L’Opus Dei. Ange ou démon ?

L’Opus Dei (Œuvre de Dieu), également appelé Prélature de la Sainte Croix est une institution de l’Église catholique fondée en 1928 en Espagne par Jose Maria Escriva de Balaguer. Elle compte près de 90.000 membres, des prêtres en minorité (moins de 2.000) et des laïcs.

Cette organisation a comme objectif de « promouvoir la sainteté au milieu du monde ».

Elle a fait l’objet de différentes controverses, notamment en ce qui concerne son aspect secret, son influence politique et l’étendue réelle de ses moyens financiers.

L’Opus Dei vu par lui-même

Vu les polémiques dont l’institution fait l’objet, laissons d’abord s’exprimer sa porte-parole : Béatrice de La Costa : « Le principal message de l’organisation est que chacun peut transformer son travail, ses loisirs et sa vie de famille en des moments de rencontre avec Dieu. Chacun peut mettre ses pas dans les pas du Christ et y trouver le vrai bonheur. Les membres sont appelés à transmettre le grand message d’amour du Christ à son entourage. »

« Les membres sont des gens heureux qui racontent autour d’eux la merveilleuse aventure de leur vie quotidienne ». Et voilà pour la publicité.

Qui est le fondateur : Jose Maria Escriva de Balaguer ?

Escriva de Balaguer est un prêtre espagnol qui a vécu la guerre civile d’Espagne (1936-1939) du côté des généraux auteurs du coup d’État et particulièrement de Franco. Pour lui, le communisme c’est le Diable. Il est viscéralement anticommuniste et antisémite. Il aurait dit : « Hitler contre les Juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre les communistes ».

A la fin des années 60, il achète un titre de noblesse. Le petit prêtre devient le marquis de Peralta.

Il était très proche du cardinal Wojtyla qui deviendra pape sous le nom de Jean-Paul II en 1978, trois ans après la mort de Escriva de Balaguer. Ce pape transforma le mouvement en « prélature« , c’est-à-dire en « diocèse extraterritorial » : l’Opus Dei dépend directement du pape et ses membres n’ont aucun compte à rendre aux évêques. C’est le même Jean-Paul II qui canonisera Escriva de Balaguer en 2002, quelques années après sa mort, le voilà saint.

Aujourd’hui l’Opus Dei est dirigé depuis 2019 par Fernando Ocariz, théologien né en 1944, en France, sa famille ayant fui la guerre civile espagnole.

Organisation et prosélytisme

Sans entrer dans le détail, l’opus Dei comprend quatre grandes catégories de membres :

  • les numéraires, clercs ou laïcs qui s’engagent à la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Ils vivent en communauté dans les locaux de l’organisation.
  • les agrégés font les mêmes vœux, mais ne vivent pas en communauté.
  • les surnuméraires sont des laïcs qui vivent dans le monde mais contribuent financièrement. Ils représentent 70% des membres.
  • les coopérateurs sont des sympathisants, qui ont les mêmes devoirs que les surnuméraires… mais ils ne doivent pas être baptisés dans la foi catholique (ils peuvent être protestants).

Les membres doivent suivre un « plan de vie » qui comprend surtout des prières quotidiennes, des lectures, la confession et des chants. En se levant, ils disent « serviam« , « je vais servir« . La plupart s’infligent des mortifications suivant en cela la pensée du fondateur qui dans son livre « el camino » (le chemin) a écrit : « Bénie soit la douleur, aimée soit la douleur, sanctifiée soit la douleur ».

L’Opus Dei est très présent sur les campus universitaires où il recrute des jeunes qui deviendront cadres ou dirigeants politiques.

L’Opus Dei rencontre de grands succès en Italie, en Espagne et en Amérique latine. Aux Etats-Unis, on compte 3000 membres et son siège à New York est un bâtiment de 17 étages sur Lexington Avenue, n° 243. Une soixantaine d’autres centres ont ouverts dans le pays, la plupart sur des campus universitaires.

L’Opus Dei est présent à Bruxelles et à Strasbourg, en contact direct avec la Communauté européenne. Son journal, Europe Today, est même financé par la CEE. Dans ce journal, il défend les positions les plus réactionnaires de la droite catholique. Dans le n° 124 d’août 1994, on peut lire : « Les méthodes naturelles de contrôle de naissance sont efficaces à 99% tandis que les méthodes artificielles ne le sont qu’à 50% ». Bien entendu, l’abstinence est sûre à 100%.

Le culte du secret

Un des grands reproches fait à l’Opus Dei est son manque de transparence. Dans ses constitutions secrètes rédigées en 1950, mais divulguées en 1982, on peut lire : « Que les membres sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei« .

L’Opus Dei a justifié cette loi du silence par « l’humilité collective » et « l’efficacité apostolique« .
Vu ce manque de transparence, il est mal aisé d’identifier les membres effectifs de l’organisation, mais il est plus aisé de reconnaître ses sympathisants.

En Belgique, l’Opus Dei a investi l’Institut Robert-Schumann, une école de journalisme qui forme des « journalistes catholiques sûrs » et l’Université Catholique de Louvain où il avait installé deux résidences pour les étudiants. Mais c’était sans compter sur le nouveau vice-recteur, le Père Gabriel Ringlet qui a refusé de renouveler le bail des résidences tant que l’Opus Dei trichera sur son identité. Il justifie la décision du conseil d’administration comme suit : « L’Opus Dei ne vise que l’élite de la société ce qui est inacceptable pour notre université. La quête de la perfection a quelque chose de très orgueilleux et de malsain. Je ne peux accepter une religion qui lave plus blanc que blanc… la couleur des sépulcres ! Car au bout du chemin, on trouve toujours l’exclusion et le racisme. En ces temps de montée de l’extrême droite, on ne se prémunit peut-être pas assez contre les dictatures spirituelles.« 

Une pieuvre invisible

L’Opus Dei de par le monde s’étend par l’intermédiaire de sociétés écrans. On la nomme la « mafia blanche ». Elle s’est partiellement dévoilée avec la scandaleuse affaire Matesa, un homme d’affaires espagnol qui a détourné des sommes colossales. Le scandale, suivi de « suicides » et de faillites a éclaboussé la Banque du Vatican. Matesa, avant d’être retrouvé mort, avait avoué financer les activités de l’Opus Dei.

Plusieurs ministres de gouvernements de droite en France et en Espagne sont ou étaient pour le moins sympathisants de l’Opus Dei. On pense à Raymond Barre, ancien premier ministre français, qui a témoigné lors du procès en béatification de Escriva de Balaguer, attestant qu’il avait « détecté en lui des signes de sainteté ».

Plusieurs familles royales d’Europe ont des sympathies pour l’Opus Dei. La famille royale de Belgique appartient au « renouveau charismatique« , un mouvement traditionaliste proche de l’Opus Dei. Citons également la famille royale d’Espagne dont les enfants ont été éduqués par des précepteurs de l’Opus Dei, la famille de Habsbourg et de l’archiduc d’Autriche.

Dans les années 90, les PDG des sociétés AXA et AGF, des groupes Schneider et Renaut ont donné des conférences dans les locaux de l’Opus Dei à Paris.

Et si Jésus était vraiment le messie

Voir l’article : « Le Messie« 

Dans cet article, je ne vais pas adopter le point de vue des Églises chrétiennes qui ont fait de Jésus un messie, le fils de Dieu, et Dieu lui-même en 325, au Concile de Nicée (voir l’article « La nature de Jésus« ). C’est de cette époque, le IVe siècle, que datent les exemplaires des évangiles qui nous sont parvenus. Comme on le sait par le philosophe grec Celse, les textes inclus dans le Nouveau Testament ont été constamment modifiés pour les adapter à la doctrine en cours d’élaboration, on peut donc penser qu’ils ont été rectifiés une dernière fois après le concile (voir l’article « Les évangiles« ). Toute trace du Jésus historique a donc été effacée pour laisser place à un Jésus spirituel, le Jésus de la foi.
Les évangiles ont totalement occulté le contexte historique de la mission de Jésus. Le premier siècle de notre ère en Palestine est une période troublée, depuis la mort d’Hérode en -4, les Juifs attendent impatiemment la venue d’un messie, un prêtre-roi qui les délivrerait de l’occupation étrangère. Les évangiles ont sciemment ignoré le sens du mot « messie » et ont fait de Jésus un sauveur des âmes non violent alors qu’il était peut-être un libérateur prêt à employer la force pour faire valoir ses droits. (Sur la violence dans les évangiles, voir l’article : « Et si Jésus n’avait pas existé« , comme « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt. 10,34)« ).

Si les évangiles ont été modifiés, il reste des traces d’une vérité qu’on a voulu cacher. Pour répondre à la question en titre : « Et si Jésus était vraiment le messie« , il me faut répondre à trois questions en fouillant les textes du Nouveau Testament :

  • Jésus était-il un descendant du roi David dont le messie devait être issu ?
  • Jésus a-t-il été considéré comme le nouveau roi des Juifs ?
  • A la disparition de Jésus, une dynastie a-t-elle perpétué son message politique ?

Descendant du roi David

Les évangélistes Matthieu (1, 1) et Luc (3, 22) nous ont livré une généalogie de Jésus pour prouver qu’il était bien un descendant de David, donc un prétendant au trône d’Israël. Les deux généalogies ne concordent pas, sauf sur la présence de David. Matthieu insiste : « généalogie de Jésus, fils de David, fils d’Abraham » (Matt. 1, 1). Luc est moins affirmatif, « il était fils, croyait-on … de David… fils d’Adam, fils de Dieu ». Pour Luc, il est donc fils de David et fils de Dieu.

Quand Jésus entre à Jérusalem, monté sur une ânesse, la foule crie « Hasanna au fils de David ». Étrange monture, pourquoi une ânesse et pas un superbe étalon ? Pour respecter la prophétie du livre de Zacharie 9, 9 : « Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, humble, monté sur une ânesse et un ânon, le petit d’une bête de somme » (Matt. 21, 5)

Le roi des Juifs

Dès l’entrée à Jérusalem, Jésus est donc perçu comme le roi des Juifs. Il va tout faire pour déclencher une révolte. Il s’attaque tout d’abord aux marchands du temple. Et que se passe-t-il lors de son arrestation sur le Mont des Oliviers ? « il [Judas] prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres… » (Jean 18, 3). Pourquoi déplacer une cohorte, de 500 légionnaires à 1000 auxiliaires pour arrêter un seul homme pacifique ? Y a-t-il eu un début d’insurrection qui amena à l’arrestation de Jésus ?

Ponce Pilate le condamne à mort, la mort réservée aux agitateurs, aux déserteurs et aux esclaves en fuite. Sur le titulus, la pancarte que l’on accrochait au cou des condamnés, il a fait écrire « Jésus le nazaréen, roi des Juifs« . Tous les évangiles sont d’accord sur le sens du titulus, mais citent tous un libellé différent. Pour l’Église, c’est de l’ironie ! Drôle de façon d’ironiser. C’est plutôt un avertissement : « Voici ce que Rome fait du roi des Juifs ». N’oublions pas que la période est troublée, des rois autoproclamés apparaissent à intervalles réguliers : Judas bar Ézéchiel à la mort d’Hérode, Judas de Gamala lors du recensement de Quirinus, « l’Égyptien » (vers 60), Theudas (vers 45), un autre Jésus (vers 65), Simon bar Gioras (en 70) et Bar Kochba (132-135).

A la naissance de Jésus, Luc nous raconte la venue de mages, devenus par la suite les trois rois-mages. Ils se présentent à Hérode et demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? ». Ce qui déclenchera, toujours selon Luc, le massacre de tous les enfants de Bethléem. Notons que dans l’évangile de Luc, Jésus naît dans la maison de ses parents à Bethléem, pas dans une étable ou une grotte. Mais pourquoi Bethléem ? « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël mon peuple » (Luc 2, 6 citant le prophète Michée 5, 1).

Deux autres événements, rapportés par les quatre évangiles, sont troublants.
(1) Pourquoi Jésus se fait-il baptiser par Jean « en vue du pardon des péchés » (Marc 1, 4). Quels péchés le Fils de Dieu a-t-il commis ?
Jean est le cousin de Jésus par leur mère, il appartient à la tribu des lévites, descendant de Aaron, le frère de Moïse. Cette tribu fournit les prêtres du temple. Ne faut-il pas voir dans ce « baptême » la consécration de Jésus en tant que messie-roi, comme c’était la coutume : Samuel a consacré Saül, puis David. C’est après ce « baptême » que le ministère de Jésus commence.
La tradition de la consécration des rois par un prêtre s’est poursuivie en France où le prétendant au trône ne devenait roi qu’après avoir été oint dans la cathédrale de Reims.

(2) Lorsque Jésus demande curieusement à ses disciples qui il est d’après eux, Simon-Pierre avance timidement « Tu es le messie, le Fils de Dieu vivant ». Alors Jésus « leur commanda sévèrement de ne le dire à personne ». Pourquoi se cacher ? Sinon que l’heure de la révolte n’est pas encore arrivée.

