Jésus, le sauveur ?

Pourquoi ce point d’interrogation dans le titre ? Car ce statut de sauveur pose plus de questions qu’il n’en apporte de réponses. De quoi Jésus sauve-t-il ? Du “péché originel” ? D’une condamnation divine ? Ou simplement d’une vie sans sens ?
Pourquoi faut-il qu’il meure ? Est-ce Dieu qui exige un sacrifice sanglant ? Ou est-ce la violence humaine que Jésus dévoile en s’y exposant ? Les théologiens ne sont pas d’accord.
Est-il le sauveur pour tous ou uniquement pour les chrétiens ? Certains affirment que le salut est universel, d’autres qu’il exclut ceux qui refusent Jésus.
Analysons la question.

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Jésus a-t-il rencontré Jean le Baptiste ?

Cette question peut sembler saugrenue à toute personne qui connaît un tant soit peu le récit de la « vie de Jésus » : Jésus a été baptisé par Jean, donc il l’a rencontré ! C’est effectivement ce que dit la « vie de Jésus », celle du catéchisme.

Jean le Baptiste parut dans le désert proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés… Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi… Moi, je vous baptise par l’eau, mais lui vous baptisera par l’Esprit Saint ».
Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. À l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre sur lui. Et des cieux vint une voix : « Tu es mon fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir ».

Mais la « vie de Jésus » est composée d’extraits des quatre évangiles ; c’est un patchwork qui ne correspond à aucun des quatre évangiles. J’ai déjà publié un article sur la composition de la crèche de Noël qui varie grandement en fonction de l’évangile qui sert de référence (voir « La crèche de Noël« ).

Lisons l’Évangile de Luc, pour répondre à la question titre.

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La jeunesse de Jésus

Quoique la plupart des historiens ne mettent pas en doute l’existence de Jésus, on ignore s’il fut un personnage majeur de l’Histoire ou une personnalité fabriquée par les textes. On connaît son existence par des récits élogieux de justification : les évangiles qui ne racontent que la fin de sa vie.
Mais que savons-nous de sa jeunesse et sa famille ?

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Le Graal et le Da Vinci Code

Le Da Vinci Code est un roman, une fiction écrite par l’auteur américain Dan Brown et publié en 2003.
Le récit commence par le meurtre de Jacques Saunière dans le musée du Louvre. Commence alors une enquête à rebondissements basée sur la résolution d’énigmes. Le dénouement est sensationnel : Marie Madeleine a été l’épouse de Jésus. Elle est venue en France avec leur(s) enfant(s) qui ont fait souche. Aujourd’hui ils seraient en Angleterre dans la famille Sinclar. Une société secrète, le Prieuré de Sion est chargée de les protéger, mais un « moine » de l’Opus Dei assassine tous ses membres : Jacques Saunière était son grand maître.

D’où viennent ces idées ?
Les recherches sont encore plus passionnantes et étonnantes que le scénario du da Vinci Code… entre vérités et conspirations.

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Et si Jésus était vraiment le messie

Voir l’article : « Le Messie« 

Dans cet article, je ne vais pas adopter le point de vue des Églises chrétiennes qui ont fait de Jésus un messie, le fils de Dieu, et Dieu lui-même en 325, au Concile de Nicée (voir l’article « La nature de Jésus« ). C’est de cette époque, le IVe siècle, que datent les exemplaires des évangiles qui nous sont parvenus. Comme on le sait par le philosophe grec Celse, les textes inclus dans le Nouveau Testament ont été constamment modifiés pour les adapter à la doctrine en cours d’élaboration, on peut donc penser qu’ils ont été rectifiés une dernière fois après le concile (voir l’article « Les évangiles« ). Toute trace du Jésus historique a donc été effacée pour laisser place à un Jésus spirituel, le Jésus de la foi.
Les évangiles ont totalement occulté le contexte historique de la mission de Jésus. Le premier siècle de notre ère en Palestine est une période troublée, depuis la mort d’Hérode en -4, les Juifs attendent impatiemment la venue d’un messie, un prêtre-roi qui les délivrerait de l’occupation étrangère. Les évangiles ont sciemment ignoré le sens du mot « messie » et ont fait de Jésus un sauveur des âmes non violent alors qu’il était peut-être un libérateur prêt à employer la force pour faire valoir ses droits. (Sur la violence dans les évangiles, voir l’article : « Et si Jésus n’avait pas existé« , comme « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt. 10,34)« ).

