dans le temple a dû jouer un rôle dans l’interdiction décidée par les Hébreux : ne pas entrer dans le temple, c’est être rejeté de la communauté. Or la société israélite des débuts est une société hautement égalitaire. Le ciment de la société, c’est la communauté. L’autre point : l’interdiction de se marier, est en totale contradiction avec la loi de Moïse. Tout Hébreux a l’obligation de marier ses enfants. Le porc, peu adapté à la topologie du terrain rocheux est donc banni par les Hébreux : la communauté reste soudée et la loi appliquée.
L’élevage des porcs dans les pays musulmans
L’élevage des porcs est interdit dans beaucoup de pays musulmans : l’Arabie saoudite, les pays du Golfe et la Libye. Dans les autres pays, ce sont les minorités non musulmanes qui s’en occupent. En Égypte, les coptes (chrétiens) élevaient les porcs dans la banlieue du Caire où, comme dans l’Antiquité, ces animaux consommaient les déchets alimentaires. En 2009, on comptait 350.000 porcs, avant que le gouvernement ne décide de les faire abattre pour éviter la propagation du virus de la grippe (H1N1)… qui n’était pas arrivé en Égypte et qui ne se transmet pas par les porcs ! Alors, affaire religieuse, attaque contre les coptes ou magouille financière : le gouvernement voulant récupérer des terres à grande valeur ajoutée si elles étaient débarrassées de ces éboueurs ?
Cet article a été inspiré par le film de Juliette Desbois : « La face cachée du Vatican 39-45« , et par le livre de Ian Kershaw : « L’Europe en enfer : 1914-1949« .
Dans cet article, je vais me pencher sur une période sombre de notre histoire : l’extermination des Juifs par les nazis et plus spécifiquement, l’attitude du Vatican et des hautes instances de la Croix rouge face à ces événements.
Prélude : Pie XI, pape de 1922 à 1939
Pie XI était pape lorsque Hitler fut nommé chancelier du Reich d’Allemagne, en janvier 1933, par le vieux président, le maréchal Hindenburg, héro de la guerre 14-18. Après l’incendie criminel du Reichstag en février 1933 et les élections de mars 1933, son parti, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands, nazi en abrégé) conforta son avance avec 288 sièges sur 647.
Pour réaliser son programme électoral qui promettait de sortir l’Allemagne du marasme économique, politique et moral, Hitler réclama les pleins pouvoirs : la possibilité d’édicter des lois sans l’aval du parlement (Reichstag). Mais il lui fallait 2/3 des voix des parlementaires, soit 432 voix. Les sociaux démocrates (socialistes) avaient 120 sièges, les communistes 81 et le Zentrum (catholiques), 74. Hitler pouvait compter sur les voix de quelques petits partis, mais ce n’était pas gagné d’avance.
Pour sa part, le pape souhaitait conclure un concordat avec le nouveau gouvernement pour assurer le liberté de culte et la possibilité de nommer indépendamment les évêques. Les marchandages commençaient en coulisse : les voix du Zentrum contre le concordat. Le pape ajouta la suppression de l’interdiction pour les catholiques d’adhérer au parti nazi. Hitler obtint les pleins pouvoirs, il devenait seul maître de l’Allemagne. Et le Vatican signait un pacte avec le Diable. La conviction de la hiérarchie catholique était : « tout sauf le communisme« .
Le 20 juillet 1933, le concordat était signé par le secrétaire d’Etat du Vatican, Eugenio Pacelli, ancien ambassadeur (nonce apostolique) en Allemagne et futur pape sous le nom de Pie XII.
A droite : Signature du concordat par von Papen pour l’Allemagne et Eugenio Pacelli pour le Vatican
Un concordat avait été signé avec l’Italie fasciste de Mussolini en 1929, connu sous le nom d’accords du Latran. Cet accord très favorable au Vatican faisait de la religion catholique la seule religion d’Etat en Italie et octroyait à la papauté un Etat pontifical (le Vatican : 49 ha), une autonomie qu’elle avait perdu depuis 1870. Avant l’unification de l’Italie, les Etats pontificaux étaient très étendus et rivalisaient avec les villes de Florence, Milan et Venise.
L’Italie avant l’unification (ici au XVIe siècle) : extrait de l’Atlas historique mondial de Christian Grataloup (***** recommandé)
En avril 1933, en pleines négociations entre l’Allemagne et le Vatican, puis en septembre 1935 (lois de Nuremberg) les Juifs sont exclus de la « communauté du peuple« . Ils perdent la nationalité allemande et la majorité de leurs droits civiques. Les Allemands « aryens » sont appelés à boycotter les commerces tenus par les Juifs. Les mariages mixtes sont interdits.