Sa dynastie

A la mort de Jésus, c’est Jacques son frère qui prend la tête du mouvement nazaréen installé à Jérusalem, d’après les Actes de Apôtres. Les membres de ce mouvement, qui comprend les apôtres, se comportent en Juifs respectueux de la Loi. Pierre et Jean se rendent régulièrement au temple pour prier. Néanmoins ils sont arrêtés (ils s’échappent grâce à des miracles). Pourquoi ces arrestations sinon parce qu’ils font partie d’un mouvement séditieux dont se méfient les Romains. Si on accepte l’idée d’un Jésus prétendant au trône d’Israël, on comprend mieux les persécutions dont sont victimes les premiers « chrétiens » en Judée.

Jacques est lapidé… mais étrangement, les Actes des Apôtres n’en parle pas. Il a été assassiné lors de la vacance du procurateur romain. Ce n’est donc pas une initiative romaine, mais une décision d’Agrippa II, un descendant d’Hérode qui doit voir d’un mauvais œil un prétendant au trône.
C’est Jude, un autre frère de Jésus qui prend la succession de Jacques. Puis on perd la trace du mouvement. Paul occupe alors le devant de la scène et avec lui, l’idée d’un messie-roi est totalement occultée. Il s’était opposé violemment à Jacques au sujet du message délivré par Jésus.

La rancœur de Romains ne s’arrête pas après la victoire de 70 sur les révoltés juifs. L’empereur Domitien (81-96), le frère du vainqueur, Titus(empereur de 79 à 81), s’en prend également à la famille de Jésus.

Il y avait de la race du Sauveur les petits-fils de Jude qui lui-même était appelé son frère selon la chair. On les dénonça comme descendants de David. On les amena à Domitien, celui-ci craignait la venue du Messie, comme Hérode. (Eusèbe : Histoire ecclésiastique livre III, 20)

Domitien les interrogea puis les relâcha, d’après Eusèbe qui écrit 250 ans après les faits.

Conclusion

Tout ceci n’est qu’une hypothèse, mais elle a des bases solides. Paul ne dit-il pas dans 2 Corinthiens, 11,4 : « En effet, si le premier venu vous prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché…« . Paul savait-il que les apôtres regroupés à Jérusalem autour de Jacques, le frère de Jésus, enseignaient une autre vision de Jésus. Paul n’avait pas connu Jésus, il l’avait vu en songe. Il a occulté les prétentions politiques du groupe pour se concentrer sur le message spirituel. Ce glissement était nécessaire pour s’imposer dans l’Empire romain. Yeshua le messie-roi, le renégat crucifié par les Romains devenait Jésus-Christ, le Sauveur, l’agneau sacrifié par les Juifs.

Note : préfet ou procurateur

Une province sénatoriale était dirigée par un préfet, issu de l’ordre équestre, qui avait tous les droits, sauf celui de lever des impôts. A sa création en 6 ou 7 de notre ère, la Judée est une province sénatoriale. C’est pourquoi le recensement, pour établir l’impôt, a été fait par Quirinus, envoyé par le gouverneur de Syrie. La légion ne séjourne pas dans ces provinces. Les troupes sont constituées d’auxiliaires.

Une province impériale était dirigée par un procurateur qui avait le droit de lever des impôts. La Judée est devenue province impériale sous l’empereur Claude (41-54).

Ponce Pilate était donc préfet comme le confirme une inscription trouvée à Césarée. Tous les auteurs chrétiens lui donnent la fonction de « procurateur« , ce qui est une erreur.

Ponce Pilate préfet de Judée

Et si la Terre était unique

Cet article est inspiré du documentaire du même nom réalisé par Laurent Lichtenstein.

Naissance de la Terre

L’Univers a été créé voici 13,8 milliards d’années. Il a surgi d’une singularité cosmique, un euphémisme pour dire qu’on ignore ce qu’il s’est passé quelques fractions de secondes avant son apparition. Cette « singularité » a été nommée le Big Bang, bien qu’aucune explosion n’ait eu lieu. L’Univers compte des milliards de galaxies, chaque galaxie, dont la nôtre, la Voie Lactée compte des milliards d’étoiles. La nôtre s’appelle le Soleil qui est né, ainsi que les planètes et objets divers qui l’accompagnent à partir d’un nuage de gaz et de poussières (hydrogène, hélium, glaces et silicates), il y a 4,6 milliards d’années. Cette nébuleuse s’est condensée par effondrement gravitationnel.

Situation idéale par rapport au Soleil

Dans le ballet des huit planètes qui tournent autour du soleil, la Terre occupe une position privilégiée, ni trop près, ni trop loin du Soleil. On a longtemps considéré le système solaire comme le prototype des systèmes planétaires dans l’Univers. Mais depuis qu’on a pu étudier des exoplanètes (fin du XXe siècle), on se rend compte que ce sont les grosses planètes, telles Jupiter et Saturne, qui sont proches des étoiles.

Et c’est logique. La gravitation, l’attraction entre deux objets, est directement proportionnelle à leur masse. La Terre aurait dû être rejetée vers l’extérieur du système, vers les espaces glacés.
Que s’est-il passé dans le système solaire ?
Premier coup de pouce du destin : alors que le système était en formation, Jupiter commençait à se rapprocher du Soleil pour y occuper une place de choix quand l’attraction de Saturne stoppa sa migration et figea les positions. Jupiter s’était approchée trop près de Mars, avalant une partie des poussières qui allaient s’agglomérer pour former cette planète. Mars devint trop petite pour garder une atmosphère.

Présence d’eau

La Terre se trouve dans une zone rocheuse, elle devrait être pauvre en eau. L’eau sous forme de glace se trouve aux confins du système solaire, dans sa partie froide. Nouveau coup de pouce du destin, la Terre, boule de feu, fut bombardée par des astéroïdes et des comètes qui tournent autour du soleil, déversant leur glace sur la Terre. Cette eau a été piégée par le magma et a remonté vers la surface, il y a 4 milliards d’années, grâce aux éruptions volcaniques dont le gaz contient 95% de vapeur d’eau et du CO2.

Note : Astéroïdes et comètes

Ce sont des résidus du nuage de gaz originel.
Les astéroïdes sont des objets composés de roches, de métaux ou de glace. Ils tournent autour du soleil. Ceux composés de glace se trouvent au-delà de Neptune, dans la ceinture de Kuiper, les astéroïdes rocheux ou métalliques sont plus près de nous, entre Mars et Jupiter. Contrairement à ce que les films nous montrent, les astéroïdes de cette ceinture sont très éloignés les unes des autres. Il y a peu de chance de collision en la traversant.

Les comètes sont de petits corps célestes composés essentiellement de glace. Ils tournent autour du Soleil, mais leur orbite est très elliptique. Elles proviendraient des confins du système solaire, de la ceinture de Kuiper ou du nuage de Oort qui s’étendrait de 0,3 année lumière jusqu’à 2 années lumière du Soleil, soit la moitié de la distance qui nous sépare de la plus proche étoile, Alpha de Centaure.

Effet de serre

A cette époque, il y a 4 milliards d’années, le Soleil était moins chaud qu’aujourd’hui de 30%. Le CO2 a provoqué un effet de serre, qui empêcha l’eau de geler et permit la création des océans. Le CO2 s’est dissous dans les océans et est devenu inerte sous forme minérale, le calcaire.

La tectonique des plaques

Tout le CO2 va-t-il se dissoudre dans les océans ? Non, grâce à la tectonique des plaques, du CO2 est rejeté dans l’atmosphère alimentant l’effet de serre. La tectonique des plaques est une particularité de la Terre : en se refroidissant, la croûte terrestre ne s’est pas entièrement soudée, elle s’est fragmentée en une dizaine de plaques qui dérivent grâce au mouvement du manteau plus mou. La tectonique des plaques, unique dans le système solaire, est le thermostat de la Terre.

Mars est deux fois plus petite, sa gravité est plus faible et elle n’a pas de tectonique des plaque, elle n’a pas pu retenir son atmosphère. Vénus a la bonne taille, mais elle est trop chaude, l’eau du manteau s’est évaporée.

Une collision miraculeuse : bienfait de la Lune

Pourquoi la Terre est-elle lubrifiée à l’intérieur ? Lors sa formation, la Terre a été heurtée par une planète de la taille de Mars que les astronomes ont surnommée Théa. Le choc s’est produit à une vitesse de 150 km/sec. Une énergie énorme s’est dégagée, la Terre a été fendue en deux, les noyaux des deux planètes ont fusionné et leurs eaux se sont mélangées.

Les débris de la collision ont tourné autour de la nouvelle planète, notre Terre. Ils se sont agglomérés et ont donné naissance à la Lune. La Lune est une exception dans le système solaire : c’est le plus gros satellite par rapport à la taille de sa planète. Et cette caractéristique va influencer notre Terre par sa masse. La Lune est à 384.0000 km de la Terre dont elle s’éloigne de 3 à 4 cm par an. Elle était donc plus proche de la Terre à l’origine et les jours étaient plus courts.

On connaît son influence sur les marées, mais elle a surtout stabilisé l’axe de rotation de la Terre qui sans elle, oscillerait comme une toupie. Elle stabilise le climat de la Terre.

La chaîne de la vie

La Terre a donc de gros atouts : le climat est stable, elle a de l’eau et une atmosphère. Elle va recevoir des molécules énergétiques à base de carbone, des molécules organiques semées par les comètes. Les comètes, vestige du nuage originel, contiennent les éléments qui auraient pu contribuer à la formation de la vie sur Terre. Sur la comète Tchouri, visitée lors de la mission Rosetta (en 2014), on a trouvé notamment un acide aminé, la glycine, et du phosphore qui est un composant essentiel de l’ADN.

Mais les molécules venant des comètes dont les gaz s’évaporent en passant près du soleil, n’arrivent pas telles quelles sur le Terre. Elles subissent des transformations dues à la chaleur, au rayonnement ultra-violet et à la réaction avec d’autres éléments chimiques.

La photosynthèse et la fabrication de l’oxygène

Les bases de la vie, les acides aminés et les sucres, sont probablement venues de l’espace. Mais on ignore aujourd’hui comment on passe de la chimie à la biologie. On ignore comment les membranes cellulaires se sont formées.

On pense que tous les êtres se sont formés à partir d’un ancêtre commun. Tout le vivant possède les mêmes caractéristiques : les mêmes composants chimiques, les mêmes protéines, les mêmes 20 acides aminés… alors que les météorites en offrent une panoplie de 80 et que plus de 500 existent dans la nature.

Un des êtres vivant aux origines (plus de 3 milliards d’années), les stromatolites (une cyanobactérie) qui forment un tapis sédimentaire, a sans doute contribué à créer notre atmosphère riche en oxygène, grâce à la photosynthèse. Il fabrique sa nourriture à partir de l’eau, du CO2 et de la lumière rejetant de l’oxygène. L’oxygène s’échappe dans l’atmosphère et se transforme lorsqu’il rencontre les rayons ultraviolets provenant du Soleil, en ozone dont la couche va nous protéger des photons les plus énergétiques (les ultraviolets entre autres), néfastes pour le développement d’une vie terrestre et océanique plus complexe.

L’évolution

Le vie sur terre qui devient propice à de nouvelles formes adaptées à l’oxygène change. C’est le règne de la chlorophylle (produite par la photosynthèse).
Grâce à l’oxygène, nécessaire au fonctionnement des muscles et du cerveau, des formes plus complexes peuvent voir le jour. L’évolution de la vie a été façonnée par notre planète. La vie explore tous les possibles, elle ne se répète pas, c’est un processus aléatoire.
L’homme va probablement détruire l’écosystème et la biodiversité de la terre. Mais la conclusion semble sans appel : il n’y a pas de planète B pour les hommes.

La Sîra an-nabawîya

La biographie de Mahomet

La tradition raconte que le calife al-Mançur (754-775) convoqua l’historien ibn Ishâq (mort en 767) pour lui demander d’écrire un livre qui enseignerait à son fils al-Mahdi (calife de 775 à 785) tous les événements depuis Adam. ibn Ishâq s’exécuta. Le calife trouva le livre trop long, ibn Ishâq l’abrégea, ce fut la première biographie de Mahomet.

Cette version ne nous est pas parvenue. Plus de 50 ans plus tard, ibn Hicham (mort en 824) reprit le texte d’ibn Ishâq et l’abrégea de nouveau. Dans son introduction, il note : « Par souci de concision, je m’en tiendrai à la seule lignée qui descend directement d’Ismaël au prophète Muhammad ». Et il conçut un livre de 1600 pages qu’on lit encore aujourd’hui. Le texte actuel serait basé sur 17 manuscrits. La dernière édition a été publiée au Caire en 1955.

La Sîra se présente comme un ensemble de hadiths : tous les paragraphes sont précédés d’une chaîne de transmission : « X a entendu dire par Y qui le tenait de Z que Un tel a dit que…« . La version française de Wahib Atallah ne contient pas ces chaînes de transmission, ce qui facilite la lecture.