Si les évangiles ont été modifiés, il reste des traces d’une vérité qu’on a voulu cacher. Pour répondre à la question en titre : « Et si Jésus était vraiment le messie« , il me faut répondre à trois questions en fouillant les textes du Nouveau Testament :

  • Jésus était-il un descendant du roi David dont le messie devait être issu ?
  • Jésus a-t-il été considéré comme le nouveau roi des Juifs ?
  • A la disparition de Jésus, une dynastie a-t-elle perpétué son message politique ?

Descendant du roi David

Les évangélistes Matthieu (1, 1) et Luc (3, 22) nous ont livré une généalogie de Jésus pour prouver qu’il était bien un descendant de David, donc un prétendant au trône d’Israël. Les deux généalogies ne concordent pas, sauf sur la présence de David. Matthieu insiste : « généalogie de Jésus, fils de David, fils d’Abraham » (Matt. 1, 1). Luc est moins affirmatif, « il était fils, croyait-on … de David… fils d’Adam, fils de Dieu ». Pour Luc, il est donc fils de David et fils de Dieu.

Quand Jésus entre à Jérusalem, monté sur une ânesse, la foule crie « Hasanna au fils de David ». Étrange monture, pourquoi une ânesse et pas un superbe étalon ? Pour respecter la prophétie du livre de Zacharie 9, 9 : « Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble, monté sur une ânesse et un ânon, le petit d’une bête de somme » (Matt. 21, 5)

Le roi des Juifs

Dès l’entrée à Jérusalem, Jésus est donc perçu comme le roi des Juifs. Il va tout faire pour déclencher une révolte. Il s’attaque tout d’abord aux marchands du temple. Et que se passe-t-il lors de son arrestation sur le Mont des Oliviers ? « il [Judas] prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres… » (Jean 18, 3). Pourquoi déplacer une cohorte, de 500 légionnaires à 1000 auxiliaires pour arrêter un seul homme pacifique ? Y a-t-il eu un début d’insurrection qui amena à l’arrestation de Jésus ?

Ponce Pilate le condamne à mort, la mort réservée aux agitateurs, aux déserteurs et aux esclaves en fuite. Sur le titulus, la pancarte que l’on accrochait au cou des condamnés, il a fait écrire « Jésus le nazaréen, roi des Juifs« . Tous les évangiles sont d’accord sur le sens du titulus, mais citent tous un libellé différent. Pour l’Église, c’est de l’ironie ! Drôle de façon d’ironiser. C’est plutôt un avertissement : « Voici ce que Rome fait du roi des Juifs ». N’oublions pas que la période est troublée, des rois autoproclamés apparaissent à intervalles réguliers : Judas bar Ézéchiel à la mort d’Hérode, Judas de Gamala lors du recensement de Quirinus, « l’Égyptien » (vers 60), Theudas (vers 45), un autre Jésus (vers 65), Simon bar Gioras (en 70) et Bar Kochba (132-135).

A la naissance de Jésus, Luc nous raconte la venue de mages, devenus par la suite les trois rois-mages. Ils se présentent à Hérode et demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? ». Ce qui déclenchera, toujours selon Luc, le massacre de tous les enfants de Bethléem. Notons que dans l’évangile de Luc, Jésus naît dans la maison de ses parents à Bethléem, pas dans une étable ou une grotte. Mais pourquoi Bethléem ? « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël mon peuple » (Luc 2, 6 citant le prophète Michée 5, 1).