En 1937, le pape publie, en allemand, une encyclique « Mit brennender Zorge » (avec une brûlante inquiétude). Elle sera lue dans les églises d’Allemagne le 21 mars 1937. Elle dénonce le non-respect du concordat, elle critique les idéologies racistes et le paganisme, elle s’insurge contre la remise en cause de la valeur de la vie humaine, et contre le culte de l’État et du chef. Mais elle ne cite pas les Juifs. Hitler restera sans réaction.
Et les persécutions continuent. En novembre 1938, c’est la « Nuit de cristal » en référence aux nombreux débris de verre des vitrines des magasins, tenus par des Juifs, qui jonchent les rues des villes. Des synagogues sont incendiées, plus de cent Juifs sont assassinés.
Le silence : Pie XII, pape de 1939 à 1958
Pie XI meurt en 1939, c’est son successeur Pie XII (Eugenio Pacelli) qui sera le pape de la guerre, le pape du silence. En octobre 1941, un évêque français, Mayol de Lupé, reçoit la bénédiction du pape pour combattre à la tête de la division française Charlemagne sur le front russe aux côtés des Allemands. Il est colonel de l’armée allemande.
Départ des volontaires de la division Charlemagne (inscription tronquée à gauche : Anglais assassins)
En octobre 1942, à Wanzée près de Berlin, les hauts dignitaires nazis décident de la solution finale pour les Juifs de tous les pays occupés. Hitler a projeté depuis le début de son parcours politique d’éliminer les Juifs. La haine des Juifs est très répandue en Europe depuis la fin du XIXe siècle. Rappelons le procès Dreyfus (1894) ; la publication des Protocoles des Sages de Sion (1905), un faux sur les objectifs supposés de domination du monde, toujours réédité dans les pays arabes ; l’ouvrage de Joseph Arthur de Gobineau (1816-1888) : « Essai sur l’inégalité des races humaines », théorie sur le racisme scientifique, etc. Ajoutons que les chrétiens considèrent les Juifs comme les meurtriers de Jésus… tous les Juifs et leur descendance. Ne lit-on pas dans l’Évangile de Matthieu : « Tout le peuple (juif) répondit : Nous prenons son sang sur nous et nos enfants » (Mat. 27, 25).
Mgr Humberto Benigni (1862-1934), qui exerça de hautes fonctions au Vatican, est le père du mythe du complot judéo-maçonnique qui eut des conséquences meurtrières de 1936 à 1945. Il défendait la thèse des crimes rituels des Juifs et concluait à l’emploi incontestable par les Juifs de sang chrétien.
Caricatures de Juifs en France… et les Juifs n’ont commis aucun acte terroriste, eux.
La majorité des Européens restaient insensibles au sort des Juifs. Bien sûr, il y eu des milliers de personnes compatissantes qui ont aidé des Juifs en les cachant ou les exfiltrant. Mais que sont quelques milliers face aux millions d’indifférents ?
La notion d' »élimination des Juifs », sous-entendu des territoires allemandes, a varié dans le temps. Les persécutions de 1933-1935 avaient pour but de forcer les Juifs à s’exiler. Ils recevaient un passeport en échange de l’abandon de tous leurs biens. En 1940, avec la défaite de la France, l’idée de transférer les Juifs vers l’île de Madagascar a été avancée puis abandonnée pour des raisons logistiques : le carburant devait servir à l’effort de guerre. En juin 1941, après la conquête, prévue, de l’URSS, on enverrait les Juifs en Sibérie. Mais face à l’échec de l’invasion de l’URSS, les nazis décident de les exterminer. Les premiers camps d’extermination sont construits en Pologne, à Chelmno, Belzec, Sobibor et Treblinka. A partir de 1943, un nouveau complexe s’ouvre à Auschwitz. Il va fournir de la main d’oeuvre (des esclaves) à l’industrie allemande en plus d’exterminer les « non productifs ». Les premiers camps n’avaient pas de travail intégré, on y entrait pour mourir. Certains Juifs pouvaient échapper à la déportation, mais pas à l’emprisonnement. Ce sont (1) les demis-juifs, ceux dont un parent n’est pas Juif, (2) les époux ou épouses d’un.e arien.nne, (3) les épouses des prisonniers de guerre. Mais peu étaient au courant de ces mesures. Plus de 6 millions de personnes trouveront la mort dans les camps d’extermination.
Mais qui savait ? Tout le monde ! Le gouvernement polonais en exil à Londres est le premier à parler, suivi des Alliés. Le pape est tenu au courant par ses évêques. Le Vatican possède le plus vaste réseau d’espionnage du monde. La confession est obligatoire, au moins une fois par mois. Le curé de la paroisse sait tout, il rapporte à son évêque qui informe le Vatican.