Le récit commence avec la naissance d’Ibrahim, fils d’Abraham et de son esclave égyptienne Maria (d’après la Sîra, Hagar d’après la Bible). C’est l’ancêtre de Mohamed, annoncé par deux prophètes. Il se termine à la mort du prophète de l’islam par le choix de Abu Bakr pour lui succéder à la tête de la Umma. (voir l’article sur Mahomet)

ibn Hicham est-il resté fidèle à ibn Ishâq ?

ibn Khaldun (1332-1406) considérait ibn Ishâq comme un des plus grands historiens de l’islam. Pour ibn Khaldun, le travail de l’historien ne se résume pas à établir des chaînes de transmission pour certifier un fait : « La meilleure manière de distinguer le vrai du faux consiste à faire l’examen critique des faits avant même d’apprécier la crédibilité des informateurs. Quand un récit est absurde, peu importe le crédit attaché ou non à son auteur « .

Or, la Sîra qui nous est parvenue contient nombre de faits peu crédibles, pour un lecteur neutre. Voici trois exemples :

  • Amina, la mère de Mahomet racontait : « Lorsque je fus enceinte, je vis sortir de moi une lumière qui illumina les châteaux de Bosra en Syrie ».
  • Mahomet déclare que lorsqu’il était enfant : « … je vis deux hommes habillés de blanc qui portaient une cuvette en or pleine de neige. Ils se saisirent de moi, m’ouvrirent le ventre et sortirent de mon cœur un caillot de sang noir qu’ils jetèrent. Puis ils lavèrent et purifièrent mon cœur avec cette neige ».
  • alors que Médine (Yathrib) va être assiégée par les armées de La Mecque, Mahomet ordonne de creuser un fossé tout autour de l’oasis, mais la terre était très dure. « Mahomet demanda une cruche d’eau, y cracha, fit une prière à Dieu et répandit l’eau sur le sol : la couche dure se disloqua, s’effrita et devint comme une dune de sable. »

ibn Ishâq a été accusé d’avoir des affinités avec les chiites. Il aurait donné un rôle exagéré à Ali. Or dans la Sîra d’ibn Hicham, Ali, est certes considéré comme le cousin bien aimé de Mahomet et son beau-fils, mais là s’arrête son rôle. Jamais il n’est considéré comme le successeur désigné du prophète, ni comme le messie que Mahomet aurait annoncé. (voir l’article sur le Coran des chiites)

Mise en contexte du Coran

L’objectif avoué ou sous-jacent de la Sîra est la mise en contexte du Coran. Le récit doit coller au Coran et expliquer en quelles circonstances, tel verset a été suggéré à Mahomet. Ainsi, c’est à cause de la Sîra qu’on a l’habitude de diviser les révélations entre La Mecque et Médine.

Je crois que les évangiles ont la même origine que la Sîra : un membre d’une communauté, de la deuxième ou troisième génération, a dû demander : « Mais Jésus-Christ, qui c’est ? ». On a donc rédigé une vie de Jésus à partir des souvenirs que les anciens avaient gardés des histoires que les prêcheurs leur avaient racontés. Ce qui pourrait expliqué qu’il y en ait plusieurs… qui ont été uniformisés plus tard. Mais chaque grande communauté, probablement Jérusalem, Alexandrie, Antioche, ont insisté pour garder le leur.

Dans l’exemple des évangiles, la mise en contexte ne s’est pas faite : les évangélistes n’ont pas expliqué en quelles circonstances les paraboles ont été prononcées.

Les mystères du christianisme

« Dieu a envoyé sur terre son fils, Jésus, le messie annoncé par les prophètes, afin de sauver les hommes. Par son sacrifice, il les a arraché au péché originel. S’ils croient en lui, leur péchés leur sont pardonnés et une vie nouvelle les attend au Paradis après la mort. Et à la fin des temps, toute proche, ils ressusciteront comme Jésus ».

Les Grecs et les Romains se sont-ils laissés convaincre par ce message somme toute basique. Ont-ils adhéré à la nouvelle religion eux qui ignoraient ce que signifiait le mot « messie » et qui ignorait la notion de « péché originel », une invention chrétienne. Les Romains ne connaissent pas le péché, mais bien la faute. Leur peur ultime était de tomber dans l’oubli.
Même les Juifs ne se sentaient pas concernés par ce péché d’Adam et de Ève : le péché individuel avait été remplacé par un péché collectif, celui du peuple élu, que le grand prêtre « négociait » seul face à Dieu, enfermé dans le Saint du saint du temple de Jérusalem, le jour du yom kippour, le jour du grand pardon.

Les textes anciens qui nous sont parvenus, le Nouveau Testament et les apocryphes, sont peu diserts sur les adhésions à la nouvelle religion. Les épîtres de Paul parlent à des personnes déjà converties, ils ne nous sont donc d’aucune utilité sur ce sujet. Dans les Actes des Apôtres, un discours de Pierre, qui ne nous apprend rien, amène 3000 conversions. Mais ce sont surtout les miracles effectués par les apôtres qui conduisaient les Juifs à la conversion :  » La parole de Dieu croissait et le nombre de disciples augmentait considérablement à Jérusalem : une multitude de prêtres obéissait à la foi » (Actes 6, 7). Les apôtres semblent avoir eu plus de succès que Jésus, abandonné par la foule de Jérusalem.

Y avait-il un autre message ? Le christianisme primitif était-il une religion à mystères, comme il en existait tant dans l’Empire romain ?

Les cultes à mystères

Les cérémonies des cultes à mystères ne sont pas publiques. Il faut être initié, avoir suivi un cursus, pour y assister. Ce sont des « sociétés secrètes » comme la franc-maçonnerie de nos jours. Secrètes, mais nullement interdites par le pouvoir romain. Plusieurs empereurs y ont été initiés et il n’est pas rare qu’une même personne soit initiée à plusieurs cultes.

Dans l’empire romain, les cultes à mystères prolifèrent, mais on ignore comment se déroulaient les cérémonies, aucun document ne nous est parvenu, les réunions étaient secrètes. Cependant, on sait qu’ils répondaient à la triple question : « d’où venons-nous, que faisons-nous sur terre, qu’y a-t-il après« . Les cérémonies principales se tenaient au solstice d’hiver (victoire de la lumière sur les ténèbres) et à l’équinoxe du printemps (résurrection de la nature).

On peut citer parmi les principaux cultes :

  • Celui d’Isis, venant d’Egypte. Isis ressuscite son frère et époux Osiris (appelé Sérapis par les Romains).
  • Celui de Cybèle, la Grande déesse, la Mère des dieux venant de Grèce par la Phrygie (actuellement en Turquie). Elle est associée à Attis, un berger, un homme devenu dieu, il est le fils de la Mère. L’empereur Julien lui a consacré un ouvrage.
  • Celui de Dionysos, le dieu grec de la vigne, de l’ivresse et de la démesure. Il est le seul dieu mortel. Le préfixe « di » de son nom indique qu’il naquit deux fois, il a ressuscité.
  • Celui de Mithra.
Mithra

Son culte était très suivi dans l’empire. On a retrouvé plus de 200 temples de Mithra, les « mithraeum » surtout sur les frontières de l’empire et dans les villes. Retracer l’histoire de Mithra est compliqué, car il a souvent changé de fonction. Au départ, c’est un dieu du panthéon perse. Il est évincé lors de la réforme de Zarathoustra qui aurait vécu entre le XVe (15) et le VIe (6) siècle avant notre ère. On ne peut être plus précis ! N’ayant plus sa place dans le ciel perse occupé par Ahura Mazda, le dieu de la lumière qui lutte contre Ahriman, le prince des ténèbres, il est adopté par les Phrygiens avant de se passer dans l’empire romain. A la fin du IIIe siècle, il sera même assimilé à Sol Invictis, le dieu des empereurs comme Constantin.

Mithra tuant le taureau céleste

Mithra est le garant de l’ordre du monde, responsable de la bonne marche du cosmos. Son culte, non documenté, a été réinterprété à partir de l’iconographie étudiée par les historiens… qui ne sont pas tous d’accord entre eux. Il semble que les adeptes recevaient un grade en fonction de leur initiation, comme dans la franc-maçonnerie. Le sacrifice du taureau cosmique avait pour but de transférer sa force vers l’initié. On peut penser que celui-ci buvait le sang et mangeait la chair lors d’un sacrifice exceptionnel qui avait lieu une fois l’an. Dans les réunions normales, le sang et la chair du taureau étaient remplacés par l’eau (ou le vin) et le pain. Les repas communautaires sont une autre constante des cultes à mystères.

Les cérémonies se tenaient dans des endroits clos. L’assistance ne dépassait pas 50 personnes, des hommes uniquement, car les femmes étaient exclues du culte qui s’est surtout développé dans les légions.

Comme tous les cultes à mystères, le culte de Mithra a disparu sous le règne de Théodose Ier (347-395) qui promulgua un édit (391) interdisant tous les cultes autres que le catholicisme. Je reviendrai sur les circonstances de cette décision.
Dans les environs de Strasbourg, on a retrouve les ruines d’un mithraeum dont les hauts-reliefs avaient été détruits. Des pièces de monnaie provenant probablement de la bourse d’un adepte, tué lors de la destruction de temple, datent du règne de Théodore. On impute sa destruction aux fanatiques chrétiens dont la folie destructrice s’est libérée après l’édit.
A Alexandrie, à la même époque, l’évêque Théophile a fait détruire le temple de Sérapis dont la statue dominait le port.

Le christianisme un culte à mystères ?

Des indices

Le christianisme a-t-il été un culte à mystère ?
Dans l’épître aux Corinthiens, Paul dit : « je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu » (Cor. 2, 1). Dans ce contexte, « le mystère évoque le plan de Dieu pour sauver le monde » (lexique du Nouveau Testament TOB). Ce plan était caché mais a été révélé en la personne de Jésus. Cette notion se retrouve dans quatre lettres de Paul (Corinthiens, Romains (11, 21), Éphésiens (3, 3) et Colossiens (1, 26)), mais également dans l’Évangile de Marc (4, 11) et dans deux passages des Actes des Apôtres (10, 7 et 17, 5).
Quel est ce mystère, ce plan caché ? Aujourd’hui on l’ignore. Les théologiens se gaussent de mots pour se justifier : c’est le mystère de la foi, le mystère de l’incarnation, le mystère de la résurrection. Pour définir le mot, on utilise le mot lui-même. Les « voies du Seigneur restent impénétrables ».
« Mais ce jour et cette heure, nul ne les connaît, ni les anges dans les cieux, ni le Fils, personne sinon le Père » (Mat. 24, 36). Même Jésus, pourtant promu dieu au IVe siècle, au concile de Nicée, ignore le mystère, le plan auquel il a participé. Mais ce mystère a-t-il été révélé aux premiers postulants, un peu comme les « pescher », les commentaires de la secte de Qumran qui expliquent chaque verset de la Bible dans le style : « ceci a été écrit en référence à… ». Ainsi les évangiles font parler Jésus en paraboles, paraboles qui nécessitent une explication, donc une initiation.

Quand le christianisme a été reconnu comme religion officielle au IVe siècle, la tradition a rapporté que les premiers chrétiens se réunissaient en secret « car ils étaient persécutés, leur religion étant interdite« . Ce qui est faux, j’ai consacré trois articles (1, 2, 3) à cette fable qui a la vie dure : les persécutions ont eu lieu au début du IVe siècle quand les empereurs face aux invasions ont demandé à tous les citoyens de leur assurer de leur soutien, ce que certains chrétiens ont refusé. Les persécutions étaient plus politiques que religieuses. Déjà en Perse, le roi des rois avait dû punir les chrétiens qui refusaient de cautionner ses guerres.

Ce qui est certain, c’est que le courant gnostique délivrait un enseignement aux convertis. Pour eux, ce n’est pas la foi qui sauvait, mais la connaissance.
L’Évangile de Thomas, considéré par certains comme gnostique, est un véritable cahier de cours pour les nouveaux adhérents. Il comporte presque toutes les paraboles reprises dans les évangiles canoniques. Voici les trois premiers des 114 paroles (logia).

Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et que Didyme Jude Thomas a écrites.

1 Et il a dit : «Celui qui trouvera les interprétations de ces paroles ne goûtera jamais la mort.»

2 Jésus a dit : «Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve. Et, quand il aura trouvé, il sera troublé ; quand il sera troublé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout.»

3 Jésus a dit : «Si ceux qui vous guident vous disent : ‘Voici, le Royaume est dans le ciel’, alors les oiseaux du ciel vous précéderont ; s’ils vous disent qu’il est dans la mer, alors les poissons vous précéderont. Mais le Royaume est à l’intérieur de vous, et il est à l’extérieur de vous. Lorsque vous vous connaîtrez, alors on vous connaîtra ; et vous saurez que c’est vous les fils du Père vivant. Si au contraire vous ne vous connaissez pas, alors vous êtes dans la pauvreté, et c’est vous la pauvreté.

L’Évangile de Thomas peut être consulté sur le site : http://www.arsitra.org/yacs/files/article/145/evangile_de_thomas.pdf

Quel enseignement ?