Deux autres événements, rapportés par les quatre évangiles, sont troublants.
(1) Pourquoi Jésus se fait-il baptiser par Jean « en vue du pardon des péchés » (Marc 1, 4). Quels péchés le Fils de Dieu a-t-il commis ?
Jean est le cousin de Jésus par leur mère, il appartient à la tribu des lévites, descendant de Aaron, le frère de Moïse. Cette tribu fournit les prêtres du temple. Ne faut-il pas voir dans ce « baptême » la consécration de Jésus en tant que messie-roi, comme c’était la coutume : Samuel a consacré Saül, puis David. C’est après ce « baptême » que le ministère de Jésus commence.
La tradition de la consécration des rois par un prêtre s’est poursuivie en France où le prétendant au trône ne devenait roi qu’après avoir été oint dans la cathédrale de Reims.

(2) Lorsque Jésus demande curieusement à ses disciples qui il est d’après eux, Simon-Pierre avance timidement « Tu es le messie, le Fils de Dieu vivant ». Alors Jésus « leur commanda sévèrement de ne le dire à personne ». Pourquoi se cacher ? Sinon que l’heure de la révolte n’est pas encore arrivée.

Sa dynastie

A la mort de Jésus, c’est Jacques son frère qui prend la tête du mouvement nazaréen installé à Jérusalem, d’après les Actes de Apôtres. Les membres de ce mouvement, qui comprend les apôtres, se comportent en Juifs respectueux de la Loi. Pierre et Jean se rendent régulièrement au temple pour prier. Néanmoins ils sont arrêtés (ils s’échappent grâce à des miracles). Pourquoi ces arrestations sinon parce qu’ils font partie d’un mouvement séditieux dont se méfient les Romains. Si on accepte l’idée d’un Jésus prétendant au trône d’Israël, on comprend mieux les persécutions dont sont victimes les premiers « chrétiens » en Judée.

Jacques est lapidé… mais étrangement, les Actes des Apôtres n’en parle pas. Il a été assassiné lors de la vacance du procurateur romain. Ce n’est donc pas une initiative romaine, mais une décision d’Agrippa II, un descendant d’Hérode qui doit voir d’un mauvais œil un prétendant au trône.
C’est Jude, un autre frère de Jésus qui prend la succession de Jacques. Puis on perd la trace du mouvement. Paul occupe alors le devant de la scène et avec lui, l’idée d’un messie-roi est totalement occultée. Il s’était opposé violemment à Jacques au sujet du message délivré par Jésus.

La rancœur de Romains ne s’arrête pas après la victoire de 70 sur les révoltés juifs. L’empereur Domitien (81-96), le frère du vainqueur, Titus(empereur de 79 à 81), s’en prend également à la famille de Jésus.

Il y avait de la race du Sauveur les petits-fils de Jude qui lui-même était appelé son frère selon la chair. On les dénonça comme descendants de David. On les amena à Domitien, celui-ci craignait la venue du Messie, comme Hérode. (Eusèbe : Histoire ecclésiastique livre III, 20)

Domitien les interrogea puis les relâcha, d’après Eusèbe qui écrit 250 ans après les faits.

Conclusion

Tout ceci n’est qu’une hypothèse, mais elle a des bases solides. Paul ne dit-il pas dans 2 Corinthiens, 11,4 : « En effet, si le premier venu vous prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché…« . Paul savait-il que les apôtres regroupés à Jérusalem autour de Jacques, le frère de Jésus, enseignaient une autre vision de Jésus. Paul n’avait pas connu Jésus, il l’avait vu en songe. Il a occulté les prétentions politiques du groupe pour se concentrer sur le message spirituel. Ce glissement était nécessaire pour s’imposer dans l’Empire romain. Yeshua le messie-roi, le renégat crucifié par les Romains devenait Jésus-Christ, le Sauveur, l’agneau sacrifié par les Juifs.