Une journaliste berlinoise, Ruth Andreas-Friedrich écrit dans son journal intime à la date du 19 septembre 1941 :
Ça y est, les Juifs sont mis hors-la-loi… L’étoile jaune facilite le triage. Elle éclaire le chemin qui mène aux ténèbres. On déporte les Juifs vers une destination inconnue. Dans des camps en Pologne, disent ceux qui s’en félicitent. Vers une mort certaine, prophétisent les autres.
Le pape n’a pas d’armée, mais il a un grand pouvoir moral. En décembre 1942, tout le monde attend le discours de Noël. Pie XII a préparé un texte de 36 pages. A la radio on entend : « … des centaines de milliers qui, sans faute de leur part, parfois en raison de leur nationalité ou de leur race, sont voués à la mort ou à une extinction progressive ». Trente mots. Et il ne cite même pas les Juifs.
Son excuse ? La peur que Hitler s’en prenne aux catholiques. Et de fait, aux Pays-Bas, un discours accusateur de l’archevêque d’Utrecht Joachim de Jong, a provoqué l’arrestation des Juifs baptisés en juillet 1942. C’est étrange, mais il y a bien des Juifs catholiques et des Juifs athées. Etre Juifs, ce n’est pas être adepte d’une religion, ce n’est être d’une certaine race. Il n’y a plus qu’une seule race sur Terre, les Homo sapiens. Ce n’est pas appartenir à un peuple ou une nation, Israël n’existe pas encore. C’est une notion très difficile à définir : les Juifs se sentent membres d’une communauté. La définition de Juif pour Hitler est machiavélique : est Juif toute personne qui a au moins trois grands-parents juifs. Comment vérifier ? Le procédé est démoniaque : les nazis vont demander aux associations juives des pays occupés de recenser les Juifs. Ils n’auront plus qu’à saisir les listes pour effectuer les rafles. En cas de doute, lorsqu’une personne soupçonnée d’être juive, ne s’est pas inscrite, elle doit produire le certificat de baptême de ses grands-parents.
Peur que Hitler s’en prenne aux catholiques ? Mais, en août 1941, l’évêque de Münster, Clemens August von Galen, avait pris position publiquement contre le programme nazi de « purification de la race » qui consistait à euthanasier des handicapés et des « dégénérés« . Et il a obtenu l’arrêt définitif de ce programme, nommé Aktion T4, sans trop de difficultés.
A part aux pays-Bas, toute la hiérarchie religieuse (catholique et protestante) se tait.
En octobre 1943, les Juifs de Rome sont arrêtés sous les fenêtres du Vatican. Or Pie XII a été prévenu de l’imminence de la rafle par l’ambassadeur d’Allemagne auprès du Vatican : Ernst von Wiezsäcker. Mais il n’avertit pas la communauté juive. A la fin de la guerre on prétendra que le pape avait caché 5000 Juifs dans ses résidences de Rome. Mais aucune preuve ne vient confirmer qu’il était au courant.
Pire encore. S’il est évident qu’amener Hitler à revoir sa politique raciale était utopique, il est des pays où la pape aurait pu, dû, agir. En Croatie, les catholiques Oustachis au pouvoir se montrent plus sadiques que les Allemands. Or leur leader, Ante Pavelic est reçu officiellement par Pie XII. Et les atrocités continuent. C’est un prêtre qui dirigeait la Slovaquie, toute acquise à Hitler et seize autres prêtres siègent au Conseil d’Etat. Pie XII n’interviendra pas.
La solidarité « chrétienne »
La guerre est finie. Pie XII ne prononce pas un mot sur l’Holocauste, aucune condamnation, aucune empathie. Pour aider les réfugiés, les déplacés, qui sont près de 20 millions sur les routes, Pie XII va créer la « Pontificia Commissione Assistenza » où va s’illustrer un évêque autrichien, Aloïs Hudal, recteur du collège Santa Maria dell’Anima, via dalla Pace, n° 24. C’est par cette filière que les plus hauts dignitaires nazis vont fuir : Adolf Eichmann, Klaus Barbie (aidé par les Américains), Joseph Mengele, etc. On vient voir Aloïs Hudal, après avoir été hébergé dans des monastères « amis », il remplit un formulaire qu’on remet aux services de la Croix rouge chargés de délivrer des passe-ports pour voyager librement. Et on est libre.
Le pape connaît ce réseau, les services secrets américains lui ont remis en 1947 une liste de 22 filières d’évêques autrichiens (Hudal), croates, ukrainiens, hongrois… avec nom et numéro de téléphone. Hudal, en haut de la liste, démissionnera… en 1952. Il n’avait plus à s’inquiéter pour ses amis nazis, la loi d’amnistie avait été votée en République fédérale d’Allemagne en 1951. Pour le bien de l’Allemagne, il fallait oublier. L’ennemi maintenant est le même que celui du régime nazi : l’URSS.