On ne peut qu’imaginer l’enseignement qui aurait été prodigué aux postulants chrétiens, faute de preuves ceci n’est qu’une hypothèse.
Les cultes à mystères promettaient la résurrection après la mort pour les initiés. Mais, un dieu est mal placé pour parler de la résurrection, lui qui est immortel. Donc, Dieu envoie son fils, sous forme humaine, qui va souffrir avant de ressusciter pour montrer la voie aux hommes. Mais le monde céleste et le monde des humains sont séparés par une frontière hermétique. Il faut donc se servir d’une mortelle pour faire naître le fils de Dieu dans le monde humain. Et voilà le sauveur sur terre.
Mais comment conférer aux hommes une partie du pouvoir de Dieu pour leur permettre d’atteindre le monde d’en-haut et de ressusciter ? Pour les gnostiques, l’homme créé à partir de la matière a gardé une étincelle divine, il suffit de la retrouver par la connaissance. Pour les autres chrétiens, l’homme doit puiser sa force dans le fils de Dieu, comme les adeptes de Mithra la puisaient du taureau. Ce contact avec le fils de Dieu, c’est l’eucharistie, le partage du pain et du vin.
Les évangiles racontent le dernier repas de Jésus. Ce n’est pas un repas de Pâque juive, mais un repas essénien, tel que décrit dans les manuscrits de la secte de Qumran. Mais est-ce bien ce repas que les chrétiens perpétuent aujourd’hui ? Il semble que non.

L’eucharistie (encore) de nos jours

Toutes les cérémonies chrétiennes se terminent par la communion, au cours de laquelle, les fidèles rassemblés devant le prêtre reçoivent le pain (l’hostie),… mais plus le vin, que seul l’officiant boit par mesure d’hygiène. Ce qui est important dans cette communion, c’est que le fidèle ne mange pas du pain, mais le corps du Christ. Ce sont les paroles du prêtre lorsqu’il présente l’hostie : « le corps du Christ » (corpus Christi). Le vin est son sang. Et ce n’est pas symbolique ! Pour le catholique, l’hostie et le vin deviennent réellement le corps et le sang de Jésus. C’est la transsubstantiation : le changement s’opère tout en conservant la substance du pain et du vin. Cette communion avec le Christ est essentiel pour les chrétiens comme manger le produit des sacrifices était essentiel pour les païens qui entraient en communion avec leurs dieux. Le dogme de la transsubstantiation a été défini au concile de Latran de 1215 et confirmé au concile de Trente en 1542 après que Luther ait rejeté cette interprétation.

La pire sentence pour un chrétien est donc l’excommunication, l’exclusion de la communion qui est un obstacle à la résurrection. Donc, la résurrection est bien liée à la consommation du corps et du sang du Christ.
En 390, lors d’une saute d’humeur, l’empereur Théodose Ier ordonne de massacrer les habitants de Thessalonique qu’il avait invités à assister à des jeux. L’évêque de Milan, Ambroise l’excommunia et l’obligea à venir s’humilié en 391, lors des fêtes de Pâques. Alors que Théodose résidait à Constantinople, il a dû se déplacer à Milan, l’autre capitale de l’empire ! A cette période, les évêques commandaient aux empereurs ! Notons qu’Ambroise, évêque de Milan était plus puissant que celui de Rome (le pape). Il est probable qu’en échange de sa réintégration dans la communauté chrétienne, il dut promulguer l’édit qui interdisait tous les autres cultes. Ce qui permit aux fanatiques chrétiens de détruire impunément les lieux de cultes. Mais nombre de Romains, surtout parmi l’élite résistèrent. Athènes resta majoritairement païenne jusqu’en 529, date de la fermeture de l’école platonicienne.

Le suaire de Turin

Le suaire exposé de nos jours

Un peu d’histoire

Le suaire de Turin, ou plutôt le linceul de Turin, est une pièce de lin d’environ 4,4 mètres de long sur 1.1 de large. Il a été rapiécé car endommagé dans un incendie survenu en 1532. On devine une image d’homme supplicié de face et de dos. Il devint célèbre en 1898 lorsque le photographe Secondo Pia révéla que le linceul était l’image négative d’un homme qui pourrait être Jésus. On ignore toujours comment on a obtenu un négatif sur une étoffe, les croyants imputent ce miracle à la résurrection… dont on ignore tout du mécanisme.

Explication pour les plus jeunes qui n’ont connu que les photos numériques. Lorsqu’on photographie un objet, sa lumière entre par un petit orifice et se fixe sur une surface sensible. Les blancs sont fixés en noir (ils brûlent le film sensible) et les noirs deviennent blancs. On obtient un négatif. Pour restaurer l’image, on procède à une seconde exposition. Dans le cas du linceul, Secondo Pia a réalisé que le négatif qu’il avait obtenu révélait une image positive. Il n’avait pas besoin de l’exposer à nouveau.

Tête de l’homme (âgé ?) révélé par la photographie

Le linceul apparaît à Lirey, en Champagne vers 1350. On ignore d’où il vient, plusieurs hypothèses ont été formulées à son sujet suivant qu’on croit à son authenticité ou non. Pour les uns, il viendrait de Jérusalem via Constantinople pour les autres, il aurait été fabriqué à Lirey.

Il est intéressant de noter que lors de la construction de la collégiale de Lirey en 1353, les évêques accordent une bulle d’indulgences pour les fidèles qui visiteront l’église et les reliques. Les reliques y ont citées, mais le linceul n’apparaît pas. En 1389, l’évêque de Troyes, Pierre d’Arcis interdit l’ostension (l’exposition) du linceul, le considérant comme un faux, réalisé par une personne qu’il connaît. Mais les chanoines n’obéissent pas et le pape Clément VII autorise de montrer de nouveau le linceul aux fidèles à condition de mentionner que ce n’est pas une relique, mais que « la dite représentation n’est pas le vrai suaire du notre Seigneur Jésus-Christ ».

A partir de Lirey, le linceul a changé de mains et voyagé vers Chambéry (1502) où il aurait été endommagé par l’incendie de la chapelle du château. De là, il serait arrivé à Turin en 1578 où il sera conservé dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste.

Le suaire à Chambéry vers entre 1502 et 1532, date à laquelle un incendie l’endommagea.

Au Moyen-Age, plusieurs suaires ou linceuls sont montrés aux fidèles lors de l’évocation de la passion de Jésus. On en compte une quarantaine dont la majorité en France. Il y en a trois à Rome, deux à Aix-la-Chapelle et d’autres à Constantinople. Mais peu de linceuls affichent une image de crucifié, le suaire d’Oviedo (Espagne) est une des exceptions.

D’autres empreintes de Jésus

La relique la plus célèbre est le suaire de Véronique. Cette femme aurait essuyé le visage de Jésus lorsqu’il se rendait vers le lieu de son supplice, ployant sous le poids de sa croix. La figure de Jésus s’imprima miraculeusement sur le voile. C’est ce que raconte un apocryphe du VIe siècle : La vengeance du Seigneur.

Bien longtemps, cet événement a fait l’objet de la station VI du « chemin de croix » que les fidèles parcourent à Pâques. Cette station a été supprimée en 1991 par Jean-Paul II car non conforme aux évangiles. Le voile est toujours conservé au sanctuaire de Manoppello (Pescara) dans les Abruzzes, à 90 km de Rome. 

Une autre représentation de Jésus connue au VIe siècle est une toile représentant Jésus qui aurait été offerte au roi Abgar V d’Edesse, premier roi chrétien. Il régna de 13 à 50. Cette toile aurait été peinte d’après nature, donc du vivant de Jésus. Une autre version dit que la figure de Jésus serait apparue miraculeusement sur la toile.
L’objet aurait été rapporté à Paris en 1204, année du sac de la ville de Constantinople (chrétienne) par les Croisés (chrétiens) à la demande du doge de Venise (chrétien) pour payer le transport des troupes (4ème croisade). La toile figure dans l’inventaire des reliques de la Sainte-Chapelle construite en 1241. Elle aurait disparu à la Révolution française.
NB : Les chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise ont également été volés à Constantinople. Ils ornaient l’entrée du cirque de la ville.

Vrai ou faux linceul ?

En 1978, avant une exposition (ostension) au public, une équipe de scientifiques est chargée d’analyser le linceul durant 5 jours. Leur rapport mentionne « qu’il est impossible d’exclure que le suaire soit celui décrit dans les évangiles ». En clair, « c’est possible qu’il ait contenu le corps de Jésus« .

En 1988, le pape Jean-Paul II accepte que des analyses au carbone 14 soient pratiquées sur le linceul. Trois laboratoires indépendants arrivent à une conclusion identique, la toile a été tissée entre 1260 et 1390.

Bien entendu, ce résultat n’empêche pas ceux qui veulent y croire de continuer à croire. Un site catholique qui confond information et manipulation conclut : « Les conclusions des recherches de 1978 témoignent de la vérité scientifique ainsi qu’à l’honnêteté de ces savants. On ne pourra pas en dire autant de ceux qui firent la datation au carbone 14″.

Comment aurait-on pu fabriquer ce suaire ? De nombreuses hypothèses ont été émises : on aurait pu « peindre » le corps sur le lé de tissu avec une préparation d’essence et d’huile puis ajouter du sang ou on aurait pu enduire un corps vivant ou mort des mêmes ingrédients et appuyer avec les mains sur tout le corps pour imprégner le tissu.

Que voit-on sur le suaire ?

Le plus simple est de le visualiser en 3D.

Le corps en 3 dimensions a été réalisé à l’Université et l’hôpital de Padoue, sous la direction du professeur Giulio Fanti (sans cravate sur la photo). Ce professeur aurait également inventé une nouvelle technique (personnelle) de datation qui appliquée au suaire donnerait la période de 33 à 250.
Les tâches ne sont pas sans rappeler la passion de Jésus décrite dans les évangiles : couronne d’épines, flagellation, blessure de lance dans la poitrine, clous dans les poignets et dans un pied.

NB : s’il y a bien du sang sur le tissu, pourquoi ne pas avoir réalisé une analyse ADN qui aurait pu se révéler très intéressante. Pour prouver que c’était bien du sang, les scientifiques en 1978 ont pratiqué plusieurs expériences… pas toutes concluantes. Ils n’ont pas utilisé le luminol (connu depuis 1913), un produit chimique présentant une luminescence bleue caractéristique, lorsqu’il est mélangé avec un oxydant adéquat. Il est utilisé en criminalistique pour détecter les faibles traces de sang laissées sur les scènes de crime.

Le corps représenté sur le linceul présente deux problèmes.

Pourquoi le corps n’est-il pas allongé : les jambes sont repliées, suivant l’idée qu’on se fait d’un crucifié ; de même la tête est penchée vers l’avant. On ne peut pas invoquer la rigidité cadavérique puisque les mains ont été ramenées sur les parties intimes
Mais la représentation est-elle exacte ? Il semble que non : pour avoir cette position, la face avant devrait être plus grande que la face arrière, pour suivre l’emplacement des jambes. Ce qui n’est pas le cas.

Pourquoi le corps est-il maculé de sang ? Le rite funéraire juif est très strict : le corps doit être lavé et les ongles coupées avant l’ensevelissement. Dans l’Évangile de Jean, on lit (Jean 19, 40) : « Ils [Joseph d’Arimathée et Nicodème] prirent donc le corps de Jésus et l’entourèrent de bandelettes avec des aromates suivant la manière juive d’ensevelir« . Jésus est donc bien enseveli suivant le rite juif.
Notons que les traducteurs de l’évangile dans la version TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) parlent « des bandelettes« . La Bible de Jérusalem traduit « ils le lièrent de linges ». Linges et bandelettes sont des traductions possibles du mot grec utilisé dans l’évangile.
La TOB dit que lorsqu’on ouvrit le tombeau on découvrit (Jean 20, 6) « les bandelettes et le linge qui avait recouvert la tête« . Le même passage dans la Bible de Jérusalem est traduit : « Les linges ainsi que le suaire qui avait recouvert la tête« . Donc, pas de linceul complet d’après l’Évangile de Jean, contrairement aux trois autres.

Polémique

Un mort ne saigne pas (la pompe, le cœur s’étant arrêtée), on n’aurait pas dû trouver de sang sur le linceul. Ce fait a inspiré un auteur allemand Holder Kersten qui croit à l’authenticité du suaire de Turin. Dans son ouvrage de 1997, « La conspiration de Jésus », il affirme que Jean-Paul II a accepté et orienté la datation au carbone 14, pour discréditer le suaire. Les traces de sang prouvent que Jésus n’était pas mort lorsqu’on l’a descendu de la croix, il a continué à saigner !
L’opération de préparation des échantillons a été entièrement filmée pour éviter les mises en doute. Entièrement ? Non, trente minutes n’ont pas été filmées. Elles concernent l’emballage et étiquetage des échantillons pour « respecter leur anonymat« , certains échantillons neutres ayant été ajoutés aux tests.