Note : préfet ou procurateur

Une province sénatoriale était dirigée par un préfet, issu de l’ordre équestre, qui avait tous les droits, sauf celui de lever des impôts. A sa création en 6 ou 7 de notre ère, la Judée est une province sénatoriale. C’est pourquoi le recensement, pour établir l’impôt, a été fait par Quirinus, envoyé par le gouverneur de Syrie. La légion ne séjourne pas dans ces provinces. Les troupes sont constituées d’auxiliaires.

Une province impériale était dirigée par un procurateur qui avait le droit de lever des impôts. La Judée est devenue province impériale sous l’empereur Claude (41-54).

Ponce Pilate était donc préfet comme le confirme une inscription trouvée à Césarée. Tous les auteurs chrétiens lui donnent la fonction de « procurateur« , ce qui est une erreur.

Ponce Pilate préfet de Judée

Le suaire de Turin

Le suaire exposé de nos jours

Un peu d’histoire

Le suaire de Turin, ou plutôt le linceul de Turin, est une pièce de lin d’environ 4,4 mètres de long sur 1.1 de large. Il a été rapiécé car endommagé dans un incendie survenu en 1532. On devine une image d’homme supplicié de face et de dos. Il devint célèbre en 1898 lorsque le photographe Secondo Pia révéla que le linceul était l’image négative d’un homme qui pourrait être Jésus. On ignore toujours comment on a obtenu un négatif sur une étoffe, les croyants imputent ce miracle à la résurrection… dont on ignore tout du mécanisme.

Explication pour les plus jeunes qui n’ont connu que les photos numériques. Lorsqu’on photographie un objet, sa lumière entre par un petit orifice et se fixe sur une surface sensible. Les blancs sont fixés en noir (ils brûlent le film sensible) et les noirs deviennent blancs. On obtient un négatif. Pour restaurer l’image, on procède à une seconde exposition. Dans le cas du linceul, Secondo Pia a réalisé que le négatif qu’il avait obtenu révélait une image positive. Il n’avait pas besoin de l’exposer à nouveau.

Tête de l’homme (âgé ?) révélé par la photographie

Le linceul apparaît à Lirey, en Champagne vers 1350. On ignore d’où il vient, plusieurs hypothèses ont été formulées à son sujet suivant qu’on croit à son authenticité ou non. Pour les uns, il viendrait de Jérusalem via Constantinople pour les autres, il aurait été fabriqué à Lirey.

Il est intéressant de noter que lors de la construction de la collégiale de Lirey en 1353, les évêques accordent une bulle d’indulgences pour les fidèles qui visiteront l’église et les reliques. Les reliques y ont citées, mais le linceul n’apparaît pas. En 1389, l’évêque de Troyes, Pierre d’Arcis interdit l’ostension (l’exposition) du linceul, le considérant comme un faux, réalisé par une personne qu’il connaît. Mais les chanoines n’obéissent pas et le pape Clément VII autorise de montrer de nouveau le linceul aux fidèles à condition de mentionner que ce n’est pas une relique, mais que « la dite représentation n’est pas le vrai suaire du notre Seigneur Jésus-Christ ».

A partir de Lirey, le linceul a changé de mains et voyagé vers Chambéry (1502) où il aurait été endommagé par l’incendie de la chapelle du château. De là, il serait arrivé à Turin en 1578 où il sera conservé dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste.

Le suaire à Chambéry vers entre 1502 et 1532, date à laquelle un incendie l’endommagea.

Au Moyen-Age, plusieurs suaires ou linceuls sont montrés aux fidèles lors de l’évocation de la passion de Jésus. On en compte une quarantaine dont la majorité en France. Il y en a trois à Rome, deux à Aix-la-Chapelle et d’autres à Constantinople. Mais peu de linceuls affichent une image de crucifié, le suaire d’Oviedo (Espagne) est une des exceptions.