Liste des réseaux d’exfiltration des nazis. Le premier nom est celui d’Aloïs Hudal
Et la Croix rouge ?
En janvier 2020, à l’occasion de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz (en 1945), le CICR (Comité international de la Croix rouge) a publié un message :
Pour le CICR, cette date est synonyme d’un échec, celui de n’avoir pas pu porter protection et assistance à des millions de victimes exterminées dans les camps de la mort. Le CICR exprime ses regrets publics quant à son impuissance et les erreurs commises face à la tragédie du génocide et des persécutions nazies.
Et il ajoute :
Cet échec restera inscrit dans la mémoire de l’institution, tout comme le resteront les actes courageux de nombreux délégués de CICR à l’époque.
Pendant la guerre, le président du CICR est Carl Jakob Burckardt. Il est viscéralement anti-communiste donc admiratif des régimes d’extrême droite. A la fin de la guerre, il exfiltrera un grand nombre d’Allemands de la zone d’influence soviétique. Pour lui, ce ne sont pas des criminels, mais des victimes. C’est effectivement comme cela que la majorité des Allemands se voyaient. Tous étaient devenus résistants ou avaient perdu la mémoire. Le parti nazi comptait 8 millions de membres sans compter les organismes affiliés. Un bon millier a été condamné, les autres ont repris leur vie comme si rien ne s’était passé… comme juges, professeurs, fonctionnaires, etc.
Revenons à la Croix rouge. En temps de guerre, son action est limitée aux prisonniers de guerre. Ses délégués ont effectivement fait un excellent travail en acheminant le courrier et les colis… sauf pour les 5,7 millions prisonniers soviétiques dont 3,7 millions vont mourir de faim, sans aucune aide extérieure.
Le CICR va bien tenter de visiter des camps de prisonniers civils (les camps de concentration/extermination), mais avec peu de succès dans ses timides démarches. Il va également essayer d’envoyer des vivres aux prisonniers des camp de concentration. Les nazis n’accepteront que des colis nominatifs. Mais comment savoir où les personnes ont été déportées ?
En 1942, le CICR se dispose à lancer un appel général sur les violations du droit humanitaire international. Mais il ne le fera jamais. Le pape ne l’a pas fait, pourquoi nous ? La guerre touche à sa fin. En juin 1944, le docteur Maurice Rossel visite le ghetto de Theresienstadt, une ville spécialement aménagée pour recevoir des Juifs tchèques en transit vers l’est et des Juifs allemandes célèbres ou âgés. Les rues qu’il parcourt à l’extérieur de la forteresse ont été repeintes et fleuries. Mais il ne pourra entrer dans la forteresse, ni s’entretenir avec les Juifs. Il en revient charmé. En septembre 1944, le même médecin se rend à Auschwitz. Il sera reçu par le commandant du camp, mais il ne pénétra pas à l’intérieur du camp.
Ce n’est qu’aux derniers jours de la guerre que les délégués du CICR pourront entrer dans les camps de Türckheim, Dachau et Mautthausen… pour négocier la reddition de ces camps. A Mautthausen, ils feront annuler l’ordre de faire exploser l’usine souterraine où travaillaient 40.000 prisonniers.
Conclusion
Aujourd’hui, le Vatican a rendu publique les archives de Pie XII. Plusieurs chercheurs, sélectionnés, peuvent les consulter. Mais la plupart des historiens sont persuadés que cela n’apportera rien de nouveau. Les services de l’ex-pape Benoît XVI ont étudié les documents et les ont répartis en 500 dossiers. Triés, classés, censurés (?).
Peu importe, à sa mort en 1958 (la même année que Hudal), Pie XII nous a laissé un testament :
Ait pitié de moi Seigneur, accorde-moi ton pardon. La conscience de mes défaillances, échecs et péchés commis durant un si long pontificat et en des temps si graves, ont souligné mon insuffisance et mon indignité. Je demande humblement pardon à tous ceux que j’ai offensé, lésé et scandalisé.
Fautes avouées sont à demi pardonnées ?
Note : Le livre d’Hitler « Mein Kampf » n’a jamais été mis à l’index par le Vatican contrairement aux livres de Karl Marx et Friedrich Engels (Manifeste du parti communiste, Das Kapital).
Note : s’il y a 20 millions de personnes sur les routes à la fin de la guerre, c’est parce que chaque pays aspire à l’unicité ethnique. Les Allemands sont chassés de Tchécoslovaquie et de Pologne. Les Polonais sont chassés d’Ukraine. Les Juifs sont chassés de partout : leurs maisons sont occupées. Beaucoup tenteront de partir vers la Palestine (voir mon article sur la naissance d’Israël). De plus, les prisonniers rentrent chez eux. Ceux qui étaient employés dans les fermes rentrent par leurs propres moyens.