Conspiration ! s’écrire l’auteur allemand.
Une lectrice qui signe « Madeleine » m’avait fait connaître une théorie, développée parallèlement par Holder Kersten, basée sur les évangiles (voir les commentaires : le procès de Jésus). Tous les évangiles sont d’accord sur un point : Jésus meurt dès qu’il a bu le « vinaigre » imbibant une éponge attachée à un roseau. « Pilate s’étonna [même] qu’il soit déjà mort » (Marc 15, 44).
Madeleine donne même le nom de la drogue absorbée : « la substance qui devait imprégner la fameuse éponge : c’est un extrait de la « coque du Levant » (Anamirta cocculus), une plante toxique et narcotique qui génère une sorte de catalepsie et une rigidité cadavérique sans qu’il y ait de réelle mort. »

Donc, si Jésus n’est pas mort sur la croix, il n’y a pas eu de résurrection, mais simplement un réveil. C’est cela que Jean-Paul II voulait cacher. Il aurait donc faussé l’analyse ADN pour qu’on déclare que le suaire n’était qu’un faux… dixit Holder Kersten.

Cette théorie présente un inconvénient : qu’est devenu Jésus après sa sortie du tombeau ? Il est apparu à ses disciples durant 40 jours nous dit la tradition, mais après ?

Nous sommes tous espionnés !

Nous sommes tous susceptibles d’être la cible d’un logiciel de surveillance qui nous espionnerait. Certains facilitent la tâche de ces collecteurs d’informations en exhibant leur vie privée sur les réseaux sociaux et … les sites de rencontre. Attention DANGER.

Edward Snowden : la révélation

Edward Snowden (né en 1983) est un informaticien qui a été engagé par la CIA, puis qui a travaillé pour la NSA (National Security Agency) comme administrateur de système. A la suite des remarques de son chef sur sa vie privée, il commence à se douter qu’il est sous surveillance. Il découvre que ses communications sont écoutées et que la caméra du PC de sa compagne s’active automatiquement.
Son niveau d’accréditation à la NSA lui permet de mener son enquête. Il découvre un système d’écoute et d’espionnage à grande échelle, non seulement des présumés terroristes mais de nombreux citoyens lambda. Il décide de faire part de ses découvertes aux média. Il copie de nombreux documents classés top-secret. Ensuite, il quitte la NSA et se rend à Hong Kong où il remet les documents à un avocat et un journaliste qu’il a contactés. Ses révélations sont publiées par le Guardian (GB) et le Washington Post dès le 5 juin 2013, elles mettent en cause les États-Unis (programme PRISM) et la Grande Bretagne.
Le 9 juin, Snowden dévoile son identité et déclare « dire aux citoyens ce qui est fait en leur nom et ce qui est fait contre eux. »
Il quitte Hong Kong le 23 juin car une demande d’extradition a été émise par les États-Unis. Alors qu’il est en transit à Moscou, se rendant probablement en Équateur, il est bloqué dans la zone de transit, son passeport lui ayant été retiré.

Il finira pas obtenir l’asile politique en Russie tout d’abord pour un an, puis pour deux périodes de 3 ans, avant d’obtenir le droit d’asile permanent en 2020. Sa compagne l’avait rejoint à Moscou en 2014.

Aucun pays n’a voulu l’accueillir. Alors que les document prouvent que le président français Hollande faisait l’objet d’une surveillance de la part de la NSA, celui-ci s’est opposé à l’accueil de Snowden. Même chose en Allemagne où la chancelière Angela Merkel était également surveillée.

Le président Obama, sur qui Snowden comptait pour l’appuyer dans sa démarche moralisatice, s’est impliqué personnellement pour demander son extradition assurant qu’il ne serait ni condamné à mort… ni torturé, mais qu’il devait payer le prix de sa trahison ! Lors d’un sondage, 40% des Américains ont considéré que c’était un traître.

Les journaux « Guardian » et « Washington Post » ont reçu le prix Pulitzer en 2014 pour les publications des révélations de Snowden dans un contexte politique pourtant menaçant.

En 2015, le directeur de la CIA, John Brennan a accusé Snowden d’être responsable des attentats de Paris et d’avoir mis en danger la sécurité nationale de nombreux pays.

Pour la petite histoire : il est de notoriété publique qu’en France, sous le présidence de Mitterrand, de nombreuses personnes étaient sur écoute téléphonique, surtout des journalistes, mais également des gens du spectacle comme Carole Bouquet (?). Une blague circulait parmi les journalistes : « si tu n’es pas sur écoute, tu vas te faire virer« .

Pegasus : l’espion électronique

En 2013, en pleine crise Snowden, la société israélienne NSO Group a mis sur le marché un logiciel espion : Pegasus. Ce logiciel, comme le projet PRISM dévoilé par Snowden, prend le contrôle d’un téléphone portable, permet d’enregistrer les communications, d’accéder aux mails, SMS et photos, de déclencher la caméra et le micro et d’activer la géolocalisation. Il exploite toutes les failles des systèmes chargés sur le téléphone. Whatsapp s’est rendu compte qu’une faille dans son programme avait été utilisée durant deux ans.

Une quarantaine de pays ont déjà acquis ce programme de surveillance. Parmi eux, on peut citer la Hongrie, le Brésil, qui avait soutenu Snowden en son temps, le Mexique, où les journalistes sont ciblés, l’Inde, le Ruanda, l’Azerbaïdjan et plus surprenant, le Maroc, l’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Émirats arabes unis. Ces quatre pays ne reconnaissent pas l’État d’Israël. Or Pegasus est considéré par Israël comme une arme de guerre qui nécessite une licence d’exportation délivrée par le Ministère de la Défense. Etrange !

Il paraît que le logiciel s’autocensure : il ne permet pas d’accéder aux numéros de téléphone américains, israéliens, russes, chinois… et iraniens.

Clearview : le chasseur d’images

En 2017, la société Clearview AI (site : clearview.ai) met sur le marché un logiciel capable de reconnaître une personne au départ d’une photo. Son existence est révélée par un coup de filet magistral aux États-Unis : un suspect a été arrêté grâce à une photo prise par un témoin. Or, le suspect n’avait ni permis de conduire, ni numéro de sécurité sociale, autant dire qu’il n’existait. Clearview l’a identifié et localisé.

Le logiciel compare des milliers de photos d’une base de données et en retire l’identification de la personne. La police de Los Angeles possède 8 millions de photos, celle de Floride, 47 millions, le FBI, 411 millions et Clearview… 3 milliards ! Toutes les photos détenues par Clearview ont été puisées (par web scrapping) dans les bases de données des réseaux sociaux (Facebook, Linkedin, etc.) et des sites de rencontre. Comme dans les projets PRISM et Pegasus, la (re)connaissance d’une personne donne accès à tous ses contacts.

La société déclare ne vendre son logiciel qu’aux forces de l’ordre et à l’armée, mais elle compte le géant de la distribution Walmark parmi ses clients ! Elle s’enorgueillit de plus de 3000 utilisateurs et son logiciel intéresse de nombreux pays dont la plupart des pays européens y compris la Suisse… et tous ceux qui ont acquis Pegasus.

Le crédit social en Chine

Illustration parue dans Science & Vie de juillet 2021

La photo précédente est commentée comme suit : « En Chine, des caméras de surveillance effectuent un scan facial et affichent les données des passants. Cette technologie soutient le système du crédit social où chacun dispose d’un capital point qui s’érode à la moindre infraction ». Ce commentaire, partial et partiel, ne doit pas nous étonner venant d’un pays, la France, où les automobilistes ont un permis à points dont le capital s’érode à la moindre infraction. Mais comparaison n’est pas raison. Analysons le système chinois en remontant à son origine.

Tout commence en 2000. Le marché international est ouvert à la Chine, mais ses entreprises ont très mauvaise réputation : non respect des prix et des délais, vol de technologie, paiements aléatoires, etc. Le gouvernement décide de mettre de l’ordre et charge la Banque populaire d’installer un système inspiré du « score de crédit » appliqué par les banques aux États-Unis pour démontrer l’intégrité commerciale des entreprises chinoises.

La société Alibaba (AliExpress), concurrent chinois d’Amazon, met en place un système identique pour ses clients en 2015 : Sesame. Les clients reçoivent une note de 950 à 350 prenant en compte le taux de produits renvoyés, le respect des délais de paiement, la complétude des informations personnelles fournies, les avis émis sur les produits, etc. En dessous de 600, les clients sont exclus. Ce contrôle se double d’un système de récompense. Les bons clients ne paient plus d’acompte et reçoivent des facilités de paiement ou des prêts.

L’État s’intéresse au système d’Alibaba : il veut étendre la notation à tous les citoyens par un système de punition et récompense. Le crédit social est lancé. Les objectifs (avoués) sont multiples :

  • Réduire l’endettement des citoyens
  • Augmenter le niveau de civilité : privilégier l’harmonie sociale
  • Rendre les villes plus propres
  • Rendre la justice plus crédible.

Actuellement, le projet est en test dans quelques villes comme Nankin qui compte 8 millions d’habitants. Le crédit passe de 950 (excellent) à 350 (mauvais) mais peut se réduire à 0… pour une période d’un an.
Pour fixer le crédit, toutes les donnés disponibles sur les citoyens sont exploitées (le Big Data) : habitudes de consommation, comportement professionnel, données bancaires, présence sur les réseaux sociaux, etc. Rembourser ses dettes augmente le crédit, comme faire un don de sang, respecter le code de la route, obtenir un diplôme, acheter des langes (?). Par contre acheter des produits de luxe, de l’alcool, du tabac fait chuter le crédit. Il va sans dire que critiquer le gouvernement érode drastiquement le crédit, plusieurs journalistes en ont fait les frais.
La cotation n’est pas uniforme, elle peut varier d’une région à l’autre. Certaines régions vont accorder plus d’importance à la propreté des villes d’autres à la circulation dans les rues.

Les « bons citoyens » se voient récompenser : ils bénéficient d’une réduction de 50% sur les services publics (transports, musées, bibliothèques). Ils peuvent bénéficier d’un prêt à taux préférentiel pour l’achat d’un appartement ou d’un véhicule (électrique). La procédure d’obtention d’un visa est simplifiée. A Nankin, la ville test, 18.000 personnes ont un score de 950.
Par contre, les « mauvais citoyens » ne peuvent plus acheter de billets d’avion ou de billets de train à grande vitesse. Ils ne peuvent plus obtenir de crédit et leurs enfants n’ont plus accès aux écoles privées.

Comment réagit la population ? Globalement, elle est favorable au système de crédit social qui accroît la sécurité et la confiance. Il est vrai que la photo des personnes malhonnêtes peut être affichée dans les gares ou les centres commerciaux lorsqu’ils y sont présents. Mais la réaction de la plupart des citoyens est positive : « Ils sont indignes de confiance, il faut le faire savoir ».

Bien entendu, en Occident, l’accueil est nettement moins enthousiaste. On affiche une défiance et un rejet total du système par manque de réflexion critique : la perception de la vie sociale est différente en Occident et en Asie. Les Asiatiques aspirent à l’harmonie sociale, alors que l’Occidental met en avant le concept de liberté individuelle, même si celle-ci est de plus en plus rogné comme l’a montré les restrictions dues à la pandémie. Les Occidentaux oublient que leur code civil, basé sur celui de Napoléon comportait dans sa préface de 22 pages : « la liberté individuelle est inaliénable, mais elle doit s’effacer devant l’intérêt général« . Ils oublient également que la surveillance est déjà omniprésente. Nice vient de se doter d’un système de reconnaissance faciale. Tout comme l’égalité et la fraternité ont disparu, la liberté fout également le camp !

Les Jeux olympiques de Tokyo

Les Jeux olympiques ont débuté à Tokyo… sans spectateurs. Pourtant le Japon a dépensé des millions de dollars pour que ces jeux soient les plus sûrs jamais organisés.

Pour faire face à l’afflux (espéré) de touristes, le Japon pensait recruter des milliers d’agent de sécurité et d’accueil. Mais il a bien fallu se rendre à l’évidence, le recrutement n’a pas été un succès, plus de 10.000 postes n’ont pas pu être pourvus. Le Japon a la population la plus vieille du monde, il a perdu 400.000 habitants en 2019 !

Faute de main d’oeuvre, le Japon s’est tourné vers les technologies et particulièrement vers la surveillance par caméra associée à l’intelligence artificielle.
La société ALSOK a mis au point un robot qui arpente les couloirs du métro. Il peut renseigner les touristes comme une agence de tourisme, mais il surveille également les déplacements et surtout les bagages. Si une personne dépose un bagage et s’éloigne, une alerte est lancée et la personne est suivie par les caméras.

NEC (Nippon Electric Corporation) a été chargé de la surveillance par reconnaissance faciale. Les 43.000 athlètes et les accompagnateurs ont été fichés et leurs accès aux différents sites sont facilités.

Mais la médaille d’or de l’innovation revient à la société Earth Eyes pour son logiciel d’analyse comportemental. Il permet de détecter une personne agressive, ou une personne en détresse. Il repère également les voleurs et les pickpockets. Ce logiciel est amené à un brillant avenir dans les centres commerciaux, dans les gares et dans tout endroit où la foule se presse.

Incroyable !