D’autres empreintes de Jésus

La relique la plus célèbre est le suaire de Véronique. Cette femme aurait essuyé le visage de Jésus lorsqu’il se rendait vers le lieu de son supplice, ployant sous le poids de sa croix. La figure de Jésus s’imprima miraculeusement sur le voile. C’est ce que raconte un apocryphe du VIe siècle : La vengeance du Seigneur.

Bien longtemps, cet événement a fait l’objet de la station VI du « chemin de croix » que les fidèles parcourent à Pâques. Cette station a été supprimée en 1991 par Jean-Paul II car non conforme aux évangiles. Le voile est toujours conservé au sanctuaire de Manoppello (Pescara) dans les Abruzzes, à 90 km de Rome. 

Une autre représentation de Jésus connue au VIe siècle est une toile représentant Jésus qui aurait été offerte au roi Abgar V d’Edesse, premier roi chrétien. Il régna de 13 à 50. Cette toile aurait été peinte d’après nature, donc du vivant de Jésus. Une autre version dit que la figure de Jésus serait apparue miraculeusement sur la toile.
L’objet aurait été rapporté à Paris en 1204, année du sac de la ville de Constantinople (chrétienne) par les Croisés (chrétiens) à la demande du doge de Venise (chrétien) pour payer le transport des troupes (4ème croisade). La toile figure dans l’inventaire des reliques de la Sainte-Chapelle construite en 1241. Elle aurait disparu à la Révolution française.
NB : Les chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise ont également été volés à Constantinople. Ils ornaient l’entrée du cirque de la ville.

Vrai ou faux linceul ?

En 1978, avant une exposition (ostension) au public, une équipe de scientifiques est chargée d’analyser le linceul durant 5 jours. Leur rapport mentionne « qu’il est impossible d’exclure que le suaire soit celui décrit dans les évangiles ». En clair, « c’est possible qu’il ait contenu le corps de Jésus« .

En 1988, le pape Jean-Paul II accepte que des analyses au carbone 14 soient pratiquées sur le linceul. Trois laboratoires indépendants arrivent à une conclusion identique, la toile a été tissée entre 1260 et 1390.

Bien entendu, ce résultat n’empêche pas ceux qui veulent y croire de continuer à croire. Un site catholique qui confond information et manipulation conclut : « Les conclusions des recherches de 1978 témoignent de la vérité scientifique ainsi qu’à l’honnêteté de ces savants. On ne pourra pas en dire autant de ceux qui firent la datation au carbone 14″.

Comment aurait-on pu fabriquer ce suaire ? De nombreuses hypothèses ont été émises : on aurait pu « peindre » le corps sur le lé de tissu avec une préparation d’essence et d’huile puis ajouter du sang ou on aurait pu enduire un corps vivant ou mort des mêmes ingrédients et appuyer avec les mains sur tout le corps pour imprégner le tissu.

Que voit-on sur le suaire ?

Le plus simple est de le visualiser en 3D.

Le corps en 3 dimensions a été réalisé à l’Université et l’hôpital de Padoue, sous la direction du professeur Giulio Fanti (sans cravate sur la photo). Ce professeur aurait également inventé une nouvelle technique (personnelle) de datation qui appliquée au suaire donnerait la période de 33 à 250.
Les tâches ne sont pas sans rappeler la passion de Jésus décrite dans les évangiles : couronne d’épines, flagellation, blessure de lance dans la poitrine, clous dans les poignets et dans un pied.

NB : s’il y a bien du sang sur le tissu, pourquoi ne pas avoir réalisé une analyse ADN qui aurait pu se révéler très intéressante. Pour prouver que c’était bien du sang, les scientifiques en 1978 ont pratiqué plusieurs expériences… pas toutes concluantes. Ils n’ont pas utilisé le luminol (connu depuis 1913), un produit chimique présentant une luminescence bleue caractéristique, lorsqu’il est mélangé avec un oxydant adéquat. Il est utilisé en criminalistique pour détecter les faibles traces de sang laissées sur les scènes de crime.