Alors qu’ils ont institutionnalisé l’espionnage des communications, les États-Unis viennent de mettre en garde les agences de sécurité des pays alliés contre un éventuel espionnage par les smartphones chinois (juillet 2021). Ils ont demandé de prévenir les citoyens des risques encourus et de leur déconseiller l’achat de ces appareils.

Mahomet prophète de l’apocalypse

D’après l’article de Mohammad Ali Amir-Moezzi dans le « Coran des Historiens » (éditions du Cerf)

Mahomet a-t-il annoncé la fin imminente du monde, tout comme Jésus dans les évangiles ?
Plusieurs sourates du Coran parlent de la fin des temps, mais était-ce imminent ?

Contexte dans la région

Au VIIe siècle, le Proche Orient est fortement marqué par des attentes apocalyptiques dans toutes les religions. De 551 jusqu’en 767, la peste sévit dans la région. L’archéologie découvre des villages entiers abandonnés, vidés de leurs habitants. Il est possible que la ville de Pétra, jadis centre commercial prospère, ait perdu ses derniers habitants lors de cette épidémie : les fouilles ont montré que les derniers habitants s’étaient réfugiés dans l’église espérant une vaine protection de leur dieu.

Les guerres incessantes entre les empires byzantin et perse, pourtant affaiblis par l’épidémie, créaient un climat d’angoisse et d’insécurité propice aux « prémonitions les plus sombres et aux espérances les plus folles« .

Le milieu juif est particulièrement actif et cherche à libérer Jérusalem de la domination des Byzantins et à reconstruire le temple, prémisse d’une ère nouvelle.

Sans oublier que les Huns, qui ont terrorisé l’empire romain dans la première moitié du Ve siècle, sont de retour dans le Caucase. Le Coran se fait l’écho de cette présence en comparant les Huns à Gog et Magog, deux peuples barbares qui à la fin des temps briseront les portes qui les retiennent dans les steppes… d’après la tradition. Sur cette légende, voir l’article Gog et Magog.

Toutes les conditions étaient réunies pour que la littérature apocalyptique fleurisse et influence la pensée des fidèles. Dans le milieu juif, l’Apocalypse de Zorobal et les Secrets de Rabbi Shimon ben Yohai circulent. Mais les sources les plus nombreuses sont composées par les auteurs chrétiens, qui attendent toujours le retour du Messie : le Testament des Douze Apôtres, le Sermon sur la Fin des temps, l’Apocalypse du Pseudo-Esdras, etc.

Ce climat pré-apocalyptique n’est pas circonscrit aux cercles religieux, le Proche Orient est un monde connecté, les idées circulent et atteignent les milieux arabes. Ce n’est pas une période d’ignorance comme veut le faire croire l’islam.

La fin des temps dans le Coran et les hadiths

La fin des temps

Le Coran contient plus de deux cents versets mettant en garde sur la fin des temps, promettant la résurrection aux fidèles et la Géhenne aux mécréants. C’est un thème récurrent.

« Le fracas ! Qu’est-ce donc le fracas? Qui te dira ce qu’est le fracas ? C’est le jour où les hommes seront comme des papillons éparpillés [ou des tapis étendus ?] et les montagnes comme des flocons de laine cardée » (Co. 101, 1-5).

« La terre resplendira de la lumière de ton Seigneur ; le livre [des actes des hommes] sera posé et on appellera les prophètes et les témoins. La sentence sera prononcée en tout équité et nul ne sera lésé » (Co. 39, 69).

L’Heure

Mais quand arrivera la fin des temps ? « L’Heure imminente est proche. Allah seul peut la dévoiler. » (Co. 53, 57-58). Un hadith prête même à Mahomet cette déclaration : « L’Heure arrive. Mon avènement et l’Heure sont séparés l’un de l’autre comme ces deux-là (et il montra son index et son médium)« . Donc Mahomet a été envoyé pour avertir le peuple que le Jugement est proche et qu’il faut s’y préparer.

Jésus ne disait pas autre chose : « En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive » (Marc, 13, 30).

Mais comme pour les chrétiens, l’Heure n’est pas venue. Alors dans le Coran , on trouve cette mise en garde : « Ils te pressent de hâter le châtiment. Dieu ne manque jamais sa promesse. Et le jour auprès de ton Seigneur équivaut à mille ans de votre calcul » (Co. 22, 47). Ou plus encore : « Les Anges ainsi que l’esprit montent vers Lui en un jour dont la durée est de cinquante mille ans. Supporte donc une belle patience » (Co. 70, 4-5).

Le messie

Mahomet a-t-il parlé du Messie, figure centrale de l’apocalyptique juive et chrétienne ? Le Coran n’en dit rien, il se contente d’appeler « Isa (Jésus) le Messie », mais sans lui attribuer un rôle particulier. Pourtant, dans la littérature chrétienne, contemporaine de Mahomet, on lit :

Un prophète est apparu avec les Saracènes [les Arabes] proclamant le venue le l’Oint attendu, le Messie. (Doctrina Jacobi, écrit vers 640).

Dans une lettre, Jacques d’Edesse (?-780) écrit :

Les Mahgrayes (musulmans) confessent tous fermement que Jésus est le vrai messie qui devait venir et qui fut prédit par les prophètes. Sur ce point, il n’y a pas de dispute avec nous.

Les chiites prétendent que Mahomet, le prophète, annonçait Ali, le messie. Ils se basent sur la sourate 13, verset 7 : « Tu n’es qu’un avertisseur, et à chaque peuple, un guide« . Ali est présenté par les chiites comme l’Alliance divine. Ils parlent du saint pouvoir d’Ali.

La Doctrina Jacobi (voir extrait ci-dessus) est un ouvrage chrétien, mais il met en scène des Juifs. Ont-ils reconnu Mahomet comme un prophète précédant la venue du Messie ? C’est bien probable puisqu’ils ont rejoint la umma, comme le montre la charte de Yathrib à qui j’ai consacré un article. Ils vont même suivre les troupes arabes à Jérusalem où un lieu de prière va être construit. Pour les Juifs, le retour à Jérusalem et la reconstruction du temple sont des prérequis à l’avènement du Messie (voir l’article sur le Messie).

Mais l’avertisseur (Mahomet) et le Messie (Ali) sont morts sans que la fin du monde n’arrive. D’autre part, les rapides conquêtes et la création d’un empire islamique ne pouvaient tolérer l’idée que la fin des temps était proche : la stabilité de l’État n’a jamais fait bon ménage avec les aspirations messianiques. L’histoire a été réécrite et la tradition réinterprétée.

Et si Jésus n’avait pas existé

Lors d’une conversation avec un futur moine trappiste, il m’a confié que « même si Jésus n’avait pas existé, cela ne changerait rien à sa foi. L’affirmation est déconcertante, mais très logique. Ce n’est pas un Jésus historique qui a fait l’histoire, mais le souvenir qu’il a laissé.

Qui se cache derrière le personnage de Jésus dont le nom hébreu est Yeshoua, Dieu (YWHW) sauve ? Répondre à cette question est impossible tant les souvenirs qu’a laissé le personnage sont différents parmi les transmetteurs de la tradition. Sans oublier les transformations que ces souvenirs ont subi délibérément pour coller au dogme. Ce que l’on peut affirmer, c’est que le personnage appelé Jésus était juif, ses compagnons étaient juifs respectueux de la religion juive et que leurs vies se sont déroulées en Judée en un temps très troublé où l’attente d’un sauveur du peuple, un messie était de plus en plus perceptible, jusqu’à l’éclatement de la grande révolte de 66 à 70.

Articles connexes

Sur Marcion : Jésus est un être céleste, envoyé par le vrai Dieu
Sur les esséniens : les manuscrits de la Mer Morte
Sur le Maître de Justice : maître de la secte du Yahad
Sur les gnostiques : Jésus est un éon qui guide vers le retour dans le monde divin par la connaissance
Sur le messie dans le monde juif
Sur le « verbe », le « logos » dans la monde grec

Que dit le Nouveau Testament de Jésus

Le Nouveau Testament nous présente Jésus sous plusieurs facettes : un Jésus évanescent, un Jésus discret, un Jésus autoritaire.

Épîtres de Paul

Les épîtres de Paul sont les premiers textes chrétiens d’après la tradition. Paul aurait écrit ces lettres dans les années 50. Étrange personnage que ce Paul qui part évangéliser le monde romain de langue grecque sans avoir connu Jésus. Il l’a vu en songe. Il ne connaît rien de lui, sinon qu’il est né d’une femme, qu’il a été crucifié et qu’il a ressuscité. De plus, il crée un néologisme pour le nommé : Jésus-Christ. Il affirme :

Car, je vous le déclare, frères : cet évangile que je vous ai annoncé n’est pas de l’homme et d’ailleurs, ce n’est pas par un homme qu’il m’a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus-Christ. (Galates 1, 11-12)

Parfois on se demande s’il parle d’un personnage ou d’un concept. Cependant, on ne peut pas le juger d’après ses épîtres qui ne sont que des recadrages et des recommandations à des communautés qu’il a créées… on ne sait comment. Quels étaient les arguments qu’il a développés pour amener à croire en un personnage qu’il n’a pas connu ? On n’en sait rien.

Évangile selon Marc

L’Évangile selon Marc est le premier à avoir été écrit, apparemment durant la grande révolte des Juifs contre les Romains. Il est donc écrit par la génération suivante, probablement dans une communauté créée par Paul. La préface de l’évangile retient toute notre attention : la traduction peut être biaisée. Dans les versions françaises, on lit : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». C’est exactement ce que dit le dogme.
Le professeur Bart Ehrman, qui écrit en anglais, traduit : « Commencement de l’Évangile de Jésus, le Messie, fils de Dieu« . Ça a l’air d’être la même chose, mais à cause de la ponctuation, c’est très différent. Ici, Jésus est le messie, c’est dit clairement, alors qu’en français, on peut penser qu’on utilise la désignation de Paul : Jésus-Christ. Ensuite, en français, Jésus est le Fils de Dieu. Pas en anglais, c’est la fonction de Messie qui donne le statut de fils de Dieu. Le roi David était considéré comme un messie, il avait reçu l’onction des mains du prophète Samuel, ce qui lui conférait le statut de fils de Dieu : « Je (c’est Dieu qui parle) serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils » (2Samuel 7, 14).

Notons l’ambiguïté de la notion d’évangile. « C’est l’Évangile de Jésus » : Jésus aurait-il écrit un évangile ? N’aurait-il pas fallu traduire par : « Commencement de la bonne nouvelle annoncée par Jésus, le Messie, fils de Dieu » ?

Dans cet évangile, la communauté de Marc se souvient de Jésus comme du messie que personne ne comprend. Il a de l’autorité, mais il est incompris aussi bien de sa famille que de ses disciples. Quand enfin Pierre croit reconnaître en lui le messie, Jésus recommande le secret : « Et il leur commanda sévèrement de ne parler à personne » (Marc 8, 30).

Les traducteurs des évangiles aujourd’hui n’emploient pas le terme hébreu « messie« , mais utilisent son interprétation grecque « christ« . Peut-être pour ne pas choisir entre les différentes significations que les Juifs donnaient à ce terme : un nouveau roi ou un messie cosmique qui détruirait les oppresseurs d’Israël et établirait le royaume de Dieu sur terre. C’est un thème récurrent dans l’Évangile de Marc.

Évangile selon Jean

Ici, on n’est plus dans le monde juif, mais dans une communauté grecque. Jésus est un être divin descendu du ciel, un être égal à Dieu. C’est exposé très clairement dans le prologue, un long poème : « [1] Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu… [14] Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire… » (Jean 1, 1-18). Le Verbe est un attribut de Dieu, il ne peut pas en être séparé, donc Jésus (le Verbe) est Dieu.

Le souvenir de Jésus dans la communauté de Jean est tout différent de celui présent dans la communauté de Marc. Ici, Jésus fait des miracles, non plus pour faire le bien, mais pour montrer sa puissance, il s’affiche comme Fils de Dieu. S’il guérit un aveugle, il déclare qu’il est « la lumière du monde », s’il procure de la nourriture, il déclare qu’il est « le pain de la vie », s’il ressuscite un mort, il déclare être « la résurrection et la vie ».

Il va même plus loin dans ses déclarations : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30). A ces mots, les Juifs lui lancèrent des pierres. Il a fait plus fort : « En vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je Suis« . (Jean 8, 59). Cette nouvelle prétention lui a valu de nouveau d’être lapidé. Il faut savoir que « Je Suis« , est le nom par lequel Dieu s’est révélé à Moïse sur le mont Sinaï, c’est la traduction de YHWH ! Il y a donc un monde de différence entre le souvenir laissé par Jésus à Marc et à Jean. Chez Jean, il aurait pu être condamné pour blasphème, chez Marc, il fut condamné comme un perturbateur de l’ordre public, mort en brigand entre deux brigands.

Jésus serait le Maître de Justice des esséniens

J’ai déjà consacré un article au Maître de Justice. Ce personnage apparaît dans les manuscrits trouvés dans les grottes surplombant le site de Qumran dès 1947. Ces documents nous livrent peu de choses sur la vie du personnage. Il semble être le fondateur d’une secte appelée Yahad (l’Unité). Il aurait « reçu de Dieu la révélation du sens caché des Écritures« . Son autorité est fondée sur sa faculté à interpréter les textes bibliques, à expliquer la Loi.

Il aurait vécu au Ier siècle avant notre ère selon une des hypothèses le concernant. C’est cette période qui le relie à Jésus… à partir du Talmud qui fait de Jésus le disciple de rabbi Yeoshoua ben Pera‘hiya. D’après ce texte du Talmud, Jésus serait né la quatrième année du règne d’Alexandre Jannée, soit en 99 avant notre ère.

Le Maître de Justice est persécuté par le grand prêtre du temple de Jérusalem (appelé le prêtre impie dans les textes de Qumran) et il doit s’enfuir, probablement à Qumran ou à Damas.

Le Commentaire des Psaumes, dont des fragments ont été retrouvés dans les grottes 1 et 4, dit que le Maître de Justice est le Juste mentionné dans le psaume 37 (de la Bible) et qu’il a été mis à mort et ressuscité par Dieu :

« L’impie guette le juste et cherche à le mettre à mort. Yahvé ne l’abandonnera pas dans sa main et ne le laissera pas condamner quand il sera jugé » [Psaume 37, 32-33]. L’explication de ceci concerne le prêtre impie, qui a guetté le juste et l’a mis à mort, mais Dieu a délivré son âme de la mort et il l’a réveillé par l’esprit qu’il a envoyé vers lui. Et Dieu ne l’a point laissé périr quand il a été jugé.

En résumé, le Maître de Justice vécut au Ier siècle avant notre ère, comme Jésus dans le Talmud. Il fut un brillant prédicateur, interprète de la Loi, fondateur d’une secte. Il est mort, condamné par les prêtres du Temple et il ressuscita. C’est très peu pour prêter foi à cette identification, mais assez pour ne pas rejeter le parallèle entre la secte de Qumran et les premiers chrétiens : la secte disparaît quand les chrétiens apparaissent.

Jésus aurait été un fils de Judas le Galiléen

Un peu avant sa mort, Luigi Cascioli m’avait fait parvenir son livre la « Fable de Christ » dans lequel il argumente sur l’usurpation d’identité de Jésus. Sur base de ce livre, dont le sous-titre est sans ambages, il a intenté un procès à l’Église catholique, en fait au curé de son village, non seulement pour « usurpation d’identité » mais aussi pour « abus de crédulité populaire ». Il fut débouté et condamné à payer 1600 EUR : la Justice italienne ne s’immisçant pas dans une controverse religieuse. Il se tourna alors vers la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. Il n’a pas eu l’occasion d’en connaître le verdit, il est décédé en 2010.

Pour Luigi Cascioli, un ancien séminariste, Jésus serait Jean, fils de Judas le Galiléen (ou Judas de Gamala). Judas se révolta contre le recensement de Quirinus en 6 ou 7 de notre ère, lorsque les Romains annexèrent la Judée. Jésus/Jean aurait donc été un révolutionnaire comme son père, un zélote et aurait été crucifié comme tel, comme ses frères Jacques et Simon, ce que relate Flavius Josèphe dans le livre XX des Antiquités Juives. Remarquons que Simon et Jacques sont aussi des frères de Jésus, cités dans les évangiles, normal si « Jésus » est bien le fils de Judas le Galiléen.

A Fadus succéda Tiberius Alexander (46-48) … C’est aussi à ce moment que furent accablés les fils de Judas le Galiléen qui avait excité le peuple à se révolter contre les Romains lorsque Quirinus procédait au recensement de la Judée, comme nous l’avons raconté précédemment. C’étaient Jacques et Simon.

Luigi Cascioli n’apporte aucune preuve directe, mais de nombreux soupçons, à commencer par une affirmation du philosophe de langue grecque, Celse (IIe siècle), dans son ouvrage le « Discours véritable ».

Celui à qui vous avez donné le nom de Jésus était en réalité le chef d’une bande de voleurs dont les miracles qui lui sont attribués ne sont que des manifestations utilisant la magie et des tours ésotériques. La vérité est que tous ces soi-disant faits ne sont que des mythes que vous vous avez fabriqués sans pour autant être en mesure de donner à vos mensonges une teinte de crédibilité.

Des temps troublés, des temps messianiques

Luigi Cascioli insiste sur l’état insurrectionnel qui régnait au premier siècle de notre ère en Judée. Ces temps messianiques commencent avec la révolte de Judas et se terminent avec la grande révolte de 66-70(74) qui aboutit à la destruction des forces juives.
Cet état de révolte, d’insoumission est très bien décrit dans le « Rouleau de la Guerre » trouvé dans les grottes de Qumran. Les sectaires du Yahad, ou les esséniens si l’on veut, n’ont rien de pacifiques, ils se considèrent comme les « fils de la lumière » qui doivent détruire à tout prix les « forces des ténèbres », les « Kittim« , les envahisseurs romains. Le Livre de l’Apocalypse, dans le Nouveau Testament, défend les mêmes idées, celles du combat du Bien contre le Mal. Ils attendent la venue d’un messie pour les guider dans leur combat et s’asseoir sur le trône d’Israël.

Assur [Rome] tombera et personne ne l’aidera, la domination des Kittim disparaîtra en faisant succomber l’impiété sans laisser aucune trace et il ne restera même pas un refuge pour les fils des ténèbres. Le jour où les Kittim tomberont, il y aura un grand massacre en la présence du dieu d’Israël. (extrait du Rouleaux de la Guerre)

On vient de voir que deux des fils de Judas de Gamala avaient été crucifiés en 46-48 sous le procurateur romain Tiberius Alexander, qui soit-dit en passant était le neveu du philosophe juif Philon d’Alexandrie (mort en 45). Vers 52, sous le procurateur Félix, une forte armée se masse au sud de Jérusalem, elle est commandée par un autre fils de Judas, Jean… d’après Luigi Cascioli. Voici ce qu’en dit Flavius Josèphe dans le livre XX des Antiquités Juives :

Les actes des brigands remplissaient ainsi la ville d’impiétés de cette sorte… Beaucoup les écoutèrent et furent châtiés de leur folie, car Félix les livra au supplice quand on les amena devant lui. À ce moment-là vint à Jérusalem un Égyptien qui se disait prophète et qui conseilla à la populace de monter avec lui au mont appelé le Mont des Oliviers, qui se trouve en face de la ville, à cinq stades de distance. Il répétait, en effet, aux gens qu’il voulait leur montrer de là comment sur son ordre les remparts de Jérusalem s’écrouleraient et il promettait de leur frayer ainsi un passage. Félix, lorsqu’il apprit cela, ordonna à ses soldats de prendre les armes et, s’élançant hors de Jérusalem avec beaucoup de cavaliers et de fantassins, il attaqua l’Égyptien et ceux qui l’entouraient ; il en tua quatre cents et en fit prisonniers deux cents. L’Égyptien lui-même s’échappa de la mêlée et disparut. À nouveau les brigands excitaient le peuple à la guerre contre les Romains, en disant qu’il ne fallait pas leur obéir, et ils incendiaient et pillaient les villages de ceux qui leur résistaient.

Flavius Josèphe ne parle pas de Jean, mais d’un Égyptien ! « C’est une interpolation des scribes chrétiens pour effacer toute trace de Jean martèle Luigi Cascioli : que viendrait faire un étranger dans une révolte messianique en Judée ?« 

Malgré la sympathie que m’inspire cet homme qui va au bout de ses convictions, je dois avouer que tout n’est pas « irréfutable » dans sa démonstration. Jean, le fils de Judas le Galiléen, n’a pas plus d’existence historique que Jésus. Flavius Josèphe ne le cite pas parmi les fils de Judas.
Mais pourquoi Luigi Cascioli a-t-il choisi Jean, que personne ne cite alors que Judas avait un autre fils Jaïr dont on ne connaît peut-être pas la destinée, mais qui est le père de deux révolutionnaires cités par Flavius Josèphe : Ménahem qui défendit Jérusalem en tant que chef des sicaires lors du siège soutenu par Titus et Éléazar qui commandait les défenseurs la forteresse de Massada. NB : certains historiens font de Ménahem un fils de Judas, si c’est le cas, c’était un vieillard ! Son père s’est révolté 60 ans avant le siège de Jérusalem.

NB : Quelle est la différence entre un zélote et un sicaire ? Pas facile à dire, certains affirment que « sicaire » était le nom que les Romains leur donnaient car ils assassinaient avec un petit poignard (sica) et que « zélote » était celui qu’ils se donnaient, car ils étaient zélés dans la dévotion à Dieu.

Comment passe-t-on de Jean à Jésus ?

Voici la théorie de Luigi Cascioli : après la destruction du temple et des armées juives, le parti religieux du mouvement révolutionnaire change de stratégie. Dieu a puni les Juifs du parti politique armé pour avoir mal compris son message et tenter une action impie. Le messie ne sera pas un roi guerrier, mais un Sauveur spirituel qui apportera la paix et la vie éternelle, comme dans les cultes à mystères qui font fureur dans l’Empire. Le changement se reflète dans le dernier chapitre du Livre de l’Apocalypse (qui parle très peu de Jésus), après les catastrophes, les combats et la désolation vient la paix :

Au milieu de la place (de Jérusalem) … est un arbre de vie produisant douze récoltes… et son feuillage sert à la guérison des nations. Il n’y aura plus de malédiction. Le trône de Dieu et de l’agneau sera dans la cité et ses serviteurs lui rendront un culte. (Ap. 22, 2-3)

Mais qui est ce Sauveur ? Est-il à venir ou est-il déjà venu ? Dans les autres cultes, il est déjà venu. Il faut donc en trouver un. Mais qui, puisque personne ne l’a reconnu ? Un homme ayant existé ou un être céleste ?On choisit donc un prédicateur. Or l’ Égyptien, Jean pour Cascioli, se disait prophète, il fera donc l’affaire : il est normal qu’on ne l’ait pas reconnu, c’était prévu dans les écritures :

Comme un surgeon il (le Messie) a grandi comme une racine en terre aride ; sans beauté, sans éclat pour attirer nos regards et sans apparence qui nous eût séduit ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance… (Isaïe 53, 2-3)

Le parti religieux construira la vie du Messie d’après des passages de la Bible : tout était écrit, mais on n’a pas compris. Cet homme dont il valait mieux taire le nom, on l’appellera Yeshoua, le Sauveur en hébreu, donc Jésus. Il a maintenant un nom, on peut l’ajouter aux appellations génériques précédentes de Christ, Seigneur ou Sauveur. Christ devient Jésus-Christ.

Des traces dans les évangiles ?

Trouve-t-on dans les évangiles une trace de Jean, le zélote, fils de Judas de Gamala ? Changeons la question pour pouvoir y répondre : trouve-t-on des traces d’un révolté ayant passé son enfance à Gamala ? La réponse est OUI.
Dans les évangiles, la famille de Jésus réside à Nazareth. Cette ville est au bord de la mer, Jésus monte dans une barque pour prêcher. Elle se trouve à flanc d’un escarpement rocheux d’où on veut le précipiter. Or Nazareth est dans une plaine vallonnée à 40 km de la mer de Galilée (le lac de Génésareth). La description de Nazareth correspond en tout point au village de pêcheurs de Gamala.

Certains passages des évangiles font plus penser à un révolutionnaire, un zélote, qu’à un doux agneau :

  • N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt. 10,34)
  • Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix ? Non, je vous le dis, mais la division (Lc. 12,51)
  • Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc. 14,26)
  • Seigneur, permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père… [Jésus répond] Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts (Lc. 10,16)
  • Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, de même celui qui a une besace, et celui qui n’en a pas vende son manteau pour acheter un glaive (Lc. 22,36)
  • Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé (Lc. 12,49)
  • Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les en ma présence (Lc. 19,27)
  • Jésus dit : « J’ai jeté le feu sur l’univers et je veille sur lui jusqu’à ce qu’il l’embrase » (Thomas, logon 10)
  • Jésus dit : « Certainement les hommes pensent que je suis venu pour répandre la paix sur la terre. Mais ils ne savent pas que je suis venu y jeter la discorde, le feu, l’épée et la guerre… » (Thomas logon 17). On retrouve les mêmes propos dans Lc. 12,51 et dans Mt. 10,34.

Enfin, le choix de ses disciples n’est pas très judicieux pour un prédicateur, fils de Dieu, mais se comprend mieux pour un messie-roi qui veut reconquérir le pouvoir.
Nous trouvons deux zélotes, des frères de Jésus : Simon le zélote et Juda (Jude) le zélote.
Simon-Pierre est appelé Barjona, que les traducteurs ont rendu par fils de Jonas (bar Yona), alors que son père s’appelle Jean (Yehohanan en hébreu) dans les Actes de Pierre. « Barjona » en araméen signifie « hors-la-loi ». Si on l’appelle Pierre ou Képhas, c’est à cause de sa carrure.
J’ai consacré un artricle à Judas Iscariote, non pas l’homme de Kériote, mais plutôt le sicaire.
Ce n’est pas tout, les fils de Zébédée, Jean et Jacques sont dit « boanerges« , les fils du tonnerre.