Le corps représenté sur le linceul présente deux problèmes.

Pourquoi le corps n’est-il pas allongé : les jambes sont repliées, suivant l’idée qu’on se fait d’un crucifié ; de même la tête est penchée vers l’avant. On ne peut pas invoquer la rigidité cadavérique puisque les mains ont été ramenées sur les parties intimes
Mais la représentation est-elle exacte ? Il semble que non : pour avoir cette position, la face avant devrait être plus grande que la face arrière, pour suivre l’emplacement des jambes. Ce qui n’est pas le cas.

Pourquoi le corps est-il maculé de sang ? Le rite funéraire juif est très strict : le corps doit être lavé et les ongles coupées avant l’ensevelissement. Dans l’Évangile de Jean, on lit (Jean 19, 40) : « Ils [Joseph d’Arimathée et Nicodème] prirent donc le corps de Jésus et l’entourèrent de bandelettes avec des aromates suivant la manière juive d’ensevelir« . Jésus est donc bien enseveli suivant le rite juif.
Notons que les traducteurs de l’évangile dans la version TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) parlent « des bandelettes« . La Bible de Jérusalem traduit « ils le lièrent de linges ». Linges et bandelettes sont des traductions possibles du mot grec utilisé dans l’évangile.
La TOB dit que lorsqu’on ouvrit le tombeau on découvrit (Jean 20, 6) « les bandelettes et le linge qui avait recouvert la tête« . Le même passage dans la Bible de Jérusalem est traduit : « Les linges ainsi que le suaire qui avait recouvert la tête« . Donc, pas de linceul complet d’après l’Évangile de Jean, contrairement aux trois autres.

Polémique

Un mort ne saigne pas (la pompe, le cœur s’étant arrêtée), on n’aurait pas dû trouver de sang sur le linceul. Ce fait a inspiré un auteur allemand Holder Kersten qui croit à l’authenticité du suaire de Turin. Dans son ouvrage de 1997, « La conspiration de Jésus », il affirme que Jean-Paul II a accepté et orienté la datation au carbone 14, pour discréditer le suaire. Les traces de sang prouvent que Jésus n’était pas mort lorsqu’on l’a descendu de la croix, il a continué à saigner !
L’opération de préparation des échantillons a été entièrement filmée pour éviter les mises en doute. Entièrement ? Non, trente minutes n’ont pas été filmées. Elles concernent l’emballage et étiquetage des échantillons pour « respecter leur anonymat« , certains échantillons neutres ayant été ajoutés aux tests.

Conspiration ! s’écrire l’auteur allemand.
Une lectrice qui signe « Madeleine » m’avait fait connaître une théorie, développée parallèlement par Holder Kersten, basée sur les évangiles (voir les commentaires : le procès de Jésus). Tous les évangiles sont d’accord sur un point : Jésus meurt dès qu’il a bu le « vinaigre » imbibant une éponge attachée à un roseau. « Pilate s’étonna [même] qu’il soit déjà mort » (Marc 15, 44).
Madeleine donne même le nom de la drogue absorbée : « la substance qui devait imprégner la fameuse éponge : c’est un extrait de la « coque du Levant » (Anamirta cocculus), une plante toxique et narcotique qui génère une sorte de catalepsie et une rigidité cadavérique sans qu’il y ait de réelle mort. »

Donc, si Jésus n’est pas mort sur la croix, il n’y a pas eu de résurrection, mais simplement un réveil. C’est cela que Jean-Paul II voulait cacher. Il aurait donc faussé l’analyse ADN pour qu’on déclare que le suaire n’était qu’un faux… dixit Holder Kersten.

Cette théorie présente un inconvénient : qu’est devenu Jésus après sa sortie du tombeau ? Il est apparu à ses disciples durant 40 jours nous dit la tradition, mais après ?