Enfin, il faut se poser une question essentielle : pourquoi Jésus et ses disciples craignent-ils d’être persécutés ? Ce sont des juifs respectueux des Lois. Si les Juifs ne persécutaient pas les esséniens – qui vivaient en marge de la Loi, rejetaient le temple et ses sacrifices et suprême blasphème, avaient adopté un autre système de mesure du temps (solaire) que celui imposé par Dieu (lunaire) -, ils n’avaient aucune raison de persécuter les disciples de Jésus.

Conclusions

Même si Jésus, l’insaisissable, n’est pas Jean, le mystérieux, le raisonnement ci-dessus n’est pas inutile et amène une question essentielle : pourquoi au deuxième siècle, les théologiens chrétiens qui ont « connu » un Sauveur historique n’ont-ils pas réussi à convaincre ceux qui l’imaginaient céleste, comme Marcion ou les maîtres gnostiques Valentin, Basilide, Ptolémée ou Carpocrate. Pourquoi y a-t-il eu autant de sectes ayant des souvenirs tellement différents de Jésus ? Et qui peut dire que l’Église ait choisi le bon ?

Qui est Juif ?

A la recherche d’une définition

Répondons tout d’abord à la question « qui est juif ? ». Est considéré comme juive toute personne qui suit peu ou prou les préceptes du judaïsme. Dans ce cas, on écrit un juif avec une minuscule, comme on écrit un chrétien ou un musulman.

Répondre à la question « qui est Juif ? » (avec la majuscule) est beaucoup plus complexe. Jérôme Segal, dans son ouvrage « Athée et Juif » assure que toute personne qui se dit juive est juive. C’est un raccourci. Attention à la syntaxe ! Si on écrit Juif en tant que nom (avec une majuscule), on écrit juif en tant qu’adjectif, quelque soit la signification.

Quels sont les critères qui définissent l’identité juive, c’est-à-dire la judéité ?

La judéité ce n’est pas une race. Aujourd’hui sur terre, il n’y a qu’une seule race d’hommes : les Homo sapiens. Voici 40.000 ans, cette race cohabitait avec ses cousins, les Néandertaliens et les Hommes de Denisova, ou Dénisoviens.

La judéité, ce n’est pas une ethnie. Certains Juifs sont jaunes (des Chinois et des Japonais), certains viennent d’Éthiopie et sont noirs. Ils ont tous émigrés vers Israël où ils ont été assez mal accueillis : les hommes ont été re-circoncis, certaines femmes ont été stérilisées à l’occasion d’une hypothétique vaccination (voir l’article sur l’Éthiopie). D’autres juifs sont caucasiens (blancs) ou sémites, cousins des Arabes. Contrairement à la définition des dictionnaires, les Juifs ne sont pas (tous) des descendants du peuple hébreu.

Ce n’est pas une nationalité. Tous les Juifs ne vivent pas en Israël, loin s’en faut, comme on va le voir.

Enfin, la judéité n’est pas une religion. Il y a des Juifs athées et même des Juifs chrétiens, comme Bob Dylan (Robert Zimmerman) par exemple.

La meilleure définition fait appel à la descendance : est considérée comme Juive toute personne s’étant convertie au judaïsme ou née d’une mère juive. Cette disposition est inscrite dans le Talmud, édité au IVe ou Ve siècle de notre ère. La judéité est inaltérable, quand bien même le Juif serait idolâtre, incroyant, hérétique ou apostat.

On ne trouve pas trace de cette filiation dans la Bible hébraïque (L’Ancien Testament), sauf dans le Livre d’Esdras.
Vers -537, les premiers Judéens, ou du moins leurs descendants, sont de retour de captivité à Babylone. Ils sont minoritaires, les Juifs qui n’ont pas été déportés ont continué à vivre sur les ruines laissées par les Babyloniens. Soixante ou quatre-vingt ans plus tard, Esdras revient sur la terre de ses ancêtres et constate que les Juifs ont épousé des femmes « étrangères ». Il se désole, pleure, se prosterne et s’adresse à YHWH : « pourrions-nous encore violer tes commandements et nous allier à ces gens abominables ? » Alors le peuple jure : « Nous avons trahi notre Dieu en épousant des femmes étrangères… Nous allons prendre devant notre Dieu l’engagement solennel de renvoyer toutes nos femmes étrangères et les enfants qui en sont nés » (Es. 10, 2-3). Ces enfants n’étaient donc pas considérés comme des Juifs.

Les Juifs dans l’Allemagne nazie

En 1935, dans l’Allemagne nazie, sont édictées les « Lois de Nuremberg » retirant aux Juifs la nationalité allemande, les considérant dorénavant comme des « sujets de l’Allemagne« . Ils sont exclus de la fonction publique, il leur est interdit d’épouser des « aryen-ne-s » et de prendre à leur service des citoyens allemands. Certains métiers leur sont interdits, comme rédacteur dans les journaux, enseignants, etc.
Pour mettre en application ces lois, les juristes nazis ont dû définir la notion de Juif. Ce ne fut pas sans mal, tellement ils ont trouvé d’exception. Au départ, pour les nazis, est Juif celui qui a au moins trois grands-parents juifs. Voici la liste des critères adoptés par l’État français du Maréchal Pétain en 1941 :

Loi (simplifiée) adoptée en France en 1941

Juifs laïcs et religieux

A la Knesset, le parlement israélien, les laïcs et les religieux se déchirent sur la définition de l’État d’Israël. La Knesset est actuellement (juillet 2021) composée comme suit (huit partis sont représentés) :

  • 50 venant de partis nationalistes de droite dont l’ancien premier ministre Benyamin Netanyahou du parti Likoud
  • 38 laïcs (droite ou centre) dont le premier ministre actuel Mickey Levy du parti Yesh Atid (centre laïc)
  • 22 ultra orthodoxes
  • 10 Arabes

Les nationalistes veulent faire d’Israël une démocratie juive comme l’avait décrété l’ONU en 1947, lors de la résolution de création de deux États en Palestine, » l’un juif et l’autre arabe ». Cette vision des nationalistes suggère que seuls les Juifs en seront citoyens, à l’exclusion des Arabes qui n’avaient pas quitté la région lors de la création d’Israël et qui avaient reçu la nationalité israélienne.
Aujourd’hui, seul 75% de la population d’Israël est juive d’après le Ministère de l’intérieur.

Les laïcs, eux, veulent que l’État reste multiculturel.

Les ultra orthodoxes souhaitent qu’Israël devienne une théocratie, un État régit par les lois religieuses.

Les ultra orthodoxes

Il suffit de se rendre dans un quartier ultra orthodoxe à Jérusalem pour voir ce que signifie pour eux un État régit par les lois religieuses.

  • code vestimentaire strict, interdiction de suivre la mode. Les ultra orthodoxes s’habillent comme dans l’Allemagne et la Pologne du XIXe siècle.
  • respect complet du shabbat : les quartiers sont fermés lors du shabbat, personne n’y rentre, personne ne sort.
  • éloignement des étrangers : les Juifs vivent entre eux. Les femmes sont aussi tenues à l’écart.
    Le journal israélien Yediot Aharonot, repris par le quotidien français Libération, a révélé qu’un catalogue Ikea destiné à la communauté juive ultra-orthodoxe avait été publié. L’ouvrage présente des livres religieux alignés sur les étagères, un père et ses deux garçons portant kippas et papillotes, une armoire remplie de vêtements masculins traditionnels. Il ne comporte aucune image de femme ! Ce n’est pas un acte isolé. Il n’est pas rare que les femmes soient effacées des photos de presse dans les journaux, c’est ce qui arrive souvent à Angela Merkel. Dans les manuels scolaires en Angleterre, les images des femmes ont été floutées.

Les ultra orthodoxes (les haressim) vivent isolés dans des quartiers qui leur sont réservés, ou plutôt qu’ils se sont réservés. Ils représentent 11% de la population d’Israël, mais leur taux de fécondité est de sept enfants. En 2060, ils pourraient représenter 25% de la population.
La plupart des hommes ne travaillent pas, ils étudient la Torah. Ils vivent des dons d’associations et des allocations de l’État. Se sont leurs femmes qui font vivre le ménage en plus de s’occuper de l’éducation des enfants. On estime que 45% des haressim vivent dans la pauvreté.

Ils constituent une exception en Israël : ils sont exemptés du service militaire alors que toute la population, femmes et hommes, est appelée sous les drapeaux… mais ils bénéficient de tous les avantages sociaux.

Les nationalistes

Le mouvement sioniste moderne est né au XIXe siècle parmi les Juifs d’Europe centrale et de l’Est en réaction à l’antisémitisme et aux pogroms (« tout détruire » en russe) dont ils étaient victimes. Theodor Herzl va concrétiser les aspirations des Juifs en les invitant à s’unir et à avancer des idées lors du premier congrès sioniste en 1897 dont le thème est : « un État, une nation pour un peuple« . Au départ, le mouvement ne vise pas la création d’un État en Palestine alors sous domination ottomane, même si le baron Edmond de Rothschild y achète des terres et finance les premiers établissements juifs. L’Angleterre leur avait proposé l’Ouganda… rejeté à l’unanimité.
Le rêve commencera à prendre forme après la première guerre mondiale, lorsque la Palestine passe sous mandat britannique et que Lord Balfour, dans une lettre adressée au baron Lionel de Rothchild prétend que : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… » (voir l’article sur la naissance d’Israël).

Avant la création de l’État d’Israël, la population juive de Palestine était passée de 80.000 à 650.000. Cette croissance avait donné naissance à un nationalisme arabe.

De nos jours, les nationalistes s’opposent à la création d’un État arabe et poussent à la colonisation de tous les territoires occupés jadis par les Juifs, avant l’écrasement de la révolte de 135 contre les Romains. Ils veulent un État hébreu totalement juif.

Note : Parler de Palestine pour désigner cette région du Proche Orient n’a aucune signification politique, ce n’est pas une prise de position pour les Palestiniens. La région a été appelée Palestine par les Romains après la seconde révolte des Juifs de 132 à 135. Ce changement de nom s’est accompagné de l’expulsion des Juifs de la région de Jérusalem qui a été rasée et reconstruite sur le modèle des villes romaines. La ville a même perdu son nom pour s’appeler Aelia Capitolina. Aelius était le nom de famille de l’empereur Hadrien. Palestine vient de « philistin », un peuple qui occupait le littoral de la région dès 1200 avant notre ère. Ils avaient fondé cinq cités-États dont Gaza, qui n’a jamais été une ville juive.

Les laïcs et les athées

Les laïcs ne sont pas nécessairement athées, mais la religion n’est pas leur préoccupation principale. Par contre, il y a bien des Juifs athées : ils ne croient pas en Dieu et considèrent la Torah comme un récit mythologique. Pourquoi se disent-ils juifs ? On a vu que la judéité est inaltérable : les enfants nés d’une mère juive sont juifs et le resteront toute leur vie… aux yeux de leur communauté. Ils ne peuvent pas demander à être exclus de l’assemblée, comme les chrétiens peuvent le faire en demandant à l’évêché d’être débaptisés.

La plupart des Juifs athées restent attachés à leur communauté. Sous la « pression » de leur entourage, surtout la famille, certains font circoncire leurs fils ou se marient suivant le rite traditionnel.

Parmi les Juifs athées célèbres on peut citer l’anarchiste Emma Goldman, les communistes Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein) et Grigori Ziniviev, le père du sionisme Theodor Herzl, Sigmund Freud, Woody Allen, Daniel Cohn-Bendit et le philosophe Emanuel Lovi.
Mais que penser de la réponse de l’ancienne première ministre Golda Meir à la question d’un journaliste sur ses croyances : « Je crois au peuple juif et le peuple juif croit en Dieu« .

Les Juifs dans le monde

Un peu moins de 30% de la population mondiale est chrétienne, c’est-à-dire, a été baptisée selon le rite chrétien. Cette proportion diminue avec le temps. A peu près le même nombre est de religion musulmane, car née d’un père musulman et cette proportion, elle, grandit car l’apostasie est interdite dans l’islam et est punie de mort bien que la sanction soit rarement appliquée.

On parle ici de 2 milliards d’adeptes, de fidèles. A côté de ces religions, on ne compte que 14 millions de Juifs dans le monde… soit moins que la population des Pays-Bas !

La majorité des Juifs ne résident pas en Israël, mais ont la nationalité israélienne. Ils sont citoyens d’Israël et peuvent venir s’installer par le pays, ce que récuse le grand rabbinat tenu par des ultra orthodoxes qui se méfie des « étrangers ».

Répartition dans quelques pays :

  • Israël : 6.665.600 (en 2019)
  • État-Unis : 5.700.000
  • France : 450.000
  • Russie : 165.000
  • Allemagne : 118.000
  • Belgique et Pays-Bas : 29.000
  • Turquie : 14.000
  • Iran : 8.300
  • Pologne : 4.500.